‹ Une heure avec.. 1924Chapitre 38 sur 53 · HENRI BARBUSSE · texte numérisé non relu

HENRI BARBUSSE

livre ne s’absorbe pas comme un roman d'aventures poli- - cières, et qu'une œuvre aussi condensée doit être lue avec un certain recueillement.. On y arrivera, et je pense bien. que ce bouquin fera son chemin comme les autres.

— Mes débuts dans la littérature ? Vous n'allez pas me rajeunir ! J'ai suivi la voie des concours, si j'ose dire.

L'Echo de Paris, qui était au temps de ma jeunesse un #,

grand journal littéraire, avait organisé un concours. J'eus . une nouvelle et un poème couronnés. Catulle Mendès était président du jury. Il m’accueillit avec le dévouement le plus cordial et me proposa d'écrire régulièrement au Supplément littéraire de l’Écho de Paris, que dirigeaient Marcel &chwob et Alfred Vallette. C’est ainsi que je fis la connaissance de ce prodigieux érudit, Marcel Schwob, qui me prit sous sa protection. Je me souviens qu'il admirait beau- Coup Paul Hervieu ; il m'emmena avec lui à la première représentation de Les Paroles restent. AU A Sr I] m'introduisit surtout aux réunions du d’Harcourt ; … C'était dans les années 1896-1897. Il y avait Paul Claudel, tumultueux et spirituel ; Jules Renard, humoristique et sec, qui « tapait » sur Zola avec joie ; Maurice Pottecher, Henri de Régnier, Pierre Louys et Paul Valéry, alors employé au ministère de la Guerre, et qui était peu parleur, presque effacé. 7 à = Marcel Schwob habitait à ce moment-là rue de l'Université, au deuxième et demi : entre le deuxième et le trot sième étage, il y avait une petite porte qui ouvrait sur. À l'escalier. On entrait : c'était la demeure du père de Monelle. Il y travaillait en robe de chambre écarlate — un bénédictin peint en rouge — dans une petite chambre qui ” était comme une armoire de livres et de papiers en désordre, avec, sur la cheminée, un beau buste expressif de Claudel. L'érudition n'avait pas réussi à tuer l’enthousiasme en lui. Pendant des journées entières, il me récitait Tête d'Or,

RE Te

fon Eee VU

l'Echange, les autres pièces de l’Arbre, et les poèmes di = Whitman qu'il lisait dans le texte anglais et me traduis immédiatement. | Re. e + De plantureux dîners réunissaient tous ces amis au d'Harcourt. Le repas coûtait 3 fr. 50. an pe ; Je fréquentais aussi chez Heredia, où je rencontrai pou la première fois Marcel Proust. C'était un petit jeun homme, pâle et mince, qui me demanda des VeITS pour … Le Banquet, revue dont il s’occupait avec Fernand Gregh. . J'ai connu là Samain, être adorable, d’une modestie et d’une affabilité extraordinaires : je me suis lié avec lui d’une vive amitié. | s u Et j'ai fréquenté aussi beaucoup Mallarmé, dont la parole, comme l'œuvre, m’ont fortement remué. HA . Schwob me fit rencontrer Oscar Wilde au « d’'Harcourt Wilde nous raconta de belles histoires, moitié contes fées moitié mots d'esprit... » STE

Et, bien entendu, Barbusse raconte ces belles histoires. — J'ai même vu jadis Victor Hugo. Il était à la fin de sa vie, et moi je n’avais que quelques années. C'était à une Cérémonie de mariage. On dit au bambin que j'étais : « Va embrasser ce vieux monsieur. » Et je me souviens enco e fort bien de la figure et du sourire du vieux monsieur à Hi CE Mariage. Ne.

Tous ces souvenirs me semblent aujourd’hui apparteni à un passé bien romantique. : a Après, j'ai fait du journalisme. J'ai été chef adjoi W

du cabinet de Jean Dupuy, ministre de l’agriculture et directeur du Peiit Parisien. Au cabinet de M. Dupuy, j'ai eu comme collègue l’exquis André Spire. J'ai dirigé litté. rairement les Publications Laffitte et ensuite les Publica- . tions Hachette. à se J'ai travaillé avec Frédéric Passy et le bon et no ” Charles Richet à la Société Française pour l’Arbitrag

entre Nations.

Puis j'ai écrit l'Enfer, et Nous Autres, puis j'ai fait la guerre volontairement, dans l'infanterie, comme. simple faisais tout au moins le sacrifice de ma vie, qu'une fois

| vaincue l'Allemagne, le militarisme serait vaincu. Après la guerre, j’ai, à un moment, fréquenté beaucoup

mes débuts littéraires et a toujours été très bienveillant pour mes productions. J’ai essayé de le convaincre de la nécessité d’une croyance sociale énergique et nette et je lui ai parlé souvent de la cause prolétarienne et révolution: maire. Une des dernières fois que je l’ai vu, il m'a dit : __ « Je sens que vous avez raison. Mais je suis trop vieux : je n’ai pas la force de vous suivre... Mais j'ai contanee en VOUS. » à Il me donna une feuille de papier blanc au bas de laquelle n Mit mit sa signature :

« Vous pouvez écrire, me dit-il, ce que vous voulez sur

protesterai. » … J'ai été touché de cet hommage à une idée, mais je n'ai, naturellement, pas fait usage de ce blanc-seing,.

D’aucuns prétendent que je suis un sectaire. Je suis surtout . un croyant et un mystique de la logique. J’ai pu attaquer

tains révoltés désordonnés, et aussi certaines bonnes vo- : lontés myopes, mais je crois que la raison, la révolte et la bonne volonté sont les forces qu'il faut pour rectifier les institutions. malfaisantes et créer, selon des lignes droites,

à tous. rs

25 avril 1925,

PEN BARBUSSR 40 soldat, parce que je croyais, avec une naïveté à laquelle je à

Anatole France. Anatole France m'a beaucoup aidé dans

celte feuille et le publier avec ma signature : jamais je ne

__ Et voilà ce que je trouve à vous dire, à bâtons rompus.

certaines mystiques, certains ratiônalismes et même cer- a

l'avenir qui n Phare personne, mais qui appartient

La production littéraire de ces derniers jours est abondante, variée et de qualité : le Saint-Paul d'Émile Baumann, un nouveau recueil de poèmes de Charles-Théophile Féret : La Barque de Cüir ; un livre de reportage de Roland Dorgelès : Sur la Route Mandarine. André Rouveyre nous donne les Pages caractéristiques de Baltazar Gracian. (Les notices et la traduction sont de l’hispanisant Victor Bouillier). Nous avons là une partie très importante du Cri- \ficon dont Schopenhauer a écrit que c'était un des meilleurs livres du monde. Un important essai de Rouveyre précède le tout, un essai écrit dans cette langue savoureuse, drue, contractée et un peu fiévreuse que nos lecteurs con- : naissent bien. À l'Association Guillaume Budé, dont l'influence en France et à l’étranger s'accroît chaque jour, le Chanoine Auguste Diès nous donne la traduction du Son phiste. C’est une des plus séduisantes réussites de l’humaniste angevin. Les philosophes professionnels, si jose dire, doivent estimer que ce dialogue est loin d’être l’un des plus riches en substance, mais moi, qui ne suis pas phi- Josophe, (dois-je m'en réjouir ?) j’ai bien le droit d'avouer * que j'ai toujours eu un faible pour Le Sophiste. J'Y trouvé “uné argumentation alerte, pittoresque et sans défaillance.

Je conseille à à mes lecteurs de reprendre Le Pope e

de des libraires et dont toute la presse s int avec passion. Une pros un A trouble parfois, car

insulter à la ous que dé a par humilité spir tuelle le ue el du modèle.

er fait tourner a Terre entre ses doigts.

— Oui, j'aime beaucoup cette mappemonde. Elle es pour moi un symbole. Je ne sais si l’homme moderne es plus grand que l’ancien, mais il est, en tout cas, plus. large Il ne me semble plus possible de s’isoler à sa table de tra vail, entre quatre murs, sans tenir CORRE du vaste mon de rêve de faire le tour du globe à pied. J'ai déjà co mencé. J'ai parcouru à pied toute la Côte d’ AA de

JOSEPH DÉLTÉIL

seille à Vintimille. Tout est ondes. Et chacun de nos actes, chacune de nos pensées, détermine autour de nous, dans 2 tous les sens, d’infinis mouvements d’ondes. Un Grec écrie 2 cvait en songeant à la Ville. Je n’écris jamais sans songer

à je tas de Cafres, aux mandarins, aux businessmen.

— Les appels de l’Orient ? Oui. Mais le partage de là terre en deux lobes, Orient et Occident, me semble bien | . arbitraire et assez primaire. En réalité, une infinité de . peuples, de philosophies, se partagent la Terre, et peut-être chacune d’elles a-t-elle intérêt à être confrontée avec l’ensemble des autres. Comme Paul Claudel (dont vous avez: : bien fait de proclamer le génie et de mettre l’œuvre à la

: plus haute place) a raison de dire que l’âme humaine reste partout et toujours la même, à travers les accidentelles différences d'ordre plutôt social ! Vous savez l’importance de JArt nègre dans l’évolution de la peinture moderne. Pour na part, je suis très Curieux des questions Touareg, des orcelleries nègres qui recèlent tant de vieilles notions ve- de nues sans doute de l'Égypte. Et les Aztèques !... Égypte, Grèce, Rome, ce n’est pas assez. ET de Je verrais avec plaisir se créer des échanges constants entre la pensée européenne et les débris de pensée des plus ‘ moches peuplades. Toute confrontation ne peut qu'être profitable. Chaque parcelle de vérité aide à trouver la totale vérité. Notre erreur, c’est de croire que la civilisation européenne, la pensée européenne sont choses nécessaire ment premières. Ce n’est qu’un stade, un essai dans une certaine direction, une tentative de mécanisation. Le grand. vide, c'est d'oublier l'âme. La machine européenne rompt . la nécessaire harmonie entre l'esprit et la matière. Dans ce système, l’homme abdique toute grandeur, toute person nalité. Et ce n’est pas fini. Le système veut, par exemple, le. pURes DOHSatOre, l'enfant sea obligatoire. Il tend

à la supprées-

Je temps de vivre. A bas Fe Civilisation l

ko eee

là date peut-être mon goût pour, je ne dis pas joe le, je mais les hommes. Les nègres sont des hommes € quis. Ce sont des pâtes d'hommes. Îls sont l’'embryo RE plasma humain. Comme on commence l’étude de la thématique par l'addition, il faut commencer l’étuc

hommes PE le nègre. Ils sont doux, affables, très | h

Alorahle ni négresse. FOIS. à En littérature, il y a les Chinois (ceux qui s ’amu

Fe la dentelle psychologique, à des A

ration très Vive...

. mais a Oui

J’aimais Jammes (Francis) jusqu à la pâmoison : Et cela me valut presque de la prison. Las

ee. =

— Je suis né dans les Pyrénées, versant français. M suis d'origine espagnole. C'est peut-être un détail Aongrent : et qui ue en tout cas APE différence

| JOSEPH DELTEIL | 195 jeunes écrivains d'avant-garde sont des illettrés, incapables

d'écrire correctement. J'avoue, pour ma part, avoir été un à brillant élève, fort en thème. Pourquoi pas ?

es

ve

22 Non,-je n'ai jamais commis de vers au collège. C’est . pendant la guerre seulement que j’ai écrit ces deux pla- , quettes anodines : : le Cœur gréc et le Cygne Androgyne. Mais mon premier roman a été pour moi une révélation. Cette liberté, cette aisance que permet le roman m'ont ébloui. Désormais, je ne saurais plus écrire en vers. Ah Fe le roman | J'aime passionnément le roman. C’est le grand genre moderne, celui qui permet tout, qui s'adapte le mieux à tous les tempéraments. Et quoi qu ’en pense Valéry, j'écris sans la moindre vergogne : « La princesse sortit à cinq, heures. »

— Les règles du roman ? Comment parler de règles à Propos d’un genre si ondoyant et si divers, qu ‘on peut léfier quiconque d'en donner une définition précise ? Y a-t- il une seule règle qui vaille à la fois pour Dominique, le Père Goriot et San ? On voudrait faire du roman un vêtement étriqué à l’intérieur de quoi grelotte un squelette EE sous prétexte que la belle santé du roman moderne fait craquer la vieille redingote de toutes parts, on crie que le roman est en danger. Je ne crains rien pour lui. I est Je présent et l'avenir immédiat. Mais qu'on lui donne le / droit de respirer, de grossir, de vivre. Je crois au roman parce qu'il est la Vie. Tout livre viable vit. Un livre non viable, inutile de lui pousser des chiquenaudes, il tombe tout seul dans le néant. ie — Pourtant, je crois que vous avez écrit un article contre

le: roman ?

D — Contre.une concéption fausse du roman. Deux dan | ges : 6 Fa) Insouci de l'écriture ;

) Étrottesse des règles. | ad à Je veux un roman bre et écrit. J' ai at d” un ee in qui n’écrit pas. Pour moi, l'essentiel de écrivain, c’est d'écrire. Il me semble que je n’ai jamais eu par à éxemple toute l'admiration désirable pour un Dostoïews i, un Th. Hardy. Mais ici, c’est sans doute la faute des tra- . ductions. Un vers de Valéry me vaut un roman de Hard Je suis ën premier lieu sensible à l’expression, et en sec lieu seulement à l’idée. Une phrase de Pascal... Pascal est le plus grand écrivain français... la plus belle phrase fra oh la voici : « Le silence éternel de ces espaces infi m'effraye. » Quel dramatique cri, et quelle étonnante chute que ce m effraye. Mais ce qui, dans cette pensée, appaï tient en propre à Pascal, c’est la forme. L’idée elle- mé était aussi vieille que l'humanité. Là où il n’y a Le style, il n’y a pas d’écrivain.

Je dis : Pascal le plus grand écrivain français. — Avec - Rabelais. Il y a deux littératures, ou plutôt deux aspects “+ de la littérature : la pensée et la langue. Pascal c'est le

de À propos de Rabelais, je crois que l’épithète de rabelaisie dans son acception de paillard, est une véritable trahisc si L'essentiel de Rabelais, c'est sa langue. La langue a une : vertu en soi. 1e langue, C est la matière de l’art d’ Fo

AUCR “et Lu a fait rendre les Eu profondes aus Il a le sens de la langue. À ce point de vue, il est frèr

Bossuet. <

| Je ne m'étonne pas du tout que Chateaubriand, | Jui aussi un homme de langue, écrive dans son Es da Littérature anglaise : « Rabelais a créé les lettres fra çaises, Montaigne, La Fontaine, Molière viennent | descendance ».

HER JOSEPH DELTEIL AS — Jacques Boulenger devra ajouter un chapitre à son Rabelais à travers les âges pour noter votre admiration. … — Une des plus grandes joies que m'ait faites la crie . tique, c'est de signaler chez moi une parenté avec Rabelais. Parenté, encore une fois, de langue. Moi à qui l’on re- proche quelque bouffonnerie, quelques amplifications. Rabelais est ma justification. Rabelais égale santé. az

Et puis, je revendique comme un des plus beaux privi- : lèges de l’homme le droit de rire. Il y a une grande n0+ blesse, une grande santé dans le rire. te . » À bas la tristesse |

- — J'ai débuté aux Annales, où je sais que j'ai toujours de sûres sympathies. Je m'appelais alors Louis XV. Mon ami Gaston Guillot ne m'appelle jamais que de ce pseudonyme. ; J'écrivis mes premiers vers à Cannes ; ce sont des vers de Côte d'Azur. * ‘ | Je fis la connaissance d'Henri de Régnier dans la forêt - des Landes. Je lisais les Jeux Rustiques et Divins. Les vers montaient haut comme des’sapins. J'étais tirailleur sénéga- , … ais, et l'appel avait lieu à neuf heures du soir. Je lisais, et peu à peu, deux forêts autour de moi : les arbres et les. vers. Deux forêts ; je ne pouvais que me perdre. Je me … perdis. Jusque vers dix heures du soir, je courus, affolé. Enfin, je retrouvai le camp sénégalais, mais avec une heure de retard. J’attrapai quatre jours de consigne. | __ Je ne l’ai jamais pardonné à Henri de Régnier. Re Henri de Régnier a toujours montré pour moi la plus … grande sympathie. Sans lui, je n'aurais sans doute jamais Door. jamais continué à écrire après mes fout premiers : = vers. On est très injuste aujourd'hui envers lui, Mais c'est un poète, il a le temps. Re Mon premier livre, le Cœur grec, parut avec une pré- m4 face épatante de mademoiselle Hélène Vacaresco, à qui je

garde une grande reconnaissance. Il fut édité à Saint-

PR

Èe

Ke

jamais.

de chics amis. Et quant aux œuvres, j'avoue qu Ab en a

vous net qu'il fut couronné par l'Acidémt re çaise. C’est là, dans ma vie, mon seul titre de gloire. Quel-. É

goût pour les théories en général, je crois de mon devoir de « dire que je n’ai jamais été ni dadaïste ni surréaliste. Ceci 4 afin que mes faits ét gestes ne puissent en rien nuire à la véritable doctrine. Et maintenant, je n’en ai que plus

ques-uns de mes amis me disent encore, parfois : « An à le Gœur grec ! Quel talent vous aviez à ce moment-là | ? Depuis. A NT À mes débuts, ] envoyai un jour des vers à *-S 20 Leconte. Il ne voulut jamais croire qu’ils fussent de moi. . 11 les croyait de Moréas. À cette époque, Leconte, qui est. un poëte que je place bien au-dessus du rang qu ‘on lui 1 assigne communément, était très gentil pote moi. Dépuis, je ne sais pourquoi ni comment, je lui ai, à mon vif regret, 4 déplu... Je possède aussi des vers de moi corrigés par. ‘+ Paul Valéry. S’en souvient-il ? Ces vers-Ià, ça $ appelle 4 les Roses adultères. Naturellement, je ne les publierai

— Fîtes- -vous pariie des mouvements dadaïste, surréa- “4 liste ? Fe — Le surréalisme ? Je ne connais que des hommes et des œuvres. Plusieurs de ces hommes ont été mes amis,

peu qui me touchent aujourd’hui autant qu’une page d'Aragon ou un vers d’Eluard, par exemple. Louis Aragon esl tout simplement un grand écrivain.

— Et Breton ? :

— Breton ? Connais plus. Oui, il est venu à mes oreilles 4 que certains propos que je me laisse aller à tenir en ordre un peu dispersé porteraient atteinte au Credo surréaliste 2 Comme je tiens essentiellement à une toute petite chose . qui s'appelle la liberté, et que, d’autre part, j'ai peu de

d’ indépendance pour déclarer que les grandes lignes du. 4

3 dE:

surréalisme, cet appel aux forces de l'instinct et de l’ins- . piration, un certain goût de la domination de la matière par l'esprit, tout cela me plaît entièrement. Je serai ï toujours du côté du subconscient contre l'intelligence sèche.

| — Ce qu'il faut retenir des mouvements dadaïste et

surréaliste ? |

d° Le problème du mot. Un mot, un certain arrange-

. ment de mots, en dehors de leur sens intelligible, possè-

dent-ils une vertu de son, une résonance musicale, un

. timbre ? Tout mot, toute phrase comporte deux attitudes :

. J’attitude intelligible et l'attitude sensible. Le mot or, le mot larme possèdent, en dehors de leur signification précise, une couleur, uñ son, un goût capables à eux seuls d’émouvoir l'homme. Un mot est un être vivant. J'ai pas- sionnément aimé les mots. J'aimais chahuter avec eux, et qu'ils m'apprissent quelques tours.

2° Le problème de l'inspiration. L'art a sa source, nonh

! pas dans l'intelligence, mais dans le profond domaine . inconscient ét subconscient de l'homme. On ne fait pas . in livre comme un meuble. Prédestination de l'artiste. On naît Rodin ou Bouguereau. Rien à faire. Il y a dans l’œuvre

. quelque chose d’indépendant dé l'artiste, une part inconnue qui l’effraye. Léonard n'aurait pas été capable dé

. faire une seconde Joconde. Il a trouvé la Joconde dans

un coup de dés de Dieu. Pour trouver, ïl faut avoir la

grâce (encore un problème pascalien). On l'a où on ne l’a

- pas. Je ne crois qu'au génie. es

… — Vous parlez beaucoup de Dieü ! | ex

| — Dieu est pour moi la seule explication. Il y à deux | grandes inconnues : le cœur humain et l'univers. On à

Page 1