‹ Une heure trop tardChapitre 13 sur 20 · COMMENT UAURIGB AVAIT RAUSON AU CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

COMMENT UAURIGB AVAIT RAUSON AU CHAPITRE XIV

D^ns le temps queJilaurice mit à franchir Tespacequi séparait la maison de Leyen de celle qu'habitait Hélène, son sang se calma, et il vit clairemept ce qui s'était passé. Le lendemain, dans quelques heures, il se battrait avec son meilleur ami.

— Pour une femme!

— Pour une femme prostituée f

Parce qu'il avait répété après les autrj^s une impertinence que lui, Maurice, avait soufferte des autres^ qui n'étaient pas ses amis.

Il se trouva lâche , et rentra chez Hélène, horriblement mécontent de lui-même : il reçut ses caresses avec indifférence et avec brusquerie; Hélène, voyant sa préoccu- 'pation, s'empressa davantage; il s'impatienta, puis se fit des reproches, et demanda pardon.

Il partit avant le jour, et, comme Hélène dormait, il resta quelques instants à contempler ce beau corps mollement étendu, ces yeux fermés sous de longues paupières, cette bouche entr'ouverte, si fraîche, laissant voir à demi de petites dents blanches.

— Peu^étre, se dit-il, ne la reverraî-je plus.

Il lui baisa doucement le front, ses longs cheveux bruns étaient détachés; il les couvrit de baisers.-

Hélène fit un mouvement.

Ce mouvement découvrît son bras, et, en même temps, les deux chiffres entrelacés d'Hélène et de Leyen. Maurice partit brusquement; en ce moment, il désirait être tué par Richard, Une s^lé pensée Toccupait, la flétrissure d'Hélène.

UNE HEURE TROP TARD 19â'

II arriva chez Richard une demi^beure avant Tbeure fixée par les témoins.

— Mon bon Richard, dit-il, écoute-moi sans colèfd» «Bt ne m*interromps pas.

Entré nous deux seuls, tu pourrais peut-être, sans ïïi'offenser, t'exprimer sur le compte d*Hélène ainsi qu'il te semblerait bon; et d'ailleurs, je n'aurais qu'à te dire: « Richard, tes paroles me blessent au cœur, » tu t'arrêterais;

Mais tu connais mon amour pour Hélène; tu sais que je veux lui donner mon nom et Tabriter de mon honneur; si j'avais souffert tes paroles devant quelques sots qui nous accompagnaient^ ils se seraient crus autorisés à t'imita et à aller plus loin que toi.

Et aussi, pense à ce que j'avais souffert pendant tout le diner; mon cœur était plein de fiel, une goutta de plus l'a fait déborder.

Ma brutalité n'a pu t'offenser, mon bon Richard ; et, si elle t'a offensé, je t'en demande pardon et je te prie de mè tendre la main.

Richard lui tendit la main, puis les bras; îîs s*embras-f sèrent en pleurant.

Les témoins entrèrent.

Par un mouvement involontaire, Maurice et Richard s'éloignèrent l'un de l'autre et s'efforcèrent de dissimuler leiir émotion.

Richard, seul avec Maurice, avait oublié promptement une insulte qui tire toute sa gravité d'une convention ; mais la vue des personnes qui en avaient été spectatrices rafraîchit son ressentiment.

Pour Maurice, les excuses qu'il avait demandées 5 Richard ne lui avaient rien coûté, mais il lui eût semblç humiliant de les faire devant d'autres.

Cependant il dit :

194 UNE HEITRE TROP TABD

— Messieurs, je tous ai préeédés ici, et j'ai obiemi de mon ami Richard le pardon de mon emportement ridicale. *■

Les témoins parurent surpris et se nissemblèfent i l'antre extrémité de la pièce, et parlèrent à demi-Yoix.

Maurice et Richard évitaient de se regarder.

Quelques paroles vinrent à leurs oreilles.

cLa chose ne peut pas se passer ainsi;— tm souAet est une insulte grave; — il n'y a que le sang;— rhonnearde monsieur Richard exige une réparation |»Ius complète. i

Cependant Maurice songeait que si hii, Maurice, n'avait pas conçu le projet^ au moins bizarre, d'épouser une fille entretenue et de la faire honorer, Richard ne se serait pas trouvé dans la difficile alternative de se faire tuer ou de tuer son ami^ ou dépasser, aux yeux du monde, pour n'avoir pas suffisammefnt vengé son insulte.

Richard n'avait rien fait pour se trouver dan3 cette triste situation ; Maurice ne voulut pas Fy laisser.

— Messieurs, dit-il, je comprends comme vous que mes excuses ne sont pas suffisantes, et que le combat est nécessaire.

JUchard respira, car il ne pouvait le demander, et il craignait de paraître supporter trop patiemment son soufflet.

— Richard, continua Maurice, il faut nous battre.

Messieurs, dit il aux témoins, si je me suis laissé emporter aussi loin hier, c'est que la personne que vous connaissez jusqu'ici sous le nom d'Hélène sera prochainement ma femme, que je prétends qu'on lui porte to'^t le respect que m'accordent les honnêtes gens, et que si quelqu'un se permettait à son égard une parole imprudente, ce serait là réellement tme offense que je croirais à peine lavée dans le sang. Attendez-moi.

UNE UEVRE TROP TARD fdST

n i^oplit pour all^ chercher des épées.

— Si vous le tuez, dit à Richard un des témoiâs, vous l'empêcherez de faire une grande folie.

-- Ce moBsieur, dit un autre, a un ton menaçait; le irésuHat àè l'affaire qui va se passer nous montrera jus- «F^'à quel point il est redoutable»

Richard ne répondit rie& à ces^ paroles, non plus qu'à ^^ques autres plaisanteries que Ton fit sur Maurice ; — comme ce derai^ rentrail, il entendit ce que Ton disait^ €t il ftft désa^éablement affecté du silence de Richard, qnî le laissait ainsi attaquer en son absence sans prendre la parole pour le défendre.

Néanmoins il ne quitta pas la résolution qu'il venait de prefMlre, de ne faire qu^ de se défendre sans attaquer Richard. « J'aime Hélène, disait-il, il est juste que je supporte toutes les conséquences de mon amour; Richard ne doit pas recevoir un coUp d'épée parce que je suis Tamant d'Hélène. »

On partit. Le long du chemin, les deux amis ne se regardèrent pas une seule fois; Richard se laissait conduire par une sotte vanité et était honteux de sa situation ; un regard de Maurice n'eût pu être qu'un reproche.

Après une demi-heure de marche, les témoins choisirent un terrain convenable; Maurice et Richard prirent les épées, et pour la première fois leurs yeux se ^rencontrèrent.

Jusque-là Maurice avait vaguement pensé que le combat n'aurait pas lieu, que Richard, dont tout dépendait de ht manière dont les choses avaient tourné, aurait assez de courage pour refuser de se battre.

Dans le regard qu'il adressait à Richard, il y avait de la surprise; pour Richard, quoique ses yeux fussent fixés sur ceux de Maurice, ils restèrent vagueset sans regard \

ils n'avaient rien à répondre à la question que Maurice semblait leur adresser.

Los fers se croisèrent,

Maurice rompit.

Un dégagement fait par Richard porta son èpée presque sur la poitrine de son adversaire : Maurice ne Févita qu'en rompant encore une fois; Richard avança sur M et se mit à le presser vivement.

La vue de Tépée nue si près de lui, Tinstinct si naturel de sa conservation, Tindignation que lui donnait Tacharnement de Richard, qui, par un an de leçon^ avait un grand avantage sur lui, tout changea les dispositions de Maurice; — il cessa de rompre, et^ à son tour, marcha sur Richard, qui fut forcé de rompre à son tour; mais au moment où Maurice marchait, il reçut un coup d'épée qui lui entra de plus de trois pouces dans le sein droit ; il tomba sur les genoux, mais se releva aussitôt, et se remit en garde; — puis il pâlit et laissa tomber son épée.

On le reconduisit chez lui.

Hélène Tattendai t.

On soigna Maurice, qui s'endormit ; à son réveil il était dans la chambre d'Hélène.

if y avait huit jours que Maurice était au lit; Richard avait fait demander chaque jour de ses nouvelles, et, sur l'invitation de son ami, était venu le voir.

Malgré Ja répugnance qu'avait d'abord montrée Hélène pour recevoir Richard, la franche réconciliation des deux amis lui avait presque fait oublier que Richard avait failli tuer son amant, l'homme qu'elle adorait comme un dieu.

Richard et Mauriee étaient venus au point de rire de leur aventure. •

— Vois-tu, disait Richard, j'ai appris et j'apprends encore à faire des armés; si tu avais fait comme moi, si tu avais agi selon tes sages préceptes, tu n'aurais pas reçu un coup d'épée.

Depuis quelques jours, Hélène paraissait triste etpréoccupée; elle semblait éviter les caresses de Maurice.

Ils étaient seuls, par la fin d'une belle jourilée de septembre. Il y avait encore un reste de jour au dehors, mais la chambre était tout à fait sombre ; cette obscurité avait de tels charmes, qu'Hélène ne songeait pas à faire apporter des lumières.

Maurice parlait de leurs projets d'avenir ; et, s'il eût pu voir les yeux d'Hélène, il n'y aurait pas trouvé cette attention amoureuse qu'elle prétait ordinairement à ça voix ; loin de là, les paroles de son amant paraissaient lui faire mal.

— Nous serons heureux, disait Maurice, loin du trouble et de Tagitation, ne donnant rien aux autresde notre vie, la réservant tout entière, moi pour toi, toi pour moi.

Hélène avait le cœur gros depuis que Maurice avait commencé à parler; elle ne put se contenir plus longtemps, et se cacha le visage sur son lit, en pleurant imbi rement.

— Pourquoi pleures- tu, mon Hélène? dit Maurice; ne seras-tu pas heureuse, et ne suffirai-je pas à ton bonheur, comme tu sufiSras au mien ?

— Maurice, répondit-elle, c'est ce bonheur, si grand à notes yôux, qui me fait pleurer, quand je songe combien j'en suis indigne; car tu ne sais pas tout, et quand tu sauras tout, tu me repousseras, tu ne m'aimeras plus, il faudra que je meure.

Mon Dieu, s'écria-t-elle, c'était du fond du cœur que

m Viri HEURE TROP TARD

je V0U3 rendais gricB ds cette félkité qn^ vous m'aviez donnée, en inspirant à Maurice cet amour qui me rendait si heureuse et renott^Iaii ma vie, et v ous allez me r^ter, il oe m'aimera phis.

» Parle^ parle, dit Manrlca : m nom du dei, ne me livre pas plus longtemps aux horrible tableaux qae forme to» imagiaatioa«

— • Maurieet conttûtia HMèoe, Dieu m^est témoin cpe, depuis que je f ai dit que je tTainnis^ tu a« rempH toute mon âme et toute ma vte, je nfai pas eu une pmisée qui ne fui à toi.

Je ne suis pas eoapd[)Ie; je. suis^ malheureuse», bien malheureuse.

le suis encmnte.

«-" JColuit» (fit Mauriee en soarian^, n'est-ce pas un neçveau Uan entre nao», un lien qui mrit à janMùs nos deuxexiitencet?

— Qui sait? dit Hélène-

«^BouteMu, repnt MaurÊce^ que je ne t'en aime davsmlagei si mon amfomr peuterc^meoeoffe^

'^ Ob 1 taiMol, If «ariee, tais-^toi, tes pavotes me foat m«pir.

••«^ Je ne ta comprmds pas.

jmm- Eb bien i eei enfant que je pofte ibina ntoD sem... que je sens remuer...

-p^Sbbien?

«p"- Cet enfant, je ne pues en nommer leptoe; je ne sais si c'est toi, toi que j'aime plus que Bieu, ouTbomme qui a &it ma boute et mon désespoir, le eomte Leyen...

aK£ HBOR&TROPTABd ^^

TabftiidoBiwr! mon Dien! sans ifA, qno deviendrai-je? n'es-iu pas Tâm» d*«A vie?

•^ C'est horrible, dit Hauriee*

— OuU répondit Hélène^ c'est horrible, ce mélange d*amour et de haine, de banbaur inefiaUe et de déses-^ poir prefond^ que me jette au coeur chaque mouvement que l^it dans mon sein un enfant...

Ton esfant, peut-être, ton amour et la mien confondus en un seul être, nos âmes à tous deux réunies dans un seul <vorps, le fruii de no% baisers, où nos vies sur nos l^vrfis se touchent et se confondent.

Il me semble te sentir en moi^ et ne.plufi former avec toi qu'une seule créature.

Mais je n'ose Taimer cet enfant, peut-être Tenfoni du comte Leyen, la honte, l'opprobre que je porte dans mon sein^ que je nourris de mon sang et de ma vie«

Honte et opprobre^ non-seulement pour moi,, mais aussi pour toi I

Il y a trois jours, je doutais encore, j'espérais ; je suis allée pour trouver un médecin : « N'est-ce pas, monsieur, lui ai-je dit, qu'un enfant ne peut pas naître de baisers vendus, de caresses impures et sans amour, d'une ivresse non partagée ? N'est-ce paa qa'un enfart ne peut être formé que par 1! amour ? )»

Il m'a cruellement désabusée; j.e me suis jetée à ses genoux, je l'ai supplié pour qu'il m'enseignât un moyen de savoir la vérité; car si c'est l'enfant du comte Leyen. je voulais mourir; je n'aurais pas eu la honte de Vapprendre moi-même une nouvelle infamie*

« Il n'y en a aucun, m'a-t-il répondu ; aucune science humaine ne peut pénétrer un semblable mystère.

— Mais, m'écriaî-je, et mon regard et ma-voix peignaient encore un reste d'espoir, si Tenfant ressemble à Maurice?

— Ce serait une preuve sujette à discussion , m'a^Ml dit, et qui ne présenterait aucune certitude. »

Depuis ce temps, j'ai prié Dieu tous les jours, toutes les nuits, rien n'est venu m'éclairer; je ne sais rien.

— Rien I dit Maurice accablé.

— Oui, tu as raison, c'est horrible, continua Hélène; quand cet enfant naîtra, je n'oserai te demander pour lui ton amour et tes caresses, car^c'es't peut-être l'enfant deLeyen.

Et cependant si tu le hais, si tu ne laisses jamais tom« ber sur lui un regard, si tu l'abandonnes, lui et sa pauvre mère, c'est peut-être ton fits, formé de toi, de l'alliance de nos âmes, de notre amour.

Il faudra que je l'aime toute seule.

— Laisse-moi, dit Maurice.

Hélène ne dit rien et se retira.

Gomme elle sortait, elle jeta un regard sur Maurice.

Maurice lui tendait la main ; elle prit cette main et la baisa, puis s'enfuit en sanglotant.

Quand Maurice fut seul, seulement alors il comprit tout ce qu'avait d'irréparable le malheur qui tombait sur Hélène et sur lui, tant d^abord il avait été étourdi et anéanti d'un coup aussi imprévu.

Que faire ? quitter Hélène I pauvre fille, plus malheU' reuse que moi I la livrer injustement à son désespoir 1

Et peut-être c'est mon enfant à moi !

Que de bonheur, si le ciel avait pitié de nous, si nous pouvions savoir d'une manière certaine...

Pauvre Hélène.

Ce serait trop lâche de l'abandonner, je resterai; mon bonheur est perdu, je ne serai plus son amant, je serai son ange gardien; je la ferai heureuse, mon bonheur à moi sera de voir son visage souriant et son cœur paisible. Oh! comme elle m'aimerai comme elle devra jn'aimerl

J'ai dit que mon bonheur était perdu 1

Ne sera-ce pas encore un bonheur de tout faire pour la femme que j'aime, de lutter pour elle contre le ciel et contre la terre, de la rendre heureuse malgré Dieu et malgré les hommes, de triompher de moi-même, de lui faire un bonheur avec mes souffrances ?

Oui, mon Hélène, tu seras heureuse; je ne t'abandonnerai pas, je feindrai même d'être calme, d'être heureux. Quand mon enfant naîtra, je dirai : — Il me res* semble. — Je le caresserai, et d'ailleurs, n'y aura-t-il pas de toi en lui?

Je renonce à la vie^ à mon bonheur, à mes passions. >

— Hélène 1 cria-t-il, Hélène 1 Elle accourut.

— Mon Hélène, dit il d'une voix douce et calme, le malheur qui nous arrive frappe sur tous les deux; il faut rester unis pour le supporter ; mon cœur ne cessera pas d'être à toi.

Et, qui sait, peut-être n'est-ce pas un malheur ; il y a ^ des chances pour nous. Sans doute cet enfant est à nous; nous l'aimerons, Dieu nous protégera.

— Maurice, dit Hélène, sois béni ; tu fais plus pour moi que Dieu n'a jamais fait.

La situation de Maurice et d'Hélène était toujours la même. Hélène attendait que MauticQ ^KâW^'g^^^^

202 tNE HEGEË TROf tARD

mariage, et ainsi le train et la dépense de la itiaiscm restaient toujours sur le même pied; elle subvenait parla vente cachée de ses diamants et de ses effets les plnsfd* cieux aux frais énormes de «m intériettr.

Maurice croyait qu'elle recevitft encore la pensum de Leyen. Il attendait à avoir obtenu une place, pour avoir avec elle à ce sujet tme explicatif» défliiitive, ^m donner à Leyen un congé absolu, et vivre modestememivec sa maîtresse, dans tme obseare r^aite^ du froltde scm travail ; car, avec Ja fierté natui^lie de Maîtrise, Ttdée de se créer mie Ibrtme t)«r la <v«nte des disMiMs d'Hélèpe n'avait pu is^omner 4aas son esprit 4}»e gadques instants. '

— ï^our avoir les places, se dit-il ^m matin, il d« fkat ni flâner, ni perdre de temps. Je vais, dès aiijoiird%iri, savoir si Von me domie cette place de deux nrille flirtes que Ton m'avait promise, et au sujet de laïqpielle ^n 4^ vait me rendre réponse et i^tendre ma déciiio&. Je jour où Richard m*a donné un ecrap à!épée.

Il se mit en route et rencontra Richaid; ils allaient du même côté et dieminlrent ensemble.

— Je vais, dit Miutîce, «avoir tA ïm veut mbdàmm cette place dont je t'ai parlé.

•r- Quoi t. dit Richard, cette place que tu voulais «^ascr, et que je déVàfel prcîndre, si tu ne readats pas réponse le lenderilsfen.

— Précigéjfnentl

— II y a dix jonrs xjtie j'tfn remplis- ièsfonctiwiî. Maurice retourna chez Hélène ; «îleétàit au lit, Mf

nouie ; le médecin, que Ton avait mandé, n'avait pu encore la rappeler à la vie.

UNS IIBCRi: TROP Hktit

ïcJi liebe vne du mich.

So t*aifnc commo tu oi'aifllil*

II y avait dans ramûar de Maavioe qndqod ehote de si noble et de si générenx, quoique Tavilksometit 4à-Hé« lèœ élait précédemment tombée^ peat^tre ausdi sa nature de femme l'empêchassent de sentir de conri^km de poignantes dottleurs Maitcioè 18 i^ndidt iMlM peur lui coûfterver son «fièolioû) qa'eUe le v4ntoiit atitânt gu'^eUe ruiaaak, ^ m^déroba^ à eet «moar id un instant • fii une pensée.

Tandis que Maurieé itoit dehors, Hâèoe s'était ealBr» mée dans sa chambre et avait défendu qu'on laissât entrer personne.

La veille au soir, les r^rds de Maurice s'étaient encore arrêtés sur le chiffre gravé sur son bras, et Témotion que lui causait cette vue n'avait pas échappé à Hélène. Une résolution Vêtait emparée de son esprit, et Fabsenoe de Maurice lui donnait le temps de la mettre à exécution. Elle s'assit sur le divan^ puis mit à nu son bras blanc et poU^ et ounritiiri rasoir.

Alors un frisson courut par tout son corps ; elle se leva, alla devant une glace et vit qu'elle ^tait pâle.

— (Ml t dit-elle, je suis bien lâche, je pâlis devant une douleur physique de quelques instants. Quand mon noble Maurice endure pour moi de longues tortures de Tàfiie, je pâlis; quand, par celte douleur physique, je compenserai une partie du bonheur qu*il me donne, et |e lui montrerai combien je l'aime I Elle se remit sur l^ divan? et àppaya h rasoir sur son brtis.

Le froid de Tacier la fit encore frissonner, et elle ôta la lame.

— Ce n'est pas ma faute, dit-elle, c'est la nature qui se révolte. Ohl mon Dieu, j'ai du courage, car j'ai de i'amour. Donnez-moi donc aussi de la force I Alors elle se retraça tout ce que Maurice avait fait pour elle, tout ce qu'il lui donnait de bonheur, et elle hésita encore.

Hais elle crut entendre du bruit.

— C'est lui, dit-elle. Oh i il saura que je l'aime.

Et, d'une main ferme, elle enleva la chair et le chiffre ineffaçable.

£t elle tomba évanouie en jetant un cri.

On accourut : sa robe était couverte du sang qui coulait de son bras. Une affreuse hémorrhagie résista à tous les efforts de ses gens. Le médecin réussit à peine à l'arrêter, et la fit transporter sur son lit.

CÛ OUI ADVIENT d'une INTERJECTION

} De la cooronne nuptiale

Pent-être un jenr an aatre plas henreoi D'ane profane main ornera tes chOTeux;

Et sur ta bouche yirginale Ses lèTres cneiUeront ce baiser amoareu.

L'accident d'Hélène la retint quelques jours âii lit.

Cependant Maurice, dont cette preuve d'amour avait un moment effacé tous les scrupules, recommençait à se livrer à de tristes impressions.

La grossesse d'Hélène était assez apparente pour qu'il ne pût la regarder sans songer à cette étrange et désolante situation.

// eût millo fois mieuï^ \3i\u> pwx Y^tx ^\. ^Q\Kt V^\i!tte^

que l'enfant que portait Hélène appartint évidemment au comte. Cette bonne fille, quoi qu'il pût lui en coûter, eût fait au bonheur de Maurice le sacrifice de se séparer de Fenfant aussitôt sa naissance, et Maurice eût encore tâché d'oublier.

'* Mais comment se résoudre à se séparer d'un enfant qui peut-être était à Maurice^ à déshériter d'affections et de caresses le fruit de leurs amours?

Hais aussi comment Maurice pourrait! se résoudre à aimer et à car^ser peut-être l'enfant de Leyen, le témoir gnage de la flétrissure de celle qu'il aimait ?

Cependant Richard, avec des intentions contraires, vint rendre à Maurice de la résolution et de Ténergie.

Maurice avait passé toute la journée chez lui ; triste, inquiet, irrésolu, voyant^ malgré lui, que l'avenir ne semblait apporter pour lui et pour Hélène que mauvaises chances et chagrins; que leur malheur à tous deux était relatif; que, s'ils ne s'étaient jamais rencontrés, ils seraient restés sinon heureux, du moins calmes et aptes à un bonheur possible.

Il serait difficile de dire jusqu'où de semblables idée& auraient conduit Maurice si Richard ne fût pas entré. .

— Où es-tu allé aujourd'hui ?

-— NuHepart. • ">

i— Où iras-tu ce soir?

«*- Je resterai chez moi.

«— Tu n'es pas allé chez mademoiselle Hélène ?

i— Non.

— Hum ! dit Richard. ' j.

— Que veux-tu dire ? demanda Maurice.

— Rien, sinon que cela devait finir ainsi. ^

— Quoi, finir? rien n'est fini.

— Écoute-moi, mon cher Maurice, et laisse-moi profiter des moments lucides qui, chez toi, deviennent

20« UJS R£URE T&Of TARD

prodigieusemeait rares, pour l'exprimer Ie& ificpâétadn da tes amis ; songe à ce que ta vas Mr»^ Maurice, à tout ce que tu rîsqiies ea épousant Bélèae; sols dodle wa, conseils de la raboit

Maurice fut choqué que la raison vint se jetar àm une lÉEiim de paass, qii*UM tmi^n à la portée de Bickafd; Toalât régis? sa vie.

£t surtout qu'après avoir passé par les aegoîssi» deb passîeii et de la doutettr, lai, Maurice, ae fât ^e psfe d'arriver aa point de sagesse o4 «Haieal luibueileiieiÉl Richard et les aiitesa.

El pub ce bamt de Rkbard, ee luu» t qui âgmi^t passeÛemNit de diosea : « C'était une folie, -^ da bail de ma sagesse, je l'srms ainsi jugé. -<- Gela devait fiak, cela finit. «^ le ris, i&oi, sage, des foiie&qui tedécMrept r&me, — }'ai pitié de toi, et je te tends b matii» jetenz teaauver^eA&ntl »

Maurice ne pet se résigner à jfl^ifier l'iaspertiaeQceds celmmi «^QwùlseéitdUBidierd, aveesaeoiieli^^aH^ sans comprendre aucun des ressorts q«i me taok^^ aurait fixé d'avinée le cbemin ^pie je djota «ùvee, et je le sui'^ais I

— Ami Richard, dit-il, qu'appel^*veas la xaiseft? Quel est, je vous prie, le type de la raison ? où en seat les règles immuables par lesque&ea vous ^rétenéez m juger? N'est-il pas à vous fort Impertinent de me vàuleîr diriger d*aprts vos idées, et de dbe : La raison, c^est «a manière de voir, quelque louches, myopes, presbytes, que soient mes yeux ?

V la raison humaine, ami Richard, est nue ^aîsaele chose dans votre bouche oomme dans celle de téul le monde. Il a tort, veut dire : Il ne pense pas comme m^* II a raison, signifie : Il est de mon avk»

If dis, si vous prenez pomr pretc^Tpe du bien et de boo

UNE HEURE TROP TARD m

H'otre profxre raison, — ea admettant que vons en ayez 11» e, -^-pourqwoi ne prendraîs-je pas les mêmes droits ^e V0as et ne me semrais-je pas de la mienne ? Si ù «fios ytètOL je suis fou, et A «eotre seul droit de nte juger ainsi est que j'ai le malheur de ne pas penser comme TDOs, il s'ensuit i^cessairement que vous ne pensez pas 'dmnnie moi, et «que je éms également tous trouver fou, ^m tne réglant sur voître imnière de procéder.

^ ne pense pas assez à tMt ce qu'A y a de suffisance et de vanité dans ce mot : Vous avez tort, ou, Vous avez raison. L'iiomme qui le prononce dit implicitement : Il y a en moi un régulateur inftiîlKblc, sans cela mon opîtffon «e cempterait m plus ni moins que la vôtre, ce «eraft une opimon li'un feomme ; maïs je reirferme en vnai la sagesse imiversirile, vous pensez bien ou mal à fiFfapdrtion «que vos fdées "se rapportent aux miennes.

Au nom du ciel, ami Richard, si vous croyez voir que fe me trompe, n'est-ce pas même pour vous une preuve ^sertaine '(fm l%omme n'est pas MaiRiMe, et ne devezi^us «pas, en faisant un syllogismfe dans les formes de récféle, vous dire :

L'homme peut se tromper — majeure,

©r, je suis un homme — mineure.

Donc, je puis me tromper — conclusion.

Voici, continua Maurice^ ^uelques^mies de mçs raisons pour aimer et pour épouser Hélène, malgré sa flétrissure :

Je connais Hélène, je puis compter sur son aniour et sur sa reconnaissance; il est des choses que fâme dit à rame, des choses dout on se trouve convaincu et per« suadé sans qu'A soit possible de donner, par des pa« rôles, des raisons de cette conviction ; pour moi Favenir avec Hélène «st «ûr.

I^ur le passé, voici mon raisounettiani \

ifiOe UNE HEURE TROP TARD

]'ai de Famitié pour vous ; ce n*est pas ici le lieu de chercher jusqu'à quel point elle est juste et fondée. J'ai de Tamitié pour vous, et il m'importe peu que vous fassiez ce que bon vous semble, je ne me suis jamais inquiété de vos liaisons d'amour.

Qui m'empêche d'avoir de l'amitié pour Hélène, comme j'en ai pour vous? Hélène est plus poétique, plus spirituelle que vous, cette amitié vaudra bien la vôtre, et elle a à me donner en outre^des plaisirs auxquels sa J}eauté peut ajouter quelque prix.

Hélène me donne l'amitié, plus, les plus vifs plaisirs qu'il soit donné à Thomme de goûter.

Si, à cause de sa vie précédente, je ne peux avoir pour elle ce que moi j'appelle de l'amour, et ce que vous ne pourriez comprendre^ il me reste cependant avec elle des chances de bonheur assez grandes et sans exagérations ni illusions.

Maurice continua longtemps sur le même ton, et les arguments qu'il n'opposait à Richard que pour ne pas paraître se ranger à un avis dont il était bien près, quand son ami était entré, finirent par le convaincre lui-même, et il alla chez Hélène.

Comme il entrait, il reconnut la voix d'Hélène qui chantait :

Komm, lieber Mai, ete«

a Reviens,, cher mois de mai. » . V ,,

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