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,.... Le rn'onroa on fouffos déscFles

Sut le sial du brille au so)eil coachAn

Comme des cmeraudes verlos.

Maurice était allé passer quelques jours dans le parc deRichard et aux environs pour tuer quelques griyes, *avec Fischerwald; mais celui-ci s'occupait beaucoup plus de ramasser des mousses, seule végétation que la nature conservât alors, et qui sur la terre riue s'éten- 'daient comme le plus riche velours^ depuis les plus belles nuances de vert jusqu'au brun doré et rougeâtre. A vrai 'dire, ce qui intéressait Fischerwald, ce n'était pas de regarder leurs reflets chatoyants, c'était de les classer, depuis les polytrichs, dont les ours et les Lapons savent se faire d' excellents lits; les sphagnes, qui, par leur prodigieuse multiplication, dessèchent les marais et finissent par former d'immenses touirbières; les lycopodes, qui de leur pistil laissent échapper une poussière jaune dont on se sert sur les théâtres pour faire les .éclairs, — jusqu'aux bries, au hypnes, aux phasques, aux marchanties, aux jungermannesn aux riccies, noms qui surchargent les nomenclatures des botanistes, dont la science nous semble souvent gâter la nature,

— le ne sais trop pourquoi, disait Maurice à Fischer- •walcv, tu prends la peine de porler un fusil. Je ne crois pas que, depuis cinq jours, tu aies tiré un seul coup.

j'aime à croire que ce n'est pas par mépris pour les grives.

— Si quelqu'un, reprit le docteur, s'avisait jamais de supposer que j'aie le palais assez barbare pour ne pas apprécier les grives comme elles le méritent, je promets qu'il aurait affaire à moi.

Et il continua en citant Martial :

Toxta rosis fortasse tibi..*

At mihi do tardis facta corona placet.

Peut-être tu aimes une couronne de roses, mais il n'est pas de couronne qui me plaise comme une couronne de grives.

— Diable, dit Maurice en rentrant, nous ne pouvons guère sortir demain. Les oies de la basse-cour battent des ailes, et Ton entend les cloches de la ville. Nous aurons cette nuit et peut-être demain uiie pluie abondante.' En arrivant, le même jardinier qui autrefois lui permettait d'entrer dans le parc quand' il n'y avait personne, lui reifnfit une lettre.

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UELENE A MAURICE

« Ne brûlez pas sans la lire cette lettre d'une femme qui vous a aimé de toute son âme et de toutes ses forces, qui eût voulu avoir à vous sacrifier quelque chose de noble et de désirable, qui eût> quitté le ciel pour vivre nn seul jour avec vous dans le plus triste cachot.

» Vous avez voulu séparer nos deux existences, vous avez douté de moi; je n'en ai pas été offensée. Ce n'élait pas vous qui me frappiez, c'était le sort funeste qui

UNE HEURE TROP TARD 2ô7

m'avait jetée dans la prostitution, le sort auquel votre amour m'avait arrachée^ et qui me- ressaisissait. J'ai courbé la tête, j'ai pleuré, mais je ne vous ai pas maudit; que le ciel détourne de vous les torjtures qui m'ont déchirée.

» Le désespoir, la misère, les larmes, la faim, m'ont bien changée. Une seule chose me reste : c'est mon amour pour vous^ ce noble amour qui a fait surgir mon âme de la boue.

y> Mais cet amour aussi a cédé au sort. Il n'est plus ardent, impétueux, exigeant; ce n'est plus que Félaa d'une âme souffrante vers celui qui console. Aujourd'hui, je n'ai plus besoin que vous m'aimiez ; je n'aurais pas la force de supporter un semblable bonheur; je ne vous demande que de me permettre de vous aimer, et du fond du cœur, sans que mes yeux ni ma bouche disent jamais rien.

» Hier, je me suis présentée chez votre femme; je lui ai dit que j'étais une pauvre fille abandonnée avec un enfant; qu'à l'avenir je serais sage; que je ne* demandais qu'à travailler pour nourrir mon enfant, et que, si elle voulait me prendre chez elle pour travailler au linge de la maison, surveiller les domestiques et m'occuper des soins du ménage, elle serait contente de mon zèle et de ma bonne conduite; que je ne répugnerais à aucun ouvrage, que j'étais plus forte que je ne le parais, et que je serais contente, pourvu qu'avec ma fille on me permît de vivre dans une maison honorable.

» Après quelques observations, elle a eu la bonté de ^ m'agréer.

)) Oh I monsieur Maurice, ne m'enviez pas le bonheur que je me fais ; laissez-moi vivre près de vous, vous regarder, vous entendre.

j> J'ai essayé de bonne foi, je ne puis vivre sans \om

WS UNE HEURE TROP TAIID

voir. Je ne demande pas que vous m'adressiez la parole, ni que vous me regardiez jamais ; au contraire, je vous prie de n'être avec moi que comme vous êtes avec les autres domestiques; s'il en était autrement, ce serait de ma part un manque de foi envers votre femme, qui veut bièmn' accueillir; ce serait, de la vôtre, m'exposer à être privée justement par elle du bonheur qui remplira ma vie.

» Peut-être une fausse générosité vous fera dire que TOUS ne voulez pas qu'une femme que vous avez aimée soitvotre domestique ; mais, si vous me chassez, comme depuis que j'ai été aimée de vous je n'ai pu supporter seulement la pensée de me prostituer encore, il me faudra, pour nourrir mon enfant, servir des maîtres qui n'auront pas autant de douceur pour moi.;Et d'ailleurs, outre que ma naissance ne m'appelait pas à un rang et à une fortune élevés, quelle que soit ma situation, eHe sera toujours bien au-dessus de l'infamie de laquelle vous m'avez tirés.

» Laissez-moi vous entourer de ma sollicitude désintéressée ; ce sera un bonheur pour moi de ni' occuper de tous les petits soins qui pourront vous apporter quelques agréments. Je veillerai à ce qu'on allume votre feu, à ce que la nuit votre tête soit haute, comme vous Taimez.

» Et je natterai.moi-même les beaux cheveux noirs de votre femme, je lui apprendrai à les arranger de la manière qui vous plaît ; je les parfumerai de cette odeur de rose que vous aimiez tant : je serai si heureuse de penser que je puis contribuer à vos plaisirs, même à ceux que vous goûterez dans les bras d'une autre I Avec quelle joie je rattacherai à votre vie le peu de bonheur qui était peut-être destiné à la mienne, et dont je n'ai plus besoin.

» N'est-ce pas, monsieur Maurice, que vous ne vou-

tJNE HEURE TROP TARD SffI

drez pas m'ôter ce bonheur? et d'ailleurs vous ne Id pourrez pas, car je vous jure par tout ce qu'il y a do plus^ sacré hm monde, par mon amour toujours si pur pour vous, par votre amour d'un instant, dont je vous garderai une éternelle reconnaissance, et qui m'a enivrée d'un bonheur que je ne crois pas payer trop cher de toute une vie de larmes et d'humiliations, je vous jure que, si vous me chassez, j'en^porterai mon enfant, et avec elle j'irai me jeter dans la rivière. »

T> Adieu, monsieur Maurice; si vous saviez comme je suis heureuse, 'comme mon cœur bat doucement quand je songe que d'un moment à l'autre je vais vous revoir I Il y a si longtemps I Quand je songe que je passerai près de vous le reste de ma vie; que demain peut-être j'entendrai le son de c^e voix sî chère, et que je l'entendrai de même tous. les jours. . Adieu, oubliez eette Hélène que vous avez aimée; ne voyez plus en moi qu'Hélène, femme de chambre de votre femme; mon bonheur y est attaché, et il est impossible qu'il ne vous reste pas encore de la pitié pour ht malheureuse

^ H&USNJ;. ^

Quelques larmes obscurcissaient leryetrx de Maurice, îl les essuya et se leva.

— Où vas-tu? dit Fischerwald ; la pluie bat les vitreS' à les briser.

— Je vais chez moi.

— Tu peux t* attendre à faire la. route seul. Je suis original; je ne sais si je t'ai dit qu'il y a quelque temps je suis sorti sans chapeau; mais je n'abandonnerai pas un feu comme celui-ci, après lequel la maudite pluie m'a

a» UNE HEURE TROP TARD

fait tant travailler, ni la meilleure bière que j'aie jamais Me, ni les plus appétissantes perdrix que chasseur ait jamais mangées, ni l'espoir de passer le reste de la soirée à fumer d'excellent tabac en me grillani /es jambes, — pour aller courir les champs, les pieds dans la boue jusqu'au ventre, par une pluie de neige fondue. Je te souhaite un heureux voyage, et, comme docteur, je t'ordonne, aussitôt ton arrivée, — de te mettre dans un lit bassiné, et de boire d'exceUent vin chaud avec du sucre et de la cannelle, ce qui ne t'empêchera peut-être pas d'être malade. — Voilà tout ce que je puis faire pour toi, en y ^joutant, vu le temps diluvien^ le récit de l'ode d'Horace, au vaisseau de son ami Virgile :

navis...

Qa» tibi credltam debes VirgUiam.

Robnr et ses triplex circa pectas erat

au premier qui imagina de sortir par un temps à ne pas mettre un cousin dehors.

Pendant ce discours, dont il n'avait pas entendu un mot, Maurice était retombé sur son fauteuil, songeant qu'il ne devait pas paraître savoir la présence d'Hélène, et que rien ne prétexterait son arrivée par un temps semblable.

Pour Fischerwald, il crut avoir convaincu son ami, et se remit à se nourrir de son mieux.

i LVII

Le lendemain, Maurice arriva chez lui. Avant d'entrer, il eut besoin de s'arrêter un moment pour se remettre ; mais Hélène n'était pas auprès de sa femme. Pauline était

seule avec Richard ; — tous deux rougirent en le voyant entrer. Pauline se leva, vint au-devant de lui, et Tembrassa avec un empressement inusité. Mais Maurice était tellement ému lui-même, qu'il ne s'aperçut de rien,

— Mon ami dit Pauline, pendant ton absence j'ai pris une nouvelle femme de chambre ; c'est une jeune et belle femme, ajouta-t-elle en souriant; mais elle a été, à ce qu'il paraît, bien malheureuse, dit-elle plus gravement: elle a un enfant qu'elle paraît aimer beaucoup.

— Sa fille est-elle également ici? dit Maurice.

— Et comment sais-tu que c'est une fille?

— Ne viens-tu pas de me le dire ?

— Non, je ne te l'ai pas dit; c'est, en effet, une fille. Elle désire la garder près d'elle. Ce sera plus tard une compagne pour la nôtre.

Maurice tendit la main ^ Richard ; et, sous prétexte de changer de vêtements, se relira aussitôt dans son appartement.

C'était une violente émotion qu*il ressentait, si près d'Hélène, d'Hélène qu'il avait tant aimée, d'Hélène qu'il n'eût pas abandonnée s'il n'avait eu pour elle qu'un amour ordinaire, — et aussi près d'une enfant qui était peut-être leur enfant à tous deux.

H se retraçait le temps où il avait connu Hélène, si belle^ si brillante, si parée, si bien servie; il allait la revoir changée parla douleur, la misère et la faim, pau* vrement vêtue, et femme de chambre de Pauline.

— Oh! dit-il, comment peut-elle ne pas me maudire? Un moment, il crut entendre sa voix ; son cœur cessa

de battre, ses poumons de respirer. Il écouta : en eflet, c'était la voix d'Hélène. H joignit les mains.

— Obi dit-il, mon Hélène, pardonne-moi, pardonnamoi I

Il resta quelque temps absorbé, puis :

«—Elle est folle, dit-il. Comment pourrai-je lui parler comme aux autres domestiques? Comment supporteraije les airs de hauteur de ma femme ? comment ferai-je pour ne lui adresser jamais un mot, ni un regard d'affection?

Elle pour qui j'aurais voulu aToîr xm trône?

Comment supporter son premier regard, après lui avoir fait tant de mal?

Cependant Maurice changeait de vêtements et donnait à sa toilette plus de soins que de coutume. — Quoique, pour la tranquillité d'Hélène, pour la sienne, il eût voulu en être oublié et oublier, sans se l'avouer peut-être il eût craint de lui sembler désagréable.

Plusieurs fois il voulut sortir de sa chambre ; mais chaque fois son cœur battait si fort, ses genoux étaient si tremblants, qu'il fut forcé de rentrer ; enfin il prit de la pésolution et descendit d'un pas rapide.

Hélène était assise devant une fenêtre, et cousait. Pauline vint encore embrasser son mari ; Maurice ne fut pas fâdié de cet excès de tendresse, qui lui donnait le temps de se remettre ; mais, en même temps, il songea à ce que de semblables caresses avaient de triste et de poignan pour Hélène.

Il comprit qu'il devait lui adresser la parole ; mais il ne pouvait trouver de voix. Enfin il la salua et lui dit: Q Madame, soyez la bienvenue. »

Hélène répondit par tine inclinaison de tête, sans lever les yeux; elle était horriblement pâle.

Heureusement que Pauline ne pouvait s'apercevoir de rémotion que causait cette entrevue, occupée qu'elte était à regarder le ciel, dont l'aspect promettait un beau temps pour une promenade qu'elle voulait faire chez sa sœur.

Une idée frappa Maurice, et son regard se tourna vers

la table où l*on avait mis le couvert pour le déjeuner : il y avait quatre couverts, trois pour lui, sa femme et leur =fille, le quatrième pour Hélène : il respira plus librement ; il avait craint que Pauline Yie fît manger Hélène avec les domestiques, et il n'eût osé faire aucune observation.

Au même instant, Hélène avait aussi porté les yeux du même côté, mais avec une pensée différente ; elle avait vu quatre couverts, et deux grosses larmes roulèrent dans ses yeux; il n'y en avait pas pour sa fille, sa fille mangeait à la cuisine. D'abord elle voulut demander à manger aussi dans la cuisine; mais il lui eût été. impossible de parler, tant son cœur était gonflé, et elle eût craint d'indisposer contre elle la maîtresse de la maison, — et sa situation lui était si précieuse!

Elle ne mangea presque pas, et, pour dissimuler son trouble, feignit de s'occuper beaucoup de l'enfant de Pauline et de Maurice, que Ton avait mis près d'elle; ' mais son cœur était rempli d'amertume en caressant l'enfant de sa rivale, de sa rivale si heureuse, tandis que sa fille, à elle, était à la cuisine, pleurant peut-être de ne pasToir sa mère. "

Pendant le déjeuner, Maurice osa regarder Hélène: en effet, elle était changée, son teint si frais était flétri, ses joties étaient creuses ; mais elle avatît conservé . l'expression de son regard, sa noble physionomie, qui avait pris quelque chose de mélancolique et de touchant, — et les belles proportions de sa taille.

Hélène aussi regarda Maurice ; il était resté frais et bien portant, peut-être même avait-il pris un peu d'embonpoint.

le déjeuner fini, Maurice et Pauline allèrent chez Rh cliard, où ils devaient dîner.

Hélène resta seule; elle appela sa fille, et, en pleurant.

baisa son front, ses joues et ses cheveux; puis elle déta-> clm un petit anneau d*or que lui avait donné Maurice, et que, malgré sa misère, elle n'avait pas voulu quitter, pensant qu'elle ne le reverrait peut-être jamais et que c'était tout ce qui lui restait de lui ; mais près de lui elle pouvait s*en passer ; elle le donna à la fille de cuisine en lui disant :

— Ma bonne, ayez bien soin de ma fille; quand je serai plus riche, je serai plus généreuse.

Elle était seule, elle pouvail garder sa fille près d'elle; elle la fit asseoir sur un tabouret, sa petite têt^ blonde appuyée sur ses genoux, et elle continua l'ouvrage qu'on lui avait donné à faire.

— Allons, se disait-elle de temps à autre en essuyant ses Larmes, ce n'est plus le moment de pleurer ; je suis près de lui, je le verrai, je l'entendrai tous les jours; sa voix tremblait quand il m'a parlé; il ne faut plus pleurer, je deviendrais trop laide.

Elle se leva, et devant une glace arrangea ses cheveux.'

— A quoi me servirait d'être belle? continua-t-elle, je ne veux plus de son amour; je suis résignée, je ne veux plus que le voir toujours; c'est plus de bonheur que depuis longtemps je n'ai espéré.

Puis elle caressait sa fille, elle arrangeait ses cheveux blonds et soyeux, et elle se mettait à travailler. Puis ses larmes recommençaient à couler.

— Pourquoi donc pleures-tu ? lui dit l'enfant, nous sommes bien mieux ici que dans notre vilaine petite chambre ; et puis on m'a dit que nous aurions de la soupe et de la viande tous les jours.

— Pauvre enfant, dit Hélène, elle a déjà bien souf- * fcrt; mais elle se trouve plus heureuse. mon Djeul merci I II ne Ta pas encore vue, pensa-t-elle ; quel ac: cuellM fera- t'iU

Et elle regardait sa fille. Il y avait des moments où elle lui trouvait de la ressemblance avec Maurice; dans d'autres, cette ressemblance n'existait plus. Ainsi qu'il arrive aux malheureux par la défiance qu'ils ont du sort, quand elle sMtait présentée devant Pauline^ elle avait craint que cette ressemblance ne donnât quelques soupçons; mais, au moment où elle eût désiré qu'elle existât, elle n'en pouvait trouver aucune trace.

Cependant l'enfant ne ressemblait pas non plus à Leyen; elle avait les cheveux blonds et les yeux bruns qu'avait sa mère à son âge; elle paraissait devoir plus tard lui ressembler beaucoup.

Quand elle eut fini son ouvrage, elle s'occupa de faire régner un nouvel ordre dans la maison ; elle-même nettoya la pipe de Maurice et rangea sa chambre; puis elle déposa un baiser sur son oreiller et sortit sans que personne Teût vue entrer ; elle avait aperçu, avec un cruel serrement de cœur, la porte ouverte sur un couloir qui conduisait à la chambre de Pauline.

Le soir, Maurice rentra avec Pauline. Hélène travaillait encore.

— Hélène, dit Pauline, il ne faut pas travailler si tard^ vous vous fatigueriez inutilement.

Maurice, en quittant sa femme, lui serra la main plus tendrement que de coutume.

Hélène suivit Pauline dans sa chambre pour la déshabiller, et, en la quittant, ses yeux se portèrent involontairement sur une porte qui donnait également sur le couloir.

Le lendemain, quand Hélène, le. soir, se retira dans sa chambre, sa fille lui dit: « Le monsieur m'a embrassée plusieurs fois, et m'a donné des bonbons. » Hélène leva les yeux aux ciel et joignit les mains sans pouvoir prononcer une seule parole.

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CtTE l'habitude ^'est pas la sfcondc, mais bibn

LA SEULE NATURE DU PLUS GrRAND NOITBRE DES HOirVEd.

Fischerwald, comme RÎGh^nrd, avait reçu une lettre «d'Hélène, où, leur expliquant son dessein, elle les suppliait de ne pas paraître l'avoir jamais vue.

Les deux amis de If aurioe, qui ne counaîssaient pas, comme lui, tout ce qu'il y avait de noble et d'élevé dans Hélène, ne pouvaient cependant s'empêcher d*admirer un semblable amour; néanmoins, ils n -étaient pas sans quelque inquiétude sur les résultats d'une résolution qui, prise de bonne foi de part et d'autre, leur semblait au-dessus de la force bumaine.

Pour Maurice, un jour qtf il se trouva -seul avecHëlène, il lui dit en lui prenant la main :

— Hélène, vous êtes une noble femme, et moi j'ai été bien lâche I

— Monsieur Haurice, lui dît-elle, 'vous avez fait ce ^que tout autre aurait fait à votre place.

— Ah ! dit Maurice, ne devais^je être que comme un autre homme, quand vous êtes tellement au-dessus de toutes les autres femmes?

— Ne regrettons pas le passé, dft Hélène, j'ai été bien heureuse; et, aujourd'hui, j'ai autant de bonheur qu'il m'est permis d'en avoir.

— Trai ! Hélène, vous n'êtes pas malheureuse ? oh ! dites-le moi encore. Si vous saviez comme cette pensée me soulage; combien je maudis les liens indissolubles que j'ai formés; combien je tne maudis moi-même!

— Ne maudissons rien, ne maudissons pa?sonne, dit

UNE HEtJttE TROP TARD 807

Ilélène; maïs, je vous en supplie, monsieur Maurice, plus de semblables conversations; cela ne peut que faire du mal àjç'^ous et à moi. Et, si le moindre soupçon se glissait dans Tesprit de votre femme, elle me chasserait I il me^udrait mourir.

Une autre fois, Maurice lui dit :

— Hélène, vous avez ^peut-être -besoin d'argent? Et il lui mit dans la main quelques pièflfes d*or.

' MélèoB impaxkm l'aigent .

Hais Maurice rajouta :

— Pour vôtre mère.

— Maurice, dit-elle, vous avez raison.

Au bout de quelques mois», Hélène faisait .tout à fait partie de la famille,.PauIineraimaitcomme toute femme aimerait une femme jeune et belle qui renonce à tous les avantages de sa jeunesse et.de sa beauté.

Pour Hélène, elle était résignée ; et, si parfois elle était humiliée, la pensée unique qui lui remplissait le cœur l'empêchait de sentir la blessure, ou du moins l'amortissait beaucoup.

llaurîce vivait entre sa femme et son ancienne maîtresse; et cette situation, d'a!bord si Mnvre et si embarrassante, lui 'était -devenue 'habîtueffe; quelquefois seulement il regardait IHïène avec un regard triste et affectueux.

Hélène était aussi vernie au point de Tçgarder cette ^situation comme devant toujours durer; die donnait quelque argent à la fille de cuisine pour payer -ses soins pour sa fille ; seulement, elle souffrait bien de voir son enfant reléguée souvent avec les domestiques la plus Igrande partie de la journée; cependant elfe travaillait dans sa chambre, et elle l'appelait auprès d'elle.

Un autre sujet de chagrin pour elle encore, c^élait de voir sa fille si simplement habillée, près de l'enfant de Pauline, que Ton couvrait de soie et de dentelles.

Pour elle, quoiqu'elle ne pensât plus guère à se parer, elle pleurait quelquefois en sortant d'habiller Pauline et de contribuer à augmenter sa beauté ; souvent ses yeux rencontraient la porte du couloir, et un jour elle avait va un mouchoir que Maurice avait oublié dans la chambre de sa femme.

Mais, de même que les douleurs physiques que le ma« lade porte à Texcès en touchant et pressant sa blessure, finissent par ne plus être senties, à force d'être violentes, parce que les nerfs se détendent pour avoir été trop tendus et perdent leur sensibilité, ainsi Hélène alors parait Pauline avec plus de soin, et la faisait belle pour Maurice, faisant d'elle-même une complète abnégation, et ne songeant qu'à son bonheur et à ses plaisirs à lui, de quelque part qu'ils lui dussent venir.

Tout cela dura ainsi quelque temps; mais un jour il vint à neiger au moment où Pauline voulait sortir.

Elle quitta de mauvaise humeur son châle et son cha« peau, se remit au coin du feu, et feuilleta un livre sans le lire.

D'une chambre à côté elle entendit pleurer sa fille :

— Mon Dieu I Hélène, dit-elle, ne pouvez-vous aller voir ce qu'a cette enfant?

Hélène, blessée intérieurement du ton dont cet ordre était donné, n'en laissa cependant rien voir et obéît; mais, quoi qu'elle fît pour apaiser l'enfant, elle n'y put réussir.

Pauline se leva et vint demander à Hélène ce qu'avait

sa fîUe.

— Elle pleure, dit Hélène, et ne veut pas me répondre.

— Il faut renfermer, dit Pauline, dont la mauvaise humeur cherchait une issue et tombait indistinctement sur tout le monde.

L'enfant, à cette menace, pleura encore plus fort. Pauline alors comprit qu'elle s'impatientait plus qu'elle ne l'aurait fait si la neige n'était venue contrarier ses projets, et qu'il n'était pas juste de brusquer cette pauvre petite créature; elle se contraignit, la prit dans ses bras, et l'interrogea doucement ; l'enfant alors montra un de ses jouets brisés, et désigna la fille d'Hélène comme Tauteur du désastre.

Ce n'était qu'avec peine que Pauline s'était contenue ; sa colère saisit cette occasion de s'échapper : elle frappa la fille d*Hélène.

La mère laissa échapper un cri d'indignation, emporta sa fille dans ses bras, et courut s'enfermer avec elle dans sa chambre.

Elle était en proie à une violente agitation.

— ma fille, pardon, disait-elle en marchant dans sa chambre; c'est moi qui t'ai exposée à cet humiliant traitement d'être frappée par une main étrangère; pardon, c'est mon fol amour qui t'a amenée ici, mon amour pour l'homme qui m'a déjà si cruellement abandonnée. Mais je l'aime, pauvre enfant, tu ne peux savoir ce que c'est; je l'aime plus que toi peut-être; il faut que je le voie : je ne cesserai de le voir que pour mourir.

La petite fille avait d'abord pleuré; m^is ce que disait sa mère était pour elle si peu intelligible, que, pleurant encore, elle s'était mise à la fenêtre et regardait tomber la pluie.

— Mais, continua Hélène, aï- je k dtovl dft\&,^^^^^sssc

3J0 UN£LIi&UaË laOP TAAD<

ncr à une vie d*bumiliations, que mon amour, même peut à peine me faire supporter, à moi? Pauvre enfantl? pourquoi n'es-tu pa» morte^ malgré me» soins, malgré la nouvelle infamie dont j'ai racheté ton ejûstence, présent funeste que je t'ai fait. une seconde fois, qua&d la miséricorde de Dieu voulait te l'enlever 1 Pauvret eafaut! ton avenir est triste; pauvre, et fille d'une prostituée, il te faudrait être prostituée comme ta mère; et peut-être n'auras^-tupaa ces courts instants d'amour et de félicité qui payent lealarmes^de toute une vie; peut-» être ne se mêlera- t-il jamais d'amour aux caresses qu'il te faudra rendre; peut-être, proie des hommes les pius> vils, ne rencontreras-tui jamais un homme que tu puisses aimer, un homme digne de t'inspirer un amour qui te: fera te reconnaitretoi-même, et découvrir dans ton âme ce qu'il pourra y avoir de noblesse et de candeur.

Pauvre enfant! au moins ton enfance aurait pu être heureuse; j'aurais dû te mener au précipice où tu dois nécessairement tomber par unsentier plus doux; j'aurais dû t'endormir sur des roses jusqu'au moment où, seuift. dans le monde^ il te faudra devenirinfâma comme moi.

Pour voir Maurice^Jeme suis faite servante, sej?vaale d'une femme qu'il aime; pour toi, j'aurais dû suiwre la route où le destin m'avait poussée; j'aurais dû ^persévér* rer dans mon infamie pour te faire une enfance joyeuse et te laisser riche. Par mon amour, je te condamne à tous les malheurs qui me rendent la vie plus lourde que si je l'avais portée pendant un siècle entier; par amoun^ je fais pleurer tes yeux si gais^ jote fais battre. . ma fille! j'ai perdu toutomon énergie diî jouRoù il m'a abandonnée; sans cela, si j'avais encore mon ârae^ pourrais-je supporter les tmitements auxquels je- me soumets avec résignation?

iSi ^>>ai& encoro.unô.âme, 49^\«ateisr^tjiaxvl'^Lte;reste

de ma vie; tu serais riche et heureuse, au lieu de pleurer, au lieu d'être battue ; mais il m'a tout pris ; il faut que je le voie, que je sois sa femme, sa maîtresse, s^a chien: je ne puis plus prostituer la femme qu'il a aimée.

Pauyr<» enfant 1 si le désespoir s'empare de moi, je ne tulaisserai.pas seule dans^la vie; je te le jure par le oiel, par ta tête blonde, par l'amour que j'ai eu^ que j'aurai pour lui jusqu'à ce que je sois- morte, je t'emmènerai dans laf tombe, tu mourras avec moi, ce sera le plus gpand, le seul bienfait de ta malheureuse mère.

Elle prit sa fille dans ses bras et pleura sur ses che* veux, sur son petit visage rose.

On l'appela pour diner; elle descendit. Il fallut laisser sa fille à la cuisine; cette pensée augmenta sa douleur t elle la tint longtemps embrassée, et dit : oc Non, non, je ne te laisserai pas • » Elle ne pleurait plus .....

Le.soir, Maurice était à un coin de la cheminée, Paur. line à l'autre^ Richanlet Blanche entre les deux. Richard lisait à haute voix*

Hélène trayaiilait dans: un coin. De temps à autre, ses mains et son ouvrage tombaient sur ses genoux; elle re^ tait les yeux fi^^s^ san» mouvement ; puis, tout à coup^ comme si elle se fût. réveillée, elle reprenait son ouvrage et se hâtait.

Pour Maurice, penché sur le feu, il paraissait fort occupé de remuer les tisons et de faire jaillir quelques étincelles.

Une triste pensée occupait son esprit ; quelquefois il regardait Hélène à là dérobée; il voyait ses yeux fatigués de pleurer, il comprenait toutes ses souffrances, et se disait :

— La conduite d'Hélène est bien noble et bien touchante; Pauline est bonne; elle n'a jamais eu pour moi une tendresse bien inquiète ; d'ailleut^, Tûax\&^ te^N».'^

deux ans, ce n'est aujourd'hui que par les liens d'une douce amitié que nous sommes unis ; j'ai envie de tout lui dire, de lui raconter le dévouement d'Hélène : elle sera émue d'une telle force d'âme, elle Tudmirera, elle Taimera, car elle aime tout ce qui est grand et au-dessus de la vie commune. Hélène restera avec nous comme une amie ; elle sera heureuse autant qu'elle peut l'être : je lui payerai ainsi un^ partie du mal que je lui ai fait. Mais il faut attendre le départ de Blanche et de Richard.

Maurice se mêla alors à la conversation, qui avait succédé à la lecture.

Hélène remarqua ce changement sans en soupçonner la cause; elle s'était d'abord aperçue de la préoccupatioif de Maurice; elle avait soupçonné qu'elle en était l'objet, et ce retour à la conversation des autres lui fit penser que Maurice voulait secouer, comme une pensée importune, la pensée de sa triste situation.

— Âh! dit-elle, est-ce là l'homme qui m'a tant aimée?

Richard et Blanche s'en allèrent ; mais Pauline était fatiguée. Maurice pensa qu'il valait mieux remettre au lendemain le récit qu'il voulait lui faire.

Tout le monde se retira pour se coucher. Hélène jeta, en sortant avec Pauline, un triste et solennel regard sur Maurice*

L'haïr est tiède, les arbres sont couverts d'un feuillage tendre et encore transparent: L'herbe est verte et chatoyante comme du velours. Outre le parfum du chèvrefeuille suspendu aux arbres, outre l'odeur des violettes cachées sous l'herbe, on sent une odeur plus incertaine et qu'on ne saurait définir, c'est celle d'un jeune feuillage.

UNfi HEURE TAOP TARD 313

Haurice est couché sur la mousse semée de violettes, sous les grands châtaigniers, dont le soleil, qui se lève, colore le tronc brun ; ^- à quelques pas de lui jouent dans rherbe la fille d'Hélène et celle de Pauline.

Mais le soleil s'est élevé graduellement. D'abord les oiseaux se sont réveillés et se sont mis à chanter, secouant à ses doux rayons leurs ailés engourdies par la fraîcheur de la nuit.

Puis il est parvenu presque à son zénith ; alors les oiseaux se sont enfoncés sous la feuillée ; les papillons 'iKWt seuls restés voltigeant dans la prairie.

On dirait que le vent, secouant les odorantes guirlandes des églantiers, enlève leurs pétales blancs ou roses, et les balance dans Tair comme de petites nacelles sur l'eau.

Alors Maurice, par une allée d'épais tilleuls, rentra dans la maison ; —en même temps que lui, par un autre chemin, rentrent aussi Pauline et Hélène, qui, toutes deux vêtuesMe blanc, les bras entrelacés, courent à travers la prairie, et toutes deux l'embrassent en lui souhaitant le bonjour.

Après le déjeuner^ le soleil est si ardent qu'on ne peut sortir. Maurice se retire dans son cabinet^ et, en fumant par une fenêtre un tabac parfumé, contemple avec un sentiment de joie les murailles du parc^ dont il a fait tripler la hauteur, etquedérobent en partie de hauts arbres et du houblon. Lui seul, Hélène, Pauline et les deux enfants sont enfermés^ afec quelques domestiques, dans ce séjour enchanté. Personne n*y est admis^ ces trois êtres se sont consacré Içur vie, et ne veulent plus la gaspiller en en livrant à personne la moindre parcelle. ^Tous trois ils s'aiment sans jalousie, et ne se quittent jamais. Us ont renfermé toute leur vie, toutes leurs pensées, dans l'enceinte des murailles.

Maisje &oleil glisse ses feux par la fenêtre, Maurice tira

un épais rideau couvert de fleurs peintes, et s'étead mollement sur des coussins.

Alors, tandis que le soleil bràle tout au deliors, vuxjm frais circule dans la retraite de Maurice. — A travfi^sies vitraux colorés, il ne pénètre qu'une lumière douteuse» un jour sombre ; les coussins sur lesquels s'étend Maurice presque nu sont couverts de roses effeuillées. On Vejitend aucun brujit du dehors. On oublie le reste du moade pour se livrer à de riantes pensées. *

Mais un coin de la tai^ddarie ae lève, et, wa «oa d'tiae musique douce et sûuvde, ealrent deux femmes «^^es seulemenî d'une Caisse fate blanehe, leui% robn^i&mt attachées par de laog^Srceîiitwes tombantes qiii desrâHBt leur taiUe saas k serrer; les cheveux d'Hélèfie iofid^nt 00 longs an^eattK mv son <eo«, une guirlande de roses Jaunes la couronne. Les cbeyeux de Pauliae^ pacCviaés par uae farafiche de jasmin, s'étendent aplatis Bursûo front; toutes deux près de Mauriee viennent do s'élçoA» sur les roses, et cachent dans les feuilles pa^ûiniéesleiKi pieds blancs sortis 4e leurs babouches de velours. Pendant quelques ii^stanis, une céleste musiqua sa (aUm^ core entendre, et joue de siflaples mélodèes do&t Ul saavi et douce mélauGoUe £ait r^er à Tamour ; puis elJo s'affaiblit en même temps qiiiie le jour, qui devient raeers plus sombre. Maurioe eouvre de bAÎseps les asAÎas et Ids pieds^ et les eous de ses deux^oosai^agiies, qui, dbfiow à son côté, joignit le«fs maius #ar ses gsaoïiiu

Le jour devient si sombre, <iu'on ne dtstingue qtf4 peine les formes ; la musique a cessé, tout reBtre dans le plus profond silence. Les roses exhalent des parfums plus pénétrants. Hélène et Pauline tiennent Maurice enlacé dans leurs bras; leurs trois chevelures se touchent et se mêlent ^ les longs cheveux des deux femmes se dé

nouent et de leurs flots épais inondent Maurice. Leurs ceintures se détachent, la gaze tombe...

A ce nioment on'ouvre la porte, et Maurice s'éveille.

Une pluie glacée bat les vitres. Un domestique agenouillé devant Tâtre allume le feu.

Maurice secoue les riantes illusions qui le tiennent encore à' moitié sous leur charme. 11 demande l'heure.

Il est tard; mais Pauline ix!est pas encore levée. Il va aller la trouver à sa chambre. Il va lui parler d'Hélène; peut-être leur vie à tous trois coulera, à Tavenir, entre deux rives- fleuries et parfumées. *

Mais on parle beaucoup dans la maison; on ouvre les portes, Maurice met sa robe de chambre et ses pantoufles, et s'informe...

Hélène, qui tous les jours se lève avant toute la maison, n'a pas encore paru, quoiqu'il soit tard. On est allé à sa chambre, on n'y a trouvé personne,' ni elle ni sa fille. On ne lui connaît aucune raison de sortir par un temps semblable, surtout avec cette enfant. Hélène n'a pa^ pris son chapeau; elle est sortie tête nue; elle a laissé presque toutes ses bardes, ainsi que celles de sa fille.

On sort. — Sur la neige à moitié fondue, on ne voit que quelques pas d'Hélène. Sans doute elle a emporté sa fille dans ses bcas.

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