‹ Une heure avec.. 1924Chapitre 47 sur 53 · PAUL HAZARD · texte numérisé non relu

PAUL HAZARD

Pour se faire de M. Paul Hazard une idée juste, il convient d'assister à Vun de ses cours : et, par exemple, à celui qu'il donne pour les étudiants de licence à l’amphithéätre Descartes, à la Sorbonne. Ce cours est l’un des plus suivis: J'y arrivai l’autre jour vers dix heures et demie, c'est-à-dire plus d’un quart d'heure avant l'ouverture du cours et jeus cependant toutes les peines du monde à me frayer passage jusqu'auprès de la chaire du maître. J'étais tout heureux de redevenir élève pour une heure. Je trouve qu'apprendre et enseigner sont deux occupations également nobles ; j'ai toujours eu une vive préférence pour la première. En attendant M. Hazard, je m’amusai à inspecter la salle. Les premiers rangs étaient occupés par “de jeunes étudiantes qui préparaient leurs cahiers, leurs stylos, leurs eversharps. Leur mise était d’une élégance “discrète et originale ; les yeux brillaient d’une intelligence “déjà attentive. Au deuxième rang, deux négresses su- . perbes bavardaient. Une blonde coquette allait d’un banc “à l'autre, saluant des amis. Au demeurant, l'auditoire se Composait, au moins pour moitié, d’étudiantes. C’est que les femmes, après avoir conquis le baccalauréat, aspirent inaintenant à la licence, voire à l'agrégation. Signe des

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temps... Les étudiants — très jeunes, frais émoulus a “classes de philosophie ou de première supérieure — for

maient des groupes compacts, plus silencieux et plu calmes, cela va sans dire. Il y avait quelques auditeur. étrangers. Je remarquai même la traditionnelle vieil dame qui ne manque aucune conférence, qui assiste régu lièrement aux meetings des Sociétés Savantes et aux par lotes spirites de l’avenue Rapp.

Quand M. Paul Hazard entra, précédé de l’appariteur.

les trois cents auditeurs et auditrices qui se pressaient dans l’amphithéâtre, où l’on aurait pu difficilement trouver une place libre, applaudirent selon la coutume, mais avec une cordialité insistante qui me donna tout de suite le ton de la réunion. La conférence dura une heure. Pendant tout c temps, j'observai de face ce jeune et ardent publie don l'attention ne se démentit pas une seconde. La grande . majorité des auditeurs prenaient scrupuleusement des notes. M. Hazard parla, ce jour-là, de la jeunesse de Victor Hugo et de ses premières œuvres. J’enviais ces étudiants. n'avais jamais imaginé qu’un enseignement pût être au vivant, à la fois aussi sérieux et aussi séduisant. Quand 1 maître eut achevé son cours, il se retira dans un p réduit qui lui servait de bureau de réception — je devrais dire de bureau de consultations — où, à tour de rôle accueillait les étudiants qui avaient un conseil ou un r seignement complémentaire à lui demander. C’est en assistant à ces consultations que j'ai eu le secret de l’atmos- Phère de cordialité confiante et respectueuse d’un côt généreuse et joyeuse de l’autre, qui m'avait frappé dè l'ouverture de la conférence. Ru te

Quand nous fûmes dehors, j’ouvris le feu tout de suite.

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répondit docilement à toutes mes questions :.

s da république des lettres, les comparatistes se. x frontières ; ils s'efforcent de saisir les échanges s qui s’opèrent entre les peuples : c’est leur

ment une œuvre arrive dans un pays NOUVEAU, | elle est comprise, traduite, critiquée, et quelle exerce à la fin. Ils la considèrent comme un

ce elle

qui est modifiée par eux. Par exemple : l'Italie

naissance fixe dans divers traités de civilité, tels

me. Ce type, tout marqué d’italianisme, passe en y est reçu et admiré — transformé aussi. Par le

discours, les poésies, les pièces de théâtre, telle

sont des interlocuteurs de choix. M. Paul |

spécialité ? La littérature comparée. Non que je ia vie à balancer Îles mérites de Démosthène ou de de Corneille et de Racine — heureusement pour

suivent les opérations subtiles qui permettent Er e ‘étranger d'agir sur un génie national ; ils chère

ant, qui modifie d’autres êtres vivants qu'elle ren:\: urtisan de Balthasar Castiglione, un type idéad

ail de l'esprit français sur ce modèle venu d'au Au Alpes, se constitue un autre type, celui de Phone ime, qui à son tour s'impose aux nations euro Suivre ce curieux travail, c'est faire de la litié mparée. — Autre exemple : Voltaire sen va en re. Il part avec une mentalité toute française. Irentre en France, il donne entre autres œuvres les : hilosophiques qui difièrent spécifiquement de ce fait avant son séjour en Angleterre. Comment anglaise at-elle modifié la pensée voltairienne ? lectures, par quelles conversations, par quelles ar quels travaux d'apprentissage at-il pénétré la anglaise et assoupli sa mentalité propre ? Voilà ane étude qui nous appartient. __2 Ft ceci RSS fon française, telle qu’elle s’exprime dans les jour-

LM

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taine d’années qu’une place officielle lui a été :

| étrangers, il est da de connaître l’une s

une part 1’ on Elle rejette les principes | généra trop abstraits ; eile garde l’idée de liberté, + pe ; na nalité, qui animeront au Cours du XIX° siè ’histc

no e et . Lettres ons

intérieure, sans tenir compte des agents extérieu ue célèrent, la retardent ou la changent. C’est après le rom: tisme, après les grands courants de sensibilité qui où versé et remué + ra je ’on a pensé à faire Ai

::d bus ne heurte parce qu’elle tend à À donner | paraison comme but de cette science nouvelle qu'elle n’en est que le moyen. Il n’y a guère qu n

l'enseignement supérieur, en France. Aujourd’ jeunes gens vont vers elle de la façon la lus . Qui sait ? Le temps viendra peut-être où l’on. n d'histoire littéraire sans faire du même COUP : rature comparée, et où l’on concevra que. toute p nationale ayant été constamment modifiée par des

viennent tous les Lou plus nombre En 1991, densperger et moi, avons fondé, avec le « d’Édouard Champion qui lança hardiment Le une Revue de Littérature comparée qui est la pr à genre dans notre pays, et qui prospère. Une Bi loi

mr

e comparée, qui lu

res de mérite, 6

Vu #

i est annexée, a publié déjà

crites par des collaborateurs

vrai qu'il faut se donner la peine de connaître

angues et quelques littératures étrangères : le ible ; et au moins deux. Mais si peine il y à, que. ns hasse passionnante, je vous F de ces formes ui passent de pays en Pays, | -se divisant à l'infini ; agiss Let tantôt par subtiles infiltrations.

d'horizon lorsque parti de son clocher, on arrive é en degré aux plus lointaines perspectives du intellectuel ! er entendu, les études livresques n’y suffisent point ; ussi le contact direct avec les différentes civili- J'ai commencé, pour mon compte, par l'Alleue j'ai plusieurs fois parcourue; et par l’Angle- 4 continué par l'Italie, qui est devenue ma seconde ax quel miracle mon âme de Flamand, qui avait mps conservé une secrète méfiance pour tout ce qui éridional, a-t-ell ence et à l'éclat du soleil ? ie, on étude sur Leopardi ; à Milan, à Venise, à composé les articles qui, après avoir paru dal des Deux Mondes, ont formé mon volume Italie nte. L'Italie m'a conduit à l'Espagne, où j'ai suiv ?à P'Alhambra les traces de Chateaubriand. En 1993, rsité Columbia m'a fait l'honneur de m'inviter à er chez elle : ainsi j'ai fait la connaissance de ces Européens qu on dppelle les Américains du Nord. , j'ai fait la connaissance de ces auires Européens, n appelle les Américains du Sud : je suis allé pro- : pendant trois mois à l'Université de Santiago du

LU

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