‹ Une grande famille parlementaire aux XIVe et XVe sièclesChapitre 39 sur 159 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La fortune des d'Orgemont, une des plus importantes, semble-t-il, du xive s., fut en majeure partie l'œuvre du chancelier et de ses deux fils aînés, Pierre, évêque de Paris, et Amauri, seigneur de Chantilly.

Déjà les ancêtres du chancelier avaient réuni de belles richesses. L'un d'eux, Pierre, avait vu ses biens confisqués jusqu'à la valeur de 10.000 1., et bien que non entièrement rentré en possession de tout ce qui lui avait été enlevé, il avait pu, dans son testament, laisser 5.000 1. au roi pour la croisade. Ce même personnage avait des biens à Montjay, ainsi qu'un de ses proches parents, Jean d'Orgemont. Ce dernier était également propriétaire de biens fonds à Gonesse, et ce fut dans sa succession que le futur chancelier de Charles V trouva les maisons de la rue Saint- Antoine, qui furent le noyau de ses propriétés parisiennes.

Cette fortune fut considérablement augmentée par le chancelier et par ses fils aînés. Il nous est resté des témoignages précis de l'œuvre entreprise par eux ; grâce à ces documents, nous pouvons pénétrer dans leurs habitudes de vie et d'économie domestiques; nous voyons la patience et la méthode avec laquelle ils augmentèrent leurs premières acquisitions, achetant des rentes sur les biens et les

1. Nous ne saurions assez dire combien nous sommes redevables à M. Gustave Maçon, conservateur adjoint du musée Condé, de précieuses indications et de judicieux conseils. Nous tenons à lui exprimer ici toute notre très vive reconnaissance.

immeubles qu'ils désiraient posséder, de manière à s'en trouver maîtres à un moment donné, et exonérant au contraire des charges qui les grevaient, ceux qu'ils venaient d'acquérir.

On les voit agir de concert et s'entr'aider ; tantôt ils acquièrent ensemble un bien que l'un des acheteurs abandonne bientôt à l'autre; tantôt l'un d'eux achète les biens convoités d'un voisin et les transporte à son frère, que des raisons de convenances ou d'intérêt empêchaient de paraître en nom dans l'acte d'achat.

Malheureusement ces documents ne concernent pas la totalité des biens delà famille d'Orgemont. Ils se rapportent seulement aux domaines appartenant à Amauri et aux seigneuries de Méry-sur-Oise, d'Auvers et de Poix, qui furent le lot de Pierre, évêque de Paris, puis de Nicolas d'Orgemont.

Le premier de ces documents, conservé au château de Chantilly, n'est autre que l'« inventaire des lettres, tiltres et papiers touchans et concernans les héritages, possessions, cens, rentes, fiefz, adveuz et denombremens ayans appartenu et esté tenuz de mes. Almauri et Pierre d'Orgemont, à cause de leurs terres et seigneuries de Chantilly, Montmelian, Moucy et autres... ». Il renferme l'inventaire de la plus grande partie des acquisitions des d'Orgemont au xive siècle; il résume les titres antérieurs à la possession par la famille, et fournit ainsi d'intéressants renseignements sur certaines maisons féodales de l'Ile-de-France et du Vexin français; il énumère les divers contrats d'acquisition, indiquant le prix d'achat, le revenu, les charges dont la terre est grevée; parfois même, il fournit des renseignements d'ordre privé, qui apportent un heureux appoint pour l'histoire de la famille qui nous occupe.

Ce manuscrit contient les titres d'Orgemont rangés sous certaines rubriques, correspondant aux divisions territoriales et aux mouvances féodales : vicomte de Paris; — Vexin; — Chantilly et Chavercy; — Monjay.

La seigneurie de Méry-sur-Oise n'y est pas comprise, car elle forme la matière du second document conservé à la Bibliothèque nationale, sous le n° 4667 du fonds français. Cet inventaire a été dressé par l'évêque de Paris, lorsqu'il entra en possession de ce domaine, et continué par son frère Nicolas; il a fort bien été décrit par M. Pannier dans son savant article sur Méry-sur-Oise et ses seigneurs au Moyen- Age. « Ce censier, dit M. Pannier, qu'il [Pierre d'Orgemont] fit faire dès son entrée en jouissance, montre un propriétaire soucieux deses intérêts. Ce registre ne mentionne pas seulement toutes les mutations de feudataires ou de censitaires ; il donne, outre l'étendue du domaine de Méry, la nature des cens et des redevances qui étaient dues, les noms des habitants du pays ou des petits seigneurs voisins ; il nous dit en quel endroit étaient plantés les vignes et les bois, quelles terres étaient labourées, où se trouvaient les prés et les marais ; il fournit la liste des produits des carrières et du sol, le prix auquel étaient imposées les diverses denrées ; on y trouve dans les nombreux lieux-dits des formes intéressantes pour la philologie, et des renseignements topographiques curieux sur le village et ses environs ; il contient le tarif du péage de l'Oise, et la description du château de Méry et de ses dépendances à la fin du xive siècle *. »

Grâce à ces deux textes, on peut essayer de reconstituer l'étendue territoriale de la fortune de la maison d'Orgemont, partiellement toutefois, les documents parvenus jusqu'à nous ne se rapportant qu'aux domaines qui appartinrent soit à Pierre, évêque de Paris, soit à son frère Amauri. Les autres propriétés qui échurent soit à Nicolas, soit à Guillaume, ne peuvent, faute de renseignements détaillés, qu'être l'objet d'une simple énumération. Pour cette description, nous ne suivrons pas l'ordre du partage

1. Art. cité, dans Mémoires de la Société de l' Histoire de Paris et de l'Ile-de- France, ï. I, p. 24. — MM. E. de Ségur-Lamoignon et J. Depoin ont aussi très utilement consulté ce manuscrit.

fait en 1388 par le chancelier entre ses fils l ; en effet, si les principaux fiefs avoisinant Méry échurent à l'évêque de Paris, son frère Amauri se rendit propriétaire dans ces environs d'importantes terres, telle la seigneurie de Marines; et les biens très importants sis aux alentours de Lagny, Thorigny, le Pin et Courtry, furent divisés entre les fils du chancelier.

Par suite, en se conformant à l'ordre du partage, on n'aurait pas eu un état topographique de toute la fortune territoriale de la famille. Cette fortune peut se diviser en cinq groupes :

i° Groupe de Paris ;

2° Groupe de Méry, Pontoise, Auvers et Marines ;

3° Groupe de Lagny, Thorigny, Montjay, le Pin ;

4° Groupe de Chantilly et Chavercy.

5° Divers.

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