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k 5 J'en suis comme vous assuré. Dites-moi, que prépa-
Travail enivrant ! Regarder
Cette réponse ne me rue pas, il en avait davan-
… Même le Voyage de Shakespeare souffre de cette Fe
de I faut que chacun soit à sa place, a certainement sur
ivre, regarder | créer cet | omm > dant dix-sept ans |! Vous imaginez bien
une Vie à ma façon qui ne sera pas Para a Sorbonne. Été de de ns
ÉTIENNE GILSON
- J'ai rencontré, pour la première fois, M. Étienne Gilson, poparee de cours à la Sorbonne, directeur d’études à l’École des Hautes Études religieuses, dans un lieu étroit et un . peu poussiéreux, la vieille librairie philosophique J. Vrin, place de la Sorbonne.
M. Gilson dirige là une collection d'Études de Philoso-
phie médiévale : son objet est de favoriser la publication :
des travaux relatifs à l’histoire de la philosophie chré- » tienne, dont les philosophies Hess demeurent l’ex- pression la plus achevée.
M. Gilson réclame des travaux qu'il édite qu'ils soient PA sur le respect inconditionné des penseurs dont l’his- : - iorien assume la responsabilité morale de se faire l’inter-
prète et aussi le respect des lecteurs qui ont droit à mieux
. que des matériaux de construction : à des livres.
Ê Nous avons déjà pu lire dans Aa collection Le Tho- - misme, introduction au système de Saint-Thomas d’ Aquin, Le M. Gilson lui-même, La Pensée religieuse de Descartes, ouvrage remarquable d’ un jeune pensionnaire de la fon-
dation Thiers, M. Henri Goubhier, et surtout La Philosophie de Saint Bonaventure, qui constitue à ce jour l’œuvre maî-
x tresse de M. Gilson.
Ceux de nos lecteurs qui ne seraient pas familiarisés avec
APT} EE A 2 RTS La pe . Er e 4 “
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A doctrine du Docteur Séraphique ere pere
leur initiation par cette A de LR
ie féconde manière : c est de l histoire et de la critique sy pathique.. L’effort de M. Gilson pour reconstruire par | dedans toute une vie et toute une doctrine a été © ] de succès. 58
Un entretien avec M. Gilson est, pour son interl ( d’ une variété et d’une richesse OR Que
éducation au ir séminaire de Notre- Dane dés pe C'était une institution mixte, ouverte à de futurs autant qu’à de futurs prêtres, où il y avait d'excellents pro fesseurs et où régnait, avec une foi religieuse et un OT A:
Dents y consistaient à à représenter Antigone ou Iphi ns en grec ; à Des jouer, par les mêmes acteurs,
pe je suis entré à a Sorbonne, je ne pouvais do me sentir dépaysé. Lévy-Bruhl et Victor Delbos y P saient l’histoire de la philosophie. Lévy-Bruh]l, p Dre et par ses ouvrages comme la FES
ÉTIENNE GILSON 7 206$
Es ire de histoire l’enseignement qu’un autre maître donnait au même moment sur le plan de la métaphysique . et que je considère comme l’apport essentiel de sa méode : « Il faut faire un effort original pour sympathiser avec chacun des sujets que l’on traite. » - Lévy-Bruhl m'a orienté vers mes travaux actuels en me conseillant d'étudier les rapports de Descartes et de la CT J’ai l'impression que mon œuvre ne se serait pas pro- Vduite si l’on avait supprimé l’un des deux éléments qui ont formé ma jeunesse et mon adolescence : le petit séminaire ou la Sorbonne. L'opposition que certains veulent établir Four l'enseignement libre et l’Université, est quelque chose de radicalement faux. C’est une de ces pseudo-rivalités que les partis exploitent soigneusement, puisqu'il » leur faut bien fomenter les haines dont ils vivent qui . n'existent pas dans la réalité. La loi, c’est qu’il se fait entre es deux enseignements un échange constant de maîtres et d'élèves, et qu'ils se complètent mutuellement. | - Ne négligez pas, je vous prie, de signaler combien consi- dérable a été sur moi l'influence du grand Bergson : il nous a montré en chair et en os ce que c'était qu’un philosophe. - J'ai suivi ses cours pendant trois ans et j'ai vu ainsi le travail de la pensée philosophique se faire devant moi. Au- .jourd'hui, quand j'étudie des philosophes morts depuis 2 Hincours ‘siècles, j'évoque, pour m'aider à les mieux com- * prendre, l’ exemple de Bergson vivant devant nous sa philosophie. Ah ! c’est un grand malheur qu’il n’enseigne plus |! ail fallait l'entendre inventer ses idées devant le public. La présence de ce philosophe parmi les jeunes gens nous fai- “éait mieux comprendre ce qu'avait dû être la vie de Socrate ou de Platon au milieu de leurs disciples. (Tout ceci est Pdailleurs indépendant de la question de savoir si on est bergsonien ou si on ne l’est pas, à supposer que de telles | putes aient un sens.) «
de
l ai nu le ar vivement qu “l bat. un prince de l mA I} y avait là une centaine de philosophes du monde entier. Bergson avait fait une communication éblouissante sur Prévision et Nouveauté. Au banquet d'adieu, il indiqua quelle était à son avis la tâche qui s’imposait au philo: sophe et, pour bien montrer en quoi elle consistait, il e: quissa un tableau saisissant de l’histoire de l’Ââme dans ses rapports avec ce qu’il appelait « le corps de CARRE ».. Il développa ce thème que, sans y prendre garde, les hommes, à la faveur d’un machinisme et d’un industrialisme exagérés, avaient laissé ce corps prendre un développement excessif. Il s'agissait de savoir, dit-il, si F âme allait avoir la force de maîtriser ce corps MONSITUEUX.
Je n'ai pas été peu surpris en lisant ensuite la première lettre de Paul Valéry, publiée dans l’Athenœum et qui se retrouve en tête de Variété, de constater que deux esprits —— également éminents, bien qu'ils pensent sur des plans distincts et avec des méthodes différentes — se soient accordés pour dénoncer la disproportion toujours croissante entre le machinisme et la pensée comme le péril le plus grand dont serait actuellement menacée l'humanité. :
La tâche qui s'impose aux philosophes, je le répète après mon maître Bergson et après M. Paul Valéry, c’est de rendre la prépondérance à la pensée en lui montrant comment elle pourra tourner les obstacles que le machinisme moderne lui oppose.
— Les professeurs de Sorbonne lisent donc Paul Valéry ? ?
— Les auteurs les plus résolument modernes, s'ils pouvaient faire une enquête chez les professeurs de Sorbonne, seraient probablement fort SUTPTIS : de constater qu'ils n ‘ont. 4 pas de public plus fidèle ni plus sympathique. 23
ÉTIENNE GILSON 67
. M. Lévy-Bruhl ne m'a pas seulement fait lire Descartes @t la scolastique. Je me souviens qu’un jour, lorsque j'étais encore LEURS je me Du, chez lui pour le con-
J'aperçus sur sa Lie la agabonde, dos te No . vivement la lecture. Je suivis ce conseil, et c'est une des choses dont je Jui suis reconnaissant.
… En ce qui concerne Paul Valéry, je m'entretiens bien souvent de lui non seulement avec mes collègues, mais même avec mes étudiants.
Quoi de plus profitable à méditer que telles pas de * Note et Digression ou de la Soirée avec M. Teste ? Elles sont lourdes de substance philosophique. Valéry - iravaille en pleine tradition cartésienne et française, sou- . Gieuse de s'enfermer dans la pensée beaucoup plutôt que de se répandre dans les choses et préférant à la métaphysique une sorte de métapsychologie. Lorsque le recul du temps rapprochera des œuvres qui semblent aujourd’ hui encore hétérogènes, on sera surpris de la parenté qui relie lniro- duction à la Méthode de Léonard de Vinci, pensée que son : » propre orgueil abandonne « nue, infiniment simple sur le . pôle de ses trésors » à l’Introduction à la vie de l’esprit, … ce poème métaphysique de la pensée pure, d’une élégance dépouillée, nerveuse et subtile, que nous devons à Léon Brunschvicg.
. Pour ma part, j'ai besoin de plus d’objet : j'avoue que je 1 respire mal à de telles hauteurs et, lorsqu'on m'’enferme - dans la pensée, j'ai toujours peur de ne plus pouvoir en sortir. Encore est-il, pour en revenir à Valéry, que nous . Jui devons d’avoir tenté le premier d’ ne à la cons- -Ciencé claire des opérations mêmes de la pensée, et de rejoindre, par delà les œuvres, une logique créatrice, in- “connue des logiciens, qui les engendre. C'est pour avoir voulu donner un sens clair et distinct au mot génie que … Valéry s’est trouvé conduit au point privilégié où les entre-
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prises de la connaissance et les opérations. dé Va art. devien nent également possibles.
Ce qui n’est qu’à lui, dans l’histoire de notre pensée c’est de ne pas nous avoir simplement dit qu'il est un point d’où le Discours de la Méthode et Bérénice apparais: sent comme également probables mais d’en avoir prouvé expérimentalement l'existence en nous donnant Charmes après l’Introduction à la Méthode de Léonard de Vinci. Mon maître et ami, M. Brunschwicg, m'a promis de me le faire rencontrer. J ‘y tiens d'autant plus qu’étant sur le point de publier moi-même un commentaire du Discours de la Méthode, je suis convaincu que l’Introduction à la méthode de Descartes, de Paul Valéry, qu’on nous annonce, ne peut manquer de nous apporter sur le travail de pensée dont cette œuvre est sortie des lumières qu'aucune né 2 thode d’érudition ne saurait fournir. à — C’est sans doute cette sympathie pour les méthodes, d'interprétation directe qui, animant vos travaux d? érudiion, leur donne cet aspect particulier qui nous séduit s vivement ? k | — Aspect si particulier, en effet, que, l’autre e jour, 4 ne mirable historien du moyen âge qu'est le père Théry, exilé au Saulchoir, me reprochait amicalement de ne pas être un érudit. ‘ Fe — ... Et de donner des tranches de vie sur lesquelles on ne peut pas prendre de notes. EE — Précisément. Mais j'ai toujours pensé qu'on prend des notes pour faire des livres et qu’on ne fait pas des livres pour que les autres PRE des notes.
| aux théologiens du moyen âge ?
ÉTIENNE GILSON. 6.
- — C’est que j'ai trouvé, en commençant mes recherches, un Descartes traditionnel qui se définissait presque uniquement par opposition à à la philosophie scolastique. Or, en . l’approfondissant, j'ai cru constater que sa pensée s ’alimen- tait en fait d’une tradition philosophique dont l’origine
“ scolastique et médiévale n’était pas douteuse. + L’ importance de cette constatation m'a paru grande, car si mon hypothèse pouvait se vérifier, c'était la rupture,
traditionnellement acceptée, entre le moyen âge et les temps modernes, supprimée ; la continuité de la tradition philosophique entre l’antiquité grecque et les temps modernes établie ; leur vraie place rendue enfin aux penseurs chrétiens trop longtemps exilés de l’histoire de la philosophie.
Pour être sûr que je n’étais pas victime d’une illusion, je
devais d’abord m’assurer que cette pensée philosophique
médiévale avait réellement existé. J’appliquai donc, pour
mon instruction personnelle, à saint Thomas, les méthodes
ë mêmes que l’on m'avait enseignées en Sorbonne à appliquer à Descartes et aux autres philosophes. Cette étude
fut pour moi une révélation et je ne pense pas qu’il me soit
jamais possible désormais d’abandonner l'étude du penseur le plus lucide et de la doctrine la plus merveilleusenent organisée qu'il m’ait jamais été donné de rencontrer. Mais en prenant saint Thomas, j'avais pris, sans m'en.
… douter, tout le moyen âge. On ne peut, en eflet, prétendre
interpréter le thomisme en le séparant des philosophies médiévales d'inspiration souvent très différente dont il est la synthèse et auxquelles parfois aussi il s’oppose. Mon attention se porta dès lors sur l’augustinisme dont Saint Bo-
» naventure est le principal représentant. De ces recherches
sortirent d’abord les Études de philosophie médiévale, qui
parurent dans la si vivante collection de la Faculté des
Lettres de Strasbourg.
Ve Je connais cette belle collection dont la création a
Mg ct : LCL CANNES GLS RP PRET -
Di UNE HEURE AVEC répondu sans doute à bien comprise d’ailleurs !
un plan de “propéguide ficelle ee
— N'en croyez rien !, Elle est née de l'initiative privée
d’un groupe de professeurs de la Faculté des Eettres qui ont voulu doter leur Université d’un organe puissant qui
lui faisait défaut. La générosité avec laquelle le public
français et spécialement alsacien a répondu à leur appel,
leur à permis de réaliser une œuvre déjà importante: Il est
à souhaiter que cette générosité ne se découragé pas.
— C'est à ces mêmes éludes médiévales que se esse
votre Saint Bonaventure ?
— Ce livre résulte d’études beaucoup plus anciennes, commencées dès 1913 et que les loisirs forcés d’une Jongue captivité en Allemagne m'ont permis de continuer pen-
dant la guerre. C’est ainsi que je possède plusieurs volumes. Ê
de Saint Bonaventure qu’une censure allemande soupçonneuse a revêtus, avant de me les remettre, des câchets les plus variés.
J'ai désespéré, à plusieurs reprises, de saisir une pensée si différente de la nôtre. C’est seulement au troisième essai de réalisation, en l’acceptant résolument pour ce qu'il est,
c'est-à-dire pour un fils spirituel de Saint François, que son ŒUVrTe S est reconstruite tout entièré dans ta pensée : : comme une expression abstraite de sa vie intérieure et de: 4
sa personnalité.
— Si bien qu'on se demande maintenant devant votre
Saint Thomas et votre Saint Bonaventure, que vous présentez sans prendre part ni pour l’ün ni pour l’autre, où vont vos préférences secrèles et quel intérêt profond peut vous
avoir conduit à juxtaposer deux penseurs en apparence
aussi différents ?
— Mes préférences, non pas secrètes mais avouées, né
vont ni à l’un ni à l’autre exclusivemerit, mais à da pensée
chrétienne dont ils sont l’un et l’autre dé très profonds”
représentants.
ÉTIENNE GILSON A -
— Ne craignez-vous pas que le sévère Jacques Maritain ne vous reproche d'exposer simplement des philosophies là | … où il s'agirait de prendre parli pour la vérité et de juger ?
…__ Jacques Maritain est-il si sévère ? J ‘imagine qu'il l’est . beaucoup moins dans sa personne que dans ses livrés ét il me Sémble que chacun de nous pourrait aisément comprendre ce que fait l’autre sans renier Sa propre manière dé penser, ae
Autant que j'en puis juger par ses articles sur Descartes … ct ses Réflexions sur l’Intelligence, qui ne sont pas seulement d'un philosophe mais d’un artiste, sa méthode coniste à ramener les hommes à des idées pures afin d’être - mieux à même de les juger.
- Sous sa main, les philosophes deviennent dés thèses abstraites dont il s'empare et qu'il exécute avec une verve admirable. |
… — Manière de voir qui correspond bien à un aspect de la … réalité, car ce qui agit sur le grand public, ce n'est pas la personne même du philosophe avec toute sa complexité
—. ruinerait l'équilibre de la doctrine si on la laissait se déve- … loppér pour son propre compte. L'œuvre du philosophe,
2e est Précisément d'assurer cet étre en en les organisant. £ È + __— En somme, d’ après vous, l'histoire des idées
innortant encore d’essayer de nn les idées pal hommes. Et ceci non point du tout afin de renoncer | juger, mais afin de juger d’une manière qui serve à réu les hommes au lieu de les diviser. Les idées pures, ee dans leur rigueur abstraite, sont, généralement, irré … diables, et les hommes que l'on réduit à de telles ” semblent, par une conséquence toute naturelle, l'être lavoir été. De là naissent des oppositions dans une € € taine mesure peut-être factices qui, une fois introdui dans l’histoire, peuvent exercer leur répercussion jus sur le temps présent. = À — Comment une telle interaction pourrait-elle s 'exerc 3 + — Plus on pratique l’histoire — et ce que je dis » tout autant pour l’histoire politique, ou même pour l’hi toire littéraire, que pour l’histoire des idées — plus rend compte qu’elle est une ample fourmilière de Fo ré Mais, de toutes les sources d'erreur dont elle abonde, I: plus féconde est sans doute encore celle-ci : Nous n représentons l’histoire à travers certaines idées à priori, nous l’invoquons ensuite pour justifier ces mêmes idé Je veux dire que, trop souvent, nos oppositions de par L €t nos conflits d'opinions refluent vers le passé dans |” espoi de s’y trouver des justifications. La haine se cherche tc jours des ancêtres, parce qu’elle n’est pas très sûre de : droits. Elle se représentera donc les hommes et le pass & tels qu’ils devraient avoir été pour qu'elle puisse se consi- dérer comme pleinement légitime. Commencer par la cription de ce que l’on a véritablement pensé, ou de à
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