Dom Morice, Histoire de Bretagne, t. I, p
2. Dès août 1415 les négociations avaient repris entre la cour et le duc de Bourgogne. Jean sans Peur avait, à ce moment, envoyé son aumônier Jean de Montléon exposer à l'Université sa justification. Le 31 août, Charles VI avait publié les lettres de pardon en faveur du duc et d'abolition en faveur de ses complices, à l'exclusion de 45. Jean de Vailly, président au Parlement et le sire de Moreuil, envoyés du roi, négocièrent durant tout le mois de septembre, mais en vain. A la fin de ce mois, Jeansans-Peur fit publier par les nobles du duché et du comté de Bourgogne les lettres de protestation contre son exclusion de l'armée royale, lettres qui rendaient précaire tout espoir de conciliation (cf. Juvénal des Ursins, p. 507 et suiv.).
bien, dès le départ du roi, du dauphin et des princes pour la Normandie, en septembre 1415, avoir formé le projet de venir à grand force d'armes sur Paris, et tenté, grâce à des complicités dans la ville, de s'en emparer. C'est en effet au milieu d'octobre que certains chroniqueurs placent la conspiration de Colin de la Vallée, pour faire ouvrir une des portes de Paris ' à Jean-sans-Peur ; dès le 27 octobre, le duc de Lorraine, son allié, se trouvait à Dijon, et c'est dix jours après la défaite d'Azincourt le 10 novembre, alors qu'il avait à peine eu le temps d'en être informé, que le duc de Bourgogne se mit en chemin pour venir avec 10.000 hommes « devers Paris, à tout grant puissance de gens d'armes ». Et certainement le 22 octobre ses projets étaient arrêtés ; car ce jour, il envoyait Antoine Bobolier et le sire de Rebecq « en certain voyage... pour convoquer jusques à certain lieu certaines gens qui estoient lors venuz devers mond. seigneur pour ses besongnes, lesquelz gens et le lieu dudict convoy icellui seigneur ne voult e&tre aucunement déclairé 2 » .
La marche du duc de Bourgogne fut bientôt connue à Rouen, où se trouvaient le roi et le dauphin ; et là, sous l'influence du roi de Sicile et du duc de Berry, on manda de suite au comte Bernard d'Armagnac, l'ancien chef de la réaction de 1413, qui tenait alors campagne dans le midi, de revenir sans tarder ceindre l'épée de connétable et défendre Paris tant contre les Anglais dont on ignorait encore la retraite vers Calais, que contre le duc de Bourgogne.
Ce dernier était l'adversaire le plus redoutable, et c'était lui que l'on craignait le plus à Paris. Les mesures excessives de répression prises depuis deux ans contre ses partisans ne les avaient pas fait disparaître, mais les avaient rendus prudents. Si les membres de la haute bourgeoisie s'étaient séparés du duc de Bourgogne, dans l'espoir de