‹ Une histoire d'amour, les amants de Venise- George Sand et Musset, avec des documents inèditsChapitre 27 sur 67 · V. plus loin, p · texte numérisé non relu

V. plus loin, p

trait la Sand, m'enchaînaient à elle tous les jours, à toute heure et à chaque instant davantage. Nous parlions de la littérature, des poètes et des artistes italiens; de Venise, de son histoire, de ses monuments, de ses coutumes ; mais à chaque nouveau trait, elle m'interrompait en me demandant à quoi je pensais. Confus de me sentir surpris à être ainsi absorbé, en causant avec elle, je me prodiguais en excuses, devenant rouge comme braise, tandis qu'elle me disait avec un sourire presque imperceptible et un regard de la plus fine expression : (( Oh ! docteur, je vous ennuie beaucoup avec mes mille questions ! » Je restais muet.

Un soir qu'Alfred de Musset nous pria de nous éloigner de son lit parce qu'il se sentait passablement bien et avait envie de dormir, nous nous assîmes aune table près de la cheminée.

— Eh bien! madame, lui dis-je, vous avez l'intention d'écrire un roman qui parle de la belle Venise ?

— Peut-être..., répondit-elle, puis elle prit un feuillet et se mit à écrire avec la fougue d'un improvisateur. Je la regardais étonné, contemplant ce visage ferme, sévère, inspiré ; puis, respectueux de ne pas la troubler, j'ouvris un volume de Victor Hugo qui était sur la table, et j'en lus quelques passages sans pouvoir y prêter la moindre attention. Ainsi passa une longue heure. Finalement, George Sand déposa la plume et, sans me regarder ni me parler, elle se prit la tête entre les mains et resta plus d'un quart d'heure dans cette attitude, puis, se levant, elle me regarda fixement, saisit le feuillet où elle avait écrit et me dit : « C'est pour vous. » Ensuite, prenant la lumière, elle s'avança doucement vers Alfred qui dormait, et s'adressant à moi :

— Vous paraît-il, docteur, que la nuit sera tranquille?

— Oui, répondis-je.

— Alors vous pouvez partir, et au revoir demain matin.

Je partis et rentrai droit à mon logis où je m'empressai de lire ce feuillet...

Qu'était cette page remise par George Sand à Pagello? (( Un splendide morceau poétique avait écrit le fils du docteur, avaut que son père ne se décidât, récemment, à le laisser .publier. Un morceau à double fin, un chapitre de roman imaginé par George Sand pour se déclarer à Pagello. Elle le plia dans une enveloppe sans adresse et le lui remit, a raconté M. le professeur Fontana, d'après Pagello luimême (lettre citée par le D'' Cabanès^). Pagello feignit de ne pas comprendre et demanda à qui remettre ce pli. « Aie stiipide Pagello », écrivit George Sand sur l'enveloppe.

Sans reproduire avec le récit du docteur, cette (( déclaration » mystérieuse, M""^ Luigia Codemo en citait pourtant une phrase qui peut la résumer : « Je t'aime parce que tu me plais ; peut-être bientôt te haïrai-je. » Elle ajoutait qu'observant devant l'intéressé lui-même la beauté de cette page, digne de l'auteur de Lélia, — sa propre héroïne sans doute, — Pagello lui avait répliqué par les premières paroles du

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