HISTOIRE D'UN ANGE
{Traduit de Longfellow)
Le vent d'hiver soufflait. Sur les campagnes nues La neige avait semé ses flocons argentés, Et l'étoile irrisait de ses molles clartés Le firmament d'azur où flottaient quelques nues. La ville, d'où montait un bruit continuel, Allumait, tour à tour, ses brillants réverbères ; Et la nuit commençait, la nuit des grands mystères, La nuit sublime de Noël !
Dans les beffrois altiers et les humbles tourelles Les cloches balançaient des accords merveilleux ; Car c'est dans cette nuit que leurs chants sont joyeux Et que leurs douces voix deviennent solennelles. Bien des pauvres humains, lassés de leur labeur
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Et courbés sous le poids d'une nouvelle année, Croyaient voir refleurir leur jeunesse fanée Et songeaient encore au bonheur !
Cette nuit vit l'amour remplacer la vengeance, Le pardon relever le coupable soumis ; Elle vit l'union de bien des ennemis ; Elle vit, sous le chaume où régnait l'indigence, Les cœurs se rassurer contre le lendemain ; Elle vit la douleur sécher ses tristes larmes. Chaque bouche sourire avec de nouveaux charmes Chaque front prendre un air serein !
L'automne, en s'en allant, laissait, sur son passage, Un parfum de bonheur doux et mystérieux. Le riche et l'indigent levaient ensemble aux cieux Un cœur rempli d'amour, un esprit sans nuage. La paix et l'allégresse habitaient les palais ; La joie et l'abondance étaient dans les chaumines ; Et rien n'était plus gai que les voix argentines Des enfants réjouis et frais.
Dans le deuil cependant une de ces demeures Etait plongée, hélas ! depuis quelques moments ! Sous les lambris dorés des beaux appartements
HISTOIRE d'un ange
Le désespoir sonnait de lamentables heures : Une petite voix faiblement murmurait, Au milieu du silence, une plainte légère. Et puis de temps en temps sanglotait une mère, Car son jeune enfant se mourait.
Suspendus avec art, de beaux rideaux de soie Enveloppaient son lit de leur moelleux contours ; Les pieds, sans bruit, foulaient des tapis de velours. Mille objets curieux dont il faisait sa joie N'avaient rien maintenant qui put l'émerveiller ; Et les jolis cheveux, dont ses épaules rondes Naguère gentiment portaient les boucles blondes, Flottaient épars sur l'oreiller.
lies ressources et l'art d'une ville savante Pour sauver un enfant se virent épuiser ; Ils n'empêchèrent pas un fil de se briser. Un mot sombre et fatal de semer l'épouvante l Le chagrin d'une mère et son puissant amour Ne purent pas, non plus, retenir auprès d'elle Cet être bien-aimé qui tendait sa jeune aile Pour voler au divin séjour.
Elle était à genoux au chevet de la couche, S'efforçant, pour calmer son douloureux transport, De sourh'e à l'enfant cjue lui prenait la mort. Elle baisait son front et sa petite bouche ; Elle lui fredonnait un suave refrain ; Lui disait que bientôt il irait aux valléçs Prendre des papillons, ces douces fleurs ailées Qui naissent avec le matin.
Soudain l'enfant sourit en rejetant son lange, Et l'on ne sentit plus battre son petit cœur. Sur sa lèvre entrouverte ainsi qu'une humble fleur Un soupir expira. Quelque chose d'étrange Paraissait imprimer à son front radieux Une vive surprise unie à l'allégresse ; Et ses beaux yeux d'azur semblaient fixés sans cesse Sur un objet mystérieux.
Venu, sur un rayon, des voûtes immortelles, Un ange, enveloppé dans un voile éclatant, S'avançait vers l'alcôve où reposait l'enfant. .Ses regards étaient purs comme des étincelles. A son épaule une aile à l'éclat sans pareil S'agitait, comme au vent une fraîche corolle, Et son front, couronné d'une ardente auréole, Resplendissait comme im soleil.