‹ Une heure trop tard (volume 2)Chapitre 14 sur 14 · SA SECRÈTE AMBITION · texte numérisé non relu

SA SECRÈTE AMBITION

Comme nous écrivions le LIP chapitre de ce volume , et que nous rapportions comment Maurice gourmanda Richard , il nous vint en Pesprit , à propos de quelques paroles échappées au premier , un souvenir que nous voulûmes mettre entre deux parenthèses , de sorte que nous traçâmes siu' le papier ce signe me-

naçant ( — mais nous pensâmes aussitôt que notre parenthèse serait infiniment trop longue, et nous prîmes le sage parti de la réserver pour un autre moment.

La voici.

( — Feu madame de Genlis , entre autres prétentions, avait celle assez étrange d'avoir inventé la rose mousseuse.

Il faut dire à ceux qui ne connaissent pas la rose mousseuse que c'est peut-être la plus belle variété de rose, après Téglantine.

Son bouton est couvert d'une fine mousse verte, el quand la rose sort de ce bouton, elle étale au soleil la plus fraîche nuance de rose qu'on puisse voir.

Madame de Genlis ne s'arrêta pas en si beau chemin , elle voulut inventer encore , et dans un livre intitulé Maison rustique , elle apprit au monde trois choses :

L'art de fricasser les citrouilles ;

Que J.-J. Rousseau n'a rien fait qui vaille ;

Et enfin, la manière de faire naître des roses noires et des roses vertes.

Un horticulteur de nos amis lut par hasard la Maison rustique , et se mit dans la tête d'avoir des roses vertes et des roses noires.

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Il suivit religieusement les conseils de son auteur.

A savoir : fît transporter en bonne terre

Un houx ,

Un cassis;

Puis greffa en écusson sur l'un et sur l'autre sujet un rameau cle rosier blanc, entoura sa greffe d'étoupe , enferma le houx et le cassis d'un treillis d'épines, défendit sévèrement à sa femme et à ses enfans de fréquenter cette partie du jardin — et attendit.

Or, il fallait le voir avec son air mystérieux et capable , quand il annonçait à ses amis qu'il aurait prochainement à leur montrer quelque chose qui méritait quelque attention.

L'hiver se passa.

Comme l'exemplaire de la Maison rustique^ qu'il possédait, était le seul qui fût dans la ville , il déchira la page où était enseigné le gi^and secret.

Car pour l'horticulteur il ne suffit pas de posséder , il faut que les autres ne possèdent pas. Un fleuriste de Harlem avait une tulipe. Il passait des journées à contempler sa tulipe.

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Chaque jour il y découvrait de nouvelles nuances et de nouvelles beautés.

Quand la fleur était passée, il la déterrait, débarrassait la bulbe des petits cayoux ((ui renlouraient , la plaçait dans un endroit sec , et passait l'hiver dans Tespoir du printemps.

Un joiu' , un autre fleuriste auquel il avait montré sa tulipe , lui apprit que la pareille existait à Paris , au faubourg du Temple.

La vie de notre homme fut dès-lors empoisonnée. Sa tulipe avait perdu tous ses attraits.

Il partit pour Paris, paya la tulipe trois mille francs, Técrasa sous ses pieds , et revint heureux.

La sienne était unique.

L'*horticulteur, notre ami, vit donc arriver avec une satisfaction inusitée le mois de mai , le mois des roses.

Il faut faire tapisser à neuf le petit salon , dit-il à sa femme , il viendra du monde voir mes roses, et il faut les recevoir décemment.

Un de ses voisins vint le trouver qui lui dit :. Il m^est fleuri une oreille d^ours qui mérite votre sulfrage.

Je ne méprise pas l'oreille d'ours^ dit no-

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tre ami. — Mais son voisin s'aperçut qu**il prenait avec lui un ton de supériorité qui ne lui était pas ordinaire. '. ; i» o-^ <

Au commencement du mois de jiiiii , ' • • ->^'

Le cassis produisit d^excellent cassis y^n f>^

Le houx, de superbes feuilles de hou».* ^ oz

Soit dit sans manquer au respect que nous

professons pour les horticulteurs. ) - ,;

S'il nous est resté une passion, c'est pour

li campagne , pour Therbe. le vent, le soleil,

es arbres et les fleurs.

Nous avons d'abord aimé tout cela par instinct, puis par sagesse. La nature est une bonne amie. Toujours la même , toujours belle.

Et un jour, si quis Deus hœc otia fecerit , nous deviendrons horticulteur, et nous serons peut-être assez heureux pour donner , nous aussi , notre nom à une rose ou à un œillet.

Après avoir vécu et étudié la vie , c'est le

seul désir degloiie qui nous soit resté.

^ Nous n'avons pas désiré le sort d'Alexandre

Mais nous portons quelque envie à M. Soyer

qui, vieux aujourd'hui , et presque aveugle ,

sait qu'il n'y a pas en Europe un horticulteur

qui ne fasse un devoir de ranger dans sa collection Toeillet feu Soyer.

Voici pour l'avenir notre ambition. Il est bon de la faire connaître. Elle ne gêne celle de personne ; la terre , l'eau , l'air et le soleil se chargeront de perpétuer notre gloire , et les jeunes filles nous devront les bouquets qui embaumeront leur chevelure.

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