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JACQUES DÉ LACRÉTELLE 231
Lorsque vous écrivéz! « Trop d’introspection », il me semble que vous vous élévez contre toute culture de l’ esprit Car, ce que vous appelez la réalité intérieure est tout sim- plement la somme de nos facultés intéllectuelles ; vous . me faites penser à ces parents qui aiment bien mieux voir “eurs enfants jouer aux Peaux-Rouges que prendre un livre.
— Je vous le concède, il faut qu’un roman soit d’une Jecturé plaisante, il faut qu’il amuse. Toutefois, songez que l’état des lettres a changé ! Mode où commodité, le roman
| absorbe la plus grande partie de la production littéraire,
et beaucoup d'’esprits qui autrefois se fussent consacrés
aux études psychologiques, historiques, critiques, ont
a adopté la formule romanesque. |
» : Nous n'y avons rien perdu, croyez-le bien, et le genre
s'est plutôt élevé depuis les romans de madame de Souza
où ceux d’Eugèné Sue. :
… Pour ma part, ai-je besoin de vous le dire ? je ne pense
pas du tout qué l'analyse minutieuse des caractères nuise
à l’action d’un ouvrage romanesque. C’est une question de
Combinaison, de mélange ; et les résultats de Stendhal, de
… Balzac, de Tolstoï, m'indiquent la bonne voie. rue
Au surplus, le roman dit d'analyse n’est pas du tout pour
moi, a priori, de la littérature ennuyeuse, comme le pensent
. quelques-uns. À mes yeux, la littérature ennuyeuse est celle
qui fait la place principale à l'extérieur des personnages et
à leur mouvement. Ce que Stendhal a dit d’un tableau est
expréssion n’est qu’une image pour amuser Îles gens un instant. » Il-entend par expression la composition intériéuré.
Et cetie idée ne peut-elle sé vérifier dans la vie mêmeé ? En face d’un être vivant, la forme extérieure nous arrête, mais une chose nous passionne : volér vers la pensée.
. — L’énnui juge surtout celui qui l’éprouve. Ce n est pas
| vrai aussi d'une œuvre romanesque : « Un tableau sans
232 UNE HEURE AVÉE © ne.
un critérium. L'Introduction à la Méthode de Léonard de Vinci ennuterait ma concierge et moi, beaucoup de romans célèbres m'ennuient... Je ne songerais point pour autant à leur dénier toute valeur !
Pour qu’on puisse se servir de l'argument d'ennui avec un commencement de raison, il conviendrait d'abord de le formuler de plus précise façon, par exemple ainsi : Est mauvaise une œuvre qui ennuie ceux pour qui elle a été écrite, ceux à qui elle est plus spécialement destinée.
Il y a peu d'œuvres en réalité qui soient capables de faire l’unanimité des lecteurs dans le goût et l’admiration.
L'unanimité ne s'obtient guère qu’à la faveur du snobisme. Et vous, vous bénéficiez ‘d’un certain snobisme. En affirmant cela, je ne cherche ni à vous jlatter ni à vous leurrer, je me borne ‘à une simple constatation.
J’en ‘parle d'autant plus librement que vous n'avez rien fait pour le créer. Je suis heureux que vous ‘en profjitiez, puisqu'il n'influe pas sur vous et ne vous empêche nullement d'écrire de ‘belles œuvres... Mais il existe : personne n'oserait avouer dans un salon n'avoir pas lu La Bonifas huit jours après son apparition en librairie.
Quand le snobisme est bien dirigé, il peut donc devenir l'instrument de la ‘justice et comme l'émanation de ce que pensent vraiment les « honnêtes gens », cette classe d'amateurs letirés que nous travaillons inlassablement à reconstituer.
— J'écarte ce que cette observation contient de trop flatteur pour moi; mais, soyez-en sûr, je me méfie du snobisme et repousserais ‘volontiers l'avantage qu’il me donne. Depuis quelques années, depuis la guerre, le public qui lit semble guidé avant tout par la curiosité. I1 s’engoue d'un auteur nouveau, le loue, le presse de produire. Et au bout de quelqué temps, quand l’auteur, un peu grisé, s’est laissé entraîner à monnayer son talent sans chercher à
“ toujours la même he lp
le dirai-je, je ne veux pas de cette sorte de succès ; asserais volontiers des années dans une obscure re-.
Gui, j'ai connu Proust. Je suis allé chez lui pour he re fois en 1915, alors que je venais de lire Du côté se
1-J 6 trouvé dans son œuvre cette étincelle qui, à défaut le tr nsmettre le génie, nous permet de PRE l'effort "écrire. Je lui dois mon entrée à la N. R. F. J'ai conservé 2 mes papiers la première lettre LS j'ai reçue de Jass 22 es. Rivière, et elle commence ainsi : « Mon ami Marcel st me dit que vous seriez heureux d'écrire quelques LS
pour la Revue sur les livres de psychologie. Voulez-
Je vois par tous vos dossiers qu'il y à dans votre e de travail de la documentation et de l’ordre. Ordre, oui, si VOUS entendez pa Là logique et clarté.
is documentation, notes, fiches, etc... je n’en ai ipour dire pas. Quelques coups de crayon sur les livres que -
voilà tout Je pense que tous les faits capables de.
2 dant, je ne me promène pas les yeux Pad ne Je m'intéresse aux menus événements du temps. 1 | ve même de découper des faits divers dans les jour- En y ajoutant un peu de psychologie, il est facile pue d’un fait-divers banal la plus rare tee du
cœur, si l’on essaie de savoir pourquoi et en dépit de quoi les gens sont ce qu’ils sont et agissent comme ils agissent. Et, vous l’avouerai-je, cette recherche m'attire bien plu que l’acte même. | FC Oui, un fait-diversudécoupé dans un journal.et adapté à une maxime de La Rochefoucauld, voilà un très bon point de départ pour un roman. tt ui DEP On peut mé répondre que la recétte que je vous donne là est celle du roman français. L'École française isole un rameau et l’étudie. Les Russes et les Anglais, eux, représentent l’arbre entier, les branchages les plus touffus et . les plus éloignés les uns des autres. Mais l’École française, à laquelle, pour ma part, je suis encore fermement attaché, commence à élargir ses conceptions. Voyez Roger Martin du Gard, voyez Gide qui écrivit naguère La Porte étroite, : type du roman français, et qui nous donne aujourd’hui les Faux Monnayeurs... La troisième partie des Faux Monnayeurs, que je viens de lire et que j’admire beaucoup, nous permet d’entrévoir ce que sera l’arbre total. Jusqu'ici quelque chose d’épars dans les scènes et les caractères nous … déconcertait. Aujourd’hui, nous pouvons nous rendre compte que c’est une œuvre qui, malgré son apparenté limnpidité, réclame comme celles de Dostoïevski, par exemple, une grande collaboration du lecteur. Vous rappeléz-vous dans cette troisième partie un certain personnage, le vieux. La Pérouse ? C’est un beau type et tout à fait original.
ES de
— Savons-nous clairement quelles influences nous subis- . sons ? Si j’ai écrit tout d’abord sur les petits drames de. l’adolescence, c’est peut-être que j'avais lu et aimé L’En fant à la balustrade et les Vacances d’un jeune homme sage J'ai aussi une grande admiration pour les livres d’Abel Hermant. C'est un bel écrivain, de pensée élégante et sûre qui a vu admirablement notre temps ét fait beaucoup pou
. à langue. dr
Va ; bre à: F £ $ CA
éfauts du lyrisme, vers Mauriac, qui a le don des sujets agnifiques, vers Kessel. Et il y avait Raymond Radiguet,
1élas ! Je vous signale aussi Bernard Barbey, dont le Cœur jros fait présager un observateur juste et un délicât amaeur d’atmosphères. Enfin, je suis curieux de tout ce
parties dans l’œuvre de Cocteau, Plain-Chant notamment. — Pourriez-vous me dire quelques mots sur la genèse de vos œuvres ?
renseigner. Le sujet se présente le plus souvent à moi
prennent corps à l’aide des souvenirs et de l introspection.
Les décors se forment et se colorent. Les aventures s’enchaînent. Il y a entre les parties un arrangement nécessaire, une sorte de consolidation, et pour cela il faut avoir recours le plus souvent à l'invention pure. L'ouvrage ainsi com-
tient lieu de cadre. Enfin je me mets à écrire, mais avant de commencer chaque chapitre, je jette sur trois ou quatre grandes feuilles toutes sortes de notes, d’images, de bouts de dialogues, d’ abrégés d’ analyses, qui constituent un vrai sommaire de ce que je vais écrire.
Quand j'ai écrit quatre ou cinq chapitres, je les recopie sur un second manuscrit et, enfin, quand ce second manuscrit est achevé, je reprends l'ouvrage entier. C’est ainsi qu'est née La Bonifas. Le sujet initial : le tempérament
mettra de montrer la contiguité des vices et des vertus, … Si cela vous intéresse, voici les trois manuscrits. Le premier est un vrai gribouillage, j'aurais du mal à
Parmi mes “contemporains, més sympathies vont vers Montherlant, dont le lyrisme est dépourvu de tous les
qu’écrivent Giraudoux et Morand ; et j’admire bien des — Mais il me semble que notre entrétien à dû vous .
comme une confrontation de caractères ; puis les caractères
posé dans ma tête, je fais un plan très court, qui divise le tout en chapitres, m indique la progression, la durée, et me .
d’ une femme qui est tour à tour desservie et servie par les. mêmes propriétés ; la figure de Marie Bonifas, qui me per-
m'y reconnaître aujourd'hui: le second est enc chargé de ratures : le troisième est presque net. € de fois les ai-je relus ! Que de corrections | Mais comme est récompensé de ce soin lorsqu'on réussit à trouver ti mot meilleur, lorsqu'on remplace deux épithètes : seule et qui sonne juste. J'aime le beau style, mais horreur du boursouflé ; et une expression ne me pa bonne que si elle adhère étroitement à l’idée. Toutefois et je voudrais que notre entretien se terminât ainsi — le don de bien écrire est peu de chose si l’on ne tend. EC vers les deux qualités qui servent avant tout un écriva . Savoir et sincérité. » | 5
+ C'est Jean Paulhan qui, en mai 1920, me révéla Henri Pourrat. Le père de Gaspard des Montagnes n'avait encore publié que Les Montagnards, chronique paysanne de Ja “Grande Guerre en vers (1919) et un savoureux recueil de films auvergnats, Sur la Colline ronde, qui, écrits en 1909 “en collaboration fraternelle avec Jean Angeli (Jean “J'Olagne) n'avaient été édités qu’en 1912.
On n’a pas assez dit que les gloires les plus pures et les plus authentiques ont été préparées par la propagande orale : elle ne suffit peut-être pas à assurer les gros tirages, “mais c’est elle qui vous concilie un à un le suffrage des pairs et parfois celui des aînés et des maîtres. Henri Pourrat publia en 1922 un recueil de chansons : “Liberté. En poèmes familiers et puissants, il y célèbre la Miberté des paysans, les délices de l’Auvergne basse, toute Jà vie du bon métayer à mi-voix racontée par lui-même et “a grande paix sur quoi elle est édifiée. À propos de paix,
Une once de paix vaut mieux Qu'une once de victoire.
conquérir : | de
La mienne m'a peu coûté.
Je l'ai bâtie l’autre été, La tour où mon âme monte,
Des pavés qu’on m'a jetés :
Ceux de bonne volonté Se font leur paix à bon compte.
En décembre 1921, le prix litpéraire du Figaro avait ék attribué à à l'unanimité À à Gaspard des Montagnes par u jury composé de Henri de Régnier, René Boylesve, dame Colette, Marcel Boulenger, Fernand Gregh, Edmon Jaloux, Pierre Mille, Jérôme et Jean Tharaud. : En 1992, paraissait une réédition de Sur la Colline rond . mais à tirage restreint et toujours en province. Il Der ( tant là de quoi tenter un éditeur parisien.
Cette suite de croquis nous révèle avec une pré SIOT minutieuse, pittoresque et attendrie la vie, au jour le jour,. d’un village d'Auvergne. Le frère de Jean L’Olagne ". : peintre François Angeli, a illustré ces tableautins de mantes vignettes. | Il y a certain chapitre : Comme au moyen âge, ‘Sur papeteries de Valeyre, tout à fait remarquable. Le bon primeur Roger Dévigne ferait comme moi : il ne pol re. pas le lire sans avoir envie de partir là-bas. ces . En mars 1923, paraissait à Ja N. R. F. un livre de rare. qualité sur la vie et l’œuvre de Jean- François Angeli, s au 140° de ligne, tué à l’ennemi le 11 juin 1915. Le Les Jardins sauvages. PER De ce livre, je dirai peu de chose, maïs tout de mêm ceci, et mes lecteurs savent que j’use rarement de ce. tous nos amis doivent lire Les Jardins sauvages, cd:
À + PAR TNE ñ GER 4 SA À
Sn
“à in Hioire sans at aucune et sans fausse note.
: dt. > ; XX
Enfin, aujourd'hui, À la Belle Bergère, suite des vaillances, farces et gentillesses de Gaspard des Montagnes, dont Benjamin Crémieux à écrit dans son livre XX* Siècle : « Gaspard des Montagnes a sa place marquée dans les bibliothèques entre La Légende de Gôsta Berling de Selma Lagerlof et Le Livre de Goha le Simple. C’est une « somme » des légendes et du folklore d'Auvergne comme Gôsta Bering du folklore suédois et Goha de l'égyptien, dont la valeur vient plus encore de l’atmosphère où elles baignent que de ces légendes mêmes. | . Henri Pourrat a incorporé sa matière à un ensemble cohérent, Fa art graviter autour d’un héros central, d’une donnée médiane qui servent d’épine dorsale au récit ct permettent d'y rattacher toutes les digressions. Chaque conte, au lieu de former un tout isolé, extérieur à ce qui l'entoure et à peu près étanche, naït de l’ambiance recréée par le romancier (faut-il dire le romancier ou le poète ?) et s'échappe de cette vie rustique aussi naturellement que la fumée d’un toit.
On ne saurait mieux dire. Et pour citer encore Benjamin Crémieux, ce que le poète-romancier Henri Pourrat ressus- “cite, « ce n’est pas seulement la vieille Auvergne, c’est toute l'âme paysanne de la France. »
Est- il plus magnifique éloge ?
Le livre. sera complet en quatre volumes. Le prochain portera ce titre charmant : Le Pavillon des Amoureltes, et “le quatrième : Le Sentier du Paradis. ÿ - On peut lire dès maintenant ceux qui sont parus. Chaque à plane forme un tout. J'ai relu ces romans dans la soli-
" tude de la campagne et à à ce propos,
apnee : ce sont des livres à À np en vaca souvent, en ane des livres a
or écrevisse un ruisseau de la à un vies ie de thym, de lavande et de menthe sauvage |
Puis au lycée Henri IV. Anse L'Institut Fe
en 1905, il n’en suivit jamais les cours. Une longu.
dont ïl ne triompha que par une prodigieuse .
- J’écarta vite de la vie active pour renforcer en Qui
de l’observation et de la méditation. SE
Ce goût qu'il a des paysages de son pays, et à s êir
qui s’y meuvent, peut-être n’eut-il pas été aussi vif sa la maladie. C’est dans Les Veillées d'Auvergne, dont
Ajalbert prépare une réédition, qu'il puisa alors Je se se
. ment épique de sa province.
Je suis arrivé à Ambert par un vrai temps d’ he . pe boue. Et tout cela me semblait S ‘accorder à
ont pas toute leur Gas Elle lisait +. page ‘ de l’Avenir du dur de-Dôme. Quand nous
Sur . même texte, mais sa révérie devait être profonde, car, sur un mot de Pourrat, elle leva la. «€ J'ai ur oh nom, je m'appelle Bonnefoy. Que | puisse en dire autant |! » et elle se OR ARS
nous apercevons Ja « trouveuse ». .On
à hant de l'oiseau sous la feuille quand il ne contient
Le lendemain matin, nous montons chez François An- 4 geli, le peintre de l’Auvergne. Nous admirons ses tableaux : 4 il a le sens inné et très subtil des lointains bleus si doux ; il nous montre des croquis de tranchée de son frère; les. manuscrits de Jean L'Olagne, chansons amusantes nées librement dans le vide de l’esprit : petits vers elliptiques et, gais, de fibre rouge : moe:
k \ Lt à .
J'étais dans mon champ clos, en sabots vieux chapeau, à des travaux.
Or, cueillant une pêche, la mangeai sur ma bêche, une pêche à deux rougeurs et fondante comme un cœur.
— Merci, mon Dieù ! pour le fruit, quand il nous arrive à point.
Le baume frais de cette pêche m'oint. Je dis cela, puis, gros le dos, dans mon champ clos, je continua mes travaux.
D'autres vers, brusques, bourrés de sensations, parfois. d’une largeur pleine. Un recueil de ces reliquiae, la Métairie de Jean l’Olagne, paraît aux éditions du Pigeonnier. Ces: petit livre n’apporte pas seulement un timbre nouveau : il montre une voie à travers l'herbe et la feuille, une sorte de à piste vers la contrée sans nom dont toujours ont rêvé les à poètes. Il pourrait, qui sait ? susciter un courant de neuve . poésie rustique. S
Jean L'Olagne, comme nous le faisait remarquer Jean
Pr HENRI POURRAT 943
Paulhan, aurait été tout naturellement porté à sa place,
après la guerre. On l’y voit, vivant. Et on le voit mieux
encore prenant son rang ,à cette heure même, comme s'il
avait été de dix ans en avance. Il eut bien des traits communs avec Alain-Fournier et mena suivant le même songe
- une destinée plus traversée encore. Lui aussi il baigna dans Ja paysannerie. « Paysan t'exprime de façon.très compré-
hensive, écrivait Jacques Rivière à Alain- Fournier. Paysan signifie d’abord la passion des choses naturelles et des
gestes spontanés. Il signifie aussi ton amour de la beauté fragmentaire, aussi dispersée que les traits confus et mer- -
Yeilleux du visage de la campagne — par opposition à la concentration et à l’unité des villes. Il signifie enfin ta sensualité à la fois délicate et forte — parce que primi-
tive... » Jean L'Olagne, c'était un appel d’air : le vent du
| matin entre les collines.
Un franc et beau soleil s’est levé. Nous partons en mon-
tagné, vers Valeyre et les gorges de Nouara, vers Le berceau
des papeteries françaises.
Pourrat continue à m “entretenir de son ami, si tôt dis- -
| paru.
ns Il m'a fait comprendre le mot de Fénelon : Les. honnêtes gens sont peuple. Pour lui,-ne comptait que ce qui
tenait fortement au sol. Il détestait toute pose. Il avait te. à goût de la nature et du naturel populaire. Pas l’esprit pur,
mais rien qui n’allât à l'esprit. Ses vrais maîtres, Rabelais,
| Rimbaud, Claudel.
— Oui, ses vrais maîtres et les miens. Fe solide, le con-. ‘cret. Mais l’elipse, le choix. Un art dense, passionné,
ss EE en éclairs. Sauvage aussi, et rieur, de grande fic-
“tion, de liberté. Et soulevé d’un lyrisme léger, un peu fol,
| devient trop écrite ?
a ee Il y aurait ne
- aux origines.
«Notre langue, comme le latin, est née sd la t ni |
. ne s’est pas formée dans les camps de nomades, ou sur m
ou dans les forêts. Ni non plus à la cour, dans le: école dans les abbayes. Elle est née chez les métayers d
Fi L alouette n’en peus plus de chanter, dans .
oc Le dau Didttate. Cartaite En moins à! sourire si le Nodier du Chien de Brisquet avait été un homr e se et avait eu ainsi son ones Qu'on .
ai un nouveau, es du classicisme et du ;
tisme. Fe
Ron La langue écrite devrait être le standard du, la parlé, H's ’agirait d’être à la fois de vieille terre. ei. ; Fe Rauneement d'aujourd” hui, d'écrire un Fe D
ctif. « on en à | passé, avec ae Dalle qui ven
es des La Jeanne leur en a acheté pour treize fn nes. Mais quand son homme est venu |... J° aurai. que vous le vissiez ! » joe sa ue naturelle, cell
rt ?
De vieilles dames de province content encore : « Nou es au jardin, j'ouvris la porte. Quand je l’eus ou . » Tout le monde dirait : « Nous sommes allés at on, nous avons ouvert la porte. » D'où il s’ensui
RARE nous l'avons eu ou
da gue. “Cependant quand une manière de dire de :
à tout prix et se flatter +
es incorrections (elles que : sortir son mouchoir, r un arbre, ils se causent, préférer que, n’ont pas importance. L’ennemi, c’est le style administrat
Fe bureaux, du Parlement, des savants, de la a |
Nbr /
{raîné fatalement un dans le Harodié tt qu’ on « Des mots savants passent dans le public en. leur signification : « Ma belle-sœur et moi nous à vache mitoyenne », pour : en tue A Je V0e8
dan de moins en moins concrète, Fi y a dé Ho UE à: de précision dans les esprits. Les neuf dixièmes : “emploient les mois indifféremment les uns pour les Il y avait, pas coupe, une a cadastrale r
particulière : “lé notaires n’en usent plus. « Le peuple des champs, des métiers, demeure Je table artisan de la langue. Le jargon des classe n’est pas hideux seulement, mais pernicieux. Des ciles, il fait des sots, en leur apprenant à se servir de qu ils comprennent mal.
— Taine disait que nous perdons de plus en plus la pleine et directe des choses, parce qüe nous étudions, : lieu des objets, leurs signes, des mots abstraits, qui dev nent de plus en plus ab$traits, de plus en plus éloigné - l'expérience. Le simple raisonnement verbal accouple idées en axiomes et en dogmes ei ces simulacres méla AY. siques engendrent de curieux avortons. Ar - — On devrait le voir : le vrai danger social, c'est | bêtise. Ou plutôt la sottise, c'est-à-dire la bêtise + a tieuse. ASE I n’y a pas de pensée sans le support des Hole pis ee plus qu’il n’y a dans le vide de radiations caloriques ë) avec une langue artificielle, abstraite, l’esprit fonction à vide. Du jour où le français des Bureaux devien français des Français, comment ceux-ci pourront- ils encore la tête claire et bien faite ? Il faudra créer, corhm ils diront, des centres de rééducation intellectuelle “apprendra aux gens à exprimer leur opinion en vieux. dk à Aussi simples, aussi concrets qu'il se pourra, Le m
DO Nu POURAT à #6 0
soumis à ces exercices, pour la première fois de leur peut-être, se verraient contraints de dire quelque chose. lque chose de net, dé propre, tenant de près à la réa- — Vous croyez donc qu'un Rabelais viendrait bien, un Jrand bonhomme rieur, qui aurait le sens de la langue ët : de la terre de chez nous, le sens de la vie à la française 2? — Quel bel héritage il trouverait : tant de sottise, de dogmatisme, tant de crédulité aux mots, aux formules. En Allemagne, il paraît que c'est encore pis. Toute théorie jmpressionne le public ; tout livre se fait respecter. En Sie, cela va plus loin : « Dans un pays où l’on ne vit | que d’après les livres » dit Gorki... En Chine, demain, ee sera encore plus beau. On sait quel respect ils ont là-bas pour l'écriture, le papier imprimé. L'Est va-til glisser
vers l'Ouest ? ne.
Qui, un Rabelais, un géant moqueur ! H aurait des . ésors et des trésors, de quoi mettre en joie nos arrière- Yeux ! Comme un peu de rire purifierait l'air du siècle ! ravailler à bien parler, tel est peut-être le vrai principe a morale civique. Un parler bien fait, il semble que soit celui de gens jeunes et hardis aimant la besogne faite. Une vertu passe des mots jusque dans les CŒUTS, > et ce qui n’était que façon de s'exprimer devient humeur éritable. | he Les durs hasards de la vie contemporaine tendent à andre au langage parlé un peu du nerf, de la liberté, de la De chise qu'il eut aux époques de danger. En passera-t-il | uelque chose dans le langage écrit ? Qu'est-ce qu'uné ‘aristocratie qui ne tient pas au peuple ? Qu’une tenue -hauté sans un certain tour libre, presque familier ? Il est n que langage parlé et langage écrit restent en liaison et
urveillent l’un l’autre. di es La question aujourd’hui serait de savoir si l’on parlera rétien, hardiment et rondement, ou baragouin, à la
Veste En
DE
livresque. Les patois sont le ve langue. » Nue en a. a Nous étions à Valeyre, berceau des papeteries. On sait que les premiers moulins à papier, d furent élevés au retour des croisades dans cette partie l’Auvergne qui touche au (Forez. Nous venions de p: . devant la Dame (Damas) et Escalon (Ascalon) qui fu En deux premiers villages papetiers. M":
Ces villages furent fondés par trois compagnons golfier, Malmenayde et Falguerolle. Aujourd'hui, i plus que quatre papetiers qui travaillent à.
MM. Chantelaure, Favier, Begonin et Lebon. L'industrie papetière d'Auvergne connut deux s très grande prospérité : le dix-septième siècle et’ 1e. tième. # PE Louis XIV écrivit ses mémoires sur du papier d’A et la première édition de Molière fut tirée aussi sur €
a DATE
GSM 2
chiffon ». : : à Mais, depuis un siècle,, l’industrie mécanique a un rude coup à la petite industrie et on ne fabri à Valeyre que du papier filtre pour les pharmäciens. = En utilisant le papier de Valeyre pour ses exemplaires luxe, la collection Les meilleures œuvres dans leur meill texte des Éditions Bossard, va-t-elle rendre la vie à un belle industrie française ? nous le souhaitons vive … Nous entrons chez M. Begonin, qui fait du papier dt À Quarante-trois ans. Ils sont en train de travailler. | uelle harmonie ! :
d’une perche, ils remuent dans la cuve la bouillie clai fumante, soit qu'ils s’attellent au cabestan pour serre fort la presse. T'ES . — Is travaillent ainsi, me dit Pourrat, depuis qu
Te
nes du matin et ils vont aller jusqu’à une heure ou deux de l'après-midi. Le soir, le patron prépare la pâte, fait les paquets, les conduit à la gare. Ses hommes s ‘occupent de. leur petit bout de terre.
be Autrefoïs, interrompt M. Begonin, on travaillait de minuit à midi; je crois que c'était pour mieux garder le secret. On ne laissait rien voir alors. Les ouvriers faisaient le papier dans les bois et il y en avait qui montaient la garde autour avec un fusil ; on amenait les chiffons à dos de mule et on ramenait les feuilles de même.
Dans mon jeune temps, il se disait que les papetiers étaient manière de noblesse ; ils portaient l’épée autrefois ! » > M. Begonin, MM. Favier et Lebon, à qui nous rendîmes visite ensuite ne portent plus l’épée mais ils ont toujours grand air de noblesse. Par eux, j'ai connu quelle « vraie liberté », quelle indépendance pouvaient avoir les artisans de l’ancienne France.
» Henri Pourrat connaît mal l'opiniâtreté d'un reporter parisien. À peine sur le chemin tout parfumé qui va nous conduire aux gorges de Nouara, je l’entreprends à nouveau.
… — Ah |! oui, le patois ? Les félibres ne connaissent que la langue d'’oc, fabriquée pour leur usage exclusif lorsqu'ils vont félibregeant dans leurs félibregeades. Où la prendre, ‘sinon en leurs œuvres où il vaut peut-être autant la laisser. Je sais bien : il y a le grand Mistral, qui s'appelle aussi x Poésie. Sa grandeur doit-elle servir à abriter de petites histoires ? Je dois beaucoup à mon vénéré maître et ami, “Ambertois Régis Michalias, un érudit de la paysannerie “et du monde des champs. De tout cela, je sais ce qu'il “pensait, lui, si gai, si fin. Mon ami Gandilhon Gensd Armes, l'éclatant poète, est du Cantal, et plus emballé.
Paul Fort le présente comme le seul poète au month mais Gandithon Ge d’ À times ne r est pes. " reste, à bon critique et rieur, et délié, et fait les réserves faut. | .. — Le Jélibrige n'a pas su toucher le Fr: D’ Lil voil-il bien où est l'intérêt des choses terriennes ? se à tourne de plus en ne à la fausse RARES
étaient venus célébrer la Sainte- Estelle à Crrhoit L $ réjouissances furent bien belles. On aurait voulu alle chercher Rabelais ! Joseph Desaymards, cet essayiste : € choix qui mérite d’être appelé la meilleure conscience l’Auvergne, s'était doucement étonné, avec quelques autre Mais le même jour avait lieu, à Clermont, un congrè: d’espéranto. Entre |’ espéranto et la langue d’oc, voilà q HA va bien ! Ne pas savoir si l’on est pour di Midi où poui | le Nord, c’est cela l'Auvergne.
Beaucoup s’en tiennent à 4 partie facile a programm le goût du pittoresque local. Leur régionalisme n’est guè qu'une manière de sous-exotisme. Vieilles chansons. inte prétées par des enfants de Montmartre, noces villageois reconstituées, vielles, cabrettes, coq au vin et soupe at choux. Une guirlande de roses artificielles qui tourne rond autour d’un poteau peinturluré Le quelque de T d'hôtel ami des arts. :
— Le tourisme, il n’est peut-être se tant à encouragt Les voyages, qui se font pour dire qu’on a voyagé, l’inc trie hôtelière, les villes d’eaux et stations climatiques, cela va contre la vie terrienne. Mais s’il yaun sujet Sa c'est celui-là. On peut se déchaïîner contre quoi qu soit, sauf contre le tourisme. à Le régionalisme, son ami, risque ainsi de tourner } sous-littérature qui ne comptera pas plus que Rs
ostales posées par des artistes de Casino en travestis rustiques. On relate quelque jolie coutume, en voie de dispari-. ion, hélas ! On dépeint une noce paysanne, et si possible quelque danse de caractère ; il y a toute une ressource de vestiaire et de cuisine, de coiffe et de fichu, de soupe aux navets et de tarte aux pommes. Avec cela et quelque fraîche idylle, un littérateur peut aller loin. Il se sent une bonne conscience et même ce contentement iniérieur que ‘donnent seuls, à l'ordinaire, la paix du cœur et la vertu. à Assurément, c’est bien de s'intéresser aux particularités régionales. Mais c’est ainsi qu'on perd de vue l'essentiel. Résultats purement locaux. Et même pas : un Re en papier.
. Là où s'arrête le pittoresque, là commence le vrai régionalisme. Notre maître-mot, ce devrait être la nature. fl n’y à pas de unes littéraires, d’ailleurs, il n’y à que des écrivains. Charles Silvestre, l’homme du Limousin, è st un régionaliste, mais il est aussi ‘autre chose. Dans des livres tels que Jean Pradeau, Cœurs paysans, Aimée Villard, il à mis tant de soleil, d’ odeurs vertes, de grand vent, de
ae 1e crois qu'il ne jaul juger l'arbre que d’après son fruit, sans s'inquiéter de savoir s il a été ou non déraciné,
transplanté. Le plus poète des historiens, le plus exquis des .
umanistes, Pierre de Nolhac, est né, dites-vous, à Ambert :
Rome ? Ses vers sont bien beaux et je n'oublie pas ses . ARCS d'Auvergne, quoiqu'ils ne soient pas écrits sur l'air du Petit Liré.
:. — Bien sûr. Et notre compatriote, mademoiselle Amélie
Murat, rêve d'Extrême-Orient. On annonçait l’an dernier . son départ pour le Japon ; elle ne donne guère à ses poèmes … un caractère régional, mais ne suffit-1] pas qu'ils s’élèvent
vec une émotion si haute ? De ceux qui habitent chez nous, celui qui a le plus fait pour les lettres et les arts
lui reproche-t-on l'amour de dilection qu il garde pour Ë de
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régionaux, c’est un Normand, le doyen de l’Université, G. Desdevises du Dézert... » es
Les pelouses, les vergers, les bouquets d’arbres composent autour de la route un parc de fraîcheur. Le torrent traversé, nous arrivons dans une vieille cour verte entourée de papeteries délabrées sous les rosiers parmi les frênes. Mademoiselle Jeanne Lichnerowicz, dont c’est ici le fiei,2 doit publier cet hiver un Nouara où revivra dans la chro-. nique d’une délicieuse civilisation rustique, l’antique petit. monde de ce canton. de.
— Un rom polonais... Sn
—— Êt pourtant une vieille famille auvergnate de papetiers. Il le fallait pour que le livre eût ce caractère de familiarité et de poésie. | — Régionalisme ! Chacun suit sa pente. Qu'importentw les doctrines. Voyez ceux de ce Livradois même : Lucien. Maury a couru vingt-cinq ‘ans l’Europe et une partie de. l’Asie et tout son œuvre en témoigne, surtout ce Babel, : hardi, mais de judiciaire nette et plein de substance, qu’il . publie chez Perrin. Sur un autre plan, Lucien Gachon, qui va donner un bien surprenant roman paysan, — il dit. des choses qu’on n’a jamais dites, — trouve sa besogne . chez lui, dans sa ferme de montagne. Instituteur à quelques … kilomètres de là, il y revient travailler dès qu’il a un jour de vacances. » 4
Nous parlons longtemps encore du régionalisme dont Pourrat trouve que c’est un mot un peu court, même si.
de sentir . de région. | d au « gourg » de Garet, l’un des coins les} sques de la vallée de Nouara. Je me baigne dar de roche polie où tombe et s’éparpille en blanche se haute cascade. L'eau est glaciale. Des es
#1 un beau roman. roues
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F . “nt pas les us régionales qui .
êt véritable, mais bien le vieux du ne
D notant de paysan à paysan. Son ea.
A en donnant alors à ce mot un sens très s là g
et ar UNE HEURE Av
de l'intelligence primitive. SP ES À —\S1 jé vous comprends, il s'agirait de retr des documents qu’un tour d'esprit, un gén disait jadis ? LAS .— D'abord, il faudrait s'intéresser aux contes, aux h. toriettes, : aux traits de mœurs, à la sapience croyances rustiques, et à toutes les démarches de nation populaire. On trouverait aux champs une rhétor neuve. Non pas seulement des expressions, des pro: édé mais des façons de prendre les choses : des vertus de fa taisie et de grande simplification. Peut-être autre cho: encore. # — Et que pensez-vous des nouvelles conquêtes psy giques? De cette tentative générale pour annex mense domaine de l’inconscient ? Le it — Des Français se sentiront toujours une mauva conscience s'ils ne travaillent pas pour la connaisse L'observation, chez nous, aura toujours plus de créd * l'imagination. ER Rappelez-vous dans l'Enquête sur. les Maîtres de la génération la place faite à Paul Bourget. Paul Bourg d’ailleurs, me disait l’an dernier
ÿ ; à ; Fe sm és ; ES Connaissance et amitié de tout un royaume
qui la met mieux en lumière. Elle s'explique mie voit ses racines et sa vie venir de plus loin à e
élargit ainsi de toute une zone obscure et
— Dostoïevski ? Proust ? Jean Paulhan donne peut-êt: un exemple plus net encore. On a l'impression qu'il «&
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se ire pas tn qu’ on le rattrape jamais entière- | ent. moi c Est qu il soit si singulier et. sh oi
A première surprise passée, nous nous voyons mieux hi. vue eZ nous que partout ailleurs. La lumière simplement de ch ige les choses : il ne s’agit pas d’éclairages, il s'agit en d’une lumière. Ces impressions, ces sentiments, que |
étiquetions grossièrement, Jean Paulhan les démêle, distingue, leur donne leur nom véritable. Il est, voilà | jout plus appliqué. Plus vrai. Ses livres ont ce je ne sais uoi des livres qui viennent d’une découverte et qui comp- de vraiment. (Le Guerrier Appliqué a paru durant: l4® tre, et La Guérison Sévère, en revue, dès janvier 1920, un dmps < où les influences de Proust, de Freud étaient.