LE MARIAGE
deux mille de coffres, et les autres six mille après le décès de ses père et mère. Acte reçu par M. Beausier, notaire.
« Nos espousailles se sont faites à la paroisse Sainte-Magdeleine. Fasse le ciel que ce soit pour un heureux établissement et pour l'honneur et gloire de Dieu, afin que, s'il me donne des enfants, ils soient élevés pour l'honorer et le servir...! » Livre de raison de G. de Fresse-MonvaL
— « Voicy une des plus importantes actions de ma vie : c'est mon mariage, que je contractay le 1er may 1605. Le sainct sacrement s'administra en l'église Sainte-Magdeleine... Je fus assisté de mes frères... Dieu me fasse la grâce que ce soit pour longues années et à son honneur et gloire! » Livre de raison de Joseph de Garidel.
— « Le 1er juillet de la présente année 1700, je me suis marié avec demoiselle Anne-Marie Brémond, fille de M. Pierre Brémond et de dame Françoise Robert... Mon contrat de mariage avoit été passé, le 27 juin, aux écritures de M. Bonnefoy, notaire...
« Droits et biens de demoiselle Anne-Marie Brémond, ma femme, la personne de laquelle vaut plus que tous les biens... » (Suit l'énumération de l'apport dotal.) Livre de raison de Charles Barcilon, notaire à Carpentras.
Ici, le nouvel époux peut, selon la coutume, placer une notice sur la famille de sa femme, dont il résume la généalogie en quelques lignes.
3° Naissances des enfants.
Les naissances et baptêmes des enfants seront marqués successivement a leur date, avec ltndication de l'heure, du jour, du mois, de l'année... On dira en quelle église a eu lieu la cérémonie baptismale , le nom du pretre baptisant , ceux des parrains et marraines *.
De tout temps, les familles chrétiennes ont tenu à donner à leurs fils ou filles les noms de saints patrons, pour lesquels elles avaient une dévotion spéciale et sous l'égide desquels elles plaçaient leur foyer. Qu'on ne néglige pas de suivre de si belles et bonnes coutumes , dans le choix qu'on fera des prénoms des enfants. Ceux-ci seront écrits très exactement.
Une très ancienne famille du Rouergue a encore de nos jours le privilège de posséder toute une col-
1 Autrefois, beaucoup de familles chrétiennes faisaient ces inscriptions au commencement ou à la fin de leurs livres d'heures. Cette ancienne coutume tend à renaître aujourd'hui. Dans les livres de mariage, on laisse des pages blanches destinées à recevoir l'indication des naissances et les principaux actes religieux de la vie des enfants; mais elles sont rarement remplies.
Le Livre de raison est mieux approprié à cet usage.
lection de Livres de raison, qui remontent jusqu'à 1346. Les naissances, appartenant au xivc siècle, y sont enregistrées en ces termes, clans la langue du pays:
« Jh. Amen. — En nom de Dieu et de la Sancta Trinitat et de la gloriosa Immacul. Virgen Maria, nasquet mon fdh..., » et on ajoute : « Al quai Dieu doue bona vida, amen. »
En Dauphiné, on trouve des registres consacrés tout particulièrement à l'inscription des mariages, naissances et décès.
« J. M. J. — Au nom de Dieu, soit commencé ce Livre, pour me servir de règle et souvenance du jour des naissances et baptêmes de mes enfans d'entre moy et Rose Moulmy, mon esponse. Que Dieu veuille qu'ils soient baptisés et faicts bons chrestiens ' / »
En Provence, les Livres de raison nous offrent, après l'enregistrement du mariage, des formules telles que celle-ci :
« Mémoire du jour de la naissance des enfants qu'il a plu à Dieu de nous donner. »
Il y en a souvent dix, douze, quinze, et même
1 Livre domestique tenu par un descendant de Jacques Brunier, chancelier d'Humbert, Dauphin du Viennois.
vingt. Chacun d'eux est l'objet d'une oblation à Dieu :
« Le 22 décembre 1685, jour de samedi, à sept heures du matin , ma femme s'est accouchée heureusement de mon fils Antoine, le premier que Dieu m'a donné. Le même jour, il a été baptisé à la paroisse Sainte-Magdeleine par M. Grange, curé. Son parrain a esté Antoine de Bougerel, son grand-père, et sa marraine Isabeau d'Eyguisier, sa grand'mère.
« Dieu me l'aye donné pour l'honorer et le sanctifier, suivant sa sainte volonté ! Je supplie la glorieuse Vierge Marie , nostre mère , d'estre son advocate et sa protectrice. Mon fils est né le jour qui luy est consacré. Puisse-t-il estre bien dévot à elle ! Ainsi soit-il. » Livre de raison de G. de Fresse-Monval.
Les naissances et baptêmes de onze autres fils ou filles sont inscrits de 1685 à 1701, avec de semblables invocations. Le huitième vient au monde le samedi saint, 2 avril 1695; et le père d'écrire :
« Il est né la veille de la résurrection du Sauveur et le lendemain de sa mort et passion. Je prie Dieu qu'il verse sur luy ses grâces pour sa sanctification. »
En 1716, Antoine se marie, et, à l'exemple de son père, il mentionne dans son Livre domestique son mariage et ensuite les naissances de ses sept enfants.
Toutes les formules que nous avons trouvées, dans plus d'une centaine de ces vénérables monuments de la vie de famille , sont très touchantes ; et les sentiments de foi qui les inspirent expriment bien la pensée qui, dès le berceau, doit présider au grand œuvre de l'éducation :
« Dieu luy donne longue vie et luy fasse la grâce d'estre homme de bien ! — Dieu le fasse vivre en sa sainte crainte ! — Dieu le fasse vivre pour le servir chrestiennement ! — Je demande à Dieu de me conserver cet enfant, si c'est pour sa gloire et pour notre salut. Nous ferons, sa mère et moi, tout notre possible pour le bien élever chrétiennement, et tâcherons de lui donner l'éducation qui sera en notre pouvoir, pour en faire un bon chrétien et un parfait honnête homme. Fasse le ciel que nos prières ne soient pas infructueuses, et qu'il soit heureux ici-bas et dans l'éternité! »
En Bourgogne , l'esprit chrétien qui dicte ces souhaits paternels et maternels n'est pas moins remarquable :
« Dieu lui donne les grâces nécessaires pour devenir un grand saint ! — Dieu lui fasse la grâce d'être sage et vertueux ! — Dieu lui donne le don de chasteté et de persévérance ! — Je prie Dieu qu'il le prenne sous sa protection et lui donne les qualités nécessaires qui font estimer un bon citoyen ! — Dieu
veuille lui accorder toutes les grâces qui lui sont nécessaires f ! »
En Picardie, à Amiens, une famille du xvne siècle reproduit trait pour trait les mêmes mœurs. Un simple marchand de drap, nommé Pages, écrit dans des Mémoires domestiques (1684-1723) qui nous ont été conservés :
« Dieu a béni mon mariage avec Jeanne de Rouvroy, ma femme, fille de Pierre de Rouvroy, marchand épicier de cette ville, et de Jeanne Acard, par la naissance de huit enfans, sçavoir d'un garçon et de sept filles, jusqu'à ce jour, vingtième de janvier 1701 , que j'escris la présente généalogie. »
La venue d'un second fils porte une grande joie dans le ménage :
« La divine bonté, continuant de verser ses saintes bénédictions sur notre mariage , nous favorise de la naissance d'un autre fils. Je prie Dieu de tout mon cœur que, par le mérite de son très précieux sang, il luy plaise faire grâce au père , à la mère et à nos neuf enfans tous vivans , de le servir si fidèlement sur la terre que nous puissions le posséder éternellement dans le ciel. Ainsi soit- il. »
Quelquefois , le père , en même temps qu'il in-
1 Textes communiqués par M. Arcelin.
voque Dieu , fait un examen de conscience sur ses devoirs , et il l'écrit pour l'avoir sans cesse devant les yeux :
« Je commençay en ce temps (1632) à devenir père par la naissance de ma fille... Ma famille a, par la grâce de Dieu , augmenté en la suite , ma femme ayant mis au monde dix -huit enfans.
a Conservez -les, Seigneur, pour vostre service et pour vostre gloire. Ostez de grâce, mon Dieu, de tous eux ce qui peut vous déplaire , et despartez-leur vos sainctes bénédictions.
« C'est une bénédiction du ciel d'avoir des enfans; mais nous n'en usons pas toujours selon le debvoir de nostre recognoissance : d'où il arrive que ce qui debvroit servir à nostre consolation cause le plus souvent nos peines et nos desplaisirs. La trop grande sévérité, la trop grande indulgence, sont également à craindre, mais bien plus cette dernière, comme plus propre à l'homme et plus naturelle au père. C'est pourquoy on les doibt éviter et s'acquitter de ce debvoir de père , avec toute la circonspection que mérite l'obligation que nous en avons à Dieu. » Mémoires de Charles de Grimaldi , marquis de Regusse , président au Parlement de Provence, 1612-1665.
Les mères ont des accents d'une grande éloquence, quand elles tiennent la plume. Une des sœurs du chancelier d'Aguesseau s'adresse à son fils en ces termes :
« Je commencerai par vous dire que le plus vif et peut-être le seul désir de mon cœur, par rapport à vous, a été votre salut éternel... Dès que je vous portai dans mon sein, je vous offris à Dieu... Quand on vous rapporta auprès de moi, après le baptême, en revenant de l'église de Notre-Dame d'Alençon, notre paroisse, je dis le verset du Psalmiste : « Confirmez, Seigneur, ce que vous venez de faire dans votre saint temple. » Et j'ajoutai ensuite : « Mon Dieu, je vous rends grâces de celle que vous venez de faire à cet enfant. Je vous V offre de tout mon cœur ; il est à vous plus qu'à moi. S'il doit jamais souiller celte robe blanche dont vous venez de le revêtir, j'aime mieux le voir mourir pendant qu'il est sans tache. » Ces sentiments, je vous l'avoue, me sont devenus si familiers que, depuis vostre baptême, je n'ai pas discontinué un seul jour de renouveler cette prière *. »
Les morts sont l'objet d'inscriptions accompa-
1 Mme de la Rochefoucauld, duchesse de Doudeauville, disait de même à sa fille , au sortir de la révolution :
« Je me rappelle, mon enfant, qu'à peine étiez -vous née, je vous offris à Dieu, et dès ce moment, où je sentais avec transport le bonheur d'être mère, où mes souffrances me semblaient trop douces puisque vous deviez en être le prix, où j'aurais trouvé juste de payer de ma vie le bonheur de vous avoir donné le jour; eh bien! à ce moment, je demandai à Dieu de ne vous conserver que si vous deviez l'aimer éternellement. Il a reçu mon sacrifice, et il vous a laissé l'existence. Ne m'est-il pas permis d'espérer que mon désir, mon vœu sera accompli dans toute son étendue ? »>
gnées de non moins belles oblations, invocations et prières :
« Dieu l'a appelé en son paradis. — Il nous a délaissés pour s'envoler au ciel, où Dieu nous fasse la grâce d'aborder et d'entrer par sa sainte miséricorde. — Anne , notre fille, est décédée de ce monde pour s'en aller aux cieux. Dieu nous conserve le surplus de nos enfans, en son honneur et gloire! — Il estoit juste que je payasse quelque chose au bon Dieu. Il sembloit même que je luy devois la disme de mes enfans. Le bon Dieu est le maistre, il donne les enfans, il les oste, et il sait pourquoy. »
4° Journal des éducations.
Les naissances des enfants, avons-nous dit, seront inscrites à la suite les unes des autres. Puis l'on ouvrira pour chacun d'eux un chapitre particulier; ou peut-être sera-t-il plus simple de marquer successivement, et dans l'ordre chronologique, les détails qui concernent les éducations.
On a vu plus haut en quels termes un président au Parlement d'Aix parlait de ses devoirs comme père. Entendons maintenant un témoignage non moins expressif, pour savoir comment les familles chrétiennes réalisaient pratiquement ces grands devoirs, et quel usage elles faisaient pour cela du Livre de raison :
« Gomme l'affaire la plus sérieuse de l'homme est de travailler avec soin à son salut éternel , j'ai cru devoir insérer au commencement du présent Livre quelques instructions générales qui regardent la religion chrétienne, avec les principales obligations du chrétien. Le premier motif qui m'engage à le faire, c'est qu'en ouvrant ce Livre de raison pour régler quelque affaire domestique, je pourrai voir si
ma conduite répond ou non aux règles du christianisme. Au cas où je m'apercevrois par cet examen que j'ai le malheur de ne pas les observer, comme je le dois, les reproches intérieurs de ma conscience me feront, moyennant la grâce de Jésus-Christ, rentrer dans mes devoirs. — Le second motif est que, le devoir tout particulier d'un père à l'égard de ses enfans étant de les élever dans l'amour et la crainte de Dieu, je me crois obligé de leur parler des affaires qui intéressent leur avenir éternel, avant de les instruire des affaires domestiques ou temporelles.
« Fasse le ciel que mon dessein puisse contribuer à mon salut et à celui de ma famille ! Je l'espère > Seigneur, de votre sainte grâce, que je vous demande de tout mon cœur. C'est avec elle et par elle que je mettrai en pratique vos saints commandemens, et que j'instruirai mes enfans, bien plus par mon exemple que par tout ce que je pourrois leur dire. » Livre de raison d'André Clappier, médecin. Moustiers (Basses-Alpes), 1740.
Nos lecteurs n'ont pas oublié André Clappier et le tableau domestique dans lequel il est représenté, assisté de sa femme et entouré de tous les siens, dictant ses conseils à ses enfants. Que leur dit-il? La citation que nous venons de faire suffirait à nous l'apprendre. Mais il y a encore quelques traits à ajouter; et, puisque nous résumons ici les principes et les mœurs qui jusqu'à ce jour ont servi de bases aux éducations , il ne sera pas sans intérêt de noter les
formules que ce père modèle du xvme siècle donnait pour conclusion à ses instructions religieuses :
« Mes chers enfans , pour être heureux , ne faites jamais rien contre les lois divines. Je ne saurois trop vous le recommander, et cela m'oblige de vous prescrire les trois règles suivantes; elles sont un abrégé de tout ce que je puis vous avoir dit des devoirs d'un bon chrétien.
« 1° L amour de Dieu. — La première consiste à avoir la crainte de Dieu et son saint amour, à un degré supérieur, en sorte que vous soyez toujours prêts de tout sacrifier, plutôt que de ne pas accomplir ses commandemens, et ceux de la sainte Église, dont vous êtes les fils par l'adoption spirituelle que vous avez contractée dans votre baptême.
« L'amour des parens et des proches. — La seconde est d'avoir envers vos pères et mères et autres proches parens un grand respect, un amour filial et tendre, qui vous portent à leur être soumis et à pourvoir à tous leurs besoins spirituels et temporels.
« 3° L'amour du 'prochain. — La troisième est que vous ayez pour votre prochaiti une charité qui vous porte à le secourir dans ses nécessités, à le consoler dans ses afflictions, à vous réjouir de ses prospérités, à couvrir ses défauts et à l'en reprendre prudemment, à l'instruire et à lui donner bon conseil, en lui inspirant la douceur lorsqu'il est en colère, et la paix quand il a des inimitiés; comme aussi à vous employer tout de bon et avec zèle pour lui faire terminer ses procès et différends.
(( Si vous êtes fidèles, mes chers en fans, à mettre ces règles en pratique, non seulement vous vivrez contens et tranquilles en ce monde et vous y serez estimés, mais encore vous serez heureux dans l'autre. Puis-je faire de meilleurs souhaits pour vous ? »
Nos lecteurs trouveront plus loin un abrégé assez complet des enseignements que les parents avaient coutume de laisser, par écrit, sur l'application de ces principes. Dans le moment, arrêtons-nous à un fait essentiel. Jusqu'à nos jours, tout père de famille digne de ce nom a mis au premier rang de ses devoirs de travailler à l'éducation de ses enfants, et cette éducation , il a commencé par l'établir sur la religion. L'ancienne France n'est pas seule à en fournir la preuve; la tradition du genre humain, aussi loin qu'on remonte, le proclame. Rien même n'est plus saisissant que les monuments laissés sous ce rapport par les pères modèles de tous les temps f.
Quel intérêt n'aurait pas un Journal des éducations tenu dans cet esprit! Avons-nous besoin de dire l'influence qu'il pourrait avoir pour le relèvement du respect de l'autorité paternelle, aujourd'hui si amoindrie et abaissée?
Là il serait fait mention des premiers actes de la vie religieuse des enfants.
Nous avons connu une mère chrétienne qui, dès que l'un des siens touchait à l'âge de raison, le préparait à se présenter au saint Tribunal et lui
i La Vie domestique, t. II, chap. ni.
remettait ensuite un papier écrit de sa main, et où elle lui disait :
« J'en suis sûre, mon fils , tu as béni ton Sauveur de t'avoir lavé dans son sang adorable des souillures que, tout jeune encore, tu avais eu le malheur de contracter. Je l'en bénis avec toi, mon bon ami, et je le prie de pénétrer ton cœur de la plus vive reconnaissance. Aime Dieu de tout ton cœur; évite avec soin tout péché , afin de ne point perdre cette pureté que tu as eu le bonheur de recouvrer et qui te rend si agréable à ses yeux. Désire avec ardeur le jour, le grand jour où tu pourras recevoir ton Dieu dans le sacrement de son amour... »
Puis, quand ce grand jour était venu, la même mère modèle écrivait, pour celui de ses enfants qui avait fait sa première communion , tout un mémorial de vertu et de piété :
« Je te prie, mon cher fils, de le conserver toute ta vie, et je te demande de le lire attentivement chaque année. C'est au nom de toute ma tendresse pour toi et de ton propre bonheur que je t'en conjure.
« Oui, cher enfant, du bonheur, je t'en souhaite beaucoup. Une mère pourrait -elle ne pas en désirer immensément à son fils? Mais je sais qu'il n'y en eut jamais de vrai et de stable que pour celui qui aima Dieu et qui le servit avec fidélité. J'ignore à quoi la divine Providence te destine ; mais je suis assurée que, dans quelque position que tu te trouves,
si tu es bon chrétien, tu seras heureux; et cette lecture bien faite, comme je te le demande, mon cher ami, t'aidera à l'être toujours davantage, comme aussi elle t'aiderait à le redevenir, si (à Dieu ne plaise que cela arrive jamais , et ce que je le conjure de n§ pas permettre!) tu cessais pour quelques instants de l'être... »
Les instructions données de la sorte sont trop étendues pour être reproduites en entier. Elles étaient simples, tendres, graves, profondes; elles avaient été reliées en tête d'un livre de piété, qui devait les empêcher de se perdre; mais n'auraientelles pas été utilement insérées aussi dans le Livre de raison l?
Nos pères relataient dans leurs Livres domestiques, parmi tous les grands actes de la vie religieuse de leurs enfants, celui de leur confirmation. Si l'un d'eux entrait dans les Ordres sacrés, ils enre-
1 Ajoutons à ce trait, emprunté à la Provence, coque Mme de Lafayette nous dit de sa mère , la duchesse d'Aven , et des instructions qu'elle en avait reçues avec ses autres sœurs, dans la préparation à la première communion :
« La grandeur et la vivacité de sa foi lui faisaient envisager les dispositions avec lesquelles nous nous approcherions du sacrement comme décisives pour notre bonheur éternel. Aussi rien n'était négligé pour nous y préparer : instructions solides, exhortations qui développaient l'instruction d'une manière plus «'tendue et rappliquaient à la pratique, à la conduite de la vie. Le catéchisme du concile de Trente, l'exposition de la doctrine de Mézenguy. qu'on nous faisait apprendre par cœur, fournissaient le texte de ces instructions et exhortations, qui ne duraient pas moins de onze à treize ans. »
gistraient l'événement de sa première messe de prêtrise, célébrée au milieu d'un grand concours de parents et d'amis; et ils faisaient de même lorsqu'une de leurs filles prenait le voile.
Les premières leçons, ayant pour objet l'instruction et les études élémentaires, sont données souvent au foyer par les parents eux-mêmes.
« Dès que mes enfans étoient parvenus à l'âge de trois ans, je commençois de leur donner des leçons de lecture. Je leur apprenois ensuite à écrire, et, lorsqu'ils avoient environ sept ans, je leur enseignois les premiers principes de latinité. Je leur fis faire ensuite les basses classes jusqu'à l'âge de douze à quatorze ans. J'étudiois en même temps leur caractère, en leur inspirant de bonne heure l'amour du travail et la crainte de Dieu. » Livre de raison d'Honoré Tliouron, notaire à Besse (Var) ,
— « Je vais à la messe tous les jours à sept heures avec mes enfants. Nous déjeunons ensuite ; puis quelques soins de ménage; puis le travail, en lisant tour à tour la Bible, une leçon de grammaire, toujours en travaillant... Dès que je suis un peu tranquille quelque part, c'est toujours le plan ordinaire de notre vie. Mon grand objet est de leur inspirer beaucoup de piété et de les occuper beaucoup. » Journal de M'nc de Lamartine, 1801-1829.
Tous ces parents modèles considèrent une solide
piété et l'amour du travail comme le fondement des éducations et de l'instruction.
« Dieu le rende sage et chrétien ! dit de son fils la mère dont nous venons de citer le journal. Puisset-il aimer ce que j'aime dans les croyances qui me donnent la paix ici -bas et la vraie immortalité en perspective ! . . . Une fois qu'une mère a mis au monde un fils et qu'elle lui a inculqué sa foi, que peutelle, sinon mettre toujours sa main entre le flambeau de cette foi et le vent du siècle qui veut l'éteindre ? »
Ce vent du siècle est terrible; il pénètre partout, même dans les foyers chrétiens; il agit sur les enfants , dès leur bas âge :
« Mon Dieu ! qu'il est difficile de faire un homme ! »
Mais le père et la mère sont là, veillant sur leur trésor, avec les inspirations d'un amour plus puissant encore que le vice originel qu'ils ont à combattre. Ils savent quelle est leur responsabilité devant Dieu ; ils placent leur confiance dans son secours ; et , s'ils lui demeurent aussi fidèles qu'ils sont étroitement unis l'un à l'autre, que ne peuventils sur l'esprit et le cœur de leurs enfants ? Ce n'est pas trop également de leur accord pour bien choisir les maîtres entre les mains desquels ils les mettront, pour l'achèvement de leur instruction. Jeanne du Laurens ne néglige pas de nous dire quelles étaient, à cet égard, les sollicitudes de ses
)arents ; combien , par leurs rapports avec les récents du collège d'Arles, ils donnaient à ceux-ci 'occasion de se peiner, en sorte que leurs enfants ^vinssent tous vertueux.
Le Livre de raison mentionne , comme un événenent domestique , l'entrée des enfants à l'ëcole , eurs succès au collège ou à l'université , les noms le ceux de leurs maîtres qui se sont montrés le )lus dévoués.
Jehan de Gennes , habitant de la ville de Vitré en Bretagne (1497-1515) , envoie son fils au collège de Navarre à Paris; et, après avoir marqué la date de on départ, il ajoute : « Dieu lui donne la grâce l'être homme de bien !» — Un modeste propriétaire 'igneron de la Bourgogne écrit : « Ce jour d'huy, ! novembre 1739, ma fille est allée en pension à tfursange. » En Provence , les formules sont très expressives : « J'ay mis ma fille en pension, ce 18 septembre 1658 , chez les dames religieuses Berîardines d'Aix, pour y prendre la crainte de Dieu st la vertu. » Livre de raison d'Antoine Bougerel , •onsciller et secrétaire du Roi.
« Pendant toutes ses classes, outre son debvoir lont il s'est très bien acquitté, mon fils aîné s'est •endu bon géographe, mathématicien, ferme en 'explication des poètes. Fasse le ciel que toutes ces :onnoissances ne luy servent à l'avenir qu'à le •endre bon chrestien, honneste homme et soubmis \ suivre les sentimens que je tascheray de luy imprimer toute ma vie!
... « Cependant, mon fils aîné a achevé ses classes; et, comme l'application qu'il a eue pour les lettres, auxquelles il a aussi bien réussi, ne luy permettoit pas de rendre ses connoissances infructueuses, comme il avoit une inclination toute particulière pour les mathématiques et principalement pour l'art des fortifications, il me pria d'agréer qu'il prît le parti des armes.
« Sa résolution m'épouvanta, et je luy représentay tout ce que le mestier de la guerre avoit de rude et de difficile, mais inutilement.
a Le voyant persister dans sa résolution et ne voulant pas de tout poinct forcer les inclinations de mes enfans, je taschay de seconder les siennes... Tout cela me cousta beaucoup ; mais je ne m'arrestay point à la despense, et, autant que je le pourray, je contribueray à l'advancement de mes enfans, me privant mesme de mon besoin. » Livre de raison de J.-B.- Joseph de Sadre, 1680.
N'est-il pas bon que les enfants sachent plus tard quels sacrifices leurs parents se sont imposés pour leur éducation , et qu'ils apprennent par là à faire de même ? Tel doit être un des enseignements du Livre de raison.
Dans celui dont on vient de lire quelques extraits, on voit à quel point ces sacrifices étaient méritoires. Il y avait peu de fortune, rien que des propriétés foncières dont les revenus étaient des plus précaires; et la famille était nombreuse. L'année 1690, par exemple, est mauvaise. Il faut emprunter :
« Mais il ne faut rien mesnager, quand il s'agit de éducation de ses enfans... Le bon Dieu me fera la •ace d'espargner l'année suivante , n'ayant pas de us forte passion que celle de conserver le bien l'héritage que mon père m'a remis. »
L'année 1G91 n'est pas meilleure :
« Jamais année n'a esté plus misérable pour moy, risque, quelque prévoyance que j'aye, je ne vois is que je puisse m'empêcher d'emprunter ou de mdre...; mais enfin il faut se conformer à la vonté de Dieu, et, puisqu'il m'a donné une grosse mille , je dois tascher jusqu'au bout de l'élever et i la faire subsister le plus honnestement que je ourray... »
Ce n'est pas en vain que ce père compte sur la rovidence. Après l'épreuve vient le succès; Dieu Snit visiblement ses entreprises, et des amélioraons agricoles lui donnent dans la suite les moyens 2 suffire à tout. En 1693 , il plante une vigne.
« L'année prochaine je feray, avec l'aide de Dieu, anter les deux autres. Ainsi, nous aurons une rt bonne et jolie vigne, qui sera d'un grand serurs dans le mesnage. »
L'histoire des éducations se lie à celle des efforts
\ père pour y pourvoir; la vie morale de la famille
se sépare pas de sa vie économique. Nous citons
cet exemple, pour bien marquer le caractère propre des Livres de raison; et l'on comprendra de la sorte, d'autant mieux, ce qui sera dit bientôt au sujet de l'administration des biens.
Mmo de Lamartine , établie avec son mari à Milly, en Bourgogne, tient son journal dans cette pensée, et elle nous dit quelles privations lui sont plus d'une fois imposées :
2 septembre 1801. — La volonté de Dieu soit faite! Nous avons été hier horriblement maltraités par un grand orage; la grêle a achevé de détruire toutes nos récoltes. J'en suis malade de saisissement et d'inquiétude. Ce malheur nous oblige à bien des retranchements et des privations : tous nos projets d'aller passer les hivers à Mâcon , pour l'éducation de nos filles , sont renversés ; nous vendrons probablement notre cheval et notre char- à -bancs. Mais Dieu le veut ; cette pensée doit me suffire pour me consoler de tout... Mon mari a eu un bien granc courage ; il m'a dit : « Pourvu que ni toi ni nos enfanls ne me soyez enlevés , j'accepte tout; mes biem sont dans vos cœurs... »
Les familles nombreuses surtout connaissent ce épreuves ; mais elles en sont bien dédommagées pa l'esprit qui les anime, et qui, se communiquant de parents aux enfants, pénètre ceux-ci d'une ardeu i plus grande pour le travail. Charles du Laurens étudiant à Paris avec son frère Honoré, lui dit « Mon frère, pardonnez-moy , s'il vous plaist, ce qu i
; veux vous dire. Vous estes mon aisné, et vous Ues plus ignorant que mou en la Faculté que nous éludions. Si vous sçaviez la charge qiCa nostre maim, vous employeriez mieux le temps que vous ne liles, en vous adonnant à la vertu. Nous sommes ix en fans, nosparens n'ont pas de grands moyens; \ nous ne nous évertuons, nous serons misérables . » \t Honoré, faisant son profit de ces remontrances éternelles, d'écrire à son père : « Je vous donneray mtentement, et à ma mère, en sorte que vous n'auîz subject de vous plaindre de moy... Je me peineay tant que je pourray. En se peinant, on parvient; ul bien sans peine; heureux ceux qui se peinent, %r V oisiveté est mère de tout vice et meschanceté l . » « Je plaide la cause des riches en prêchant le ravail, » a dit de nos jours l'illustre évêque d'Orîans2. Et, en effet, l'on ne sait que trop ce que deiennent les situations de naissance et de fortune n apparence les mieux établies, partout où est ubliée cette grrnde loi divine qui est en même 3mps une des premières lois sociales. Mais la reigion ne doit pas être seule à la rappeler; les pères t mères sont absolument tenus d'en faire sentir la écessité pratique, et au besoin d'en prescrire l'obervation. Ils n'y manquaient pas autrefois; leurs ..ivres de raison et leurs testaments en offrent des •reuves des plus décisives3; et l'on peut affirmer,
1 Une Famille au xvic siècle.
2 M^ Dupanloup, De la haule éducation intellectuelle, t. III ,
3 Les Familles, t. II, chapitre intitulé: » La jeunesse et le levoir du travail. »
comme un fait sans exception , qu'aucune famille ne s'est maintenue sans cette action du pouvoir paternel.
« Mon père répétait souvent : « J'aimerais miem que mes fils fussent cordonniers que d'être sam état, » écrit un fils qui veut conserver à son foyei les principes dans lesquels il a été élevé.
— « JMe restez pas oisifs, soyez bons à quelque chose. Les gens inoccupés mènent une vie languissante et souvent déplorable. Choisissez une profession selon vos inclinations et vos talens, et pour y réussir, rendez -vous -y habiles. Je vous exhorte de vous y appliquer de toutes vos forces, en considérant que votre fortune en dépend absolument, et en ne comptant pas sur le bien que je pourrai vous laisser.
« C'est une source de malheurs que de se reposer sur le bien des parens. Les enfans qui placent là leurs espérances ne prennent pas d'état ou négligent celui qu'ils ont embrassé.
a Pour éviter un tel malheur, faites comme si vous n'espériez rien du tout de votre maison, et agissez comme s'il falloit que vous fissiez vousmêmes votre fortune. » Livre de raison d'André Clappier, médecin. Moustiers, 1740.
Les enfants ne doivent pas compter sur l'héritage! Au xvic siècle, l'aîné des fils du Laurens s'était servi d'une formule plus énergique encore,
in s'adressant à son frère cadet : « Tout enfant qui \e fie au bien de son père ne mérite pas de vivre. » Quelles maximes! et comme il faudrait aujourd'hui es inscrire en lettres de feu dans la plupart de nos 'oyers modernes, où les fils surtout sachant, au sortir même du berceau, que, quoi qu'ils fassent, ['héritage paternel leur sera assuré, se dispensent le tout effort et finissent par perdre tout ressort!
Les éducations ne sont pas dirigées seulement en vue de l'utilité personnelle que les enfants doivent en retirer, pour le succès de leur carrière. Elles ont un autre objet également important; elles apprennent et inculquent à la jeunesse le dévouement au pays. Le patriotisme vrai, non moins qu'une religion solide, sont enseignés dans les familles comme créant des devoirs auxquels il n'est pas permis de se soustraire en conscience1.
En voici quelques exemples. Nous les empruntons à l'ancienne France, et, dès lors, on ne s'étonnera pas d'y voir à quel point le respect du souverain s'identifiait aux sentiments qu'inspirait la patrie.
Lorsqu'un fils venait au monde, il n'était pas rare qu'on écrivît sur les pages du Livre de raison : « Que Dieu lui accorde la grâce de vivre en parfait chrétien et en bon Français ! »
1 « Rien de plus commun que les vertus faciles. On est bon
fils, bon époux, bon père, bon ami, juge intègre, négociant
» exact, et l'on est mauvais citoyen. On a souvent les vertus de
lia famille, et pas une de celles dont l'État a besoin. C'est un
piège pour les faibles, qui excusent des crimes publics par les
vertus privées. (Pensées de M. de Bonald.)
On plaçait en tête du Livre de raison les recommandations les plus expresses à ce sujet :
« C'est le Livre de raison que je laisse à mes enfans , les priant de croire que j'ay faict du mieux que j'ay peu et prétendant leur laisser sur toutes choses la vertu, leur recommandant la crainte et l'amour de Dieu , et de vivre en gens de bien , et de souffrir plutôt mille morts et la perte de tous leurs biens que de manquer au service qu'ils doivent au Roy. Quand on périt pour sa cause, c'est toujours avec honneur et pour satisfaire à son devoir. » Livre de raison de Henry de Forbin, baron d'Oppède, premier président au Parlement de Provence, 1655-1671.
— « En la perte de mes enfans, je me console, disait Montluc, en pensant qu'ils sont tous morts en gens de bien, et l'épée à la main pour le service du Roy.
« Le sang de mes enfans qui sont morts pour le service du Roy est bien employé. Dieu me les avoit donnés, ils me les ont pris. J'en ay perdu trois à leur service. Dieu m'en a redonné trois autres; car j'ay du second Rlaise, et du dernier Adrian et Biaise. Dieu veuille les conserver pour faire service à leurs Roys et à leur patrie, sans faire honte au nom qu'ils portent; et qu'ils estudient bien mon livre, et qu'ils se mirent dedans ma vie, taschant à surmonter leur ayeul, s'ils peuvent... » Commentaires de Montluc.
« — Si tu te préoccupes avant tout de rendre gloire à Dieu , de me combler de satisfaction et d'être utile
à ta patrie, écrivait un père à son fils, voilà plus qu'il ne t'en faut pour t'encourager au travail. »
Ces mœurs, les femmes les avaient aussi, et elles parlaient de même. Des mères, non contentes d'élever leurs fils dans cet esprit de dévouement au bien public, leur adressaient en mourant des conseils, tout entiers dictés par l'énergie du sentiment religieux et national. « J'ai souvent entendu dire, raconte M. de Tocqueville, que ma grand'mère, qui était une très sainte femme, après avoir recommandé à son jeune fils l'exercice de tous les devoirs de la vie privée, ne manquait point d'ajouter : « Et puis, mon enfant, n'oubliez jamais qu'un homme se doit avant tout à sa patrie, qu'il n'y a pas de sacrifices qu'il ne doive lui faire , qu'il ne peut rester indifférent à son sort, et que Dieu exige de lui qu'il soit toujours prêt à consacrer au besoin son temps, sa fortune, et même sa vie, au service de l'État et du Roi • . »
Nous ne saurions négliger, en terminant ce chapitre, de mentionner aussi quel honneur les familles ont mis, jusqu'à ce jour, à avoir un de leurs enfants au service de Dieu. Le nombre est grand de celles qui, à chaque génération, donnaient un fils à l'Eglise , à la paroisse, à un corps religieux enseignant, etc. Il en est chez lesquelles, dans le cours d'un ou de plusieurs siècles, on trouve toute une succession presque non interrompue de prêtres dé-
1 Lettre à Mm« Swetchine, 10 septembre 1856.
voués, exerçant dans leur pays, ou non loin du foyer paternel, un apostolat d'autant plus puissant pour le bien que les populations vénéraient en lui l'union des vertus domestiques et de l'esprit de sacrifice le plus méritoire. Les du Laurens sont encore à citer sous ce rapport. Huit furent docteurs, et, parmi eux, quatre se consacrèrent à Dieu, avec un zèle qui ne se démentit pas jusqu'à la fin de leur glorieux et fécond ministère. Il est vrai qu'il y avait alors au fond des âmes des réserves de foi, et au sein de foyers modèles des principes d'éducation qui suscitaient et soutenaient des vocations si saintes. Nous sommes frappé, d'autre part, de la sagesse avec laquelle la mère de ces quatre apôtres de l'Évangile sut les élever. Elle voulait, disait-elle, en faire de parfaits chrétiens , mais elle entendait qu'ils ne se fissent prêtres ou religieux que de leur propre mouvement. N'y a-t-il pas là autant d'exemples dont les familles chrétiennes de nos. jours auraient à tirer profit ? Jamais l'Église ne fut plus délaissée par les classes que leur situation et leurs conditions de fortune ou d'influence appelleraient à remplir une nécessaire mission de relèvement chrétien et social.
Tel pourrait être le journal des éducations. Ces indications suffisent à montrer le véritable charme qui s'y attache, et elles expriment assez quelle serait son utilité pratique.
Mme de Lamartine disait du sien : « Ce journal ne sera pas sans intérêt pour mes enfants; il leur rendra même peut-être quelque service après moi. »
Un de ces services signalés, c'est de mettre au cœur de la jeunesse une reconnaissance qui sera une de ses meilleures sauvegardes, surtout si le père lui est prématurément enlevé; c'est de lui faire sentir tout le prix du bon trésor dont elle est redevable à tant de sacrifices. Aussi voyons-nous quelquefois les chefs de famille noter les dépenses que leur avaient causées les éducations. Par là, ils voulaient se rendre un compte exact de ce qu'elles représentaient comme capital, et ils donnaient à leurs enfants l'occasion de faire plus tard un retour sur eux-mêmes et de se demander ce que ce capital était devenu entre leurs mains.
Dans bien des familles, ce journal sera en quelque sorte le pendant des souvenirs contenus dans la biographie des parents. Ce que l'auteur du Livre de raison aura déjà dit , comme fils , de l'éducation reçue de son père et des témoignages de sa sollicitude, il sera conduit à le reproduire ici, comme père, pour ses propres enfants; et ces derniers, lorsqu'ils se marieront et reliront le journal paternel, en ce qui les concerne, seront portés à suivre de si bons exemples.
5° Établissement des enfants.
Vient le moment où les fils prennent une carrière et s'établissent , où les filles se marient. Les parents notent dans leur Livre de raison ces événements, qui constituent les annales du foyer, et ils font pour leurs enfants un peu de ce qu'ils ont déjà fait pour eux-mêmes : ils enregistrent les mariages et les naissances.
Il est vrai que les nouveaux époux auront commencé à leur tour leur Livre domestique particulier; mais un grand -père peut-il ne pas céder à la joie qu'il éprouve en se voyant revivre dans des petitsfils? Autrefois, la formule suivante était souvent employée :
« Mémoire des naissances des enfans qu'il a plu à Dieu de donner à mon fils. »
Nous n'insisterons pas sur cette partie, si ce n'est pour signaler les instructions que les parents donnaient quelquefois à leurs enfants , même par écrit , dans des circonstances si solennelles, et avant le mariage. Nous avons publié les avis d'un père ■'; voici comment une mère s'adresse à sa fille :
1 La Vie domestique, t. II, p. 381-393.