SCENE VII
Pierrot
C'est ainsi, que je vais errant parmi les fêtes, Quand le dieu Carnaval tourne toutes les têtes, Dans Nice, belle à voir et qui met, dans ses jours De joie et de gaîté, ses plus coquets atours, Heureuse d'acclamer, son roi d'une semaine, Qui, né sans courtisans, ignore toute haine Et que la fantaisie, en ces murs amena, Afin de bien peupler la place Masséna.
Le Carnaval, ailleurs morne, reste dans Nice Etincelant à voir; il a, comme complice
UNE IDYLLE EN CARNAVAL ig
Le soleil radieux; pour cadre et pour décor,
La mer, les orangers où pendent les fruits d'or!
Tout nous charme l'hiver, dans ce coin de la France ;
L'Olympia nous plaît par son air d'élégance;
La Jetée, attirante, au somptueux palais,
Triomphe sur la mer, en des horizons gais;
Le mondain Casino, paré jusqu'à ses voûtes,
Resplendit, dans la nuit brillante des redoutes;
Les dominos, portant tous deux mêmes couleurs,
Y voient venir l'intrigue avec des airs rieurs.
L'Opéra réunit, le soir, au Veglione,
Dans sa salle de bal, où le luxe rayonne,
Tous les gens désireux de vivre et de jouir,
Dans la chaude atmosphère, où règne le plaisir.
A Nice, où tout paraît captivant et folâtre,
Où la rue est aussi pimpante qu'un théâtre!
A Nice, où l'on entend, nid coquet d'amoureux,
Le rythme des baisers, chanté par les flots bleus;
A Nice, où l'on s'amuse, où la fête est exquise,
Où, l'on devrait avoir au bras une marquise;
Où, dans les airs charmés semblent voler les fleurs;
Où, les confetti durs, offrent aux querelleurs,
Le prétexte trouvé de se livrer bataille;
Je vais triste et je sens la foule qui me raille.
(Il reste un instant la tête basse, Colombine, qui sort d'une salle, un verre en main, l'interpelle)
2o UNE IDYLLE EN CARNAVAL