‹ Une Grande dame dans son ménage au temps de Louis XIV, d'après le journal de la comtesse de Rochefort (1689) (volume 2)Chapitre 8 sur 68 · PRÉAMBULE · texte numérisé non relu

PRÉAMBULE

du mois de juin 1729, pour donner autant que possible une parfaite connaissance de mes affaires à mes héritiers... Je prie le Seigneur que, s'il luy plaît de me permettre de remplir ce dessein , ce ne soit que pour sa plus grande gloire et pour mon salut. Amen. »

D'autres préambules sont d'une rédaction moins didactique ; leurs auteurs semblent avoir pris à tâche de leur donner un tour tout particulier, pour mieux frapper l'esprit de leurs enfants, et on les trouve écrits à peu près sous la forme populaire dans laquelle sont encore enseignés de nos jours les commandements de Dieu. Ce sont des vers libres, et il ne faut certes pas y chercher la poésie; mais la simplicité ronde et franche avec laquelle ils expriment l'idée essentielle à retenir n'est pas sans charme. Déjà, dans nos études sur les Familles \ nous avons cité des préambules de ce genre, appartenant à des registres de notaires. Mentionnons-en un qui nous vient d'un médecin de vieille race. André Glappier, établi dans la petite ville de Moustiers (Basses- Alpes), décore d'un beau titre en latin son Livre de raison : — « Ad sui suorumque utilitatem hune ralionis Librum scribit Andréas Clappier, doctor medicus, anno Domini 1740. Ad majorem Dei gloriam Virginisque Mariœ. » Puis, s'adressant à ses deux fils, il leur parle en ces termes :

« Lisez souvent, mes fils, avec attention

Ces écrits que j'ai faits pour votre instruction.

1 Tome I, chap. il

Vous en retirerez un très grand avantage. Ils renferment d'abord les mœurs d'un homme sage. Vous y lirez encore un avis important Sur l'étude et le choix d'un établissement, Un mémoire rempli de choses remarquables Qui par leur rareté vous seront agréables. J'y décris un état de tous mes biens fonciers , Des livres de mon art et de tous mes papiers. Vous y verrez marqué le jour qui m'a fait naître, Celui de mon hymen auquel vous devez l'être. Il y paroît surtout des procès la longueur, Le chagrin , la dépense et l'état d'un plaideur Qui , contre sa partie ayant gagné l'affaire , Au bout du compte n'a que papier et misère. Le nombre des aïeux de plus vous y verrez ; Leurs armes et leurs noms vous y remarquerez i.

1 André Clappier ne se borne pas, selon la coutume, à mentionner ses armes dans son Livre de raison. Il en donne une explication qui lui dicte son esprit profondément religieux.

« Nos armoiries, dit- il, consistent en un écusson un peu ovale, orné d'un casque en fasce, et dont le champ est de gueules, portant une croix d'argent enclavée dans un clapier de pierres. J'ai fait à leur sujet les vers suivants :

« Cur cruce Clapperium volumus decorare, nepotes,

Si nos non signant signa cruenta crucis? Ut vexilla crucis merito portare queamus ,

Passio, mors et amor sunt recolenda Dei. »

« Traduction des susdits vers :

« Pourquoi vouloir, mes fils, nous donner la licence D'orner notre Clappier de l'arbre de la croix , Si ses signes sanglants de douleur, de souffrance , N'impriment dans nos cœurs de l'amour pour les croix?

(i Pour pouvoir arborer avec quelque justice L'étendard de la croix de Jésus le Sauveur, 11 nous faut méditer son sanglant sacrifice , Sa passion , sa mort et l'amour de son cœur ! »

Enfin j'y règle tout, tant rente que dépense;

Après quoi, rien de plus.

Puissent mes fils avoir mon souvenir longtemps, Lire et bien pratiquer mes avis importants! »

Ces avis importants ressemblent beaucoup pour le fond aux conseils d'Antoine de Courtois , qui leur sont postérieurs de plus d'un siècle ; en eux se résume toujours et invariablement la substance même de la tradition. « Je veux, mes enfants, dit André Clappier, je veux vous donner quelques leçons qui regardent la science du salut, et aussi quelquesunes particulières qui tendront à la même fin, en assurant votre bonheur temporel et vous rendant honnestes hommes dans le monde... » Nous ne saurions reproduire ici tout cequ'ily a là d'enseignements solides sur la religion, sur les mœurs, sur le mariage, sur le dévouement au prochain et sur le devoir absolu de fuir les procès, ces tristes procès dont les résultats viennent d'être signalés en termes si saisissants... Arrêtons-nous simplement au préambule; et notons, pour notre instruction personnelle, la parfaite netteté avec laquelle y est marqué le but pratique du Livre de raison.

Page 1