SCENE VI Pierrot, la Folie
La Folie
Pauvre ami! que fais-tu, sombre et mélancolique? Ton mal, je le connais. Veux-tu que je l'explique? Il me paraît inscrit sur ta couche de blanc. Quand on regarde ainsi, l'air sombre, vigilant, Tous les jolis minois, que nous cache le masque ; C'est qu'on cherche les traits d'une belle fantasque Qui sans doute, sourit à l'aise au bras d'autrui. On ne peut rattraper l'oiseau qui s'est enfui. A quoi bon tant souffrir? Chercher comme Archimède. Tu t'irrites en vain, ton mal n'a qu'un remède: La Folie; avec moi, tourne ses gais grelots, Et déride, un instant, tes traits par trop pâlots.
Viens, mon cœur est à prendre et vois ma lèvre exquise ; N'est-elle pas tentante ainsi qu'une cerise ? En amour, est heureux celui qui sait oser; Que ferais-tu, voyons, pour l'appât d'un baiser?
Pierrot
O Folie, aimable et rieuse ; A toi, merci capricieuse.
A toi, dont la douce bonté, Près de mes chagrins, met le rire Si charmeur, qu'il devrait séduire Plein d'éblouissante gaîté.
Mais mon cœur est inconsolable; Auprès du malheur qui m'accable, Tes discours galants sonnent mal. Que peux-tu? quand ta lèvre rose Où le ciel lui-même se pose, Me laisse l'esprit trop égal!