SCÈNE IX
Les mêmes, CORALIE.
CORALIE
Ah ! <ju’est-ce que c’est que cela ? qu’est-ce qu’il chante le misérable? Qu’est-ce que c’est que cet abominable patois?
OLYMPE
Comment, abominable patois. Ce sont des vers.
CORALIE
Des vers, cela? Tu appelles cela des vers?
OLYMPE
Sans doute.
CORALIE
Mais ils sont horriblement faux, tes vers. Ils sont écrits dans une langue qui n’existe pas. (a mademoiselle Boulingrin.) Comment de Tavez-vous pas remarqué? En vérité, princesse, vous avez des yeux qui valent mieux que cela?
UNE HEURE AVANT l’OÜVERTÜRE.
OLYMPE
Qui donc es-iu pour me parler ainsi?
CORALIE
Je suis la pièce en vers.
OLYMPE
Ah 1 ah ! la jolie pièce en vers.
BERNARDET
El tu viens pour épouser ma lille?
CORALIE
Je viens au moins pour lui dire que je l’aune! Doimez-moi la main un instant, et écoutez-moi!
MADEMOISEU.E BOULINGRIN
Ecouterai-je, pajia?
Écoute, ma fille.
BERNARDET
CORALIE
Si vous aimez les vers, moi, je puis'voiis en dir , J’en sais de fort jolis où l’ou parle il'amoiir;
I.es mots qui font pleurer, les mots qui font sourire. Se mêlant sur ma lèvre, y chantent tour à tour.
Je m’occupe fort peu de tout ce qu’à la ronde L’homme fait et défait; mon creur n’a qu’un désir, Il lui faut de l’amour, n'en fût il plus au momie : Je suis fait pour aimer, pour chanter et mourir.
Jam.ais dans son trésor, plongeant ses mains tremblantes, Avare ii’en tira plus de rares bijoux.
Que de ce cœur gonflé de larmes enivrantes.
Je ne puis, moi, tirer de tendresse pour vous!
Demandez-m’en heaucoup, ma fortune est de celles Qu’on jette à tous les vents sans les pouvoir user;
Rien n’en sauiaiil tarir les sources éternelles.
Mon trésor est immense et ne peut s'éjiuiser.
Voilà des vers rhylhmés selon le mode antique.
Et qui, sur leurs six pieds, se peuvent tenir droits;
La langue que je parle est la langue classique.
Que les dieux, dans le ciel, ont parlée autrefois.
Mais, celle qui l’écorché^ en quoi ressemble-t-clle Au langage divin? Quand ils disaient tout bas A la blonde Vénus qu'ils la trouvaient bien belle.
Les dieux ne parlaient pas comme des Auvergnats.
Ces rimes ne sont pas d'une richesse extrême.
Et je parlerais mieux, certes, si j’écrivais :
Au moins, je n’ai pas dit : J’ t’aimons, pour je vous aime , Quand on parle d’amour, il faut parler français.