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Une introduction à la théosophie

La Société théosophique fut fondée à New-York en 1875 ; officiellement elle date du 17 novembre.

Il faut la considérer comme un mouvement spiritualiste, inauguré dans la première année du dernier quart du xixe siècle et ayant pour but d'aider l'humanité. Ses vrais fondateurs furent quelques grands Instructeurs, qui se proposaient, par là, de faire renaître en Orient et d’éveiller en Occident la connaissance de la vérité spiritualiste cachée dans la philosophie orientale.

Le matérialisme se répandait rapidement parmi les peuples occidentaux ; il pénétrait l’Orient et menaçait la vie spirituelle dans son existence même. La science triomphante augmentait constamment le confort matériel et le luxe, amenant ainsi un développement intellectuel qui entraînait l’élite de la jeunesse vers une philosophie de plu>s

en plus matérialiste. Par contraste, les âmes plus religieuses qu’instruites s'enfonçaient graduellement vers la superstition. On s’écriait déjà qu entre Rome et l’Athéisme il n’y avait pas de place pour une croyance sérieuse et éclairée, et que la lutte qui s’annonçait devait mettre face à face une religion méprisant la science et une science niant la religion.

Ce fut à ce moment de crise que les Gardiens de la vérité spirituelle prirent la décision d’envoyer dans l’arène un nouveau combattant : c’était la philosophie ésotérique. Il fallait un centre autour duquel pourraient se grouper tous ceux qui, philosophes ou non, étaient désireux de coopérer à l’œuvre d’amour et de fraternité parmi les hommes. Les Maîtres fondèrent la Société theosophique.

Si on considère cette Société dans sa manifestation sociale, ayant un objet défini, un règlement, une organisation propre, elle eut comme fondateurs Mme H. -P. Blavatsky, toute dévouée a ces grands Instructeurs dont nous venons de parler, et le colonel H.-S. Olcott, que Mme Blavatsky mit en-rapport avec ses Maîtres.

Mme Blavatsky faisait partie de la noblesse russe, descendant, par son père, delabranche des de Hahn établie en Russie, et, par sa mère, des Fadeeff et des Dolgorouki ; elle était ainsi la petitefillede la princesse Hélène Dolgorouki delà branche

aînée et la fille d’Hélène FadeefT. Ges détails nous viennent de son oncle, le major général FadeefT, aide de camp de l’Empereur et secrétaire d’État au ministère de l’Intérieur. Elle était veuve d'un conseiller d’État, le général Nicéphore Blavatsky, qui avait été sous-gouverneur de la province d’Érivan, dans le Caucase. Renonçant à son rang et à sa fortune, elle avait beaucoup voyagé, étudiant les sciences occultes, et avait fini par devenir le disciple d’un grand Maître de l’Orient. Sa vie entière fut dès lors, sous la direction de ce Guide, entièrement consacrée au service de l’humanité. Elle quitta cette vie le 8 mai 1891 ; elle habitait Londres à ce moment-là.

Pendant la période qui s’étend de 187b à 1891, elle fut le cœur et l’âme de la Société théosophique, le grand intermédiaire entre elle et les Maîtres de la philosophie ésotérique. Elle fit plutôt œuvre d’enseignement qu’œuvre d’organisation. Ses ouvrages : Isis dévoilée , la Doctrine Secrète, la Clef de la Théosophie, le Glossaire théosophique , ses nombreux articles dans le Pat/i, le Theosophist , Lucifer et d’autres revues, font un ensemble riche d’informations pour l’étudiant occultiste. Personne comme elle n'a su, dans notre génération, exposer la philosophie ésotérique, mais elle ne prétendit pas à l’infaillibilité, reconnaissant franchement qu’il pouvait y avoir des erreurs dans ses écrits, et ne cessant d’affirmer que chacun avait le droit

et même le devoir d’examiner avec intelligence et esprit de critique et de ne pas s’en remettre aveuglément à l’autorité d'un écrivain quelconque.

Le colonel H. -S. Olcott avait joué un rôle très honorable pendant la guerre de Sécession; il avait été ensuite fonctionnaire du Gouvernement des Etats-Unis. C’était aussi un journaliste dislingué et il était précisément chargé d’une enquête sur les phénomènes spirites delà ferme d’Eddy, quand il rencontra Mme H. -P. Blavatsky parmi ses visiteurs. Attiré par la connaissance évidente qu'elle avait des questions occultes, il se lia avec elle, et fut choisi comme président à vie de la nouvelle» Société. Il se dévoua à sa tâche avec un courage et une loyauté à toute épreuve, luttant contre les sarcasmes, la trahison, et les difficultés de tout genre, côte à côte avec la femme héroïque qu’était H. -P. Blavatsky. Il vit toujours, président-fondateur de la Société, et habite Adyar, près de Madras, aux Indes. C’est là, du reste, qu’est le siège de la Société et de la Section indienne.

La Société a trois objets :

i° Former le noyau d’une fraternité universelle de l'humanité, sans distinction de race, de credo , de sexe, de caste, et de couleur;

2° Propager l’étude des littératures orientales, anciennes et autres, l’étude des religions, philosophies et sciences, et en démontrer l’importance;

3° Etudier les lois inexpliquées de la nature et

les pouvoirs psychiques* latents dans l’homme.

Le premier seul de ces trois objets est obligatoire; les deux autres sont facultatifs.

La réalisation du deuxième objet, qui révèle l’Orient à l'Occident, tend à abaisser les barrières de races et de croyances, et l’Orient ne peut pas nous rendre un service plus fraternel que celui de nous dévoiler les trésors cachés de la connaissance spirituelle, mettant à notre disposition tant de richesses gardées jalousement jusqu’à présent . C’est de l’Orient que sont toujours venues les religions, et, en ce moment, il vient puissamment à notre aide dans la lutte contre le matérialisme.

Passons au troisième objet de la Société.

Il conduit l’homme à la fraternité en ce qu’il l’amène à la connaissance de lui-même et de ce qui l’entoure, pour lui démontrer finalement l’unité spirituelle qui se cache dans tout ce qui est.

Ces deux derniers buts ont besoin, pour être poursuivis, de capacités particulières et de circonstances spéciales ; ils n’obligent pas les membres de la Société, mais peuvent être suivis par ceux que ces études attirent et qui sont capables de s’y appliquer. Il est vraisemblable, du reste, que la plus grande partie des membres de la Société s’intéressent à ces questions, et que beaucoup d’entre eux les recherchent même par dilettantisme. S’il arrivait qu’on y fût tout à fait indif-

férent il suffirait de croire à la fraternité humaine, d’avoir le désir de travailler pour elle, pour être reçu dans la Société théosophique et en faire partie.

Les Sages qui travaillent au développement de l’humanité attachent une grande importance aux progrès de la fraternité parmi les hommes ; sur ce point, nous ne pouvons pas avoir de doutes. Le Maître K. H. a écrit, en effet, à M. Sinnett :

« Le principal objet delà Société théosophique n’est pas tant de satisfaire des aspirations personnelles que d’aider nos frères . Et dire que

vous avez discuté s’il ne fallait pas abandonner l’idée d’une fraternité humaine dont vous discutiez l’utilité, en vous demandant s’il ne convenait pas de transformer la Société théosophique en une sorte d’école d’occultisme. La Grande Fraternité repoussa cette idée; si une section théosophique anglo-indienne devait être formée, ce ne pourrait être qu’une branche de la Société mère (telle que la section théosophique de Londres), qui contribuerait à sa vitalité et à son utilité en défendant l’idée maîtresse d’une fraternité universelle, par des moyens pratiques. »

Une autre autorité très élevée écrivit également sur ce sujet :

« Ne nous dévouerions-nous donc qu’à donner notre enseignement à quelques Européens vivant dans l’aisance et dont beaucoup ont été

favorisés par les dons d upe fortune aveugle ? Nous leur donnerions les raisons d’être des phénomènes surnaturels et nous abandonnerions des millions de pauvres, d'ignorants, d’opprimés, sans aucune lumière, sans aucune force, sans aucune consolation pour cette vie et pour l’Au-dela ? Jamais! Périsse plutôt la Société théosophique avec ses malheureux fondateurs que de lui permettre de devenir une académie de magie ou une

école d'occultisme . Et ce seraient nous, les

humbles disciples des grands Maîtres, qui permettrions à la Société théosophique d’abandonner son noble but de fraternité pour devenir une simple école de psychologie ? Celui qui ne se sent pas capable de travailler pour ce but si élevé n’a pas besoin d’entreprendre une tâche trop lourde pour lui. Il n’y a pas, dans toute la Société théosophique, un seul de ses membres qui ne soit capable de l’aider efficacement, en corrigeant les impressions erronées que le public a sur elle, s’il n’est capable, par lui-même, de propager et de défendre ses idées. »

Ce fut avec la même clarté que ces deux grands Maîtres orientaux indiquèrent le programme du travail à accomplir et la manière dont la Société théosophique devait, selon eux, répandre dans le monde les enseignements aryens.

Citons le Maître K. H... :

« Les mêmes causes qui conduisent l’esprit hin-

dou vers le matérialisme affectent également toute la pensée occidentale ; à une époque où la civilisation donne la première place au scepticisme et rejette bien loin la spiritualité, vous pouvez faire un bien immense, en donnant aux natures occidentales le moyen d’affermir leur foi sur une base solide. La certitude dont elles ont besoin, la psychologie asiatique seule peut la leur fournir. Donnez-la, et, avec elle, vous ferez entrer le bonheur dans des milliers d'âmes (troisième but de la Société). L’ère de la foi aveugle est passée, il faut maintenant savoir chercher par nous-mêmes la vériié. La recherche de la vérité, qui se borne à démasquer l’erreur sans révéler les bases sur lesquelles l’âme puisse construire sa foi, ne fera que des iconoclastes. En brisant des images, on ne produira rien, on ne fera que démolir. La négation pure ne suffit pas à l’homme, l'agnosticisme n’est qu’un arrêt temporaire ; le moment est venu de canaliser l'impulsion prochaine qui peut conduire le temps présent à l’extrême athéisme ou le ramener au cléricalisme le plus absolu, s’il n’est pas conduit à l’antique philosophie des Aryens, qui, seule, peut satisfaire les âmes ^deuxième but de la Société théosophique).

« Vous et vos collègues pourrez être appelés à fournir les matériaux nécessaires à une philosophie religieuse universelle, qui résistera à tous

les assauts scientifiques, parce qu’elle porte en elle la fin de toute science. C’est bien une religion qui mérite ce nom, puisqu’en elle se rencontrent l’homme physique, l’homme psychique et tout ce qui en dépend. Et cela ne vaudrait-il pas un petit sacrifice? Si donc, après y avoir réfléchi, vous vous décidez à entrer dans cette nouvelle carrière, qu’on sache bien que notre Société n’est pas une fabrique de miracles, ou un club mondain, et qu’on ne s’y adonnepas spécialement à l’étude des phénomènes. Son but suprême est de lutter contre la superstition et le scepticisme, et d’extraire des sources si longtemps cachées la preuve que l'homme peut diriger sa propre destinée et savoir, s'il le veut, à coup sûr, qu’il revivra ici-bas. Il saura aussi que tous les phénomènes ne sont que les manifestations d’une loi naturelle, qui permet d’essayer de comprendre quel est le devoir de tout être intelligent. »

Avec une clarté égale, l’autre Maître, dont nous avons déjà parlé, écrit ce qui suit, sur les dangers qui menacent la civilisation actuelle et sur le but de la Société théosophique :

« L’humanité se divise, au point de vue intellectuel, en deux classes. De propos délibéré, les uns se préparent de longues périodes de nonconscience intellectuelle et de paresse spirituelle, qui les emprisonnent dans les fourrés obscurs de la bigoterie et delà superstition, procédé, en vérité.

qui ne peut amener qu'à une déformation complète du principe mental. Les autres se livrent sans frein aux passions animales, acceptant paravance, en cas d’insuccès, les éternités de dégradation qui suivent la destruction du corps. Ces classes intellectuelles réagissent sur les masses ignorantes quelles attirent à elles, et qui se figurent trouver en elles un bel et noble exemple à suivre. Elles ne font que dégrader et ruiner moralement ceux dont elles devraient être les protecteurs et les guides. Entre la plus basse superstition et la brutalité d’un matérialisme plus bas encore, la blanche colombe de la vérité peut à peine trouver la place de reposer son vol fatigué. 11 est temps pour la Théosophie d’entrer dans l’arène. La Société théosophique a été choisie comme la pierre angulaire des futures religions de l'humanité ; c’est elle qui achèvera l'œuvre tracée, et qui sera le chaînon pur et béni entre Ceux d’en haut et ceux d’en bas, entre l’alpha et l’oméga de l'humanité. Voilà le but de la Société théosophique et l’esquisse de son œuvre. Tous ceux qui y entrent doivent se considérer comme engagés d’honneur à servir leurs semblables comme des frères, et c’est ce service même qui est le fond de la Théosophie. Il ne suffit pas d’accepter la philosophie ésotérique, de rechercher la connaissance, de désirer posséder la science occulte pour faire d’un homme un théosophe, si sa vie n’est pas consa-

crée au service des autres. N’est pas un théosophe celui qui :

« Ne pratique pas l’altruisme ;

« N’est pas préparé à partager son dernier morceau de pain avec un plus faible et plus pauvre que lui ;

« Néglige d’aider l’homme, son frère, quelles que soient sa race, sa nation ou sa croyance, en quelque temps et quelque lieu qu’il le voie souffrir, et fait la sourde oreille au cri de la misère humaine ;

« Entend calomnier un innocent sans prendre sa défense, comme il le ferait pour lui-même. »

Les membres de la Société théosophique sont donc unis par un lien plutôt moral qu’intellectuel, et leur union est fondée sur le même idéal sublime et non sur une croyance officielle.

La Société théosophique ne formule pas de dogmes ; elle ne force à aucune croyance, à aucune église ; elle n’appartient à aucun parti ; elle ne s’occupe d’aucune des querelles sans fin qui divisent la société humaine et empoisonnent la vie de la nation, de la société et de l’individu. Partout elle crie aux hommes : « Paix ! vous êtes frères ! » Partout elle proclame : « Il n’y a pas de religion supérieure à la Vérité. » Elle ne cherche pas à éloigner les hommes de leur propre religion, mais elle les pousse plutôt à rechercher l’aliment spirituel dont ils ont besoin dans les profondeurs de

leur foi. Elle présente les enseignements de la Sagesse antique comme une étude à poursuivre, et non pas comme des dogmes à accepter. Ceux qui trouvent ces enseignements satisfaisants pour rintelligence, pour la morale et pour le cœur, les acceptent ; d’autres les rejettent ; d’autres en acceptent une partie et rejettent le reste. On considère comme une obligation d'honneur de respecter la religion d’autrui, comme on désire voir respecter la sienne, et la plus parfaite tolérance règne, à ce sujet, parmi les membres delà Société. De plus, cet esprit amène à une entente sérieuse pour rechercher la vérité, libérer l’âme des préjugés, élargir les esprits. Il développe, en même temps, des rapports aimables entre les membres et un réel souci d’apprendre. La Société attaque non seulement les deux grands ennemis de l’homme, la superstition et le matérialisme, mais, partout où elle s’étend, elle propage la paix et la bienveillance, établissant une force pacificatrice dans les conflits de la civilisation moderne. Depuis le commencement de sa fondation, il existe, dans la Société théosophique, un second groupe de membres qui prennent des charges plus considérables que les membres ordinaires. Les membres de ce groupe acceptent définitivement la philosophie ésotérique, ils croient aux Maîtres et considèrent H. -P. B. comme le messager de Ceux-ci. Ils sont prêts à travailler pour la Société avec

persévérance et désintéressement, et môme à faire des sacrifices pour elle.

Ils entrent dans cette phalange pour pouvoir aider l’humanité plus efficacement ; cherchant la connaissance spirituelle dans le but unique d'aider l’homme, ils ajoutent de la sorte leurs modestes efforts au travail de la Grande Fraternité, qui lutte sans cesse pour le progrès spirituel de l'humanité. Au début, ce petit groupe était appelé le second degré ou la section intérieure de la Société ; en 1888, il fut organisé plus complètement et, en 1890, son nom fut changé par II. -P. B., qui en était le chef, en celui « d’École orientale théosophique », détaché de tout lien officiel avec la Société, pour que celle-ci pût rester complètement neutre. 11 faut être membre de la Société pour entrer dans cette École, dont le principal objet est de former des travailleurs dévoués à la théosophie. Cette École est la porte par laquelle on passe pour trouver les Maîtres, pour atteindre la sagesse, en vue de pouvoir servir l'humanité plus efficacement ; mais le résultat dans la recherche des Maîtres dépend entièrement de l’amour et du dévouement dont l’aspirant est animé. Les personnes qui sont désireuses de faire partie de cette École sont priées de s’adresser à Madame Besant, qui en est actuellement le chef.

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