Une heure avec.. 1924
L'orage vient de finir, et, cependant, nous sommes inquiets et anxieux, comme si Porage
allait éclater.
Pauz ni de Le: Paris de M. Ferdinand Ossendowski, qu’ on Je Robinson Crusoé du Fo siècle, et don
1 eu la chance non moins précieuse de ie ncontrer avec les trois RES Fo £
ions qu'il à rapportée de sa de =.
née à travers l’Asie. J'ai nommé l'historien de l'Asie, ené Grousset ; M. Jacques Maritain, le philosophe
dans ce pays, et M: René Guénon, l'hindouiste, po nous ont valu ce livre remarquable ï
jours-ci sur les questions qui angoissent la conscienc
européenne un petit précis riche de substance : Orient ef, Occident. | ue
+ HAT à Après avoir suivi les cours dé la Sorbonne et travaillé au laboratoire de physique et chimie de MM. Frost et Bouty, M. Ferdinand Ossendowski servit aux armées russes comme haut-commissaire aux combustibles, sous les ordres du général Kouropatkine, pendant la guerre russo-japonaise. Quand se produisit la déclaration de guerre de 1914, ik était conseiller technique au conseil supérieur de la marine. Après la révolution russe, il devint professeur à. l'Institut polytechnique d'Omsk, d’où Koltchak l’appela pour lui confier un poste important dans le gouvernement de la Sibérie. Koltchak vaincu, Ossendowski dut s'enfuir à travers les forêts de l'Iénisséi et à travers la Mongolie. Il vécut alors l’effroyable odyssée qui nous est contée dans Bêtes, Hommes et Dieux. LR Ce savant est l’un des plus grands écrivains de la Po: logne contemporaine. | | 2 Vous ne manquerez pas de lire son livre ; aussi, je n6 veux pas déflorer les violentes émotions qui vous let seront pendant que vous suivrez à travers la Mongolie et le Thibet un aussi courageux compagnon. 4 Le courage, telle paraît être, en effet, la qualité dominante de l’ancien lieutenant de Koltchak. 24 Un courage silencieux et hautain — lisez sa première entrevue avec le baron Ungern, l’un des principaux personnages de ce roman vécu. Ce baron russe, « terrible général sanguinaire », descendant des Huns et des chevaliers teutoniques, est le chef du mouvement révolutionnaire en Mongolie. Il a déjà assuré la victoire de la Mongolie sur Ja Chine. SiReS Ferdinand Ossendowski est sollicité surtout par la ques:
So: | FERDINAND OSSENDOWSKI A1.
tion diine comme tous ceux qui furent victimes de la révolution russe. Il nous a fait d’intéressants rapports sur la Russie et le monde jaune.
| Il avait peine à répondre à toutes nos questions. + | philosophe catholique Jacques Maritain n'était ni le moins | curieux ni le moins impatient.
Essayons, au hasard de nos souvenirs, de reconstituer ce chassé-croisé :
JL Marrrais, — N'y a-t-il pas alliance entre le monde asiate et les Soviets ?
Ossenpowskr. — Pour répondre à cette question il faut
Be nter dans l’histoire. Le dernier descendant de Gengis Khan, Amoursana-Khan, qui était aussi empereur de Chine, se réfugia en Russie quand la dynastie Daotzin triompha de la dynastie Youan. En gage de reconnaissance, il trans- | féra tous ses droits de Khan suprême à à l'impératrice Catherine IT. C'était, vous le savez, au xvin° siècle. Il lui donna aussi la sainte pierre de la prophétie, sorte d’ agate noire qui était toute couverte de lichens. Aussi longtemps qu “elle était restée à Ourga, jamais la maladie ni le malheur n'avaient touché les Mongols, ni leurs animaux. Depuis qu “elle à quitté l’Asie, le peuple mongol a commencé lentement à mourir.
— Les tsars ulilisèrent-ils ce titre de Khan suprême et la sainte pierre de la prophétie 5 gorge t-elle en Russie tout son pouvoir ?
… Ossexpowsxr. — Catherine IT n'’utilisa pas ce titre, mais Alexandre [", conscient des devoirs qu’il lui imposait, aida — diplomatiquement — les Mongols dans leurs ré-
voltes contre la Chine et depuis lors, Mongols et Chinois font suivre les titres du tsar du nom de Khan blanc (Tzagan- -Khan). Aussi quand Semionoff, général de l’armée de
à un aussi rapide acquiescement.
RO 0 UNE HEURE Koltchak, devint vice-roi de l'Extrême-Orient, il demanda
au Bouddha vivant d'Ourga le titre de grand Khan de,
Mongolie. Il l’obtint. Le baron Ungern ne fut pas étranger
__ Semionoff est-il toujours le grand Khan de Mo golie ?
Ossennowsxi. — Il l’est, mais il n’exerce plus le pouvoir effectif. Il vit maintenant, au Japon, à Nagasaki. I comba tait contre les bolcheviki, au district d'Oussouri, sur les bords du Pacifique, quand il fut séparé d'Ungern. Le pouvoir effectif revint alors à Ungern dont la première démarche fut de faire adresser par le Bouddha vivan 1 à tous les peuples asiatiques une bulle où il ordonnait la lutte contre les « bolcheviki, mauvais diables, mandait-il. qui vont tuer la moralité et l'âme de toute l’humanité. Semionoff avait d’ailleurs été en contact avec le Dala Lama qui avait envoyé un message au Bouddha vivant lu ordonnant dès 1921 d’entreprendre la lutte pour la défenst de l'humanité. R LUS SAS C’est alors que le Bouddha vivant avait commencé la. guerre, le baron Ungern étant son généralissime. On appelait Ungern le Dieu de la guerre, et j'ai vu, dans son
Mon
armée, des représentants de toutes les tribus asiatiques. Ils luttèrent d’abord contre la Chine, pour l’autonomie. de la Mongolie. ES DE Ils furent victorieux. Une fois libre, la Mongolie proposa.
à la Chine de prendre la tête de ce mouvement panasiatique. contre les bolcheviki d’abord et la race blanche ensuite. Mais la Chine est dans un tel état d’anarchie qu’elle ne put. accepter. Elle est toute partagée en petits roy GS sont aux mains de généraux aventuriers. SNS Dévant son refus, la Mongolie prit le commandement de ses alliés et entreprit une lutte que le succès ne couronna guère. Ungern fut trahi par ses officiers, livré aux forces, bolcheviques en Transbaïkalie et tué. 1.
ne
ee … FERDINAND OSSENDOWSKI n
Depuis . ce sont les Soviets qui ont revendiqué les
droits des tsars sur l'Asie. Depuis cinq ans, il y à eu à
Petrograd onze congrès panasiatiques, et l’université de : . propagande de Moscou, où il y a deux cent mille étudiants, . compte quarante mille étudiants asiatiques (les plus nombreux sont les Indiens des Indes britanniques ; les Chinoïs viennent ensuite, puis les Perses et les Turcs). La propagande bolcheviste est d’ailleurs fort habile, (Le communisme nest pas pour elle une doctrine d’exportation. L'Orient y répugne absolument). Elle présente la
ze
| Russie comme l'avant-garde du monde jaune prêt à fondre.
sur la race blanche. " Mais le Bouddha vivant et sa femme, sa femme surtouf, Da aient obstacle à cette propagande. Les bolcheviki n’hési-
tèrent pas : ils empoisonnèrent la femme du Bouddha il.
. y a environ deux ans. Ne pouvant plus ouvertement lutter contre les bolcheviki, le Bouddha vivant se borne à maintenir le contact entre tous les peuples pour former, l’heure venue, un grand royaume asiatique central.
avec. le Bouddha vivant, et s’il triomphait, il forcerait la Chine à se joindre à ce mouvement antibolchevik et antirace blanche.
| is d'organiser un mouvement panasiatique ïe
Ossenpowskr. — Je ne le crois pas. Ils ne s'appuient pas
; sur des éléments assez purement asiates.
- vivant d'Ourga et Gandhi ?
Ossenvrowskt. — Oui ; ils sont en relation, mais si une . volonté de lutte contre la race blanche les unit, leur sys-
ième est différent. Le Bouddha vivant est guerrier ; Gandhi k est pacifiste. Le mouvement suscité par lui n’est pas encore
guerrier.
Le parti monarchique de Chine est en relations étroites : — C’est dire que vous ne croyez pas les bolchevistes
J. MarrTain. — Ÿ a-t-il des rapports entre le. Bouddha
— Connaissez-vous Rabindranath ragore ? Ne crilique-
- RENÉ GuÉNow. — Tagore est un Asiate bien occidentalisé. Ossenpowskr. — Ne vous y fiez pas trop. “2 J. MariTaiN. — Avez-vous rencontré en Mongolie des
traces d’évangélisation catholique ? 5 OssENnowski. — Non. Quelques franciscains, mais sans
aucune influence. on RENÉ GuÉNON. — Pourtant les missionnaires saiholtite
dhiste.
t-il pas cette lutte à
tale ?
Dans trois messages jort significatifs que Cecil Gectai Bazile vient de traduire en français sous le titre Nationalisme, on relève des déclarations formelles : « L? Oc-} cident est nécessaire à l'Orient. Nous sommes complémentaires l’un de l’autre par nos différents aspects de vérité. \ C'est pourquoi, s’il est vrai que l'esprit de l'Occident s est) abattu sur nos champs comme un orage, il sème néanmoins çà et là des graines vivantes qui sont immortelles. Et quand | dans l'Inde nous deviendrons capables d’assimiler dans! notre vie ce qui esl permanent dans la civilisation occidentale, nous serons en position pour amener une TÉGOTEIAS tion de ces deux grands mondes. »
Tagore est une intelligence nourrie de toutes les cultures. du monde. Ailleurs il déclare : « Je érois en la vraie union de l'Orient: et de l'Occident. Toutes les gloires de l’ hard | nité sont miennes. Aucun peuple ne peut faire son salut en. se détachant des autres. » S’il a pour Gandhi une ajfectueuse | estime, il redoute les gandhistes… &
Ossennowsxr. — J'ai vu Tagore à Londres. C’est un Asiate. Dans ses yeux noirs, vous ne pouvez rien lire.
Quand je regarde ces yeux, j'ai toujours l'impression d’un écran qu'il faudrait soulever. -
seuls pourraient trouver audience auprès de l’âme boud-
Malheureusement, ils A ne tous, à mon avis, nu grosse erreur de A ESS ËT uniquement aux parias, aux
| 1e | mais 1. n’y à aucune activité nt dans ] Lo. tes |
10 que chose de tout intérieur.
ais nous parlerez-vous enfin, monsieur Ossendowski, as vivant, celui que vous avez VU : ? ï
é me sens ému ; je tends une oreille plus attentive en-
Sair teté le Bouddha vivant, | “ Alors, est-ce vraiment plus qu’un Roman à Oüelle D Dr'es Ssion avez-vous ressentie lors de votre première entreormidable, n'est-ce pas ? 1 NDOWSKI. — Oui; malheureusement, c'est un vieil
cule effaré. | | ne René Guénon et Ossendowski d’un même élan :
FA
or
qui le forçaient à boire pour mieux esp ïl
perdu la vue.
poisonner et mettre à à sa ue un autre A les autres firent valoir les crue mérites du pos
rent. finalement, de bâtir un grand temples gigantesque statue de Bouddha, a d’apaiser Li Ceci ne réussit pas à rendre la vue au Bouddha, donna l’occasion de hâter le départ pour l’autr de ceux d’entre les Lamas qui avaient fait preuv radicalisme excessif, quant à la méthode propre à les problèmes de sa cécité. » | Les déclarations de M. Ossendowski nous su Nous nous expliquons mal l'étrange morale du vivant : : | cs M. René te intervient :
dentales. Ce que vous appelez vertu est pour hindoue quelque chose d’extérieur et de bien
Martrain. — C’est ainsi que le Bouddha néglige pas l’aide de sa confrérie de lamas empo Ossennowskr — Ce sont les docteurs en médecine
tique. Pour en revenir au Bouddha Vivant, il n° leurs pas ivre tous les jours, et, sauf cette tare, il un homme fort supérieur. À certains moments, passer en lui comme une véritable inspiration.
Il à soïxante-quatre ans. Il est le fils d’un Dalaï Lama. Il a lui-même un fils qué les int gu Japon essaient de circonvenir, |
N. — É. pensez-v vous 0 mythe du Roi ef d’une humanité souterraine à la science et e merveilleuses, que vous regardez dans votre 0 le mystère central animateur de rss ee — Je suppose que cette légende a une se
. Aucune nation de l'Asie n'était joe
er rrair de et. . son chef. Et ainsi les espoirs des AE ë se nt d'appui nécessaire... en attendant le nouveau
h# 1 — L'idée du Roi du Monde remonte en ne haute antiquité, et elle a toujours eu un rôle | ant dans la tradition hindoue et shivaïte qui forme ee | du bouddhisme thibétain.
1, monsieur tendons et que vous relatez dns 0 re livre, y en a-t-il qui vous paraissent inexplicables ? JSSENDOWSKI. — Je dois dire que j'avais passé plusieurs + s dans une atroce solitude, les nerfs à chaque Instant à dus dans une incessante lutte pour la vie. J'étais mûr utes les suggestions et même les autosuggestions. RITAIN. — Cependant, d’autres que vous ont eu la . e vision de votre famille qui était au loin et bien dés: ctions faites devant vous $e sont réalisées. La prédicst pas du domaine de la suggestion.
DOWSKI. — Je suis un voyageur et un observateur. si je pars prochainement pour l'Afrique du Nord. s visiter le Maroc (j'ai une lettre de recommandation maréchal Lyautey), l’Algérie, la Tunisie, l'Égypte. pu je pousserai jusqu'en Afrique Centrale. )
J'ai l'impression que j'en rapporterai quelque cho” J'entré en Syrnpathié avec les peuples, avec là terre ellemême. J'ai le romantisme de la terre.
J. Mañrrain. —— Avéz-vous constaté en Mongolie un enseignement quelconque donné par les lamas ? su | OsseNpowskr. — Les lamas sont très intelligents et très
cultivés, mais ils entretiennent le peuple dans la crédüulité et la superstition. À tous les tournants dé route, il faut. offrir des Sacrifices aux mauvais esprits.
M. Ossendowski a un sourire mélancolique : ne == J'en ai offèrt moi-même d'innombrables... Le peuple vit dans une sorte de panthéisme grossier. Partout je l'ai vu Courbé sous la peur.
J. MaRiTAIN. + Et Ce sont ces larnas PR qui veulent apporter à l’Europe le règne dé l’esprit... Cé qui me frappe, c’est qu’au lieu de ces distinctions éntre ordres différents qu’on peut regarder comme une des plüs pré Cieuses acquisitions de la civilisation occidentale, et comme. une condition de la liberté humaine, on remarqué là- bas une confusion universelle entre le spirituel et le témporel, entre le mystique et la politique, entré la hiérarchie inté-. rieure dé la sainteté et la hiérarchie du BOURSES