‹ Une heure trop tardChapitre 17 sur 20 · PENDANT UNE NUIT DE DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

PENDANT UNE NUIT DE DÉCEMBRE

La neige a blanchi la vallée, : Les arbres n'ont plus de fenilles,

L'oisean reste triste et mnet ; Autour de Taire on passe la soirée :

Et la croix d'or dont la vierge est parée, Et son cou plus blanc que le lait, Tout est caché sous un lichu discret.

C'était une belle action que celle d'Hélène se coupant ^ bras pour enlever le chiffre de Leyen j et si rimpres-.

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sion que la vue de ce chiffre produisait sur Maurice eftt été du ressentiment de la faute d'Hélène, cette faute eût été cent fois expiée, et le pardon mérité, non par le fait même, car il n'est pas de femme peut-être qui, pour augmenter Tamour de son amant, ne consentit à se laisser enlever un peu de chair : il y en a qui souffrent dix fois davantage pour paraître plus minces; mais peu de femmes auraient eu cette pensée.

Mais, comme cette impression n'était pour Maurice qu'un témoignage qui lui rappelait malgré lui qu'Hélène avait été à un autre, et qu'il ressentait ce chagrin autant pour elle que pour lui, Taspect de la cicatrice plus ineffaçable que le chiffre, que l'atteinte profonde du rasoir avait laissée, produisait sur son espHt exactement le même effet qu'avait produit la vue du chiffre tracé par le comte.

Cette sensation se révéla une nuit qu'Hélène avait ressenti les premières douleurs de l'en&ntement, et s'était endormie de fatigue.

Sa belle tête pâle, sur laquelle restait une impression de douleur, était tout enveloppée dans ses cheveux détr chés; son bras, blanc et rond, était plié sous la tête ei laissait voir cette cicatrice.

— Qu'elle est belle I dit Maurice, qui, assis près du feu, la contemplait à la lueur de la lampe; et en même temps il vit la cicatrice.

resta quelques instants absorbé ; puis il se dit :

p— Ma situation est cruelle.

Oui, cruelle pour moi, mais ridicule pour les autres, je veille avec sollicitude une femme près de mettre au monde l'enfant d'un autre!

Mais, c'est peut-être mon enfant 1

Quand ce ne serait pas le mien, doîsrje l'abandonner quand elle souffre? Boia-^Çi î^lte mcAxt^ ^q\w die que je

UNE HEUAB TROP TMk^ j^

ferais pour Richard? — s'il était blessé, d^manderais-Je la cperelle était juste?

Au diable la justice avec les passions I

Hélène se réveilla avec d'horribles souffrances. Mais, quand elle vit Maurice, elle retint ses cris.

La sage-femme, couchée dans la pièce voisine, accourut.

Hélène souffrit pendant une heure en cherchant à cacher à Maurice des angoisses dont elle eût été fière et liQureuse s'il eût été certainemwt le père de Tenfant. Maurice ne pouvait empêchée de grosses larmes de sortir de ses yeux*

L'enfant parut.

— Elle ne soufiûre plus, dit Maurice; c'est toujours ce chagrin-Ià de moins.

Hais, a|outa-t-il, ce que je ne pourrai jamais oublier, ni pardonner^ c'est le plaisir qui a {précédé ses soioffranees.

Hélènov sitôt qu'elle eut recouvré quelques farces, regardait de côté sans oser . demander son enfant ; elle attendait que Maurice le lui présentât.

Maurice coiltprit le combat qqd. se livrait enelle; il en eut pitié.

Les dents convulsivement s^rées, il se leva, prit l'enfant dans ses bras, et dit à Hélène .v

— Embrasse notre fille I

Hélène ne répondit que par \m regard à tant de générosité; mais ce regard pénétrait le cœur.

Maurice rendit l'enfant à la femme ciul le teualt *^

MO UNE HEURE TBOP TÂAD

Puis il sortit.

11 avait eu envie de lui briser la tète contre la maille.

t- XXXIII ' Il

IIAURICE A HELENE

2 février»

« Ëcoutez-moi avec calme, s'il est possible, Hélène, et soyez f persuadée que Tamour seul que j'ai pour vous m'obligea la résolution immuable que y 2i prise.

D II est impossible que nous soyons heureux en» semble.

)D Le destin a mis entre nous un malheur ineffaçable.

» Il faut que chacun de nous suive la route dans laquelle il a été jeté.

» Jamais nous ne serons heureux, mais au moins nous éviterons les horribles tortures que nous nous faisons Tun à Tautre.

]» Retournez près de Leyen : depuis la lettre de lui que vous m'avez montrée, vous en avez reçu deux autres.

9 Moi, je vais partir; quand vous recevrez cette lettre, je ne serai plus en Allemagne.

» Il faut bien de l'amour pour consentir à vous per-* dre; mais je ne pouvais vous condamner à la misère, vous^ Hélène, que j'aime tant.

» Cette place que l'on me donne à l'ambassade, on la refusait à un homme marié; je ne pouvais gagner de quoi vou^ faire vivre.

2> Et d'ailleurs^ si le sort m'avait été moins contraire, une nuit, en contemplant votre bouche rose^ vos dents, tout votre corps, salis des baisers d'un autre^ je vous

aurais étranglée, comme plus d^une fois j'en ai senti l'affreuse envie.

» Je ne te reproche rien, Hélène, car, je tet le répète, je t'aime, je t'honore plus qu'aucune autre femme. Je ne te parle pas d'une faute, je te parle d'un malheur, d'un malheur qui nous frappe tout deux autant l'un que l'autre.

2> Résigne-toi à la vie dans laquelle le hasard t'a mise; sois riche, adorée, livre-toi aux plaisirs, faute de bon« heur.

Y Moi, je me rejette dans une vie errante et incertaine je me laisse aller, comme la feuille jaunie par l'automne se laisse aller au vent.

» Plus tard, après les premières douleurs passées» nous pouvons nous[voir^ être amis.

~ j» Le ciel ne nous avait pas faits l'un pour l'autre; il nous a fait payer cher les 'moments de bonheur dont uous nous sommes enivrés malgré lui ; aimons-nous, mais regardons- nous comme un frère et une sœur que les lois humaines séparjent à jamais.

j» Adieu, toi que j'ai tant aimée, que j'aime tant en« core, toi qui as rempli pour jamais ma vie d'amour et de douleur. Adieu, je pleure en écrivant ce mot. Adieu. •» adieu I ... s

Hélène voulut répbndre: elle saisit la plume, et, d'une main précipitée et tremblante, écrivit : « Vous êtes bien lâche... » .

Elle s'arrêta. Où envoyer la lettre?

D*ailleurs, il est parti, et sa résolution est immuabU,

z« UNE HEURE TROP TARD

Elle jeta au feu la lettre commencée, et se prit à pleurer.

Au même moment, .Maurice disait adieu à Richard;

— Sois sûr, dit Richard, qu'elle retournera près, de Leyen, qui en est plus amoureux que jamais.

— N'oublie pas ton chapeau, dit Fischerwald; ne sois pas aussi distrait que moi. Je ne sais si je vous ai dit qu'il y a quelque temps je suis sorti d'une maison sans emporter Inon chapeau. — Je suis par trop originaL

XXXT

' l'auteur

Arrêtez -vous un moment, ô notre lectrice I

Car, lorsque nous écrivons, nous aimons à nous figurer que le soir, au coin de Tâtre, dans une pièce éclairée seulement par la lueur du feu.

Étendu sur des coussins, entre deux ou trois femmes, naus contons nonchalamment une histoire, après avoir obtenu- la permission de dénouer notre cravate.

Arrêtez-vous un moment, car nous allons abandonner, pendant trois ou quatre ans, Maurice et Hélène, Richard et Fischerwald.

Et Tenfant d'Hélène, car nous n'aimons guère les vagissements des petits enfants^ et nous allons laisser à celui-là le temps de grandir.

,«I1 n-y a de jolis enfants que ceux dont on est le pèï'e. »

Comnie l'intervalle que . nous mettons dans le récit exige que vous en mettiez un peu dans la lecture ;

Si, à l'heure où vous lisez ceci, le soleil descend à l'horizon et le vent porte les parfums des fleurs , allez

UNE HEURE TROP T^AtlD ' 2ià

VOUS promener quelques instants sous les airbres dont les cimes noircissent; allez entendre ie frémissement des feuilles, vous en reviendrez douce, bonne et disposée à ouvrir votre cœur aux sentiments tendres et exaltés. Mais si le soleil au zénith brûle la terre;

Si les nuages laissent tomber la pluie qui les surchar* geait;

Si la neige s'attache aux branches nues des arbres ;

Donnez une heure à votre toilette, détachez vos cheveux soyeux, peignez leurs longues tresses, parfumez-les faites-vous belle, c'est un devoir pour les femmes ; il est si doux de les voir; elles n'oûtpasle droitdenous priver du bonheur de les admirer elles n'ont pas ie droit dd ne pas êtres belles.

Maintenant continuez.

Maurice, après.un séjour de quatre ansen France,étàît enfin revenu en Allemagne, où il avait trouvé Richard possesseur d'une place lucrative dans l'administration, et Fischerwald avec une assez belle clientèle.

Pour lui, il s'était efforcé de sfamuser en France, et il avait dépensé tout l'argent qu'il y avait gagné. A son re* tour^ pour prix de ses services, on lui avait donné dans l'administration une place très-inférieure à celle (ju'oCi; cupait Richard, mais qui lui rapportait de quoi vivre.

Personne ne put donner à Maurice des nouvelles d'Hé lène ; on savait seulement que le comte Leyen était ea Italie, et on n'avait pas entendu parler d'elle depuis le départ de son ancien amant. Qn les croyait ensemble.

Maurice allait quelquefois se promeoôt d^'Oâ V<^ .'^'^^

OÙ il avait passé une soirée avec Hélène, la dernière fois qu'il était sorti avec elle.

^n était à Tautomne; les feuilles des cerisiers étaient couleur de pourpre, les églantiers, les chèvrefeuilles, les aubépines étaient couverts de baies de différentes nuaa- 4îes de rouge.

Mais les occupations de Maurice ne lui permettaient pas d'aller à la chasse comme autrefois. — Richard et Fischerwald passaient leurs soirées à boire de la bière.

£t le jardinier, dont il avait capté les bonnes grâces par quelques florins, lui permettait d^errer dans le parc et d*y respirer à son aise.

Plusieurs fois il avait revu de loin les deux j eunes filles, dont les robes blanches avaient autrefois glissé à* ses yeux dans le feuillage, comme si elles eussent été deux dryades solitaires; mais il les avait toujours évitées.

Un jour cependant, comme il était couché dans l'herbe, entre les saules bleuâtres qui bordent le petit étang, il fut tiré de sa rêverie par un cri ; il avança la tète, et vit les deux jeunes filles fort inquiStes etregardant dans Teau.

Maurice se leva, et leur demanda le sujet de leur inquiétude.

— C'est ma montre, monsieur, dit la plus grande, c'est ma montre que j'ai laissée tomber dans l'étang; c'était xme montre donnée par mon père, monsieur.

Et deux grosses larmes roulèrent dans ses yelix.

— Mademoiselle, dit Maurice, je vais vous la rendre.

Habile plongeur, Maurice n'était retenu que par le désir de se débarrasser de ses habits; mais la présence des jeunes filles l'en empêchait : il ôta seulement sa redingote, se fit indiquer la place où était tombée la montre, disparut sous l'eau, et, au bout d'une minute, reparut en tenant la montre par le cordon noir qui l'attachait. Quand // réparai, il trouva sur la r\\e UTiltou\bm^^^t^ws»a.^Q%

€*était la mère des deux jeunes filles. Le bord de l'étang était escarpé. Maurice, malgré le secours qu'on lui donna» "fut obligé de se rouler sur la terre délayée, et reparut dans un misérable état.

On le fit changer d'habits, et il retourna chez lui.

-—Blanche, dit la plus jeune des deux filles, cet étran-» ger s'est trouvé là fort à propos.

— Oui, reprit l'autre, je ne me serais jamais consolée de cette perte; mais, ajouta-t-elle en riant, et dans ses beaux yeux bleus qui souriaient on voyait encore briller une larme, -^ une chose nuit à ma reconnaissance, le héros de l'aventure est trop laid; j'ai eu delà peine à retenir un éclat de rire quand je Tai vu hors de l'étang, les cheveux pendants, les habits ruisselants et couverts de fange, et si gauche, si ^èné dans ses mouvements!

Cependant, à parler sérieusement, je voudrais le revoir pour le remercier.

Maurice qui s'était aperçu de l'impression que son aspect produisait, se disait ens'enallaht: — L'esprit des femmes est ainsi fait; soyez brave, grand, généreux, honnête, si vous pouvez, ce sont des qualités accessoires, quand vous ne les auriez pas, cela ne vous empêchera pas de réussir, pourvu que vous ne soyez pas ridicule ; mais un seul instant vous êtes ridicule, vous êtes perdu.

J'ai eu tort ; il eût mieux valu les faire rougir que de les faire rire. J'ai eu tort de ne pas me déshabiller.

Je suis sûr, ajouta-t-il, que si une femme voyait son père disparaître dans un marais fétide, l'homme qui irait le chercher et reparaîtrait noir d'une boue infecté, inspirerait à la femme une vive reconnaissance^ mais jamais d'amour; il vaudrait mieux laisser étouffer le père, et se désoler sur le bord du marais en phrases sonores et poé« tiques. ^ ^

Maurice raconta, son aventutô ^ %'^% zssc^s

— La maîtresse de la montre est blonde, dit-il; décidément, j'aime mieux les femmes blondes que les brunes: elles sont plus femmes, elles s'éloignent davantage de la ressemblance de l'homme. Les yeux noirs ont de la vivacité, mais une vivacité uniforme; leur langage n'a que quelques mots expressifs^ mais toujours les mêmes; les yeux bleus disent tout et de mille manières difiérentes, ils expriment jusqu'aux m^aces les plus délicates et les plus difficiles à saisir.

Je compare les yeux noirs à un instrument qui, quelque mélodieux qu'il soit, a une gamme incomplète et ne peut donner les demi-tons.

Une chose bizarre, continua Maurice, c'est que, malgré ma prédilection réelle pour les yeux bleus, je me - sais battu en France pour défendre les yeux bruns.

J'étais dans une maison où un officier tranchait sur tout avec un ton de supérioritéfatigant; je grillais 'de trouver un prétexte de le c<Mitredire; mais ma conscience m'en empêchait : cet homme ne pouvait me blesser que par la forme, car le peu d'idées qu'il émettait s'accordaient assez bien avec les miennes. Impatienté de me voir réduit au silence^ pour ne pas sembler ajuster ma manière de voir sur la sienne, je me déterminai à contredire le premier mot qu'il prononcerait, ce mot exprimât-il mon idée la plus chère et la plus vénérée.

Il parla d'une femme, et dit :

— Elle a les plus beaux yeux bleus qu'on puisse voir. •— Moi, dis-je, je préfère les yeux noirs.

'— Moi aussi, monsieur, me dit-il, ou, pour mieux dire, je préfère les yeux bleus et les yeux noirs; mais votre assertion m' étonne, et vous, Allemand, au moins par patriotisme, vous devriez aimer les yeux bleus, car dans votre pays de patates, je lie me^xxis» ^^'à ^^t<iu que J'en portât beaucoup d'yeux, noits*

— Monsieur, dis-je, piqué de Tavantage qu'il avait sur moi et de Tépithète qu'il donnait à FAllemagne, nous ne sommes pas comme les Français, nous n'aimons pas notre pays parce qu'il produit des melons et des'olives, et nous ne plaçons pas le patriotisme dans de petites et ridicules prétentFons. — La querelle s'échauffa, et nous nous battîmes le lendemain.

£t, dit Richard, il va sans dire que tu reçus un coup d'épée.

— Comme vous dites, ami Richard, parce que je n*ai jamais pu trouver Je moment d'apprendre à tirer, quoique j'en sente l'utilité autant que personne, et que, si j'ai bonne mémoire, c'est mon opinion à ce sujet qui vous a fait acquérir un talent dont j'ai été la victime.

— Ne m'as-tu pas pardonné? dit Richard.

— Moi, mon brave Richard, dit Maurice en lui tendant la main, je ne t'en ai pas voulu un seul instant; les études que j'ai -faites sur moi m'ont rendu indulgent; je ne me «rois pas le droit d'exiger que personne vaille mieux que moi.

— Ce qtfil y a de prodigieux dans ton histoire, interrompit Fischerwàld, ([uod miraàile dicta est et vix cvedihile, c'est qu'à la fois admirateur des yeux bleus tu t'^s battu pour les yeux noirs, et aussi par amour de la patrie, pour lequel tu professes un si grand mépris.

— Oh ! dit Maurice, c'est une petite et ridicule chose que rhômme«

XXXYII I*

DIBU ET LES HOMUCS

*^- Eh bion I mon panvro criminel^ noQS aTOos

donc taé notre père? — Qae TOalez«Toas

.. ^ ^ /: . ^^^ ^^^ gendarme, chacan a ses petits dé*

fauts.

r' " Le bon Diea est toujours pour les plas groi

escadrons,

TunBNHB*

Les trois amis allumèrent leurs pipes, Tersèrent de la bière, et Maurice continua :

— Il n'y a rien, dit-il, d'égal à la petitesse de l'homme, si ce n'est sa vanité; créé, parle caprice de Dieu, l'une des plus petites entre les innombrables for* mes qu'affecte la matière, moindre dans l'univers créé qu'un grain.de sable dans la mer, il a jugé à propos de se créer un Dieu, de lui imposer sa petite grandeur et ses petites passions, de le mêler à ses querelles, de lui prêter de sa colère, et même de lui donner sa sotte figure, de l'envelopper de vêtements roses et bleus. 11 existe des discussions écrites où deux auteurs soutiennent deux opinions touchant la chevelure de Dieu : l'un, dont j'ai oublié le nom, prétend qu'elle est rousse; l'autre, l'historien Josèphe, soutient qu'elle est couleur noisette.

Un athée que l'on brûlait, cédant à la douleur de la flamme qui le dévorait, s'écria: a Ah! mon Dieu! — Vous avouez donc qu'il y a uh Dieu ! » dirent les bourreaux ; mais l'athée, du sein de la flamme et de la fumée, s'écria ; « Façon de ç^tl^t, t>

Eh bien I il y a moins d*impertiaence envers la majesté divine dans cet athée que dans ses bourreaux. L'homme qui nie Dieu est un imbécile; s'il avait contemplé une fieur ou une goutte d*eau, il n'aurait pas compris Dieu, il l'aurait senti, et il aurait courbé la tête. Au moins, par sa légation, il avoue qu'il est trop petit pour comprendra la grandeur de Dieu; mais ceux qui prêtent leur secours à Dieu pour le faire respecter^ ceux-là sont atrocement ridicules et insolents.

Ceux-là aussi sont insolents et ridicules qui pensent qw'i leurs hommages sont agréables à Dieu, et que leur encens sent bon pour lui. Mais le comble de la vanité humaine, le plus haut point de bouffonnerie où l'homme puisse atteindre, c'est quand il craint d'offenser Dieu; c'est quand il croit l'avoir offensé et en témoigne les ^regrets-

Lui, qui ne peut anéantir ni une goutte d'eau, ni un grain de poussière, lui, toujours enfermé dans les mêmes passions, dans les mêmes joies, les mêmes douleurs, lui qui passe sa vie à rire chaque jour de ce qu'il a fait la veille et de ce qu'il fera le lendemain...

homme! mon pauvre ami, avec quelles armes penses-tu blesser Dieu, et quelle est donc sa partie vulnérable?

homme I Dieu est tout ce qui est : Dieu est la mer^ le ciel et les étoiles; Dieu est la terre et Therbe qui la couvre; Dieu est les forêts et le feu qui dévore les forêts ; Dieu est à la fois les arbres qui semblent mourir de vieillesse, et les jeunes rejetons fécondés par la pourriture des vieux arbres; Dieu est l'amour qui rend les tigres caressants, et qui force les papillons à^ se poursuivre dans les luzernes. Dieu est cette poussière féconde qui des étamines du palmier mâle est portée par le vent sur les fleurs du palmier femelle, qui s'ép^tiOAx\^'Sjfc\iV^çsv«^\^

m UNE HEURE TROP TARD

recevoir ; Dieu est en même temps et ces deux palmiers, t et le vent qui secoue leur poussière, et les fruits qu'ils T. produisent. Dieu est les hommes qui pourrissent dansli .* terre et les violettes qui tirent leurs couleurs et leurs parfums de la pourriture des hommes. Dieu est les hautss montagnes et les insectes microscopiques.

Et toi, qui, je le répète, ne peux anéantir un grain de poussière, tu crois offenser Dieu!

Pauvre pQtitç créature I tu me semblés ce fou qui étoufTait, parce qu'il craignait de renverser les maisons par son haleine; ou cet autre qui refusait de débarrasser sa vessie, dans la crainte de submerger le mondé.

Tu crois offenser Dieu... mais regarde celui qui, selon toi, a le plus offensé Dieu. Le soleil cesse- t-il de caresser son front? Les parfums des fleurs deviennent-ils fétides pour lui? L'eau des fleuves recule-t-elle devant ses livres sèches? Les fruits deviennent-ils de la cendre dans sa bouche? La terre se d&obe-t-elle, Therbe jaunit-à sous ses pieds?

Non> que je sache.

Dieu t'a jeté dans la vie, et t'a renfermé dans desfr âîiites infranchissables.— Ta chaîne te permet de cueillir quelques fleurs et de te piquer les doigts à leurs épines, à droite et à gaucho. — Mais il n^ t'en faut pas moins parcourir la même route que ceux qui t'ont précédé et ceux qui te suivront. Il te faut mettre tes pieds dans l'empreinte de leurs pieds, — et Dieu s'occupe peu de tes joies, de tes douleurs et de tes insultes.

Il y a longtemps, quand j'étais enfant, j'ai vu noyer un homme. Quatre fois il reparut sur l'eau, avec d'horribles convulrîons, les yeux hors de la tête, les dents entrées les unes dans les autres. Il disparut enfin sous une touffe de nénufars et de fraisiers d'eau.

Taudis que le malhwt^UL Çi^^miti ç^ws leurs feuilles?

UXE'HËtmE TROP TARD 851

affreuses tortuves, le soleil dorait les fleurs blans fraisiers, dans lesquelles les mouches venaient cer en bourdonnant. Le soleil n'était pas moins fleurs pas moins parfumées.

\ indifférence de la nature m'a frappé^, et m'a

XXX Vin

Les ôMin sont la rithof sa àû ptaty^ et ne ruiaeftt que lai panyres.

rice était allé faire une visite aux propriétaires du 1 avait été parfaitement reçu et invité à se pro* aussi si souvent qull le jugerait convenable, lis ce jour, il le jugeait convenable très-fréquem«* il y passait tous les instants dont il pouvait dis-

>litude où vivaient les deux jeunes filles leur ren-* présence de Maurice agréable; en outre, quand il lait pas de Teau, il avait une belle et noble figure, nversation, quelquefois un peu trop profonde »laire à-toutes les femmes, était néanmoins le plus it spirituelle et attachante par Texaltation à lail se laissfiit aller, deux jeunes filles sont belles, tine, la plus jeune, a les cheveux et les yeux plus grande 'que sa sœur, elle a en elle quelque de majestueux et d'imposant, toutes ses formes tus prononcées; sa voix est pleme et sonore. Elle à monter à cheval et à chasser à travers les bois, os la promenade, il se rencontre un ruisseau, elle ichi avant qu'on ait pu lui donner la main. Dans. es moments, sa démarche et ses yeux prennent de.

Î52 unï: heure trop tard

la langueur; ses regards incisifs se voilent. Aussi ignorante que sa sœur, on voit cependant qu'elle soupçonne le plaisir. —*Âiméed'un homme inquiet et entreprenant, elle partagerait l'ambition, les dangers et la gloire do son amant.

Pauline est une femme pour vous $uivre dans la vie réelle et positive, ou plutôt pour y marcher avec vous du même pas, quelque mauvais et difficiles que soient les chemins. — Pauline, amante, vous suivrait et vous enivrerait de voluptés partagées dans les bois*pIeins de ronces, — sur un grabat, dans la plus mauvaise mansarde, sur le sable aride du désert et sur les roches aiguës et couvertes de neige. —Pauline oublierait le froid, la fatigue, la soif et la faim, sous les baisers de son amant, et ses baisers à elle les lui feraient oublier.

Pauline a à donner^ de plaisirs et de bonheur, tout ce que la nature en afait pour Thomme.

Blanche, Tainée, a de longs cheveux blonds qui retombent sur son cou en boucles ondoyantes; ses yeux, d'un bleu céleste, ont un regard lent et doucement pénétrant; elle est petite^ son corps est frêle et voluptueusement abandonné; sa démarche cependant est si légère qu'on n'entend pas ses pieds dans l'herbe; — quand elle marche, on dirait un oiseau, qiii, d'un instant à l'autre, va ouvrir les ailes et s'envoler. — Si, près d'elle, une idée de plaisir physique se glissait dans les sentiments qu'elle inspire, on la rejetterait comme un sacrilège; on craindrait de profaner cette angélique figure; on n'oserait lui laisser entrevoir une telle pensée, qu'elle semble ne devoir jamais ni partager ni comprendre; on craindrait de gâter le bonheur qu'on éprouve soi-même, — car elle semble ne pas appartenir à la nature physique; on dirait une fée^ une riante fiction, une de ces formes fantastiques que prend la fumée et que votre baleine

tN£ HEURE TROP TARD 2S3

détruit; il ne faut presque aucun effort à rim^gination pour lui supposer des ailes bleuâtres et une lumineuse auréole autour du front. — On serait désagréablement surpris de la voir manger.

Il n'entre rien dans son cœur ni dans sa tête qui ne soit exclusivement féminin. — Faible et peureuse, dans toutes les actions de sa vie, elle a besoin de secours et d'appui; elle n'a de force que ce qu'il en faut pour danser; elle n'a d'âme que ce qu'il en faut pour aimer; la gloire, l'ambition, ne lui sont rien. — - Nonchalante, elle semble faite pour dormir, enfoncée dans un lit de roses, et vivre de musique et de parfums.

" Forcée de donner une partie de ses jours aux soins de la vie positive, — comme le pilote qui ^ette à la mer la plus grande partie de sa cargaison pour sauver le reste, — le poëte trouverait prés de Blanche l'oubli de la viô réelle. Il vivrait de cette vie idéale et poétique qui n'est pas faite pour l'homme, et dont son âme exaltée dérobe le secret à la nature avare.

Blanche serait pour lui cette femme qu'il a rêvée, et dont l'image ne lui a fait trouver que désappointement et dégoût dans les bras des femmes et au sein des plus vifs plaisirs, — parce qu'il a entrevu un bonheur qui est au delà de la vie^ terre promise qu'il voit de loin^ mais sur laquelle il ne mettra pas le pied.

Mais il faut que Blanche, dans un asile reculé, tendu de pourpre, soit entourée de fleurs et de parfums qui semblent s'exhaler d'elle; il faut que ses pieds ne touchent jamais le pavé des rues et ne marchent que, sur de riches tapis ou sur les gazons fleuris. Il faut qu'on n'entende près d'elle aucun son, même lointain, qui puisse rappeler la vie prosaïque^ on ne doit entendre que le frôlement de la robe de gaze, les sons de sa harpe ou de sa voix plus douce encore et çVvjiS xûfe\<i^\^>a&^3^

Et, si elle s'abandonne dans vos bras, il faut qa*uac douce résistance^ toujours renouvelée, mèU à tos plaisirs comme un sentiment de profanation et de sacrilège; — il faut que la nuit les couvre de ses omtNres, et qm votre maîtresse meure dans vos étreintes, sans ces manifestations d'ardeur et de jouissance qui feraient lo charme d'une autre femme. Ksmche doit être une divinité qui se laisse offrir un encens trop grossier pour elle ; elle ne doit jamais s'abandonner entièrement, elle doit vous laisser toujours quelque chose à désirer, pcm ne pas perdre le charme mystérieux qui Pentoure.

Exalté et poétique comme il 4'était souvent, ^t aussi aventureux et hardi, Maurice avait en lui de quoi charmer l'une ou l'autre des deux jeunçs fHies.

Mais il ne décida^as assez promptement à faire un choix.

Et le ton amical qu'elles étaient venues à prendre avec lui donnait à leur liaison quelque chose de presque fraternèL

Il n'y a rien d'embarrassant comme d'être trop familier avec une femme dont on est amoureux; on peni tous ces indices inintelligibles pour les autres et si importants- pour un amant : vous ne pouvez comprendre ni vous faire comprendre ; un serrement de main n'a plus aucun sens; si vous voulez même, on vous laissera donner un baiser; vous avez le droit de presser le bras sans que l'on y fasse attention ; on ne se donne pas la peine de vous craindra : vos regards ne troublent ni n'embarrassent.

Pour faire comprendre qiie vous êtes amoureux, il no

faut plus seulement faii*e naître un sentiment, il faut en

détruire un pour en mettre un autre à la piace. — II faut

dire ouvertement : « Je vous aime; » et peut-être fau-

dra-t'il ajouter ; « J^ vouft am^ à;ravo>ax. >

L'ami d'une f&BOÊBae peut^ à la faveur alun moment et d'une occasion, devenir son amant; mais l'homme qu'elle n'a jamais vu a mille fois plus de chances favo«rables que lui pour réussir.

L'amour d'un inconnu trouble, surprend, ezûvre; celui d'un ami est comme le feu dont on s'approche psœ degrés; il peut échauffer, il ne brûle pas*

Il y a toujours dans l'amour beaucoup d'illusion et de curiosité : quand on a exprimé le jusd'jan limon, que ce soit dans un limonade ou pour s'en laver les mainsy on jette également l'écorce»

Il ejQ est de même de l'homine que l'on a connu et aimé, — comme amant ou comme ami. Il n'y a plus rien de nouveau en lui, — et d'ailleurs on le voit tel qu'il est»

Car l'amour, d'ordinaire, ne dure que jusqu'au moment où il allait devenir raisonnable et fondé sur quelque chose.

C'était là des mystères que Maurice, qui avait étudié les femmes avec amour, ne pouvait ignorer; mais le profond théoristene brillait pas dans la pratique; cependant c'était un garçon qui gagnait beaucoup à être connu, et s'il se fût prononcé pour Blanche ou pour Pauline, il est probable qu'il eût réussi.

Il s'en aperçut, et allait se décider pour Blanche^ quand arriva ce que nous ne tarderons pas à raconter.

Un jour, Blanche dit à Maurice :

— - Connaissez-vous madame Rechteren ?

*- Beaucoup, dit Maurice.

— Nous allons à un bal qu'elle donne dans cinq jours»

Pauline vint près d'eux^ Blanche se tut»

Maurice était enchanté, les paroles de Blanche lui avaient fait bondir le cœur : elle désirait le voir chez madame Rechteren; mais elle n'exprimait son vœu qu'à moitié, c'était un mystère entre elle et lui : — une jeune jfille ne craint personne autant que Thomme qu^elle aime [ — et elle craignait de lui laisser voir son désir*

Mais un peu après elle ajouta :

— Faites-vous inviter chez madame Rechteren, nous :serons ensemble.

— Ah 1 dit Maurice, elle ne m'aime pas : elle n'oserait, ni si clairement à moi, ni surtout devant sa sœur, m'exprimer Tenvie de me voir ; — elle ne m'aime pas.

d'une dissertation qui eut un résultat.

* • Celui-là sera heureux qui se peut tapir

J. ^ ; en son foyer, quelque paurro qu'il soit.

j Montaigne.

— Pour cette fois, dit Maurice, je suis décidé à me

marier. -

— Et, dit Richard, penses-tu te marier néanmoins?

— C'est le seul état raisonnable, continua Maurice. - Au commencement de la vie, l'homme est tellement gonflé d'existence qu'il la répand de tous côtés; il voudrait avoir autant d'amis qu'il y a d'hommes; il ne pense qu'à étendre ses relations ; il veut connaître et veut être connu; — mais, plus tard, quand il a senti que chaque affection est une nouvelle prise que nous donnons à la douleur; ^e nous ajoutons à nos maux tous ceux de Thommeque nous aimons, et encore ceux qu'il nous fait lui-même,

tTKE HEURE TROP TARD JS7

d^autant plus facilement ^nenous nous présentons à lui sans défense, et qu'il est facile de déchirer la main que nous lui tendons nue pour presser plus étroitement la sienne : quand, blesse de.toutes parts, il s'est replié sur lui -même, comme la tortue retire sa tête et ses pattes sous son écaille, alors il soAge à resserrer sa vie, il pense qu'au lieu de se diviser entre tous, il vaut mieux se don^ ncr entier à quelques-uns, qui se donnent entiers à lui ; — il veut s'isoler du bruit qui l'étourdit et l'empêche de se sentir vivre, — de l'ambition qui l'entraîne malgré lui dans son tourbillon, — des amours-propres, si faciles à blesser, si fatigants à ménager; il veut vivre dans une maison fermée et dans un jardin entouré de hautes murailles. — Pour cela, il faut une femme et quelques amis.'

— Mais, dit Richard, tu m'as déjà dit tout cela, et tu ne t'es pas marié •

— Tu réveilles un triste souvenir, dit Maurice, j'ai été bien faible ou bien lâche, mais je ne pouvais sopporler la flétrissure d'Hélène; si je ne l'avais pas quittée, je l'aurais tuée par mes chagrins et nies soupçons, et d'ailleurs j'étais trop pauvre, ,

il se tut un moment : puis, passant sa main sur son front et ses yeux, comme pour dissiper une image pénible, il continua :

— Je vais épouser une des deux jeunes filles dont je t'ai parlé; je me renfermerai avec elle dans cette charmante maison qu'elles possèdent. Là je ne vivrai que pour elle, poui' toi, pour Fischerwald; je serai heureux (autant qu'il est donné à l'homme de l'être), sous des arbres dont personne ne me disputera l'ombre qui sera mienne.

— Pour cette fois, dît Richard, ton plan est séduisant, ' et tu me donnes envie de faire comme toi.

— Je serai heureux, poursuivit Maunc^, c«t \^\î^^-

2S8 VyZ HEURE TROP TARD

rai pas légèrement; j*ai tongtemps et profendémeat r^ fléchi sur ee sujet.

A mon entrée dans la vie, j'avais eru la femme un ange, une créature dtt mains bien aupérieure à l'homme je m'étais trompé, je ae dirai pasà fuel point. Getleidée que je m'étais faite de la femme a âupoisonné tous les plaisirs que les femmes o^ pu me dorade, toujours j'ai été cruellement désappoinlé.

Mais si la nature n'a pas créé la feaurae teUe <iae je m^ rétais imaginée, je la referai pomr mon usage.

Richard sourit.

Maurice contiiraa :

— Paurqux)i pas ? L'homaie est-iJ é&Bc tel qiïe la nature l'avait primitivemeiit créé? N'estril pas semblable i œ ccmteau auquel on avait fait remettra 8U€6es6iv»aient deux manches et trois lames?

Je ferai de la feoune une divinité m«^gré elle ; -«- jela grandirai par moncuUe. Enivrée par mea adorations, elle se croira un ange, eUe ne voudra pa& avoir la faiblesse et la petitesse d'une f^fnme; — je relèverai sur un piédestal si haut qu'elle n'osera pas en descendre: —•l'homme que vous appelez brave n'ose pas fuir;elle sera forcée de justifier mes hommages : adorée comme une divinité, il lui faudra agir comme une divinité ; — elle sera emprisonnée dan&la brillanie auréote demi je l'entourerai.

Et moi-même, je m'abuserai. Oa respecte la pierre qu'on a adorée longtemps, conune le vase dans lequel on a déposé un suave parfum. -^ H n'y a pas de tronc si pourri qu'on n'en puisse faire^ un dieu ; — les dieux tels que les hommes se les font ne sont qu'un objet quelconque sur lequel on convient de râmir ses hommages : -^ si l'on ne vénère pas l'objet, on vénère au moins les hommages qu*oa a réunis bpxt V^û,.

UNE HEtJRE THaP TARD 2S9

Aussi y a-t-il dans Tâmour deux époques, séparées par uÀe crise difficile. .

Le premier attrait dérramoup est la -nouveauté; presque tous les amours meurent avec elle, car alors il n'y a plus rien, — ïa nouveauté n'est plus; Thabitude n*est pas encore. — Mais si Tamoup survit à cette crise et devient une habitude, îA ne meurt plus.

Ma femme sera par mol traitée comme un ange, je ne veux pas que ses pieds marchent sur la terre dure : le sa« tin seul et le v^ours doivent faite ses vêtements ; la batiste la plus fine touchera seul son corps; sa chambre sera somptueuse ; tous ses sens seront caressés par la musique et les parfums; elle ne mangera pas devant moi; elle me dérobera toutes les infirmités de la nature humaine, -*- et nous aurons deux lits.

— Ouf I dit Richard, la chute enest jolie... amoureuse, surtout.

*— Plus que vous ne le croyez, sage Richard ; mais je vous expliquerai cela dans un autre moment, il faut que j'aille chez mon tailleur.

Seulement, songez que c'est une grande ^chose pour le bonheur que d'avoir à placer son amour à tort ou à raison.

— Et, dit Richard, que vasrtu faire chez ton tailleur?

— Me commander des habits pour dans quatre jours. —A ce propos, je suis chargé d'une invitation pour toi et pour Fischcrwald, c'est un bal chez madame Rechtcren.

— Comment seras^tu habillé?

— Tôirt en noir : un gilet et une cravate de velours, un habit doublé de vejours..

— - Ce sera fort bien, tout à fait bien. A propos, sur laquelle des deux demoiselles as-tu fixé ton choix?

— Je ne suis pas encore décidé, dit Ma.u.vicft*

Maurice mentait.

Mais, comme il craignait d'échouer dans ses vues suï Blanche^ il ne voulait pas annoncer d'avance un bat qu'il pouvait manquer.

Les deux amis se quittèrent.

Richard alla chez son tailleur.

Maurice oubli^*.d' aller chez le sien.

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