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| | JACQUES DE LACRETELLE 7 a in. En tout cas, il est quatre gros volumes qui m 'ac-
de Littré. Dès que j'écris une ligne, où que je sois, il me le faut à à portée de ma main. C’est non seulement un instrument de travail indispensable, mais un ouvrage d’une lec- ‘ture captivante. Il nous enseigne tout sur le mot : généra- tion, vie, décadence. Il lui restitue sa vraie valeur; et connaître la valeur juste du mot est, à mon avis, le grand . Secret de bien écrire. Le mot le Aie usé mis en bonne place fera bien plus d'effet que le terme rare.
— Non, je n'ai pas. une retraite fixe. Je m'installe pendant un mois ici, puis, après un court séjour à Paris, je repars dans une autre direction. C’est ainsi que j'ai écrit mon premier livre, La vie inquiète de Jean Hermelin, à .Moret, à Provins, à San-Salvadour. Silbermann, commencé en Tunisie, continué à Maisons-Laffitte, a été achevé à. Montiort-l'Amaury, chez mon ami Jacques de Zogheb, qui écrivait alors La Discorde. ou — Pourtant croyez-vous que l'isolement convienne bien au romancier ? N'y a-t-il pas danger à s’abstraire du monde que l’on s'efforce de représenter ? | . — C'est une objection qui m'est venue souvent. Et
© ross : « Comment peindre les passions si on ne les. connaît e ? Et comment trouver le temps d’ acquérir du du si on les sent palpiter dans son cœur ? » Mais je Té-. pondrai que, dans le moment où les passions vous agitent,
vous n'avez ni le loisir ni le désir d'écouter leurs palpitations. C’est ensuite que vous en jouissez intellectuellement.
: Aussi est-ce d’un raffinement fort avantageux de partager son temps en deux périodes : tantôt céder à l’activité des passions, tantôt se replier sur soi-même. Je pense au fre- Ê ne. ou me fut fait à la veille d’un nn pag une
compagnent toujours dans mes retraites : le dictionnaire
Stendhal faite avant nous. Vous vous rappelez- a.
vous prétendez m'aimer et VOUS pouvez surdité ! La solitude, les recherches de l'es de la mémoire ne firent que multiplier mon
bout de trois mois, je lui revins plus dévoué qu'avant. l'effet n’est sans doute pas le même pour tout le monde, | car elle avait agi de telle sorte pendant mon absence qi ne me fut plus possible de l'aimer... Le ee Voilà une petite anecdote personnelle qui risque d’i quelques-uns de nos lecteurs. Oui, oui, on reproche nombre de jeunes littérateurs leur complaisance à se serv d'eux-mêmes. Et vous, monsieur Frédéric Lefèvre, n vous pas blâmé récemment l'abus de l'introspection les romanciers ? Je vous chercherai querelle là-dessu à l’heure. Mais laisséz-moi vous dire d’abord pourqu J’isolement me nuit moins qu’à d’autres romanciers C’est parce que, voyez-vous, je me défends d’être tout, un romancier, c’est-à-dire un auteur qui voit en mier lieu les images et les aventures. Dans la fiction, un chose me fournit le germe de la création et, par la suite, m'’échauffe l'esprit : les caractères, ou plutôt, pour ne pas trahir la physiologie, les tempéraments. ou.
. Une revue a ouvert une enquête : « Pourquoi écrive vous ? » Ma réponse aurait été : « Pour connaître et étudi un tempérament. » | | à
En l’inventant à ma guise, en le nourrissant de = mes réflexions, je parviendrai bien plus près de ce ca tère que je ne pourrais de faire d’un caractère viva voilà l’enjeu qui me passionne. Or, cette invention,
de
vous qu’elle ne sera pas plus logique, plus savante approfondie, si je m'y livre dans le recueillement solitude ? . se — Je vous comprends, mais ne Croyez-vous pas que des personnages ainsi créés n’offrent quelque sécheresse et : se développent dans l'arbitraire ? é — Non, je ne crains pas cela, car je leur donn
propre substance, c’est-à-dire le fruit de l’introspection.
Tout personnage fictif auquel je m'intéresse. mais puisque
ce mot d'introspection est venu entre nous, Vidons d’abord notre petite querelle.
Il s’agit de ce que vous avez écrit dans votre entretien
avec Marcel Prévost, touchant un certain « psychologisme
exaspéré ». Reprenons le numéro et discutons le texte en.
main.
Je lis : Il y a là toute une génération de jeunes gens qui vont
dans la vie précédés de leur moi, plus précisément de leur mot intellectuel, et à chaque pas qu’ils font, ce mot intel-
lectuel augmente dans des proportions ridicules ; ils ne peuvent en détacher les yeux. Je ne sais si la route leur
parait longue, mais elle semble interminable au lecteur.
Pourtant ils sont habiles ; ils écrivent bien et ils sont si intelligents !
Trop intelligents ! De temps en temps, on a envie de leur crier : Mais cessez donc cinq minutes de penser ! Regardez donc autour de vous, il y a des feuilles qui poussent, des chiens qui aboient, des.
À quoi bon ce « casse-cou » sauveur, ils ne l’entendront pas !
En vérité, on est tellement fatigué parfois de toutes ces « introspections » qu on reprendrait volontiers un roman de Zola.
La réalité intérieure n'est pas la seule réalité.
Et voilà, voilà ce que vous avez écrit |! Ah ! je ne suis pas du tout d'accord avec vous !
Appelez cela idiopathie, si vous voulez, mais j’ai toujours été attiré, avant même de songer à écrire, par les ouvrages d'introspection : les Confessions, de Jean-Jacques Rous-
seau, la Vie d'Henri Brulard, la première partie de À la
recherche du temps perdu, bref tout ce qui ressortit des
mémoires et des recherches psychologiques. Ai-je tort ?
30 UNE HÉURE AVBE 0
là le secret des grandes œuvres. L'homme qui n’a pas là à mémoiré de ses sensations ou, néglige de les analyser ne livrera jamais que des pensées froides et des beautés spé- ë cieuses. es Pour ma part, un personnage auquel je n'ai pas donné un peu de mes sentiments, soit par une adaptation exacte, soit par une analogie, soit — comprenez-moi biéh == par à un prolongement imaginaire, ce personnage me paraît Je plus souvent un fantoche. +72 Et par parenthèse, l’introspection, l'examen de soi est-il … aussi opposé au dogme catholique que M. Claudel ati
L'invention est-elle plus difficile ? Je ne le crois pas, ët, en tout cas, ce que le lectéur prend pour de l'iñvention
n’est bien souvent que le fruit de l’introspection saväm-
ment présenté. | Nr Se chercher, se regærder, se connaître, voilà le meilleur |
apprentissage pour comprendre les êtrés ét arriver à une observation juste. Les vrais mouvements de la passion, On ne peut les trouver que dans son propre cœur. Si l’oû ne s'exerce pas à étudier le mécanisme de ses pensées et de ses sensations, comment arriver à connaitre celui des autres ? Bien souvent, dans la lecture d’une œuvre d'imagination (je pense surtout au roman), nous sommes arrêtés par üuné rémarque qui nous paraît particulièrement juste, un trans, psychologique qui nous persuade et étend sà vérité à toute la scène. C’est fréquent chez Tolstoï et chez certains Anglais éomme Georges Éliot. Eh bien ! n’en doutez pas, ce trait qui frappe si juste est dû à l'introspection. Transposé et habilement plâcé par l’auteur, il agit dans le récit comme uné étincelle. Ah ! Tolstoï, comme on sent bien qu'à tout moment il rétenait les minimes réactions de son âme ! C’est
Her
affirmé dans son « heure avec » vous ? SE Depuis saint Augustin jusqu’à Mauricé de Guérin, la liste |
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est longue des croyants et des saints qui se sont écorché l'âme devant nous. RS EAN