‹ Une heure avec.. 1924Chapitre 46 sur 53 · Robvan un accomplir 10 toute autre. Je sais bien · texte numérisé non relu

Robvan un accomplir 10 toute autre. Je sais bien

viduel, l’occasionnel, Pôur atteindre au général,

qui.

pas dans l’homme intérieur, dès qu'il imagine q

l’accroît. En ce domaine, il n’y a aucune assurance. Que départ faire entre l’imaginé et le réel ? On peut. rester 0

de Proust, que vaut-elle, au bout du compte ? Commer

net, en plein D ae Quand le personnage va à il pouvait aussi bien aller à gauche. Telle page de D

unique, reel Ouen un ss me accompli une certaine action, il semble qu’elle pouva êtr prévue ; mais avant, il était impossible de la pare

faire sentir combien il me semble difficile de par]e vérité, nor en un terrain si mouvant, où

eée

— Je songe aussi à Jacques Rivière, à Aimée, qui ss q une date, aux romans plus objectifs qu’il a écrits ou« ui rêvait d’ écrire, et je sens mieux encore ce que nous avor perdu en le perdant. Lui et Jean Paulhan nous enseignent . la valeur de l'analyse, nous montrent comment elle peut amener à de véritables découvertes. Quel talent ne faut-i pas pour donner én ces domaines l'impression de R Peut-être le talent seul n’y suffit-il pas. »

— Le grand point, ce serait de dépasser toujours l'indi-

— De trouver des vérités, sinon des lois. Le claésie

après tout, qu'est-ce donc ? Et il faudrait toujours arriver PACE classicisme qui est lumière, dessin, explication de la | nature humaine. On se perd un peu dans Proust : il fait un

. peu l'effet d’un grand poète manqué quand il tâche d’ex-

- phiquer en dix pages, à propos de madeleines ou d’aubé-

pines, de fleurs de pommier, ce qu’un Claudel eût suggéré … en trois lignes. Mais là où il dégage de petites lois, où il

BE

- nous aide à connaître et à comprendre l’homme, comme … nous lui en savons gré. Avez-vous remarqué d’ailleurs “ qu'il doit quelque chose au traité de l’Imagination de Léon » Daudet ? sa théorie des intermittences du cœur, par É exemple. . En somme, le vrai plaisir, c’est toujours de … retrouver l'homme par delà l'individu. Jean Paulhan ne … fait jamais le doctrinaire, si peu que ce soit, mais dans ses

études d'états naissants, il suggère le général ; il avance en terrain neuf et y apporte des lumières, d’où son importance.

«les différences de surface, pour toucher la nature pro-

En tout, il s’agit de dépasser l’accidentel, le pittoresque,

| - Iônde. »

Pourrat avait prononcé de nouveau le nom de Paul Clau- - « del. Je lui demandai s’il avait lu l’Introduction à quelques drames. Il l’avait lue. Un long moment nous avons parlé des idées de Claudel sur la personnalité, sur les dangers de “ l'introspection, le peu de crédit qu'il lui accorde. La con-

« ception que.se fait Claudel, en catholique, de notre liberté humaine, n'est-elle point la plus vraie, psychologiquement

“parlant, la plus belle pour le dramaturge, et, mieux, la

plus exaltante pour des hommes ?

—. Gachon avoua qu'il ignorait Claudel. L'un lui conseillait

de lire L'Échange et l’autre La Jeune Fille Violaine. Pourat, tout en gardant une faveur de cœur à Tête d'Or, voulait quil débutât par Connaissance de l'Est.

-— Claudel est de ceux qui changent l'orthographe des « phrases, et ce sont ceux-là qui comptent. L’art ne vit que

pue nouveauté. Mais il ne nous déconcerte pas tant qu’on

258 UNE HEURE AVEC Dora. peut-être. Comment vous en parler? déborde. dire. il y a dans son œuvre un

tout ce qu'on en pourrait | | roideur paysanne, un relief, une bosse qui n'étaient pas

connus, chez nous, avant lui. Claudel met dans nos lettres une nouvelle dimension. Tels de ses versets, dans ce Tête d’Or d’une fougue de flamme, ont le même effet physique qu'un coup de vin. Diderot a eu la tête assez bonne pour voir qu'en son temps une certaine poésie lyrique était encore à naître en France. Eh bien, Claudel nous fait comprendre aujourd'hui qu'avant lui une certaine poésie épique française était encore à venir. » ol Gachon nous promet de lire Claudel. En paysan accoutumé aux recherches parfois bizarres et à la saveur tragique, du parler populaire, il ne se laissera pas arrêter par ce qui rebute quelques timides ; sous l’arbre qui pousse si avant ses mille racines dans la terre et les pierres, pour hausser 1à-haut sa tête et la mêler au vent, à l'air bleu par un million de feuilles, il sentira passer, lui aussi, le frisson de la grandeur. Nous parlons des versets claudéliens, dont urt mouvement intérieur, plutôt que le sens, règle la coupe, ek Pourrat fait observer que Wyspianski avait adopté une méthode de ponctuation analogue, propre à guider la diction. | : .

__ Vous publiez, ces jours-ci, en collaboration avec A. de Lada et Lucien Maury, la traduction de Deux Tragédies de Wyspianski. Parlez-moi donc de cet écrivain que ses com patriotes saluent comme le plus grand poète de la Pologne! et dont certains affirment qu'il est le plus grand dramaturge qui ait paru depuis Shakespeare. FLAT __ Son théâtre, dans les Noces, par exemple, dont l'édi: tion a passé presque inaperçue à la N. R. F., en 1917, S0x théâtre s'apparente au plus vieux théâtre grec, au théâtre d'avant Eschyle, à un seul personnage, où dont tous les personnages vont dans le même sens. Une construction tou à fait nouvelle. En somme, il a réalisé le drame slave dont

nationale, c'est-à- dire qui, embrasse tous les mondes, même celui des esprits, comme les mystères du moyen âge. Il S 7 et les choses dans leurs rapports.

1h fiction el de liberté. Un courant paysan vous paraîtrait-il | pouvoir les accorder ?

un fait, une matière donnée. Le folklore, au sens large, ce sont des documents, et d'intérêt véritable, qui nous mon-

cupation de vérité, on ne va à rien qui compte. Mais ici

masse reste dans la mémoire du peuple, nous en disent plus long, à bien les entendre, que des confessions, des introspections. Cela est plus solide, plus honnête. Com- ment saisir la vérité des choses et des gens ? Le plus vrai serait de rapporter les idées que les gens se font des gens et des choses. Être le greffier de son peuple. D'ailleurs un

Pinconscient pour aborder le monde obscur. | Vérité et, d'autre part, poésie, une poésie non feinte. On.

on tirerait peut-être l’esprit d’un nouveau grand ue familier, rapide, allant au grand, mais libre, hardi,

À qui sait, un peu fol.

à. — Le roman est né du poème épique. Il aurait intérêt 0: y revenir.

ère largeur, être à la fois roman de psychologie, de mœurs, d'aventures. Il peut être comique et tragique, Haare des types et des foules, la nature et sa poésie ; y

rêvait Mickiewicz, qui réunit taus les éléments d’une poésie agit d’une explication épique de l'univers : Dieu, l’âme — Je songe aux deux tendances dont vous nous entreteniez, l’une réaliste, investigatrice, objective ; l’autre de — La grande tradition d'imagination populaire est déjà tirent comment travaille l’esprit de l’homme. Sans préoc-.

mous sommes en bon terrain pour connaître l’homme : les : observations, les traits de mœurs, les historiettes dont la

très large folklore serait peut-être un terrain plus sûr que .

pourrait trouver là une sorte de pain quotidien épique, dont

» — Le roman paysan, terrien, peut prendre une singu-

lee ADrs Fa à

… puiser, ainsi que fit Alain-Fournier, le sens de la g | réverie celtique, et même une vision passionnée du mo Songez à La Brière : quel maître livre : c'est un cu d'autant de base que de hauteur ; il y a là tout un pa) sa race, au plus près du naturel mais poussés ju épopée. Chateaubriant, Ramuz aussi. D'autre façon, une épopée encore que cet Amour du Monde. Ramuz Est-il à son rang ? Mais depuis Jammes, Péguy, et surtout Claudel, ne peut-on observer dans les lettres un certa courant de retour à la terre, aux choses naturelles ? Cela € sensible chez des écrivains très différents, tels que Mo therlant, Delteïl ou Jean Variot. Hi — Ne pensez-vous pas que des écrivains tels que Vallès. et Léon Cladel sont trop méconnus aujourd’hui ? L’@ . d'Ompdrailles, de Montauban-tu-ne-le-sauras-pas, n’est pa seulement un vigoureux styliste, on le sent tout plein di vieux suc des pays. Ses livres ne sont pas encore morts __ On pourrait, si l’on se tournait mieux vers le vi peuple des champs, écrire des romans pas trop roman: presque essais, presque reportages. La province, un bour et sa faune, la compagne ! Quelle mine ! Jadis on n’aurai pas osé. C'était du vrai trop peu vraisemblable. Auj .. d’hui, on nous a habitués à bien des bizarreries ; nous accepterions peut-être le vrai, même invraisemblable, di rectement relaté. Nous y gagnerions de comprendre bien, . des choses. Se Le. :

—— Quelqu'un qui nous fait bien comprendre ce qu gagne à être un terrien, c'est Joseph de Pesquidoux. Vo | devez aimer ces livres qui tiennent du bestiaire, du volucraire, du plantaire ; qui traitent des jeux, des travaux, des méliers, des produits, avec ces particularités que saven seuls les paysans. : ee — Par vingt avenues ou sentiers, ils nous meftent cœur d’une métairie gasconne. On voit là le terrien pre puissance sur les bêtes, les plantes, les choses, les plie

* ei

1sage et organiser ou. . son monde. Sur .

>e, Chez nous et le Livre de Raison, pourraient porter Ous-titre : Connaissance du monde rural. D'abord un ie äb trésor DORPRTe de la science non écrite, in

dont il parle, il peut se laisser porter par son a de a droit à la poésie, il peut ne plus se défendre contre Le est à Tr lui comme je ne sais quelle trans- Les mois deviennent alors ppe et

D nutiés Gn Far donne de la ferveur ct ce sens naturel qui à l’aube des Fins faisait du même home

ueurs sur ul et le AL, sur Îa vie secrète des pèces, des semences, des sèves, des fibres, où il y a plus sprits et de vertus cachées que notre philosophie n ne ae

— L'œuvre de J. de Pesquidoux est en somme un ma ique ur dè confiance dans nl x Il nous ie

1 Mo UNE HEURE AVEC

son corps, toute son ingéniosité, toutes ses puissances : celle où il peut le mieux s’accomplir. Sl ne sait pas. rester en liaison, en amitié, avec les choses vertes, il se . * déshumanisera. L'industrie, au bout de son formidable effort, n’est qu'une part de la civilisation. S'il se laisse par ‘elle détourner des champs, il le paiera cher. Détraquement, déséquilibre. On voit venir le temps d’une civilisation . mécanique où l’homme sera contraint, pour se rattraper, à toutes sortes d'exercices, de sports et de cures. On. lui ordonnera, comme la marche à pied, le rire, la chanson, les fruits, la contemplation des paysages. Or la vraie vie est celle qui prend tout cela dans sa trame.

Avec J. de Pesquidoux on entrevoit qu'à pénétrer plus avant dans certains règnes on saisirait mieux Île mystère de tout un monde secret d’esprits et de vertus qui va ea minéral à l'intelligence humaine. » |

. Là-haut, sur l'épaule de la montagne, un bois noir est jeté comme un bissac : c’est le bois des Besaces. À son … pied se trouve blotti le ne de Garrix où coule une . fontaine qui rend, paraît-il, « foutraud ». Dans Ambert aussi, la fameuse fontaine de Coye passe pour donner une. légère folie joyeuse. Le secret même de ces campagnes, n'est-ce Fe ce que Pourrat pe « l° CPE d’ pen »,

ae:

ot que ‘traduit la tes EE %* x *k

Nous sommes en montagne. Ce pays, l’un des beaux pays du monde, déroule les longues courbes de ses collines harmonieuses, là couleur d’herbe, au loin couleur de ciel. Comme ïl est frais, lavé, mouillé, comme il est propre. Si l’on se laisse conseiller et incliner par lui, par là même … on est en bon air. Peut-être Pourrat a-t-il raison : trop loin de la terre on se déshumanise. Près d’elle on retrouve et

ame j'élan ue le songe de pureté, et le corps, nos Jimites, la précision, le sens droit.

| - Allons- nous vers une fin ou vers un commencement ? C'est une question posée. Il n’y a rien à répondre, qu’à la poser. Et à faire ce qui se peut faire. L’Occident reste le

ontraire de la résignation.

a Cependant, ces idées nous entraînent. La discussion re-

prend.

: — Christianisme et civilisation, déclare Pourrat, restent Hiés. Deux mots pour ne dire qu’une même chose. Là où le christianisme a vraiment pénétré le terrien, on a le plus beau type d'homme qui soit. Mais comme cela s’effacerait vite! Il y a toujours eu aux champs des histoires

effroyables, plus noires que celles de La Terre. On voit très

bien une sorte de sauvagerie hargneuse prenant le dessus,

si le christianisme recule. C’est fou que le curé et l’instituteur se contrarient alors qu'il y aurait tant à faire F Dans un village français on trouvait jadis plus d'éléments intelli- 'gents et de vieille civilisation, émigrés aujourd’hui, attirés par Ja ville. De la ville, la vie ne pourrait-elle, au moins | “urant la belle saison, revenir vers nos bourgs, ‘qui se

ion occidentale, et pour tout dire, le christianisme. Là

Coup de vulgarité travaillée d’un peu de spiritisme et de scrcellerie.

tion, Le paysan partout pareil à à lui-même : le réaliste dé- Jiant, rusé, impitoyable, qui ne veut rien savoir, hors les

tons et le vin.

= — I] faut lire aussi l’étude de Gorki sur le Paysan russe.

Le À

Le paysan russe, c’est le comble du paysan. On le voit là dégagé du christianisme occidental. Gorki cite des traits

de une cruauté à lever le cœur.

fl

meurent ? Ce qui manque, c’est véritablement la civilisa-

où le prêtre disparaît, qu'est-ce qui le remplace ? Beau-

« Mac Orlan montre dans une Europe en décomposi-

. Le catholicisme est la vérité, même humainement par- -

Lu

lant, si ce mot à un sens pour les hommes. Aujourd’hui, pourvu qu'on ait l'esprit libre, il suffit pour le comprendre

de regarder autour de soi.

Allons-nous nous laisser glisser ? Est-ce Gide qui à rai--

son ? La France est-elle un morceau de sucre qui fond ? Et l’Europe ? Allons-nous voir la fin d’un monde, d’une culture, d’une civilisation ? Ou bien, comme il semble à. certaines heures, la France va-t-elle retrouver de l'élan et . montrer à l’Europe les voies d’un nouveau grand siècle ? C’est un esprit qui manque le plus! Quelle force la

croyance à la kultur a donnée aux Allemands ! Elle les à

soutenus, en les empalant, mais enfin elle les a empêchés. de s’effondrer.

Chez nous, il s’agirait non d’une doctrine, mais d’un esprit de hardiesse et de jeunesse. L’esprit de lourdeur ets de calcul pèse trop lourd sur la nation, et cette baisse ; d'honnèêteté, cette peur des risques, qui fait qu’on s'en . tient trop vite aux petits profits et aux petites jouissances.

On peut rêver au rebours d’un goût pour la grande pro-

preté, la liberté, le rire. Cela est chrétien. Mais les in-

croyants même pourraient désirer cet élan d’un jeune stoïcisme rieur. »

te d.

En devisant ainsi, nous arrivons à l’auberge sur la colline ,

ronde.

Le lendemain, nous sommes montés au sommet du

mont Fournols. Nous primes douze truites et quatre cents. écrevisses, mais nous ne parlimes guère littérature.

11 juillet 1995.

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