Confessions jï h.. Houssaye, tome V
Nous avons vu dans le journal sincère du médecin la naissance de sa bonne fortune.
Le poète s'en aperçut bientôt; mais comment lui vint le soupçon? Il faut parler ici d'un épisode fameux : la vision qu'aurait eue Musset, alors en grand danger, de l'étrange façon dont sa garde-malade remplissait les intermèdes avec Pagello. On connaît la scène contée dans Lui et Elle : Falconey vient de s'entendre juger comme perdu par sa maîtresse et son médecin.
Entre deux accès de léthargie il les aperçoit, dans sa propre chambre, aux bras l'un de l'autre, puis il constate qu'ayant dîné là, ils ont bu dans le même verre...
Sainte-Beuve, confident de George Sand durant cette période expérimentale de sa vie, Sainte-Beuve, je le sais de bonne source, croyait la vision du poète réelle; la correspondance des deux amants prouvera-t-elle que le poète n'avait pas rêvé?... Or, d'Alfred de Musset lui-même, nous ne savons rien encore, qu'à travers le livre de son frère, où l'on a prétendu que la rancune éclatait à chaque page . La famil le du poète a toujours maintenu, au contraire, que Paul de Musset n'avait dit que la vérité. Gomment mettre en doute une affirmation de la force de celle-ci : « Il n'appartenait
qu'à Edouard Falconey de raconter des événements qui ont exercé une influence considérable sur son génie et sur sa vie entière ; lui seul a pu recueillir les détails de cette singulière soirée... En voici la relation telle quil la dicta lui-même à Pierre [Paul de Musset) vingt ans plus tard. » Suit la scène bien connue de Thôtel Danieli. Mais nous avons affaire à un roman. L'auteur a pu arranger les souvenirs de son héros dans Tintérêt de la cause. On sera convaincu qu'il n'en est rien, en comparant le chapitre de Lui et Elle avec ce morceau inédit que M"'° Lardin de Musset m'a permis de copier sur l'autographe de son frère Paul :