TENE QUOD HABES
Fe 9
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LIGUE DE Re FRANÇAIS EN AMÉRIQUE
Jean FAISCIER et Michel PORTELANCE
L'auteur du présent tract a fait depuis nombre d'années une élude suivie et consciencieuse de la condition des Canadiens français dans les divers milieux" où ils se trouvent, tant dans l'est que dans l'ouest des États-Unis. Il n'est rien qu'il n'ait vu des constatations qu'il nous relate, tant dans le présent travail que dans les volumes qu'il a déjà publiés sur ce sujet. Quatre autres études de la plume du même auteur suirront celle-ci.
La REDACTION.
CRC
Jean Faiscier dit Lelâcheur, en dépit de son nom un peu étrange, a du sang français dans les veines, c’est incontestable.
Son #mier ancêtre canadien faisait partie du régiment de rignan et la lignée de ses aïeux, presque trois fois centenaire, s'est déroulée tout près de Québec sans que rieh ne soit venu altérer la pureté de son origine normande.
Jean Faiscier lui-même, comme l’atteste la double autorité des registres de l’état civil et religieux, »st né à
de Bellechasse dans une antique maison syant, à proximité, son four à pain et son puits à margelle et à brimbale.
Quatrième enfant d'une famille assez nombreuse, (vingt-trois je erc s), il émigra aux États-Unis à l’âge de dix-sept ans, vers l’arnée 1866.
C'était alors le temr. , où les campagnes de la province de Québec se dépeuplaient au grand détriment du Bas- Canada, mais au profit des industries américaines qui
SR
surgirent, comme par enchantement, après la guerre de sévession.
Jean n'était pas un génie, mais ce qu on peut appeler un bon garçon.
Sobre, honnête, laborieux, assez bon chrétien, il voulait non seulement gaguer sa vie mais acquérir l'aisance, sinon la fortune.
Comme la plupart de nos compatriotes émigrés vers cette époque, il exerça différents métiers. Gurçon de ferme au Vermont, où il apprit un peu d'anglais, tisserand à Manchester, camionneur à Boston, bûcheron au Michigan, mineur en Californie, cardeur à Fall River, il finit par aller demeurer à Worcester où il se maria avec une excellente jeune fille récemment venue du Canada. C'est là que je le vis pour la première fois.
Jean Fai. ier avait alors trente-cinq ans. Comme tout bon Canadien, il avait une famille nombreuse. Sept ou huit enfants, je crois, encore en bas âge.
Seulement, ce qui me frappa quand je pénétrai dans son logis ce fut, comment dirai-je ?... l'absence presque complète de ces mille et une choses qui caractérisent l'intérieur canadien.
Il y avait bien ça et là quelques images pieuses, quelques portraits de famille, un chromo représentant sainte Anne de Beaupré, mais c'est tout. Tout le reste était américain. Georges Washington trônait au salon, à côté d'Abraham Lincoln. Les généraux Thomas Sherman, Grant, Sheridan, les uns à pied, les autres à cheval, figuraient dans cette galerie patriotique avec l'amiral Ferragut.
Puis, le mobilier lui-même déroutait ma juvénile inexpérience. Les chaises, les fauteuils, les canapés, les tables, les buffets, les commodex. "chambres à coucher et leurs accessoires, enfin jusqu'au suéle de cuisine avaient un cachet, un style ou mieux, une absence de style que je reconnus plus tard pour du pur Yankee.
Ma surprise redoubla quand nous nous mîmes à table. Au lieu d’une bonne soupe suivie d’un fricot substantiel, comme on en sert au Canada quand il y a de la visite; au lieu de la pièce de résistance qui complète le
fricot : le fameux pâté à la viande; on mit sur la table devinez... Des Boston beans, des Sa isages, des cakes de différentes formes , des cornichons ei puis... le triomphe de la cuisine américaine, un superbe mince-pie ! !
Ce repas, je me le rappelle comme d'aujourd'hui, me réservait bien d'autres étonnements. Les enfants dont la plus vieille pouvait avoir douze à treize ans, étaient venus se ranger autour de la table familiale à l'exception des deux derniers, évidemment trop jeur ; pour figurer à un repas où il y avait des étrangers.
Tous se tenaient bien, il faut l'avouc:. Mais pas un en s'adressant à sa mère ou son papa pour demander quelque chose, ne sut employer un mot français.
Tous parlaient l'rnglais.
Voyant la surpris se traduire dans ma contenance, dans mes veux surtout. le père qui prit cela pour l'admiration d'un Canadien fraîchement déballé, me dit avec orgueil : « Mes enfants ne savent pas un mc de français ».
Puis, avec un ton d'outrecuidance qui me navra : « Nous passons ici pour des Américains ».
Mais votre nom ? hasardai-je timidement.
« Mon nom ? » me répondit-il en riant, « n'est plus Faiscier, mais Fletcher ! »
Il n'était pas convenable, éta. son hôte, * lui faire la leçon. Aussi gardai-je le silence.
Cependant, cette mentalité, pourquoi ne - dirai-je pas? ce phénomène m'intriguait. Je me demandais, à part moi, comment il se faisait qu’ur" langue à nulle autre pareille, qu'une race au:s1 noble que la nôtre, que ses traditions surtout si fonciéicunent chrétiennes fussent devenues, pour un Canadien français, un bagage encombrant, une tare, dont il voulait préserver ses descendants. Jean Faiscier, trop obtus pour lire dans ma pensée, mais avec ce besoin de vantardise dont sont parfois affligée les parvenus, car il en était un à cette heure, me fournit bieutôt. de lui-même, les différentes réponses à toutes les questions qui se pressaient dans mon cerveau.
Voulait-il aussi, en même temps, faire l’édueation d'un nouveau sujet de l'oncle Sam? C’est possible.
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Les anciens, c’est-à-dire, ceux qui précèdent les autres dans une carrière quelconque ont assez souvent la manie de vouloir piloter les débutants et leur prodiguer conseils et renseignements.
Jean Faiscier, je le vois encore avec sa figure totalement rasée, son crâne prématurément chauve, où le peigne avait, à grande peine, tracé, de l’occiput au front, la ligne divisant, en deux parts égales, les quelques cheveux blonds filasses qui s'étaient obstinés à rester là, Jean Faiscier, dis-je, après s'être assis à l'américaine, cela veut dire les pieds plus hauts que la tête, commença, tout d’abord, à me narrer son histoire. Comme je ne me propose en aucune façon de donner ici un cours de géographie, j'en ferai grâce à mes lecteurs. Puis, quand il eut fini son intéressante épopée domestique qui dura au moins deux bons cigares fumés à petites touches, il me fit tout à coup dresser l'oreille en disant dans son langage ni anglais ni français :
« Les Canadiens ont tort de vouloir rester Canadiens dans un pays comme le nôtre. C’est bon ça pour ceux qui viennent passer quelques années aux États-Unis avec l'intention de retourner au Canada ».
Comme, je ne soufllais mot, prenant mon silence pour une adhésion, il continua en s’animant : «J'ai toujours refusé d’appartenir à une paroisse de langue française. Il n’y a pas longtemps, on est venu me demander de signer une requête où il était question d'organiser ici, à Worcester, une nouvelle paroisse canadienne. .…. j'ai pas voulu... Ils sont ici une poignée de Canadiens, dans le quartier, cent cinquante familles, tout au plus... Il y a déjà Notre-Dame pour ceux qui ne savent pas l’anglais; c’est assez... Imaginez, cent cinquante familles, pauvres, pour la plupart, acheter un terrain, bâtir une église, un presbytère et, par-dessus le marché, une école ! L'école, ha ! oui l’école, c’est à cela qu'ils tiennent surtout ces Canadiens arriérés, comme si celles (il disait les ceuses) du pays n'étaient pas suffisantes.
« J'en parlais tout juste hier au P. Fitzgerard notre curé. Il me dit: «Pourquoi une nouvelle paroisse canadienne? Je sais un peu le français; dites (ici il se