LA NUIT AU JARDIN
V II récoQte, DOS pour ce qu'elle dil^
mais pour sa voix.
FasDÉBic SooLié.
II y avaitdans le jardin d'Hélène une sorte de tonnelle, fermée par quatre ou cinq grands acacias, qui mêlaient par le haut leurs branches mobiles, leur feuillage étroit et découpé... et déjà jauni par le soleil du mois de juin. Entre les acacias, des lilas d'un vert sombre fermaient» de leur feuillée épaisse, les espaces vides. Un houblon serpentait autour d'un acacia, et étendait ses branches et ses feuilles semblables à des feuilles de vigne, mais d'un vert presque noir, sur les arbres voisins, — trois ou quatre chèvrefeuilles grimpaient aussi dans les ar-» bres et retombaient en guirlandes parfumées.
Par l'entrée étroite laissée à la tonnelle on ne voyait rien^ si ce n'esta à trente pas environ, un rideau de peupliers serrés les uns contre les autres et se balançant au moindre vent. Devant les peupliers, quelques saules au feuillage bleu servaient à masquer entièrement la vue.
Dans l'espace compris entre les peupliers et la ton-'
nelle, il n'y avait rien que de l'herbe, qui cachait près*-
que enUêrement un petit ruis^eau> de telle sorte que les
yeux ne voyaient que la verdure, mais variée de toutes les formes et de toutes les nuances. — Seulement le liseron grimpait après les joncs les plus élevés, et étalait ses grandes cloches, blanches ; — une sc^te de plante ma* rine, dont le nom nous est inconnu^ élançait une touffe de veines vertes, terminée par un épi de fleurs violettes, qui se découpaient avec une inconcevable richesse sur le fond vert de Thorizon.
Nous aimons les horizons bornés; un horizon trop vaste nous écrase et nous rend trop peiits à nos propres yeux : vis-à-vis d'un horizon semblable à celui delà mer, on est saisi par l'idée du vague et de l'infini, et les pensées se pressent, rapides, vagabondes, sans se présenter sous aucune forme convenue et dont on puisse se servir pour les communiquer. 11 nous serait impossible de travailler, ou même de méditer sur un seul sujet avec un horizon aussi vaste : notre imagination alors s'échappe et s'étend jusqu'aux bornes plus larges qui lui sont permises, — et les rênes dont nous nous servons d'ordinaire pour la maintenir sur tel ou tel sujet perdent prompte* ment de leur force par la longueur qu'il faut leur donner, ainsi qu'il est connu en physique, et ne' tardent pas à être rompues.
Maurice et Hélène sont assis sous la tonnelle, près l'un de l'autre, les mains dans les mains, les yeux sur les yeux.
Jusqu'ici ils ont parlé de choses presque indiiFérentes ,* il fait trop jour encore : — derrière les peupliers, à travers leur feuillage, immobile alors, — car le vent se tait en même temps que les oiseaux, à l'heure majestueuse où le soleil se couche, — on voit encore une bande d'un or pâle; au-dessus pèsent tristement des nuages grîs: au-dessus des nuages gris le ciel est bleu clair et parsemé de petits nuages blancs en légers flocons.
iBo txNiE HEuas rmf tard
Mate d>i z^aUh., le^cidl ^t4'ua bleu mmkfB eippee^ noir, ot^ à l 'jborizpn opposé, sur ua imd npic^ com^eiioenià $ckitàUer ks étoiles è^çopo Utiidbeis.
C'est ce moment rapide, dilBeife à saisk^ où le jour et la fiult se partagent notre horizon, le jour à Tiraest, la nnH à l'est ; la nirit s'ayasiee et gagne au terrain, et, à mesure que le eiel noircit, les étoiles se multij^ent à rinfini et perdent leur clarté blanchâtre pour en pr^dra une plus int^se et plus bleue.
Maurice et Hélène parlent peu, et chacun d'eux aime* rait mieux ne pas parler du tout, tant est puissante Tisfluence de cette heure, où Teau même semble rouler plus doucement sur le gravier, où Ton ne peut s'empêcher de parler plus bas, tant l'homme a peu de force contre le bonheur et s'en laisse écraser. S'ils disent quelques mots, c'est que ce ravissement inexprimable du cœur qui se replie et se renferme dans la contemplation de son bonheur, chacun d'eux ne sait pas que Tautre réprouve seul, et qu'il doit s'efforcer de le traduire en langage humain pour le faire partager à l'autre.'
Ces paroles inutiles, si pâles, si décolorées, ne sout qu'un effort impuissant que fait Thomme dans ces mojnents où l'amour lui fait entrevoir un bonheur plus grand que la nature ; il voudrait confondre ainsi ses sent sations avec celles de la femme qu'il aime; il voudrai" réunir les deux ânies, il voudrait que chacun pût jouir de son bonheur et de celui de l'autre, et s'identifier eU" jBemble, se perdre l'un dans l'autre, comme deux goutte» d'eau, comme deux flammes.
Mais alors, comme l'ange déchu, c'est aux attributs de Dieu qu'il ose prétendre, en voulaot confondre avec soi l'qbjet de son amour, en voulant tout renfermer en .§oi.
CKS HEURE TftOP TAAB mt
Ou pettl«étrè, pstfcelle cl64a DdTiaité, ocmme tout ce qui est, il as^m à se réonir aux autres paieries.
Désir qui soit l'iionaie partouty et qui se mani£^te dans tous ses amours, da&s tous ses Ixmheurs, dans toutes ses souffirances.
' Quand FbomflM aune et àéâvB la femme^ quand il eontenipleie cieLet k soleil^ quand il s'enivre du parfum des fleurs et du feuillage, ce sont autant d'amours qui tendent au même but, à se compléter, — eœnme les tronçons séparés du serpeet tend«!it à se réunir.
Car 00 dit : Kaa est partmit ; il fallait dire : lUeu est tout, — Dieu est Tair ^ le soleil, et les arbres et les fleurs, ed les hommes et les terribles lions^ et les eroeo* diles da Nil, et le vent, et les parfunts que le v^t recaeiHedàns les prairies le soir. >
Dieu est à la fois Tétoile qtxi brille au ciel et le ver luisant qui brille dans Therbe.
Dieu est aussi cette herbe et les violettes qui Fembaur ment, ainsi que les cèdres du Liban et les plus hautes montagnes*
Meu renferme tout dans son sein^ et surtout tous les amours; ces amours si multipliés, dont chacun est si fort po«r nous qu'il nous écrase, — ees amours des pst» pillons qui font ensmnUe frémir leurs ailes, et ressem^ blent à des églantiers dont les pétales se doublât par lés soins du jardinier, — ces amours de fleurs qui se fér condent en méhni leurs parfums, -* ces amours des Jgres qui rugissent et se drâqent avec leurs d^its blanches et aiguës des baisers sous lesquels le sang ruisselle, — ces amours harmonieux des oiseaux, — et aussi des demoiseltes qui, sefublaMes à des saphirs, à des topazes, à des émeraudes vivantes, se poivrsuivent et se cares* sent, emportées par le vent sur leurs, frêles ailes de gaze ;
iS2 UNS HEURE TROP TARD
Bieii a tout cela en lui, — Dieu est tout cela.
Et l'bomme est une parcelle de Dieu ; et, dans les mo« ihents où l'amour le grandit, alors ses yeux un iDSlant s'ouvrent à la grandeur de Dieu, il la comprend, il la désire ; mais bientôt cet éclat trop fort l'étourdit, lui fait fermer les yeux, et il retombe comme foudroyé, et il reste ce qu'il était> — • parceUe de Dieu, — sans avoir la conscience de ce qu'il est.
Nous ne vous dirons pas ce qu'éprouvèrent Maurice et Hélène dans cette soirée ; si vous avez des souvenirs, éveillez- les en vous représentant leur situation.
La nuit obscure, les arbres et leurs feuilles noiresi parmi lesquelles brillent les étoiles^ l'air embaumé, la solitude^ le silence et l'amour qui embellit tout cela, comme le soleil qui donne à tout la couleur^ le mouve* ment et la vie.
n s'éleva un vent frais. Hélène eut froid et demanda à rentrer. Maurice fut choqué qu'elle s'aperçût de cette incommodité ; lui qui fût resté toute la nuit sur le pic •d'une haute montagne, couché sur la neige, sans savoir qu'il fit froid, pourvu qu'Hélène fût auprès de lui.
Il sentit qu'il fallait la quitter, et, comme elle s'appuyait sur son bras pour traverser le jardin, il marchait ile plus lentement possible; de temps à autre» il s'arrêtait pour la regarder^ soupirait et recommençait à marxîher.
— Pourquoi nous quitter ce soir? pensait-il. Elle an'aime, elle est à moi ; pourquoi nous séparer quand nous sommes si heureux ensemble?
Cependant, il ne voulait rien dire; car, s'il eût demandé à Hélène à rester près d'elle, et qu'elle l'eût re-
fusé, ce refus l'eût probablement blessé^ et d'aitleurs, tant qu'il n'avaît rien demandé, il pouvait espérer ce qu'il désirait; en parlant, il craignait d'avoir trop tôt la certituded'une séparation qui lui était si douloureuse.
Il attendait, et cependant tirait du moindre mouvement d'Hélène des inductions favorables ou contraires. Il remarquait si le côté de l'allée qu'elle prenait était plus près de la maison ou plus près de la porte qui conduisait dehors; — en approchant, un léger frisson d'Hélène fut par lui interprété de deux manières différentes.
Elle partageait son regret de cette séparation,
Ou elle éprouvait cette émotion mêlée de crainte que toute femme ressent au moment de s'abandonner aux caresses de Thomme même qu'elle aime le plus.
Gomme ils étaient arrivés au pied de l'escalier de pierre qui conduisait à la maison, Maurice s'arrêta, serra la main d'Hélène, et, les yeux fixés sur les siens, avec un regard suppliant, il ne prononça qu'un mot :
— Hélène!
• Mais, dans ce mot, il y avait et l'aveu de ses craintes et de iSes désirs, et une prière éloquente.
— Qu'avez-vous? dit Hélène.
— Faut-il nous séparer? dit tristement Maurice.
— Et pourquoi? dit-elle; me croyez-vous une femme coquette et sotte qui, considérant comme une défaite le moment où elle se donne à son amant, le retarde par mille petits artifices, et se donne en détail, aujourd'hui la main, demain les joues, ensuite le cou, puis les lèvres!
Pour de telles femmes, Tamour n'a pas d'excuse, puisqu'il est si peu puissant qu'il leur permet de semolables gradations; ce sont d'ignobles créatures qui donnent facilement leur âme et marchandent^ pour donner leur corps.
ISA UNE HEURi: TROF TARP
Du mû0ieBt où je vous di <iit : JEe vous ai^el j'étais k v<^us, mon oCHrp^ et moa arme, ma vie tout entière. Vou» jippai^teDir est un triomphe peur isioi autant 4}ue poiHr yous ; loin de refuser de v^us d^cuier ({ueique chose, je ^(^ttdrals être plus t^lle ; je voudrais réunir en moi les charmes de toutes les femmes, non par vanité, aiais pour te donner plus de plaisirs : je ne mettrai pas mîa gloire à te^résister, mais à t'a^l^rtenijr, mais à te voir heureux..* Quand je t'aurai tout donné, jegémirai, non de t'avoir tout àwné... mais parce qwdye n'auraî plus rien à te donner. Cherche, imagine, invente des bonheurs que je puisse faire pourioi, et ce sera moi qui serai beui^use ^ fière, et qui te xemercierai •
Us entrèrent dans la maison ; Maurice marchait en suspendant ses pas pour empêcher le parquet de crier. Une femme de chambre entra. Maurice voulut se lovver pour qu'elle ne le vit pas : Ijlélène le retint doucement et donna quelques prdre&sans aucun embarras.
On servit une collation ; puis Hélène passa dans un cabinet^ où une autre femme la déshabilla; ensuite elle entra avec Maurice dans sa chambre à coucher. La fenime de chambre plaça les bougies et se retira.
Maurice ne comprenait pas qu'Hélène ne prît pas plus de précautions. Il s'attendait à entrer la nuit mystérieusement, par-dessus les murailles, et c'était à la connaissance des domestiques qu'il passait la nuit dans la chan} bre d'Hélène.
Les bougies s'éteignirent, et la chambre ne fut plu éclairée que par la clarté douteuse que jetait la lampe d^albâtre suspendue au plafond.
MoQt M soflunM PAC ici pour noms tmxmr, — métUms-noo» à tabk.
II y a certaines choses que iious re^rettans des temps qui nous ont précédé.
Ce n'est
Ni la poudre^ . Ni les paniers,
Ni les culottes,
Ni les boucles d'or a^x souliers,
Ni les épagneuls,
Ni les petits vers sous la régence et sous Louis XV,
Ni les grands vers sous Louis XÎV et sous Napoléon le Grand ;
Nous regrettons les soupers. ,
Les autres repas sont la satisfaction d'un besoin, le souper seul est un plaisir. Il n'y a rien qui trouble le souper. On peut souper sans souci et avec une entière nonchalance de corps et d'esprit. . Au moment où vous soupez, la maison est close ; elle ne s'ouvre ni aux importuns, ni aux huissiers, ni aux pairents. — Le reste de votre journée est renfermé avec vous; — vous n'avez, .plus à sortir, votre plaisir n'est pas empoisonné par les affaires qui vont suivre, vous vous réjouissez à la fois d'être sorti des tracas de la journée et d'entrer dans votre lit;
Et vous pouvez ôter votre cravate.
Ainsi nous soupons, —et- nous prions nos deux ou 'trois amis de venir quelquefois souper avec nous.
Nous ne leur promettrons pas, comme Horace « à Mécène^ chevalier ropiain, » un Yjn misen bouteilles àrégo-?;^
m UNE HEURE TROP TARD
que où ledit Mécène fut par trois fois salué des applaudissements du peuple.
Nous excluons de nos soupers toute idée de politique, de gloire ou d'ambition.
Ils auront, comme dit TAUemand :
^\ Ein Gericbt nnd etn frenndieh Gesich^
*€ Un seul plat et un visage ami. »
Et encore, de bonnes causeries sortant de cœurs ou- Terts ; de gais et de tristes souvenirs ;
— Des pipes et du tabac, — dgnt il ne nous appar* tient pas de faire Téloge, — à discrétion.
anU LES RICHES PEUVENT PASSER— OU IL SE DIT DES CHOSES PROFITABLES AUX GENS QUI ONT PEU DE FORTUNE ET AUX GENS QUI N*EN ONT PAS DU TOUT
Richard trouva Maurice très-occupé, ayant devant lui du papier, de Tencre et une plume — qu'il taillait depuis une demi-heure.
— lion procès est nerdu, dit Maurice, tes lignes à pêcher me coûtent précisément, y compris les frais de justice et les dépenses de la route, quinze mille six cents florins trente kreutzers, et, qui pis est, la plus ennuyeuse journée de ma vie que j'ai passée à *** pour les aller chercher. Je suis en train de calculer ce qu'il me reste pour vivre après la perte dudit procès ; mais je ne connais au monde rien d'aussi fatigant et d'aussi difficile que de compter. On dit que dans Téiat social on doit se rendre utile ou agréable : tu ne peux guère m'jtre agréable en ce moment, mais lu peux m'êtrc utile.
UNE HEURE TROP TARD i37,
Je vais établir mon actif et mon passif, ta me feras le&
additions et les soustractions.
Richard prit la plume. Maurice fouilla dans un tiroir dont il tira plusieurs mémoires passifs.
— Je dois :
A mon tailleur, quatre cent dix-huit florins ; A mon bottier, cent cinquante-sept florins vingt groschens; A mon chapelier, soixante florins ;
A Josué Fusurier, deux mille quatre cent cinquante florins; ^
Pour intérêts de ladite somme, quatre mille neuf cents florins;
Pour frais de poursuites exercées contre moi, deux mille quatre cent cinquante florins;
C'est à peu près tout, dit Maurice en finissant le dernier papier.
— Passons à l'actif, dit Richard.
— Passons à l'actif, dit Maurice.
Il s*écouIa dix minutes, après lesquelles Richard dit
— Tu sais que je t'attends.
— Écris en grosses lettres : Actif. ' ^
— C'est fait.
— Bien!
— Après ?
— Après? Attends un peu : je cherche.
Quelques minutes s'écoulèrent encore.
— Mais, dit Maurice, tu n'as pas fait l'addition du passif.
— Je vais la faire. Ton passif se monte à dix mille quatre cent trente-cinq florins vingt groschens.
— Ah ! ah ! il faut maintenant que je t'explique pourquoi je fais ce travail. Je ne veux pas te Mte U^^^^Vte^
Isa , VUE, HfiURE TROP TARD
ssns l6'dbpe;oe que tu £aia et les causes de ee que tu fais, naisi que Ton en use à Tégard d'un mercenaire.
r- Et avec d'aitta&t plus de raison, répliqua Richard, que probablement je trayaUle gratis.
— Voici mes raisons, dit Maurice, qui le plus souvent ne daignait guère écouter ce que disait Richard.
D'abord, je pose comme maxime fondamentale cet axiome :
Il faut être riche.
— Bien commencé, dit Richard.
Maurice poursuivit sans remarquer ou peut-être sans entendre celte interruption.
• — Il faut être riche.
J'entends par être riche, vivre sans aucune privation; c'est-à-dire — tenir un équilibre ju^ et constant entre ses besoins ou ses désirs, et les moyens de les satisfaire. — En effet, la vie de privaitons est intolérable quand on regarde autour de soi avec quel luxe et quelle apparente prodigalité procède la nature.
Les chèvres, les hommes et les chenilles vertes, qui, plus tard, se transforment en papillons blancs, mangent les chouxr Peu parviennent à monter en graine ; quand ils sont en graine, les oiseaux en mangent une partie, et cependant les choux ne manquent pas de se multiplier, et Tespèce n*en manquera pas. On cueille en fleur une partie des cerisiers; la plus grande partie des noyaux, c'est-à-dire des|[raines destinées à la reproduction, est anéantie ou plutôt détournée de sa destination natu* relie et on en a fait du kirschenwasser. L'espèce des cerisiers ne paraît cependant pas diminuer^ et le vent qui traverse la forêt Noire en^porte encore au printemps le parfum amer de leurs fleurs.
Tandis que, dans notre état de société, Thomme, quia prétexidu tout periectionaer, ne peut vivre sans vendre
UNE HECRE TROP TARD ISd
une partie de sa vie pour acheter sa subsistanee. Les hommes mêmes qui passent pour riches ne prévoient ni leurs caprices, ni des heisoins nouveaux, et, quelle que soit leur fortune, ils ont tellement agrandi leurs besoifas, qu'ils n'ont que justement de quoi les satisfaire; tandis que, — pour avoir assez^ il faut avoir trop.
C'est pourquoi, lorsque je dis : Il faut être riche, f entends deux moyens de le deveirir, quand on ne Test pas ou par droit de conquête ou par droit de naissance.
Le premier est d'augmenter son revenu jusqu'à ce qu'il se trouve en équilibre avec les désirs et les besoins*
C'est Je plus commun, le plus difficile, et le seul que l'on essaye.
Le second est de diminuer ses besoins et ses désirs,' jusqu'à ce qu'ils se trouvent en équilibre avec le revenu.
Ce moyen est simple, facile, et personne n'y pense.
Le premier moyen est connu de tout le monde ;. il faut se faire négociant, voleur, héritier, ou homme politique incorruptible. Je ne parlerai que du second.
Bas dépenses que fait un hoiame, il faut retrancher :
l"" Les d^n^es qui ne sont pad pour lui ;
^ Les dépenses qui, étant pour lui, ne contribuent cependant exi vïm. à "ton boaheur ni à ses plaisirs ;
3® Les dépenses qui, étant pour lui et coiitribuant sous certains rapports à ses plaisirs^ ne donnent cepen* dant pas de plaisirs qui puissent balancer le travail et la sollicitude auxquels il faut se condamner pour les acquérir;
i* Examiner si des plaisirs réels, «t rachetant bien le travail qu'ils coûtent, peuvent se remi^acer par des plan' sirs gratuits, et alors faire cette substitution.
Par exemple :
Nous allons procéder par ce§ wttaTvc»\v^\»AT** ^^tteat^
paasil^.qae bous allons mettre en regard avec la pension annuelle que me feit mon père.
Dix mille quatre cent trente-cinq florins vin^t groschens.
Mille florins.
•— La différence est de neuf mille quatre cent trentecinq florins vingt groschens.
— Tu as fait cette soustraction, dit Richard, avec une rare habileté; mais, comme dans Tannée qui s'est écoulée il faut compter les mille florins de ton père, que probablement tu n'as pas enfouis, il faut mettre en regard de cette somme de mille florins, onze mille quatre cent trente-cinq florins vingt groschens que tu as dépensés dans Tannée.
— Tu as raison; donc ma différence se trouve de dix mille quatre cent trente-cinq florins vingt groschens.
Retranchons les dépenses inutiles de la première espèce.
Si je n'avais voulu briller aux yeux des autres, il m'eût suffi, pour me vêtir pendant toute Tannée, de deux sarraux, Tun de toile, Tautre de drap, et de deux pantalons, le tout pour trente florins. '
De gros souliers et une casquette de cuir m'eussent chaussé et coiffé toute Tannée, trente florins.
L'argent de Josué a été employé en soupers, en gantsi en voitures, en fantaisies ; les fantaisies et les soupers appartiennent aux dépenses de la première espèce; les voi< tares à celles de la troisième espèce, c'est-à-dire aux dépenses qui, contribuant en quelque sorte à nos plaî^ sirs, ne donnent pas des plaisirs tels qu'ils balancent la sollicitude qu'ils coûtent. Retranchons l'argent de Josué. Ensuite, pour mon logement et ma nourriture personnelle, une chambre de cinquante florins par an, et par jour deux repas pour une pièce de vingt-quatre kreutzers.
— Cela hit deux cent trente florins, dît Richard,
— Total, pour ma dépense d'une année ?
UNE HEURE TROF TARD l6|
«— Deux cent quatre-vingt-dix florins, dit Richard. *- Donc, continua Maurice, ayec les mille florins de mon père, j'eusse eu de reste ?
— Sept cent dix florins.
— Sçpt cent dix florins à consacrer à tnes caprices personnels, J'eusse été riche, et encore n'avons-nous pas fait subir à mes dépenses les quatre sortes de retranche* ments que j'ai indiquées.
Quand j'ai dit : On doit être riche, c'est que je suis con« vaincu qu'il dépend de l'homme de n'être jamais pauvre.
— Mais, dit Richard^ tout homme ne possède pas un revenu de deux cent quatre-vingt-dix florins.
— Alors il faut adapter à ses dépenses les deuxième et troisième sortes de retranchements, et, en dernier recours, la quatrième espèce^ c'est-à-dire supprimer rigoureusement toutes les choses coûteuses, plaisirs ou nécessités qui peuvent être remplacés par des plaisirs ou des nécessités gratuits.
Par exemple, sur les côtes de la mer, en Bretagne, la mer apporte des coquillages; des forêts giboyeuses offrent des animaux pour la nourriture de l'homme; quelques peaux de bêtes dont on se nourrit servent de vêtements,
£t on peut être logé pour cinq ou six florins par an.
— Mais, dit Richard, beaucoup de gens ne possèdent pas en revenu ces cinq ou six florins, et il est probable que dans un pays où on peut être logé pour cette somme,
, l'argent est extrêmement rare, et qu'il est plus difficile de gagner six florins qu'ailleurs cinq cents.
— On pourrait, à la rigueur, âe construire soi-même une cabane ou consacrer un peu de temps h se faire un petit revenu avant de se retirer ainsi. Un homme qui a quelque éducation peut gagner à une occupation quelconque mille florins dans une année. Nqu.s a^oxv^ ç.*;AsJ4
ii$ UNE liEUHE TROP TARD
qu0 les» d^aases d'uae année, dépenses qui pourraient 4tre eojttsidérablement diminuées, ne se montaient qu'à deux cent quatre-vingt-dix florins; donc en trois mois un homme peut, après avoir payé ses dépenses, avoir à Xtti cent claquante florins pour toute sa vie.
'-* Fort bien, dit Richard, mais ce serait là une triste vie.
— - Elle te parait telle, parce que tu y cherches les plaisirs^ qui occupent la tieiioe, et que tu es niaisement semblable à l'enfant qui ne croit pas qu'il y ait d'autre terre au delà de son horizon, au sauvage qui pense que le soleil est éteint quand il n'en est plus éclairé.
Même telle que tu la conçoi3, ce serait une vie moins xidicttle que celle du bureaucrate^ qui vend sa vie à d'autres et ne garde pour lui que le temps du sommeil, temps qui peut à chaque instant être limité par une ordonaance ministérielle, temps pendant lequel on ne se sent pas vivre, c'est-à-dire pendant lequel on ne vit pas; n^oins ridicule que celle des bommes'qui travaillent toute leur vie pour fair^ fortune, et n'obtiennent^ pour résultat de leur dépendance, de leurs fatigues^ de leurs privaUonSf qu'une fortune inutile, une bonne table quand ils n'ont plus de dents, des forêts quand ils n'ont plus d^e jambes, des propriété» qui s'étendent au loin quand iJ|3 n'ont plus d'yeux.
Gens qui travaillent misérablement toute leur vie pour subvenir aux frais d'un riche enterrement, et payer le cercueil de plomb dans lequel ils ont l'espoir de pourrir quinze jours plus tard.
Mais cette vie est tout autre que tu la vois. Ce qui occupe la vie, ce sont :
Pour quelques hommes, les passions ;'
Pour d'autres, plus faiblement organisés ou fatiguéSjj k& plaisirs.
UNE HEURE TROP TARD â«d
Eh bien ! il y a dans cette vie, que ta es Itbre d'appeler sauvage, des plaisirs que j'ai prouvés plus sua^m qu'aucun de ceux que donne la vie sociale.
L'aspect du ciel, des arbres, 4e la terre ;
Les harmonies naturelles dix v^fit «t de Teau ;
Les parfums des fleurs «t des feuilles.
Tout cela grandit par Thabitude, contrairement aux plaisirs de la vie sociale, et étend notre vie, qui s'im* misce^ par un effort divin, A toutes ces diveraes exk» tences.
Et encore cette vie est remplie par des passions, plus fortes sans doute que le jeu ou l'ambition :
La chasse, passion si puissante, que le chasseur, pour la satisfaire, est toujours prêt à risqua insouciettaenienl sa vie;
. L'indépendance absolue, qui mêle un nftie oi%tteil à tout ce que fait l'homme, à tout ce qu'il éprouve, qui se marque dans son regard et dans sa démarche, qui assaisonne ses repas simples, qui donne du charme à ses privations et même à ses souffrances;
Et encore la contemplation, la rêverfe ;
Et surtout la paresse, la plus voluptueuse de toutes les passions, la seule qui n'apporte ni fatigue, ni désespoirs.
— Monsieur le rhéteur, dit Richard, permettet-moi de vous arrêter ici. Vous avez parié des passicms, et vous avez éludé l'amour.
Souffrez, sophiste de mauvaise foi, que je répare cet oubli prémédité, et que je le rappelle à votre mémoire complaisante.
Dans cette vie sauvage^ j'use de l'autorisation que vous m'avez libéralement accordée, les liens de quelque durée sont les seuls possibles: il faut donc une sorte de mariage. Que fera d'une fehapie votre homme riche de sept florins par an f - '^^
— Je Vai dit qu'il n'y avait d'autre dépense que pour le logeaient; le même peut servir à tous deux.
Mais nous n'avons raisonné que sur une situation d'extrême pauvreté; songeons un peu combien de gens, qui pourraient réaliser cent ou deux cents florins de revenu, languissent dans la misère, au milieu des plaisirs tout dispendieux qu'offre la vie sociale, et pourraient être riches en changeant de pays et en faisant subir à leur budget les opérations que je t'ai indiquées.
•^ Et penses-tu qu'il soit si facile de quitter son pays, sa patrie?
•— La patrie est la terre qui nous nourrit. La patrie est tellement un mot, qu'il manque tout son effet si on emploie un synonyme moins sonore, ce que tu as senti toi-même en te contentant du mot pays.
L'amour A la patrie...
— Arrêtons, Maurice, dit Richard ; c'est assez, pour le moment, d'une dissertation^ et je te quitte.
— Nous n'avons pas compté mon actif.
— Ce sera pour un autre jour.
— Tâche d'y penser, parce que ce calcul a quelque importance. •» Je songe à me marier.
— Contré qui ?
— Ceci pourrait amener une dissertation.
— La curiosité me fera braver la dissertation. — - Eh bien! ce soir, à onze heures, ici.
Richard alla à Ja salle d'armes, où son ami refusa de l'accompagner. ' Maurice alla che; Hélène.
Entre les Yariétés de Teipèce humaine, il fanf compter : i» l'homme Traiment amoureux, qui est an-dessus de Thomme et participe de la nature de Dieu; 2* l'homme non amoureaz, qil est an-dessons de Thnitre et participe de la sa* r,' tare da polype. ,
LiOM 6ATATB9.
Hélène était livrée à de délicieuses rêveries.
Quelqu'un qui eût pu lire dans son âme y eût vu toutes les sensations que dut éprouver la première femme quand, essayant la vie, elle trouvait dans tout autour d'elle un bonheur, et un bonheur nouveau, et de nou« velles modifications à cette nouvelle existence dont elle était encore surprise et étourdie. Comme le soleil donne aux végétaux la sève, la couleur et le parfum, demême^ pour Hélène, Tamour colorait et parfumait la vie.
Tout était change pour elle : ses yeux, son esprit et son âme s'étaient ou;^erts à un plus vaste horizon. Elle respirait comme si elle n'eût jamais respiré ; elle regardait commue si, aveugle-née, elle eût vu pour la première fois.
Elle était heureuse de se sentir vivre, heureuse d'aimer, heureuse d'entendre Maurice, . de 5e rappeler ses paroles, le son de sa voix^ ses gestes, le bruit de ses pas sur le parquet.
Tout ce bojiheur, elle l'attribuait à Maurice, et la re« connaissance qu'elle en ressentait augmentait encore son amour, et conséquemment sa félicité.
fmS mz RfiUBE TROP TARD
OTTB l'inconséquence EST LÀ CONSÉQUENCE NÉCES- SAIRE DE L'OftaANiSATION DE- I^'hOMME — POLÉANGES UVK LADITE ORftANISATION -^ IL NE FAUT PAS TOU- JOURS FUMER LE MÊME TABAC.
» Maurice et Richard se rejoignirent à peu près à l'heure indiquée, c'est-à-dire que Richard n'arriva qu'à dtize heures et demie.
— J'étais, dit-il, dans une maison d*oii je ne pouvais m'esquiver brutalement; j'ai mieux aimé faire attendre ua ami, avec lequel je n'ai pas besoin de me gêner, que de contrarier des étrangers en interrompant une partie d^ cartes dans laquelle je m'étais laissé entraîner.
Maurice, qui sentait quelque embarras à faire à son ami l'aveu qu'il lui avait promis, profita de ces mots de Richard pour aborder un autre sujet.
— Grand merci de votre amitié, mon ami Richard f et voudriez-vous me dire pourquoi on tCa pas besoin de se gêner avec ses amis? Vous êtes comme ces chefs de maison qui, toute la semaine, font manger à leur femme et à leurs enfants dû pain de seigle et des pommes de tesre, afin de pouvoir traiter splendidement, le diman* che, des étrangers et de simples connaissances.
A quoi me servira votre amitié, ami Richard, sr vous donnez aux autres le peu qui peut se trouver de bon en vous, et si vous me réservez, à moi, votre âmî, vos vices vos défauts et vos ridicules? Je vous supplierai alors, à deux genoux et les mains jointes, de me vciloir bien traiter èomme un étranger. Si vos amis sont fds qu'ils doivent supporter vos inexactitudes, vos mauvaises humeurs, vos instants d'ineptie, vous ne les aurez certes
pas pour rîen, et il faut les acheter^ camme on achète un mulet eu toute autre bète de s(»nine.
« Il y a longtemps, du reste, que je voulai» vous cha^* pitrer à ce sujet, et j'en ai manqué une belle occasion, gr&ce au public qui nous entotirail, quand, Fautive jour, TOUS avez laissé tomber, d'un air gracieux et tout à fait contât de vouSr, une des plus lourdes sottises qui JA« mais aieaiété folrmuiées en aucune langue : t le chante assez mal, disiez-vous; aussi je ne chao^ q/m devant aies asftis. » Encore une ftnsy merci de votre amitié, ami Richard; si vous âfvez lar voix fausse, pourquoi la faire subir à vos amis? Comment I tous vos soine^, toutes vos pré venances, toutes vos sollicitudes, sont pour ceux que vous n'aimez pas? Votre indifférence, votre oubli, ce que vous pouvez causer d'ennui, appartient de droit incontestable à ceux que vous aimez ? Jures-moi que ¥OUsme détestez, ami Richard, - ou moi je vousjuce, par les manches du seul habit neuf que je possède en ce moment, de ne jamais m'exposer à souper chez vous; vous ne me donneriez que des os^ sous prétexte que je suis votre plus ancien ami. Comme les femmes qui gardent leurs papillotes, leur bonnet de nuit et leurs pantoufles, tant qu'elles sont avec leurs maris, et qui ne se font belles que pour les étrangers,
— As-tu du tabac? dît Richard.
Et quand il eut rempli sa pipe :
— Ce n'est pas ton tabac ordîntiîre.
— Non, répliqua Maurice ; le meîlîear tabaxî perdrait sa Saveur si on n'avait soin d'en tamét d^auftre de temps en temps, pour ne pas se bfttser le palai» ni le- cerveau; l'homme ne peut prendre continuefleflaent ni la même nourriture nr les mômes pkisirs.
— Est-ce pour cela qpxt tu veux tsè fiatariert dit Richard.
Maurice s^était enferré» il ne pouvait plus éviter de parler du sujet pour lequel il avait fait venir Richard ; il s'exécuta d'assez bonne grâce.
Il y a deux manières de faire un aveu pénible :
La première est celle qu'emploient les petites filles vis^ à- vis de leur confesseur : -«- elle consiste à nommer, im à un, les petits péchés^ pour arriver le i^us tard possible à la déclaration du gros péché^ du péché mortel : ce n'est là qu'une impulsion naturelle.
L'autre manière suppose plus d'art et de réflexion, et cette façon d'agir ressemble à celle du nageur, qui, crai» gnaïit d'être saisi par l'es^u froide^ au lieu d'y descendre lentement, s'y jette la tête la première; — elle consiste à déclarer la chose sans détours, sans ménagements, sans circonstances atténuantes, en l'exagérant même de manière à étourdir et à suffoquer l'auditeur.
Maurice fit donc comme un poltron qui ferme les yeux et se jette au-devant du feu, faute du courage né*; cessaire pour l'attendre. Il dit à Richard :
*- J'épouse Hélène,
^ Bah t répondit Richard.
ï— Du moins, dit Maurice, je veux l'épouser, car je ne lui en ai pas encore dit un mot.
— Faut-il donc, reprit Richard, que je te répète tout ce que t'a suggéré ton éloquence pour me prouver qu'une femme vierge seule mérite l'amour d'un honmie qui sent profondément?
As-tu découvert que tu te trompais en croyant sentir profondément, ou Hélène t'a*t*elle persuadé qu'elle était vierge et immaculée?
*«- Rien de tout cela, ami Richard, par la raispn que votre esprit est le seul dans lequel puissent entrer de telles balivernes. Mais, si tu veux que je t'oxpHque mes
UNe-H£(tRE TROP TARD i69
^ abstiens-toi, pour quelques instants^ des lour* iéties dont tu as toujours été fort prodigue. ^
et tous ceux qui ont vu Hélène, vous ne connaîse sa beauté physique ; mais ce beau corps est par Tâme la plus noble et ta plus céleste; son û gracieux, si souple, si voluptueusement mo* îeule cause de la plate admiration dont vous la »z, elle en est honteuse et humiliée, car il a été il a été couché dans la fange.
i belle âme souffre et gémit. ^
)ien I moi, je réparerai ce qu'a fait le sort. Hélène
aa femme, elle sera réhabilitée aux yeux du
^ et à ses propres yeux; elle s'enorgueillira des
s honorables qu'elle aura à remplir. Je la tirerai
e vie ignoble ob elle meurt, je lui donnerai une
mour. Hélène, devenue ma femme, sera honorée
►ectée.
!ui sait? dit Richard;
[alheur à celui qui me ferait soupçonner le con-»
'u le tueras, n'est-ce pas? mais après il en vieni autre, puis cent autres, et ton épée pourra tout s te faire craindre, sans faire honorer ta femme ; iUeurs, que feras-tu aux femmes assez irrévéren- 3 pour ne pas adorer ton idole?
.ussi ne pensé-je pas à vivre dans le tumulte; je ai cette vie close dont je t'ai quelque fois parlé; ) et moi, ce $era pour nous le monde entier, rai fait pour Hélène plus que.Dieu. Dieu Ta créée me vie de douleurs et d'humiliations, je lui douane vie pleine de joies célestes et d'un légitime
Ist-ce donc toi qui me disais ; * Il î%m1 ^^V^
170 UKE HEEKE TKOP TARD
femma (|u0 j'aaiiaerai m'ait donné toute sa vle^ jejimis jaloux des fléurs^ont le parfum remvr^., otc« i
.f^Otti, mais je t'ai dit en même temps : «: J\Ie^ iié^ à ce sujet ^oçt .de brillantes illusions. »
r- G W TT^i ;, mais c^étaient» disais^tu» des illusions nioeasaire^ à t^n InudlMur,
•^ Je le eroy^s.
^ Nieriu^tu que je m. te pfeme en. ^mcoa^écmiiH^ flagrante?
— Et pourquoi nierais^jQ ce qui w ipe semble pas im mal? pourquoi s'obstiner à nourrir des idées qneronr^ connaît fausses? Si la couleur et la fprm^ d'un fruit me ÏQXi fait juger bon, et qu'après l'avoir mangé j'en aie ressenti 4es douleurs d'estomac, faut-il que je persiste à le dire bonetà m'empoisonnerenenmangeantd'autresf
Si la nuit un cuisinier a cueilli de la ciguë, pçnsant cueillir du cerfeuil, doit-il, quand il reconnaît son erreur, pour être conséquent, employer lacigi^ê et empoisonner ses maittes? Ce n'est pas ma faute, à moi, si les hommes, dans leur stupide vanité, ont érigé leurs infirmités en vertus, leurs ridicules en qualités, s'ils ont appelé Tobstination conséquence^ et s'ils ont donné comme loi étttre conséqtienty c'esl-à-dire obstiné.
Certes, les illusions dont je t*ai entretenu sont plus riches que la réalité, et je me serais bien gardé de rien faire qui m'exposât à les perdre, si je pouvais espérer les conserver toute ma vie, si elles ne devaient nécessairement se flétrir, —comme les roses s'effeuillent au vent; — si je voyais les acacias jaunis et dépouillés par l'hiver se couvrir encore de leurs grappes de fleurs blanches.
Il est évident qu'il viendra pour moi un temps, 3*51 n*est pas encore arrivé, où je ne chercherai dans lavie que ce qu'elle contient; -r- où, ayant perdu, — comme les acacias, leurs fleurs, — œs, idées célestes, dont la
comparaison à jusqu^ici gâté tbas nies bonheurs, je m'efforcerai de recueillir tout ce que notre vte terrestre peut nous donner de joies et de plaisirs; alors je n*«xigorai pas d6 la femme qu'elle sait teUc que mon imagition s'est avisée de la faire, je n'admetil^i f)la8 que des idées positives; «^ pourquoi ne pas foire aujourd'hui ce -qu'il me faudra nécessairement faire plus tard ? "^
Et, si je juge avec ces idées positives Héiène et notre situation relative, et, d'autre part, lés désirs que m'a orées iBOQ imagination^ ni mot ni personne, nous n'aurons rien àobjecter à ceci :
«-*- Le seul amour sur lequel on puisse compter^ le seul dent on puisse s*enorgueiHir, est l'amour d'une femme qui a eu des amants.
Ici Richard laissa écba{)per uxi cri inarticulé de surprise et d'incrédulité.
— En effet, continua Maurice, le premier amour d'une femioe lui ei&t inspiré p^ une vague cturiosité, par des besoins indéterminés, par un pencbant involontaire qui la porte à obéir au vœu^de la nature, à la reproduction de l'espèce.
Toi, ou moi, ou un autre, elle nous babillera indifiSéremmait des attraits que son impatience imaginaire a prêtés à rboname qu'elle dit aimer. — L'amour d'une jeune fiUe, à sêa insu» est plus pour le sexe que pour l'individu; — plustard^ la femnae sait discerner les sensations, elle ne confond plus tes désirs pour le sexe avec sa préférence pour Tindividu; ell« s'est acquit^e envers la nature, elle appartient à la société.
La femme, telle ifu'^e est, est une fiction .
La nature a créé la femdlèet la reproduction par la jouissance ;
L'homme a créé la fetnûHe «t l'amour ;
Deux belle6 fictions» >^ sans tesquftUes, «çt^*& ^^St ^^«
tisfait à la loi de la reproduction, il nous faudrait, comme les fleurs, et presque aussi rapidement qu'elles, jaunir et mourir.
La jeune fille vous aime, peut-être parce que vous êtes un h<mime agréable, ou plutôt parce que vous êtes le premier homme qui lui parle d'amour, et plutôt encore, et plus simplement, — parce que vous êtes un homme et qu'elle est une femme.
La femme qui a eu des amants, et qui peut comparer, «— et qui n'a pas dans la rétine une image fantastique qui s'attache comme un masque sur le premier homme qu'elle regarde et le pare d'un charme qu'il n'a pas, -cetle femme vous aime, parce que vous êtes vous^ parce qu'elle est elle.
V L'amour de la première est l'attrait d'un sexe pour l'autre. — Si elle ne vous aimait pas, vow^ elle aimerait ne(^sairemerit xm autre; cet amour est la satisfaction d'un besoin; la jeune fille vous aime, comme elle aime l'eau qui la désaltère, fût-elle bourbeuse et désagréable au goût.
L'amour de la seconde est Tamour de l'individu: —si elle ne vous rencontrait pas, il serait possible qu'elle n'aimât jamais personne; elle vpUs aime comme on aime la liqueur que l'on choisit ail milieu de cent autres, et que Ton boit, non parce qu'on a «oif, mais parce qu'elle est douce et agréable au goût.
— Je t'avouerai, dit Richard, que je suis plus toucbé des raisons que tu me donnes aujourd'hui que des raisons contradictoires que tu m'avais données précédemment, et que tu prétendais égalemmt irréfragables; mais, puisque tu t'étais alors trompé, qui t'assure que tu n'es pas aujourd'hui aveuglé par une nouvelle erreur?
— Cette observation, ami Richard, a plus de sens qu'il oe vous est accoutumé d'eu mettre dans vos idées, ce que
UiNE HEURE TROP TARD .473
VOUS dites est possible et même probable, mais alors vous me verrez avouer, avec la même naïveté, — que Thomme est un sot animal, qui ^se creuse bêtement la tête à se faire la vie, quand la nature a pris soin de la lui tracer : — comme^elle a fait les vers pour les oiseaux, les oiseaux pour l'homme, et l'homme pour les vers.
Qu'il n*^a "autre chose à faire dans cette vie que de naître, ce qui se fait sans participation, — boire, manger, dormir^ besoins qui sont plus forts que lui, et qu'il a jreçus impérieusement; — puis, venir à graine comme les plantes, c'est-à-dire faire des enfants sans savoir comment, — et enfin mourir, ce pourquoi on ne le consulte guère, sans avoir rien compris à la naissance, à la vie, ni à la mort. . ^
— Mais, dit Richard, tu as astucieusement éludé l'ob* stacle le plus difficile à combattre.
— Lequel ?
— Tu justifies la femme qui a eu des amants, mais Hélène n'a pas aimé Leyen : elle s'est vendue à lui, Hélène s'est prostituée.
— La justification n'en est que plus facile, dit Maurice; la prostitution^ quand elle a pour cause les besoins les plus impérieux de la vie, la faim, est justifiée d'ellemême, le blâme retombe sur l'état social, que je ne me charge pas de défendre.
Je serai plus sévère pour cette sorte de prostitution appelée mariage, à laquelle une fille se livre pour pouvoir satisfaire des caprices inutiles et coûteux.
Mais si la face prosaïque n'était là vis-à-vis de moi, et qu'elle ne retint mon esprit, comme un plomb à la patte d'un oiseau, je chercherais comment on est venu à ne laisser aux femmes qu'une vertu inutile et impossible: — la chasteté ; comment on ne méprise pas l'homme qui Vend son esprit, quand on méprise la femme qui vend
174 UNE HEURE TROl> TARD
son corps, puisqu'il est reçu en vérité fondamentale et axiome indiscutable, que le corps est infiniment audessoHS' de r^sprit.
Mais Séfène, avec ITiorreur de la prostitution, s'est prostituée pour nourrir sa mère; qu'eussiez-vous dit si Hélène fût restée chaste et que sa mère fût morte de faim?
Ce qui à vos yeux fait la honte d*Hélène devrait à ces mêmes yeux faire sa gloire, bien plus qu'aux mieûs puisque, selon vous, Hélène a fait un sacrifice plus graûd qu'il ne me semble à moi.
On était devant la prorte d'Hélène. Maurice quitta Richard.
— Depuis que je suis aimée de toi, dit Hélène, les paroles que j'entends, celles que je suis forcée de prôîioacer, me fatiguent et ni'attristent; tout ce que Ton usurpe de ma vie et de moi, un regard, une parole, un momeût d'attention, on m'empêche de te le donner, et c'est le meilleur de mon bofiheur que l'on me prend.
En te donnant toute ma vie, je ne croîs pas donner encore asse^.
Sî tu savais comme je suis heureuse, Maurice ; si tu savais combien elle est belle cette vie, dont je passe les nuits à te voir et les jours à t'en tendre !
Une seule chose empoisonne mon bonheur, c'est l'éta' d'avilissement où le sort m'a montrée à toi, c'est le malheur de n'avoir pu te donner, comme je te donne mon premier et mon seul amour, mes premières et mes seule caresses; jamais ma honte ne m'avait autant humiliée que depuis que je t'aime. Pour toi, je voudrais être se belle, et si pure!
Cette idée que rappelait Hélène s*em]jara de l'esprit dç
UNE HEURE TROP TARD i'7»
Mà^Icè; il songea que cette femme nue pôut lui avait été ntte aussi dans les bras de Leyen.
Que celte bouche qu'il vetoait de baiser avait frëmi sous les lèvîpes d*iin autre ; — il essuya sa bouche avec la main. • - — ob! Maurice, <lît Hélène, cpxi depuis qtielques instants cfeeï*cî^ait à pénétrer ses sentiments secrets et le regôï^if avec ëiftk)f , pardonne-moi un^ faute involontaire^ plus qHfe tioi'fen suis malheureuse, plus que toi je
'iensteqû'iî y ti^û riioî d'ubjeôtèt de repoussant.
• liâiis^ dit^;Ite en enfonçant ses ongles dans sa poitrine, ûotntrm si elle eût voulu la déchirer et l'ouvrir, ^i tu pou-
- vais voir dans mon cœur, comme l'amour Ta purifié 'KÉnsi q^fuii feu dîvîô ; comme je me sens capable des plus
: nêbtes efforts pour me rendre digne de toi, digne dé cet*
. am^r sans lequel il me serait impossible de vivre aujourd'hui. Si tu pouvais voir comme l'amour que je ressens poar toi le remplit tout entier, comme il est devenu ma subsistance et ma vie, tu m'aimerais bien, car ce sera
. 'un4>onheur pour toi d'être adoré comme un Dieu ; ce sera un bonheur de m'avoir donné une seconde existence, plas belte mille fois et p^us précieuse que la première, une existence qui t'appaîtiendra tout entière, et que je le consacrerai avec bonheur.
*— Au fait, peBfSa Maurice, l*amour ne doit-il pas totit purifia? Ce serait une petite et ridicule chose que l'amour, si ce que l'on aimait était le corps d'une femme : ce qu'il y a de précieux en une femme, c'est l'amour qu'elle ressent; Hélène m'aime, et si quelqu'un doit être jaiouxei désespéré, ce n'est pas moi, c'est Leyen, qui Pa eue en sa puissance, — achetée, et livrée, sans pouvoir acquérir des droits sur son âmê.
Mon Hélène, dit-il, moi aussi, dans les instants où nous sommes séparés, je pense à toi, à notre avenir, à notre boûbeur ; ta liaison avec Leyen, à mes yeux, n'est pas
une faate, c*est un malheur qui pèse à la fois sur toi et sur moi ; je t'aime et t'honore, mais ce n'est pas assez, il faut qu'aux yeux de tous il paraisse éyidemmejit que tu mérites l'amour et l'estime d'un homme honnête et res- . pecté. Tu as perdu ce que Ton est convenu d'appeler l'honneur d'une femme ; celui des hommes est moins fragile, le mien est intact^ il suffira pour tous deux, je te le conQe sans crainte et sans hésitation.
Tous ceux qui me respectent te respecteront, car tu seras la chair de ma chair et les os de mes os; nous n'au« rons qu'une âme et qu'une vie, et, pour que personne n'en puisse douter, il ne suffit pas de ce lien sacré d'amour qui nous unit, de èette sainte affinité de nos âmes qui les confond et les perd l'une dans l'autre, —> aux yeux des hommes; et de la loi et de l'Église, tu seras ma . femme et tu porteras mon nom.
Hélène se jeta aux genoux de Maurice, et, baisant ses mains:
— Ohl oui, Maurice, oui, tire-moi de cette vîe flétrie, abrite-moi sous ton honneur et sous tonnoni^ j'en serai digne, Maurice ; et Dieu est bon, car il t'a fait lire dans mon âme ; autrement tu n'aurais pas osé.
Mais, reprit-elle avec eflfroi, est-il donc vrai que toi, si pur, tu veuilles associer non-seulement ta vie secrète . à la mienne, mais encore ta vie publique? est-il vrai que tu veuilles faire ta femme d'une malheureuse prostituée? Ne serait-ce qu'un sentiment passager que t'inspire la pitié de ma misérable existence? Penses-y, Maurice, et, si ce n'est une résolution bien arrêtée dans ton cœur et dans ton esprit, hâte- toi de me désabuser, et ne souffre pas un instant de plu^ que je m'accoutume à un semblable bonheur. ^' s — Lève-toi, dit Maurice, je ne pense pas te faire un sacrifice : c'est mon bonheijr q;ue je cherche en même
UNE HEURE TROP TARD i77
temps que le tien. Ne disais-tu pas il y a quelques instants que tu voudrais avoir beaucoup à me donner; ne comprends-tu pas mon bonheur, en faisant ce que je fais pour toi ? Tu seras ma femme.
— Maurice t dit Hélène en sanglotant, mon ange t mon Dieu !
£t elle tomba dans ses^bras, et elle couvrit sa poitrine de larmes.
— Nous vivrons loin du monde^ Hélène, dit Maurice, notre amour nous suffira, je serai tout pour toi, tu seras tout pour moi.
Nous serons à la campagne,, nous aurons un petit lo* gis, bien simple et bien chétif, près d'un bois.
Nous n'aurons ni meubles somptueux, ni riches tentures;
Mais la nature nous fera de moelleux tapis d'herbe et de mousse.
Nous aurons le ciel plus beau que le dais de velours et d'or sous lequel s'asseoient les pontifes; — nous aurons les étoiles plus étincelantes que les diamants; — nous aurons les fleurs et les parfums auxquels les riches, quels que soient leurs trésors, ne pourraient donner pour eux plus d'éclat et de suavité.
Nous aurons les touchantes harmonies du vent, des feuilles frémissantes et de l'eau qui roule sur le sable.
Nous aurons les mélodies pures et naïves des oiseaux.
Et plus que tout cela encore :
Nous aurons l'amour et la douce paix.
-r Maurice^ dit Hélène, mon cœur est gonflé de bonheur; je ne puis exprimer ce que je ressens pour toi, c'est plus que de l'amour, c'est de la dévotion; je ne t'aime pas, je t'adore. •
— Penserous-nous au théâtre, où des histrions sans
âme parodient, avec une incroyable audace, des sentimenls qu'ils ne sont pas dignes d'avoir éprouvés, et crient, avec une voix fausse et des gestes faux, des vers ampoulés ou de la prose prétentieuse et guindée; *
Regretterons-nous leurs arbres de toile et leur soleil d'huile de colza, moins faux et moins ridicules encore que les bornes prescrites à l'écrivain dramatique, moins faux et moins ridicules que les grimaces et * les cris des acteurs.
Quand le soir, adossés à un rideau de coudriers, nous verrons le soleil se coucher majestueux et calme dans des nuages pourprés,
Et la lune se lever et glisser obliquement ses premiers rayons à travers les arbres au feuillage noir.
Et tout se tâîre, et tout dormir et rentrer dans le néant, le mouvement, la couleur et la forme?.
Nous deux seuls au milieu du monde.
HÉLÈNE JkU GOMtB LBtBN
« Il est un homme qui m'aime et que j'aime, et qui veut bien me prendre telle que je suis, Hétrie et désho-f norée.
» Vous comprenez que, pour reconnaître une sem-î blable générosité, ce ii'est pas trop de lui donner le reste de ma vie, malheureuse que je suis de ne pas la lui avoir donnée tout entière.
» Nous ne nous verrons plus.
» Si jamais nous nous rencontrons, soyez assez généreux pour ne pas vous souvenir ou me faire soutenir dii passé, la honte qui m'atteindrait à l'avenir rejaillirait^^ lui; et c'est alors qu'elle me tuerait.
]> fiÉLÈRJB. t{
LE GOUTE LETEir A HÉIfàNS
jf Si je ne vous ai pa» répondu de suite, c'est que je voulais laisser passer le noouvement de mauvais humeur que m'a donné votre lettre.
j^ Vous êtes bien folle et Men imprudente d'abandonner ain^ uue position certaine et une fortune assurée pour un amour dont je n'os^ augurer la duréeà un mois, dans la crainte d'être trop généraux*
» J'ai vraiment pitié de vous et de votre crédulité pour les promesses de quelque j^ne hoipme qui, faute d'argent, vous paye en belies paroles, qui ne seront pas réalisées.
» D'abord, je voulais VQUs^ laisser ea souvenir de mon amour la maison que vous habitez ; mais, jinalheureusement, j'ai confié notre situation réciproque à quelques amis, et ils m'ont ri au nez quand je leur ai confessé ce projet : je ne le crois pas plus naauvais néanmoins, mais je ne le mettrai pas à exécution pour ne pas jouer à leurs yeux un rôle ridicule et un personnage bouffon de mari tronipé et content.
Il n'y a qu'un amour dans la vie d'un hoinme.
La femme peut ahner plusieurs fois, quant à elle ; mais elle n'a qu'un amoujp à 4onaer, c'est le preipier.
Cet amour, c'est le frais paf fum de la rose nouvelle fleurie; — mais, quand elle ^m^ une seconde fois, son amour n'a plus que la saveur que donnant les feuilles
sécliées des roses à une tisane salutaire, ou des conserves que Ton fait avec les baies éearlates des églantiers; ^ il y a quelque chose qui n'a pas de nom, qui est perdu, et qui ne se retrouve jamais.
Sans parler à Maurice de sa rupture avec le comte, Hélène avait quitté la maison 'qu'elle occupait pour en prendre une beaucoup plus petite et moins coûteuse. Maurice, de son côté, n'avait pas voulu dire à Hélène; ' — > Il faut congédier le comte.
Il eût cru offenser Hélène en supposant qu'il y eût à ' lui donner ce conseil ; aussi lui sut-il un gré infini de l'abandon qu'elle fit de la riche maison du comte.
Mais il remarqua, avec une douleur d'autant plus Vive qu'il comprit alors qu'Hélène avait irréparablement perdu cette pureté instinctive qui a taiit de charmes, il remarqua qu'elle ne songeait nullement à retrancher de sa toilette les colliers, les pendants d'oreilles et les bagues donnés par lé comte. Certes, s'il eût été riche, il eût apporté un brillant écrin, et eût arrraché et jeté ces 'importantes babioles.
Mais si l'avilissement dans lequel avait vécu Hélène l'empêchait de comprendre tout ce qu'avait de poignant pour lui l'aspect de ces bijoux, si elle n'avait pas senti un bonheur secret à se séparer sans retour de tout ce qui pouvait lui rappeler l'amour avilissant de Leyen, lui, Maurice, ne pouvait lui demander ce sacrifice d'argent, puisque Hélène n'avait pas trouvé dans son cœur déraison suffisante pour le faire sans qu'il le demandât. Et, d'ailleurs, il eût craint de la froisser douloureusement en lui faisant comprendre qu'elle manquait de délicatesse, et en lui laissant soupçonner que^ malgré son iimour, malgré celui de Maurice, il y avait sur elle une flétrissure qui ne se pouvait effacer. La pauvre Hélène prenait trqp à la lettre ce que lui avait dit Maurice : -:::
L'amour purifie tout comme^ le feu. Et, 8i elle songeait quelquefois au passé avec douleur, ce n'était pas surtout pour Maurice, qu'elle ne supposait pas pouvoir rien désirer ni regretter, aimé aussi ardemment qu'elle savait l'aimer, c'était pour elle, pour tput le bonheur qu'elle avait perdu.
Plusieurs fois Maurice la vit devant lui se parer des bijoux flonnéç par Leyen. Pauvre fille! c'était pour lui paraître plus i;>elle qu'elle se parait ainsi; elle était loin de comprendre ce qu'il y avait de rage et de désespoir au cœur de Maurice, quand il la quittait brusquement et passait le reste du jour sans revenir; car, lui, il l'avait vue couverte de la fange de la prostitution .
Un matin surtout^ le désordre de la toilette d'Hélène lui laissa voir Sur son bras deux noms entrelacés : celui d'Hélène et celui du comte.
— Malheureux 1 dit-il, il y a des choses qui ne peuvent pas s'effacer.
Et il s'en alla.
La situation d'Hélène, cependant^ était triste et embarrassante.
Elle ne recevait plus rien du comte.
D'autre part, comme Maurice lui avait dit : — Tu seras ma femme, elle pensait que c'était à lui à régler, comme il l'entendait, le train et la dépense d'une maison qui devait être commune; et, dans l'état provisftre où elle se trouvait, elle n'avait qu'à peine modifié ses dépenses habituelles, attendant toujours que Maurice fixât lui* même ce qu'il fallait faire.
Maurice, de son côté, ne voyant pas diminuer les dépenses d'Hélène, crut qu'elle continuait à recevoir l'argent du comte ; qu'elle attendait une occasion favorable pour rompre entièrement avec lui, et qu'elle \:l^\^\^ quitté sa maison que pour évite? uïi èd^X*
m UNE HEURE THOP TARD
Quand il étoit loin d'elle, il prenait fermement la l'aficldtîon d'avoir avec Bélèfie uae e&plicationi ce st^t; jnais, quand ils étaient réunit, «t qu'il la Yépài tà àîeureuse de Toubli du paiaé, si fièilie de sentir uBamcair^ai loi élevait l'âiHe, il n -attrait plus en lui le courage d'eô'a^ cer d'un mot cette sérénité qui embellissait' le ifkxsgb 4'Hélàae: il se disait':
— > Laissons-la beuraufle^ oïd^tions aussi, et passons «ncoreeejour daas rinaoueiaiHCe; demain, il seraieiq^ déparier.
Jil
Hais ce qu'il ne pouvait oublier, c'étaient ces lettres gravées d'une manière ineffaçable sur le bras d*Héièii^ et qu'il ne pouvait s'empêcher de regards^.
-— Donc, oooupon&4ious de la fin de notre calcul, dit Maurice.
— Volontiers, dit Richard.
En refard de la 4olanne où il a^it écrit qœlqlics ^ours auparavant : rjLSSiF, il écrivit: Actif.
— * Je t'attends.
-^ D^abopd, dit Maurice, nous ne pouvons compter les •quatorze mille florins que j'aurais eus si je n'avais pas perdu mon procès. Ensuite, de ce qui me reviendra dé 4ronpère,*dix mille âorios aviron, il faut distraire pour les frais du procès...
«—Seise cents florins trente kreutzers, dit Richard. Mais peut-être serait- il à propos d'esLamiuer par un simple calcul de probabilité :
Si ton père donnera son consentement à ton mariage avec Hélène
Si, au cas où tu te marieras sans son consentement, il ne te désbént&rà pas, ou> aumm^^ ti^ \fo U^^^^
UNS tIfiUKE TïkQfP TAKD iêà^
aiteiMtfe k» Imit mltle qtftire omM fitoi^ ja«qu'à«ft -**-G*e$ttrès-eeilAi»6mMt<9e^i«rH¥tK^ Ainsi, iiaiift
— Très-bien, dit Richard; jmeptni n&m avons fiHP-^ faitement établi ce (fstïï ne fem pas eMifter ;itttaifl pour ce qu'il faut compter, il n'en a pas>élé dit ttn moi.
— * C'est ce qi^ je dbercbe...
Maurice chercha longtemps. Richard proposa ée dé* jeûner.
Fendant te dëjevner >et spuès le déjeuner, Maurice chercha encore longtemps ; puis, tout à coup, eenme par une inspii!»lli»n soMle, il s'écria :
•^rSau» éMs ^0» 1toffiU'4A nK fivsoheiis pourtes lîgM8«à pécb^^
-^ Ahl... dilRi€terd; ttoM, raettcmsà rAcrip : Troi» florins et sr& «gresdiens* * ^
-^ Puis, ^t Maariee en fiant «t'en #rant sa bottrse^ ^^ sept floTins depn grosefaens tleœc Ivefutzers ici renfermés. %
— C^est ëcwt, dit Richard . Aprts ?
— Mafœ, c'^t tout; tu ri'«s pkts «qu'à faire Tadiition.. .— Voici rétat de ta fortune, dit Ridtard :
ç*bsif: — Wx mille quatre cent trente-citiq fforin» Tîngt grwcfeens; ACTff:-^Dix florins îittit groschens deux kreutzers* —Donc, ma fortune se monte?.,.
— Précisément à dixtmHe qusrtre cent Tingt-cinq iîorins douze groschens un kreutzer — de dettes.
— Eu admettant les diimces les pkis favorables, tilt Maurice, à 5«roîr; ^e moQï*cet»m^ àkfe^%v:\x&-^^
et qu'il consente à ajouter à mon patrimoine de quoi payer intégralement mes dettes, je me trouverai ne pas polder un pfenning au delà de ma pension de mille clorins, laquelle, si elle n'est pas supprimée auparavant par une mauvaise humeur de mon père.
Ou par une étourderie de ma part,
Ou par un accident,
Ou, ce qui est plus proche encore, par mon mariage •avec Hélène,
Ne durera qu'autant que vivra mon père.
Rien — ne suffit pas pour un garçon, encore moins pour un homme qui prend femme.
-— Sans compter les petits, ajouta Richard.
: — Ne me parle pas ainsi, Richard, tu me ferais renoncer à mes projets les plus fermement arrêtés : je déteste les enfants, ces petites créatures rouges, informes, sales, bruyantes, maussades, pendant plusieurs années; puis laides ou contrefaites, ou stupides. Je ne veux pas d'en- Cants.^ Je reviens à ma situation ; il faut que je trouve moyen de gagner ma vie et celle d'Hélène.
— De quoi t'embarrasses-tu, dit Richard, toi qui prétends que deux personnes peuvent être riches avec un revenu de huit florins ?
— Et je n'ai pas changé d'idée; je n'hésiterais pas sans la vie antérieure d'Hélène, sans ses habitudes de luxe et de dépense; mais on m'a offert un emploi, par lequel je gagnerais par an deux mille florins. Deux mille florins et Hélène, je serai le roi du monde.
— Tuas accepté?
— Pas encore, mais j'y dois aller dès aujourd'hui, si je me décide à le prendre.
— Pourquoi ne te déciderais-tu pas?
«— Je ne sais, mais c'est possible.
— Si tu ne le prends pas, je \e i^t^u^s^V
— Soit : si Je n'y vais pas aujourd'hui, c'est que j'y renoncerai.
Quand Maurice disait à Richard qu'il ne saurait pas quelles causes pouvaient l'empêcher de prendre l'emploi qu'on lui offrait, il ne disait pas précisément la vérité.
Ce qui le faisait hésiter, c'est une de ces idées qui frappent subitement l'esprit, et l'éclairent d'une lueur rapide et fugitive telle, qu'on voudrait tout de suite être seul et fixer cette pensée avant qu'elle s'échappe.
On peut être riche avec un revenu de huit florins, avait dit Richard.
— Oui, oui, se dit-il, l'indépendance et Hélène, ce serait beau; si Hélène vendait ses diamants, l'argent qu'on en pourrait retirer nous ferait un revenu de, peut-être, deux ou trois mille florins, nous pourrions vivre libres^ ignorés, riches : je vais aller lui parler.
Au moment d'entrer chez Hélène, il s'arrêta un moment;
— Profiter des diamants donnés par LeyenI dit-il. Cependant je prends bien Hélène avec sa honte, pour-^
quoi ne la prendrais-je pas avec ses diamants ; et d'ailleurs, puisqu'elle les porte à son cou, à ses doigts, à ses oreilles, ne vaut-il pas autant assurer notre existence avec, et fuir loin du monde?
Et ce n'est pas pour moi que sera employé cet argent, ce sera pour elle, tout pour elle.
— Où vas-tu? dit Fischerwald, qui passait.
Maurice allait tout naturellement répondre : Chez Hé*
lene; mais ses amis ne lui parlaient de sa liaison avec Hélène que comme d'un triomphe qui devait flatter son orgueil ; il voulut chercher une inflexion de voix naturelle et simple pour ne pas paraître aux yeux de Fischerwald^ prendre un air victorieux, puis il craignit de mettre de l'afiectation dans cette indifférence, et que Fischerwald
€rûi qa'il «ttadiatt peu da^ piix à &% Iktfoa vree SSUae, et que de là il vint à ne pas traiter Hélène avae tout te C9$pdct du à la femme^ (|ii'il adoi^aiu
£i eaeoi^ — Flscherwald avsdi, m^ faisA&t oeitta 9i«&^ tion, utt aar préte&ti^aseioieiit audkieui al pers^ i^ace^ mm Maurice na Youbult pas- jusliâfit. en lui avouant qu'il avait divine ;
C'est pourqimoi à cette. quAStHua : Oti wii»ta? il r^peadit assez oiaisèimnt ;
«-* N^uUe part.
— Vraiment? dit Fischerwald avec cet air ÛMnSdule et fia ï^ui, dans cejAm» vammDts^fmâkiixmtxmm^
«^ Vraiment, dit. Maïaïf ioeu "^^Nan LyeAarim adis ?
— Non Lychorim adeo.
^»-- AJ0i« ttt H'as aueiiii B^étesie de Mj^^ que je t'apporte.
— Quelle est cettaiffvitattoa?
. ^^ C'est uae iavitatioa à dioa?; . -*-<îiû m'ini^ite?
«^ Ce mr^ oa dîme cesaanquidUA, Ceoéwn Mb^nmvi* tii$tisiimiim^ UHnwB djl PUœ le leone; ûute de cécobâr qui était un assez mauvais viB».(p8 r<m séehait dans des Qiitceft pour le Mse eaeuite &iiâ«e daes Teau» — vi»a mt^c^n/ joti^rt,— -nous aucooe 4tt via de Champagne^
— Mais, répéta Miaiurice^^iifil est rhâte?.^
—> rai eniesdu parler égatoa^at d'ua mareaefiîn^
Qaercus hospes &per.
CtCAIN.
•td'imdie^etiîldMtkeeiaima^MiUid^ .
m^- Chez le eemte Leyen.
Uî«E «EtTRl TROF TARD tiT
^-* ÏB comte Leyen t ait Mâui^iee.
Leyen passait deux jemrs à k^ yille^-«il ne savait trop quelle figure faire au^ yeux de ses amis, qui tous con* naissaient la liaison de Maurice avec Hélène, et affectant de regarder sa rupture avec catte belle fille comme un incident ordinaire et prévu, qui ne pouvait lui causer la moindre affliction, il U^ avait i^vité^ à un grand diner, et il désirait suFtoul qu*<m y vH lltairice.
Fisçherwald ne comprit qm coiqua Leyen voulait qu'ion
— Leyen, dit-il, en homme au*des8us de semblables enEpoitillages, ne va pas» c(»iime Orpfaiie, pleurer son Euridice dans les bois,
n sob in littoro.
TiiaiLB. ,
ir donne aujourd'hui un bnoquet, et il te pri9 drj^wir. Voici une lettre pour toi,
« Monsieur,
j> En politique et en amour, le vainqueur a raison ; mais si je ne garde aucun ressentiment de ma défaite, il sei^it peu généreux à vous de m'en vouloir après votre victoire. Notre ami Fiseberwald vous dirait f
Parcera derictls, et debellaro snperbds ;
moi , J0 vous dirai seulement que c'est assez d'avoir perdu une jolie malU'esse, sans encore perdre une de xxïBj^ plU9< agréable» connaissances, un homme d'esprit et de $ç^¥oir, auquel je tiens infiniment. Soyez donc, je
VOUS prie, des nôtres ; nous boirons à votre triomplie, et ie vaincu n'y boira pas que des lèvres.
9 Comte LETEN. ]»
A moins de passer pour un Huron, Maurice ne pou* vait se dispenser d'assister au diner de Leyen; cependant^ dans la poignée de main que se donnèrent les deux amants d'Hélène, il n'y eut pas plus de franchise d'un côté que de l'autre.
Sans Leyen^ la beauté d'Hélène eût été pure et sans tache.
Tout le monde évitait de parler d'Hélène par ^ard pour Leyen, qui, dans cette occasion, avait joué un rôle sacrifié, un rôle de tuteur ou de mari trompé. Hais, quand le vin eut un peu échauffé les têtes, Leyen^ qui, jusque-là avait fait bonne contenance, poussa l'indifférence jusqu'à la fanfaronnade.
— Messieurs, dit-il, ce vin ne vous fërait-il pas à tous oublier une infidèle, fût-elle aussi belle qu'Hélène?
— Le vin est bon, dit Fischerwaïd, et Hélène est belle.
Maurice se sentit rougir : le comte avait dit familièrement Hélène^ il en avait un droit que Maurice eût voulu lui arracher avec le cœur;
Et Fischerwaïd disait ^€7«i^.
D'abord Maurice voulut professer tous ses sentiments pour Hélène, puis il s'arrêta. — Ces gens-là ne me coni' prendraient pas, dit-il, et ils me croiront fou. U ne dit rien.
— Oui, elle est belle, dit Leyen, belle pour vous, qui n'avez vu que son visage et ses mains; mais que diraije, moi, qui ai contemplé, comme vous avez pu contempler de belles statues de sculpteurs grées, le plus
beau corps que jamais peut-être la nature se scit plu à former I
D'autres vous ont félicité, monsieur Maurice; mais si quelques félicitations ont du prix pour vous, ce doivent être les miennes, à moi, qui connais toute retendue de votre bonheur.
Allons, dit-il en riant, félicitez-moi aussi^ moi quî^ semblable au mangeur savant, ai quitté la table avant d'avoir perdu tout mon appétit.
Et vous tous, messieurs, buvons à la santé des nouveaux époux.
— Hymen, lo Hymen! cria Fischerwald.
«- Je leur donne ma bénédiction, dit le comte; je souliaite que Maurice soit heureux plus longtemps que moi, et que son bonheur lui coûte moins cher.
Maurice souffrait d'horribles tortures d'entendre ainsi parler d'Hélène. Le dîner fini, on se niit à fumer, à causer un peu confusément, à se promener dans le jardin.
Quelques-uns firent des armes.
Richard battit Leyen et Fischerwald.
— Et vous, Maurice, dit Leyen, ne tirez-vous pas? Leyen et Maurice prirent des fleurets.
C'était une singulière ^tuation.
Ces deux hommes, dont chacun aurait donné peutêtre dix ans de sa vie pour avoir un prétexte suffisant aux yeux des autres de se précît)iter l'un sur l'autre l'épée à la main, pour se débarrasser d'une existence qui gênait la sienne; ces deux hommes jouaient avec des armes inoffensives, mais qui, pour chacun d'eux, pouvait augurer le résultat du combat, s'il arrivait qu'ils se battissent ensemble.
AusslM'assaut au fleuret prît un autre aspect; il n'y eut plus cette indifférence insoucieuse;, cette légèreté qui avait présidé aux autres combats.
m feNE HEURE TROP TARD
ChacQt), comme si sa vie eût dépendu de sa force et de son adresse, ne négligea aucune des préGautions que, jusque-là, ni les autres ni Leyen lui-inéme n'avaient prises.
Ils se serrèrent le corps, assurèrent bien leurs fleurets dans leurs mains, et se placèrent bien d'aplomii, hops de portée des pointes.
Ils se tâtèrent avec prudence, ronapirenl à plusieurs reprises, et dix minutes s'écoulèrent avant qm ni l'un ni l'autre s'exposât à attaquer règlement soa adversaire.
A voir cette prudence et les regards fixes et attentifs des combattants, et aussi à voir l'attitude des^ectateurs, qui avaient été frappés de ki même idée qui occupait Ley^i et' Maurice, que ce combat fictif présageait d'une manière presque certaine l^événement <i^uR eombat, qui avait pu, qui pouvait peut-être avoir lieu, il y avait dans ce jeu toute la solenmié d'un duel véritable.
Plus impatient ou moins heureux, Leyen le premier attaqua Maurice, qui para le coup, et de la riposte brisa en trois morceaux son fleuret sur la poitrine de Leyen.
XY
Restez, vierges pndiqttes,
vi Priez Vswmg}» Bméar, père de nos gnemenr
Àdressezrlai vos fanèbres cantiques.
Ponr vos bras n*est pas fait le poids des boucliers; Jamais le saàg de giaives sieiirtriers Ne doit jaillir sar vq| blanches taniiiiies.
Yons, soldats! Taranis a résonné dans l'air.
Hela, la triste Hela, de sa hache eraelle, Va tra^çer des Bamaine là hordi» crinûDeHe:
Les corbeaux dévorants snûrent à tire-d'aile La trace de votre fer.
En sortant de chez Leyen, Maurice avait le coeor ulcéré j il haïssait tous ceux qui avaient assisté au
dineF : chacun avait, par ses paroles ou son attention aux paroles des autres^ profané son idole, sa belle
Hélène.
Il était plein d'une colère qu'il brûlait d'épancher, el si un seul passant se fût avisé de le toucher du coude ou de le regarder, le pauvre homme eût nécessairement payé pour tous les autres.
— Ohé I Maurice t lit Richard, sais-tu que tu as vîgou* reusement touché le comte? H eût été fâcheux que vous eussiez eu des épéés au lieu de fleurets.
— Je suis par trop original, dit Fischerwald, je cherchais mes gants et je les ai dans ma poche. Gela me rap* pePe qu'il y a quelque temps une de mes inconcevables distractions me fit oublier mon chapeau. T'ai-je raconté, dit-il à Maurice en lui secouant le bras pour éveiller son attention, que je suis sorti d'une maison sans songer i emporter mon chapeau?
— Ton coup de fleuret à Leyen, continua Richard, me fait penser qu'il était très-possible quje vous vous trouvassiez en présence avec des armes plus dangereuses. Heureusement pour lui que Leyen est pacifique pour ces sortes de choses.
Maurice pensa que toute la lonjpanimiié était de soa côté ; mais il s'abstint de le dire; car ni Richard ni aucun de ceux qui se trouvaient 1& n'aurait pu comprendra tout ce que lui, Maurice^ ressentait de haine coatre celui qui, en l'achetant^ avait souillé Hélène.
— Quel malheur, continua Richard^ si tu avals Hé un galant homme pour une catini
Ce mot était à peine lâché, (foe Ricard avait reçu ua horrible soufflet.
On intervint : il fut convenu qu'on se battrait le lén«
demain matin.