LES CONFLITS DES ARCHIDIACONES DE JOSAS ET D'AMIENS
Toutes les querelles que nous venons de retracer s'étaient déroulées dans l'intimité du chapitre. Au contraire les conflits qui surgirent au sujet des archidiaconés d'Amiens et de Josas eurent un plus grand retentissement. Les canonicats que possédait Nicolas d'Orgemont ne suffisaient pas à contenter son ambition ; il voulait obtenir de plus marquantes fonctions ecclésiastiques. Il avait, vainement du reste, tenté d'obtenir l'archidiaconat de Paris, lorsque cette dignité devint vacante. Ayant échoué, il renouvela son essai lorsque l'occasion se représenta.
En mai 1407, l'archidiacre de Josas Garnier Guerout mourut. Nicolas d'Orgemont crut pouvoir obtenir sa succession, et se fit donner par son frère l'évêque de Paris des lettres de provision de cette charge.
Le 10 juin, il les fit connaître à une réunion du chapitre, ajoutant que son intention était de se démettre de l'archidiaconé d'Amiens, dès qu'il serait en paisible possession de l'archidiaconé de Josas ; mais dès ce moment il faisait opposition à la collation de ce dernier bénéfice à toute autre personne1. Cette réserve était nécessaire ; car à peine
1. Arch. nat., LL 109e , p. 670, 10 juin 1407 : « Magister Nicolaus de Ordeimonte hodie insinuavit dominis litteras de data XXII1 diei mensis maii, per quas constat archidiaconatum de Josayo in ecclesia Parisiensi vacantem per obitum defluncti magistri Garnerii Gueroudi per reverendumpatrem dominumepiscopum Parisiensem sibi fuisse collatum, et protestatus fuit de dimittendo archidiaconatum Ambianensem quem obtinet, dummodo fuerit pacificus possessor dicti archidiaconatus, et se opposuit ne aliquis apostolica seu alia [littera] recipiaturad dictum archidiaconatum nisi ipse ».
avait-il fait cette déclaration, qu'un autre chanoine Guillaume Cardonnel déclara que le pape Benoit XIII lui avait accordé ce bénéfice, dont la nomination était réservée à la cour de Rome1. C'était un conflit qui menaçait d'éclater entre l'ordinaire et l'autorité pontificale. Le chapitre de Paris n'avait pas le pouvoir de le trancher.
Les deux compétiteurs se disputaient ardemment cette charge. Tandis que Nicolas d'Orgemont montrait les lettres de l'évêque, en date du 21 mai, Guillaume Cardonnel nommait ses procureurs pour défendre son droit et s'opposer à toute prétention rivale2. Bien plus, le 18 juillet, il requérait le chapitre de le recevoir à cette charge, et les chanoines, ayant pris connaissance tant des bulles pontificales que des lettres de collation données par l'évêque, et sans trancher la question, le reçut, suivant l'usage, comme archidiacre de Josas, malgré les protestations du doyen de Tours, et réserve faite des droits éventuels qu'il pourrait faire valoir3; le nouvel archidiacre prêta le serment en
1. Arch. nat., LL 109e , p. 670, 10 juin 1407 : « Et similiter dominus Guillelmus Cardonelli dicens et asserrens dictum archidiaconatum sibi fuisse collatuni per dominum nostrum papam tanquam reservatum, prout docere obtulit loco et tempore, seopposuit ne dictus magister Nicolaus de Ordeimonte aut quicumque alius recipiatur ad dictum archidiaconatum ».
2. Ibid., p. 672, 20 juin 1407 : « ...Magister Guillermus Cardonnelli, canonicus Parisiensis et archidiaconus de Josayo in ecclesia Parisiensi, constituit procuratores suos magistros J. Rollandi, G. de Kaer, A. de Murolio, R. de Justinis, Jo. de Trelon et eorum quemlibet etc., ad opponendum, contradicendum etc., pro et nomine ipsius contra quemcumque vel quoscumque volentes vel petentes possessionem archidiaconatus de Josayo, etc.. »
3. Ibid., p. 684, 18 juillet 1407 : « Hodie magister Guillelmus Cardonnelli, canonicus Parisiensis, presentavit litteras apostolicas et processus super collatione archidyaconatus de Josayo nuper vacantis per obilum defuncti domini Garnerii Geroudi, sibi facta per dominum nostrum papam, tanquam dispositioni Sancte Sedis apostolice reservati, et petiit recipi ad dictum archidiaconatum, cui peticioni magister Nicolaus de Ordeimonte, dicens hujusmodi archidiaconatum sibi fuisse collatum per d. episcopum Parisiensem, jure ordinario, se opposuit ; et tandem habita deliberatione inter dominos, visis prius litteris apostolicis et processibus predictis, conclusum fuitquodreciperetur salvo jured. magistri Nicolay et
présence de l'évéque de Limoges et de Guillaume Cassinel, seigneur de Romainville. Puis il demanda qu'on lui accordât provisoirement la maison claustrale qu'occupait Garnier Guerout1, ou qu'un chanoine lui prêtât sa maison, afin de pouvoir y exercer sa juridiction d'archidiacre de Josas ; mais Nicolas d'Orgemont s'y opposa; il exigea que la maison de Guérout fut selon l'usage mise en adjudication.
11 espérait ainsi prendre une revanche de son échec. Le
12 août la maison fut licitée, sur une mise à prix de 200 1. p. ; d'Orgemont en offrit 300 francs ; mais le 26 août, elle fut adjugée moyennant 330 francs à Pierre de Canche.
Il ne se résigna pas, et en 1408, il recommença la lutte tant au chapitre qu'au Parlement. Le 25 juin, il requit
quolibet alieno, qui postmodum receptus fuit et juravit in forma, dicto magistro Nicolao ad hoc, ut supra, se opponente, presentibus reverendo in Christo pâtre et domino, domino Hugone, miseracione divina Lemovicensi episcopo, domino Guillelmo Cassinel, milite, magistris Jo. Brouilleti, Radulpho Lijiart, Jo. Perrini, notario publicocum pluribus aliis ».
1. Arch. nat., LL 109e , p. 684, 1407, 18 juillet : « ... et insuper, si contingeret dominum magistrum Guillelmum [Cardonelli] supplicare dominis meis de capitulo ut ipsi velint ei mutuo tradere domum claustralem dicti defïuncti Garnerii pro jurisdictione ipsius sui archidiaconatus exercenda, ipse magister Nicolaus [de Ordeimonte] etiam se opposuit ex nunc prout extunc... ». — Ibid., p. 685, 1407, 20juillet:« ... facta supplicatione ex parte domini archidiaconi de Josayo quatinus sibi accomodaretur usque ad mensem vel ad v* ebdomadas domusque fuit domini defïuncti archidiaconi de Josayo, vel quod domini vellent consentire quod ipse tenere posset j'urisdictionem suam in aliqua domorum claustralium spectante ad aliquem dominorum meorum, casu quo placeret alicui dominorum, magister Nicolaus de Ordeimonte si supplicatio sua cadat in gracia, intervenit... et habita deliberacione inter dominos, concluserunt pro secunda parte supplicationis sue et quod cadat supplicatio sua in expedienti et cum non possit tenere jurisdictionem suam dominus archidiaconus de Josayo nisi in claustro ». — Ibid., LL 110, p. 46, 12 août : « posita est domus que fuit defïuncti domini archidiaconi de Josayo ad ducentas lib. par.; ita quod ille qui posuit denarium Dei ad dictam domum se onerabit de reparationibus dicte domus, et conclusum fuit quod incipiat currere licitatio... Item eadem die in capitulo posita fuit dicta domus per mag. N. de Ordeimonte ad trecentos francos ». — Ibid., p. 53, 26 août 1407 : « domus que fuit domini archidiaconi de Josayo expedita est mag. Petro de Cancha precio IIIc XXX fr. ».
le chapitre d'être mis en possession de l'archidiaconé de Josas. En vertu de la coutume appliquée Tannée précédente en faveur de Guillaume Cardonnel, que quiconque demandant d'être reçu à une prébende ou à une dignité de l'église de Paris, et justifiant d'un titre suffisant, était reçu indistinctement, Nicolas d'Orgemont fut reçu comme archidiacre de Josas, sous réserve des droits de son adversaire, et admis à prêter le serment accoutumé1.
Cette première satisfaction devait lui être précieuse au moment où le conflit était porté devant le Parlement.
En effet, d'Orgemont avait cité Cardonnel en cas de nouvelleté, et il avait trouvé un appui dans l'Université de Paris. Le doyen de Tours instruisait alors, comme commissaire du roi, le procès de l'Université de Toulouse et des adhérents à sa lettre contre la soustraction d'obédience. L'affaire fut plaidée en juillet 1408. Le vendredi 20, Cardonnel demanda que la cause fûtjugée de suite ; d'Orgemont et l'Université de Paris au contraire requirent la cour que le jugement fût renvoyé : « ledit d'Orgemont, disaient-ils, est occupé en la commission des crimineulx au regart des mauvais bulles envoiées par Pierre de Lune » ; le roi, ajoutaient-ils, lui avait accordé des lettres contre l'anticipation de la partie adverse ; enfin, comme dernier argu-
1. Arch. nat., LL 110, p. 97, 25 juin 1408 : c mag. Xicolaus de Ordeoinonte, canonicus Parisiensis, hodie requisivit recipi ad arehidiaconatum de Josayo in ecclesia Parisiensi,dudum sibi collatum per rev.dominumepiscopum Parisiensem, tanquam vacantem per mortem seu obitum defuncti domini Garnerii Geroudi, ... protestans prout aliàs protestatus fuit quod non teneatur dimittere arehidiaconatum Ambianensem. quem obtinet, donec et quousque fuerit pacilicus possessor dicti archidiaconatus de Josayo, quem quidem arehidiaconatum in casu premisso ex nunc prout ex tune promptus est dimittere... Conclusum fuit per majorera partem dominorum. quod reciperetur ad dictum archidiaconum, salvo jure mag. Guillelmi Cardonelli et quolibet alieno, attenta consuotudine eeclesie, per quam omnes petentes recipi ad prebendas et dignitates ecclesie Parisiensis cum titulo sufficienti recipiuntur indistincte, et receptus fuit et juravit in forma et fuit installatus in choro, ipso magistro Cardonnelii protestante... »
ment, ils faisaient valoir que la cour devait attendre pour se prononcer, que le conseil de l'église, convoqué en août, eût pris sa détermination au sujet de l'archidiaconé de Josas.
Cardonnel au contraire objectait que l'on ignorait si le conseil allait être réuni, et que la cour avait déjà décidé que l'on plaiderait la semaine précédente ; enfin qu'il avait de son côté des lettres contraires à celles que présentait son adversaire. Le conseil du Parlement, après en avoir délibéré, « proposa et dit que plusieurs conclusions furent prises et avisées touchant ledit cas... qui sera décidé par le petitoire ; appoinctié que la cour verra les lettres des parties, considérera les raisons et au conseil ]...»
Mais avant que la cause fût définitivement jugée, Nicolas d'Orgemont se désista de sa poursuite, ainsi qu'en témoigne une déclaration du 4 janvier 1409 : « Ce jour, maistre Nycole d'Orgemont s'est désisté et désiste du procès et poursuite qu'il avoit céans en cas de nouvelleté à rencontre de maistre Guillaume Cardonnel, phisicien de Mons. le Daulphin pour cause de l'arcediacré de Jozas, et lui plait et consent que Cardonnel demeure en ses saisine et possession et tout l'empeschement soit osté à son proufit 2 » .
Il fallut vraisemblablement d'impérieuses raisons pour que le doyen de Tours abandonnât l'espoir de devenir archidiacre de Josas. Peut-être céda-t-il à des sollicitations pressantes, et auxquelles il ne pouvait se dérober ; mais ce fut surtout la crainte de complications dangereuses qui le fit céder.
Depuis trente-trois ans, il jouissait de l'archidiaconé d'Amiens ; ce bénéfice était incompatible avec la possession de toute autre prébende à laquelle il y avait cure d'âmes attachée ; aussi lorsque le 10 juin 1407, il exhiba au chapitre