ENSEMBLE
Heureux souvenir De renfance.
Je sens revenir L’espérance;
Ta, chanson me plaît.
Je t’adore.
Mon joli Couplet,
, Chante encore.
BERNARDET
11 est cliaruaaiit, je ne dis pas le contraire .. .Mais pounjnoi ne dit-il pas les choses font uniment an fieu de ciiaiiler ? MADEMOISELLE BOULINGRIN.
C’est à cause dé cela (jue je l’aime ! 0 mou joli Couplet!
- OLYMPE
Oh! rua princesse adorée!
BERNARDET
Il me semble , ma fille, que vous pourriez au moins épargner aux regards de votre vertueux père le spectacle de vos extravagances.
MADEMOISELLE BOUI.INCIIIN,
Oh! mon père!
BERNARDET
Suspendez un peu votre duo, qui n’est pas'Mrop vilain du reste, je dois en convenir... et parlons <ies préleiidants parmi lesquels je suis obligé de choisir. 11 y en a un, selon moi, qui me parait avoir des titres sérieux.
sr,É\K viir.
MADEMOISF.I.I.E BOI LllSGlil.N.
Qui donc?
' BERNARDET
Maxime ou Maiiricej je ne sais plus au juste Kiiün la gi amie pièce,
OLYMPE, à part.
Mou ennemi le plus aclianiél
MADEMOISELLE BOULINGRIN
Mon père!
BERNARDET
Quoi ! ma lüle cliérie !
MADEMOISELLE BOULINGRIN
Je ne veux pas l’épouser.
BERNARDET
Et pourquoi cela, s’il te plaît?
MADEMOISEI.E BOULINGRIN.
L’enchanteur dont je vous parlais, le méchant enchanteur qui nous a séparés/ c’est lui !
BERNARDET
Ma Allé, il ne convient pas de repousser les gens si briisquement, surtout quand ils ont du mérite. Maurice n’en manque pas, il s’en faut. Tu ne veux jias l’épouser, cola te regarde. On peut cependant choisir plus mal. Le jour où tu serais entrée dans sa maison, il t’aurait jui dire, sans doute, des choses qui ne t’auraient pas déplu : « C’est ici, t’aurait-il dit, que Marguerite Gautier est inortej c’est ici que Marco s’est liien portée; c’est ici qu’une main vigoureuse et loyale a terrassé Olympe. »
OLYMPE
Je ne vous dis pas le contraire; mais une fois qu’il aurait dii cela, et deux ou trois choses encore, qu’est-ce qu’il lui resterait à du e?
Air :
Le genre tiu’ici l’on vous vante Me semble iin cheval merveilleux.
Tète fine, jambe éléganle,
Large poitrail, jarrets nerveux.
Il irait de Paris à Rome,
Ventre à lerre, sans s'arrêter,
. ■ C’est un cheval parfait en somire.
Mais il faut savoir le niuiitcr.
A Rome, il irait ventre terre;
C'est un cheval, sans le vanter,
Comme lequel on n’en voit guère,
Mais il faut savoir le monter.
' BERNARDET
Cela est iilein de justesse, mou joli jmge.
UNE HEURE AVANT L’oDVERTüRE.
OLTHPE.
Alors, je continue...
BERNARDET
Tu vas encore chanter un petit air?
OLVMPE.
Non, vous n’y êtes plus habitué, il ne faut pas forcer la dose. Je continue, mais en parlant : de deux choses l’une, ou .Maurice ne saura pas le monter, ce cheval, et alois, si voîis lui donnez votre tille, elle n’aura pas de quoi acheter des robes.
BERNARDET
Oui, mais s’il sait monter, .Maurice ; si la grande pièce est bonne...
OLYMPE
Si la grande pièce est bonne, savez-vous ce qui arrivera?
BERNARDET
Non.
OLTHPE.
11 arrivera que, le jour où vous lui offrirez la malade votre tille, Maurice vous demandera une prime.
BERNARDET
Tu crois?
OLTHPE.
J’en suis siir. La première fois que vous l’inviterez à dîner, Maurice vous demandera une prime.
Encore?
OLTHPE.
11 vous demandera une prime le jour où il baisera la main de votre tille.
BERNARDET
Oh! oh!
OLYMPE
Une prime le jour où il lui prendra la taille.
BERNARDET
Ohl oh!
OLYMPE
Une prime le jour...
BERNARDET
Holà! mon page !
MADEMOISELLE BOULINGRIN
Mon père, je vous supidie de ne pas me contraindre à ce mariage.
BERNARDET
En vérité, ma fille?
MADEMOISELLE BOULINGRIN
Je ne veux pas épouser un homme qui a tant de goût pour les primes.
tCÈNE IX.
BERNARDET
Le fait est que cela mérite réflexion.
OLYMPE
Nous sommes sauvés !
BERNARDET
Allons, allons, cela ne rnoiiilie en rien mon opinion. Maurice a (les qualités, cela est incontestable; il est incontestable aussi (^u’il ne ferait qu’une bouchée tie la dot de la princesse.
OLYMPE
En voilà déjà un dont nous sommes débarrassés.
s MADEMOISELLE BOULINGRIN.
Oh! mon bon petit père, que vous êtes gentil!
' OLYMPE
* Air :
Un bon mariag', n'en doutons point,
S’ra U Qu d’ cette comédie;
Pour le forcer, vite, au besoin,
£ml)rassons-nous dans tous les coins.
Ah ! j’ t’aimons tant, j' te doun’ tant d’ baisers.
Qu’il faudra bien qu’on nous marie;
J’ t’uimoiis tant, j' te donn’ tant d’ baisers.
Qu’on n’ pourra pas nous 1’ refuser.
(Entre Coralie. — Olympe et mademoiselle Bouliogrin dansent sur la reprise des deux derniers vers.)