‹ Une histoire d'amour, les amants de Venise- George Sand et Musset, avec des documents inèditsChapitre 40 sur 67 · Lettre du 30 mars. (Revue de Paris du 1^- nov · texte numérisé non relu

Lettre du 30 mars. (Revue de Paris du 1^- nov

blier tant de preuves d'affection et de sollicitude. Il la savait également sensible à la faiblesse éperdue de son amour et ne voulait se résoudre à penser qu'elle ne lui reviendrait jamais.

Il restait obsédé quand même par Tiniage du beau Vénitien dénué de ses tourments d'âme, qui Tavait supplanté. — Sans croire si mal faire. Pagello avait désiré, sollicilé peut-être, les tendresses d'un cœur qui se déclarait libre. Pouvait-il se douter que le poète en recevrait si cruelle blessure, et prévoir telles conséquences à un caprice sans réflexion de l'homme gâté des femmes qu'il était... Il allait lui-même en souffrir, maintenant, dans la stupeur d'une aventure où s'enchevêtraient trop de senliments, pour sa psychologie saine. « Je ne te dis rien de Pagello, écrit George Sand à l'ami qui s'en va, sinon qu'il te pleure presque autant que moi^ et que quand je lui ai redit tout ce dont tu m'avais chargé pour lui, il s'est enfui de colère et en sanglotant. »

Ils devaient souffrir tous les trois. — Musset poursuit son voyage, trop navré pour écrire encore, et Antonio est négligent. George Sand, restée douze jours sans nouvelles, se prend à

UNE HISTOIRE D'AiMOUR

songer à tout ce passe douloureux. Elle est inquiète, et voici qu'elle aime d'amour son absent. Elle a peur de l'avoir perdue, cette âme charmante et bonne jusqu'en ses erreurs, ce brave cœur d'enfant qu'elle avait si pleinement conquis ! Où retrouvera-t-elle ces ineffables abandons de jeunesse et de poésie ! Quel autre amant le ferait oublier !... Et l'angoisse déjà redouble sa tendresse... Pendant ce carnaval de 1834, bien triste pour elle, elle écrit son roman de Leone Leoni. — On a voulu y chercher une demi-autobiographie. Nous y retrouvons, en effet, les cruelles allernatives qui agitaient alors l'âme de la pauvre femme, — entre son affectueuse estime pour Pagello et son renaissant, son cher amour pour le poète qui l'avait quittée, qu'elle laissait partir plutôt que de lui pardonner... Enfin elle reçoit, le 15 avril, une longue missive de Genève, et sa joie lui dicte cette lettre d'humble affection, ce cantique d'actions de grâces :

. . . J'étais au désespoir. Enfin j'ai reçu ta lettre de Genève. Oh ! que je t'en remercie, mon enfant ! qu'elle est bonne et qu'elle m'a fait de bien ! Est-ce bien vrai que tu n'es pas malade, que tu es fort, que tu ne souffres pas? Ne crois pas, ne crois pas, Alfred, que je puisse être heureuse avec la pensée d'avoir perdu ton cœur. Qae j'aie été ta maîtresse ou ta mère, peu importe ; que

je t'aie inspiré de l'amour ou de l'amitié, que j'aie été heureuse ou malheureuse avec toi, tout cela ne change rien" à l'état de mon âme à présent. Je sais que je t'aime, et c'est tout^... Quelle fatalité a changé en poison les remèdes que je l'offrais? Pourquoi, moi qui aurais donné tout mon sang pour le donner une nuit de repos et de calme, suis-je devenue pour loi un tourment, un fléau, un spectre ? Quand ces affreux souvenirs m'assiègent (et à quelle heure me laissent-ils en paix?) je deviens presque folle. Je couvre mon oreiller de larmes, j'entends ta voix m'appeler dans le silence de la nuit. Qu'est-ce qui m'appellera à présent? qui est-ce qui aura besoin de mes veilles? à quoi emploierai-je la force que j'ai amassée pour loi, et qui maintenant se tourne contre moi-même î Oh ! mon enfant ! mon enfant! que j'ai besoin de ta tendresse et de ton pardon ! ne parle pas du mien, ne me dis jamais que lu as eu des torts envers moi ; qu'en sais-je? Je ne me souviens plus de rien, sinon que nous avons été bien malheureux et que nous nous sommes quittés ; mais je sais, je sens que nous nous aimerons toute la vie avec le cœur, avec l'inlelligence, que nous tâcherons, par une affection sainte, de naus guérir mutuellement du mal que nous avons souffert l'un pour l'autre. Nous sommes nés pour nous connaître et pour nous aimer, sois-en sûr. Sans ta jeunesse et la faiblesse que tes larmes m'ont causée un matin, nous serions restés frère et sœur. Nous savions que cela nous convenait, nous nous étions prédit les maux qui nous sont arrivés. Eh bien, qu'importe, après tout? nous avons passé par un rude sentier, mais nous sommes arrivés à la hauteur où nous devions nous reposer ensemble. Nous avons été amants, nous nous connaissons jusqu'au fond de l'âme, tant mieux. Quelle

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