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et à cette même époque, il recevait des dons du roi *, et prêtait des sommes importantes au dauphin. Son frère Guillaume était de son côté nommé gouverneur de Crévecœur. Ces quelques faits permettraient de croire que, comme beaucoup d'autres, Nicolas d'Orgemont avait, après l'émeute de 1413, abandonné le parti avancé qui avait poussé Jean-sans- Peur à la révolte, et qu'il s'était flatté de l'espoir de former avec d'anciens Bourguignons repentants, un groupe modéré qui, sous la direction du duc de Guyenne, pourrait s'élever au-dessus des divisions des Armagnacs et des Bourguignons. Ce parti malheureusement devait être éphémère. La paix d'Arras pas plus que celle de Compiègne ne pouvait durer ; à peine était-elle ratifiée, à peine des lettres d'abolition avaient-elles été accordées au duc de Bourgogne que les difficultés recommencèrent. Jean-sans-Peur voulait que la rémission royale fut étendue à tous les bannis, le duc de Guyenne ne consentait pas à y comprendre les Cabochiens. On négociait, quand d'autre part, les conférences ouvertes depuis 1414 avec l'Angleterre ayant échoué, Henri V débarqua en Normandie. Harfleur succomba et le 25 octobre 1415 la dfaite d'Azincourt anéantissait l'armée royale.
Le connétable d'Albret était resté sur le champ de bataille; parmi les princes du sang, le duc de Brabant, le comte de Nevers, frères de Jean-sans-Peur, le duc d'Alençon étaient morts ; le duc d'Orléans et le duc de Bourbon étaient prisonniers; la noblesse était décimée, l'armée royale anéantie ; le royaume semblait désespéré :
Chef essoigné de piteuse aventure Jeune régent plain de sa volenté Sanc si divis l'un de l'autre n'a cure ; Conseil suspect de partialité Peuple détruit par prodigalité 5.
1. Moranvillé, Extractus Thesauri, 30 juin 1415, n° 500, p. 422; — 31 décembre 1415, n° 510, p. 424.
2. Journal de Nicolas de Baye, t. II, p. 219. La même pièce de vers se trouve reproduite en termes à peu près identiques dans MonstreUt (t. III. p. 123).
Autour du roi et du dauphin, demeurés à Rouen, il ne restait plus que le duc de Berry, le roi de Sicile, et le duc de Bretagne, dont les sympathies bourguignonnes étaient manifestes, et que Charles VI essayait de s'attacher en lui abandonnant la ville et le château de Saint Malô *. Non seulement on ne pouvait compter sur le duc de Bourgogne, mais on devait tout redouter de lui.
La paix conclue en février 1415 et ratifiée définitivement en juillet ne pouvait être de longue durée. Le refus du dauphin de comprendre dans l'amnistie les bannis Cabochiens, l'obstination de Jean-sans-Peur à les défendre, — il se créait ainsi une créance de reconnaissance sur les Parisiens — les difficultés résultant de la condamnation des doctrines de Jean Petit et de l'appel au concile sur la décision de l'évêque de Paris, la légitime répugnance des princes d'Orléans à renoncer à toute vengeance de l'assassinat de leur père, devaient forcément amener de nouveaux conflits. La défaite d'Azincourt les hâta, en laissant le dauphin seul, sans autre soutien que les princes dévoués au parti armagnac.
Il ne pouvait en effet et ne devait rien espérer de Jeansans-Peur, dont les rapports amicaux avec Henri V d'Angleterre n'étaient pas douteux. D'ailleurs, les négociations entamées avec le duc de Bourgogne dès le mois d'août 1415 n'aboutissaient pas2. Le duc cherchait tous les moyens possibles de reprendre le pouvoir, et il parait