‹ Une introduction à la théosophieChapitre 2 sur 4 · LA PHILOSOPHIE ÉSOTÉRIQUE · texte numérisé non relu

LA PHILOSOPHIE ÉSOTÉRIQUE

La Philosophie ésotérique est un ensemble de connaissances embrassant toutes les vérités que l’homme peut atteindre pendant ce cycle d’évolution. Ces vérités ont été découvertes, vérifiées et contrôlées par des hommes dont la nature spirituelle a été si complètement évoluée que,poureux, « tous les règnes de la nature se sont dévoilés ». De tous temps, ces hommes ont formé une Fraternité qui garde cet ensemble de savoir et qui en fait profiter graduellement les races, à mesure que leshommes deviennent capables de se les assimiler. Les vérités qui concernent la nature spirituelle de l’homme viennent de cette source et ont formé la base des différentes grandes religions du monde. Les vérités d’un ordre intellectuel ont fourni de même les bases des grandes philosophies. Les vérités du monde physique ont été enseignées pour renouvelèr l’impulsion et l’évolution de la science. Ces bienfaits ont été apportés aux hommes par des membres de la Fraternité qui ont été adorés ou persécutés, portés aux nues ou massacrés, suivant les milieux où leur mission

les conduisait. Tels ont été les fondateurs des grandes religions : Zoroastre, Lao-tze, Krishna, Osiris, Bouddha, Jésus. L’origine commune des religions peut être prouvée par la communauté des enseignements, tant spirituels que moraux, qui sont à leur base. Toutes disent: « La source de l’univers est dans la Vie une ; l’esprit deThomme provient de cette vie ; l’homme peut, par conséquent, s’élever vers sa source et redevenir un avec elle. La vie humaine sur la terre a un but; ce but, c’est le perfectionnement de l’âme. L'homme est un être immortel, mais limité quant à sa nature inférieure ; la purification de cette nature inférieure et son union avec l’esprit sont les moyens qui lui sont donnés pour participer à l’immortalité spirituelle ; tous les hommes sont frères, et la loi de l’amour est la loi du progrès. » Telles sont quelques-unes des vérités qu’on pourra trouver dans toutes les religions, quelles que soient leurs différences dans la conception intellectuelle du dogme, dans les rites et les cérémonies du culte. La même eau peut servir à étancher la soif des hommes, quelles que soient la forme, la dimension, la richesse du vase qui la contient ; ainsi en est-il de la « source d’eau vive » qui jaillit de la profondeur de toutes les religions pour désaltérer nos âmes.

De même pour la philosophie : les grands Sages qui donnèrent aux Indes les Upanishads

appartiennent à la môme Fraternité que les philosophes qui, comme Platon, donnèrent à la Grèce, et par elle au monde occidental, ces immortels enseignements qui ont mis leur empreinte sur tous les systèmes modernes. La pensée de Pythagore, que l’Occident n’avait pas comprise, revécut au seizième siècle avec Giordano Bruno, et ce fut lui, le « second Pythagore », qui, dans un nouvel effort intellectuel, fit revivre la pensée grecque et aryenne. Et, de nos jours, ce ne sont pas de ces grandes personnalités, mais des hommes inspirés par l’étude de leurs œuvres, que nous voyons surgir de tous côtés. Ainsi que dans l’Inde antique, où les Rishis posèrent les assises de leurs écoles d’occultisme, nous voyons, en Allemagne, Fichte, Kant et Schopenhauer ; en Amérique, Emerson ; en Angleterre, Berkeley ; et, à côté d’eux, nous n’aurions garde d’oublier la noble cohorte des mystiques, Boehme, Eckhart, Fludd, saint Martin, Vaughan, Swedenborg. En eux, nous avons l’écho des enseignements anciens, les répétitions des conceptions antérieures, quoique mêlées de beaucoup d’erreurs.

.Aucun d'eux ne s’est élevé à des hauteurs aussi grandes, aucun n’a approfondi des abîmes plus immenses que ces gigantesques Instructeurs du passé, aux pieds desquels se groupent les maîtres de la pensée moderne. Ceux qui veulent vérifier cette affirmation n’ont qu’à étudier les philosophies

du monde entier : ils trouveront une parfaite identité, les mômes conceptions fondamentales, dans toutes les philosophies non-matérialistes, comme ils les trouveront dans toutes les religions.

Tournons nos regards vers les sciences ; c’est aux Indes cju'ont débuté l’astronomie, la géométrie, la médecine, la psychologie, avec un développement dont les temps modernes n’ont point approché. En Chine, en Chaldée, en Grèce, les sciences florissaient' et notre époque actuelle admire avec stupéfaction l’ingéniosité remarquable dont ces peuples surent faire preuve dans l’application de ces sciences. Dans l’Europe, au moyen âge, Paracelse donne l’impulsion qui guida la chimie, la médecine et le magnétisme sur la voie qui les menèrent à tant de triomphes futurs. Van Helmont, Greatorex et Mesmer tracèrent la route à Charcot et à Liébault, et la science française aurait fait un travail plus utile si elle avait suivi de plus près la voie que lui avaient tracée tant de brillants prédécesseurs. Aujourd’hui Crookes, Lodge et toute une phalange de penseurs jeunes et ardents, s’avancent dans les régions de la psychologie et de la physique déjà explorées par la philosophie ésotérique, et familière à ses étudiants avancés. Car en science, en morale et en philosophie, la philosophie ésotérique, l’Atma Vidya, ou Savoir Spirituel, est l’ensemble complet des vérités, et par son étude nous

pouvons apprendre ce que les hommes sauront plus tard, ainsi que ce qu’ils apprennent maintenant avec tant d’efforts et de peines, en perdant beaucoup de temps dans les chemins indirects.

Ainsi, nous prétendons qu’il existe une Fraternité d’hommes illuminés spirituellement, Gardiens d’un enseignement ayant existé depuis un passé immémorial jusqu’à nos jours, et nous en trouvons la preuve dans la succession des grands Instructeurs de l’humanité, proclamant une doctrine unique, mais toujours sous une forme adaptée aux temps et aux milieux. On Les a appelés Initiés, Adeptes, Mages, Hiérophantes, Mahatmas, Frères aînés, Maîtres... Peu importe le nom, le fait que le monde possède de pareils aides est la vérité et la consolation sublimes. Toujours et de toutes manières Ils travaillent pour l’humanité. La Société théosophique est un de Leurs moyens d’action dans le secours qu’ils veulent apporter aux hommes. Leur bénédiction repose sur elle, tant qu’elle est fidèle à sa mission ; mais Ils ne la guident pas directement, sauf dans les cas urgents, où on implore Leur aide et où on Leur obéit strictement.

Les principaux enseignements de la philosophie ésotérique sont :

L’Unité dont tout procède, en qui tout existe et à qui tout doit retourner. Pour exprimer Cela, les mots sont impuissants, les pensées chancelantes,

les spéculations inutiles : le non-manifesté et le non-limité ne peuvent être compris par nous, manifestés et limités que nous sommes. L'Univers est créé par l'émanation du grand souffle de l'Unité. Le Logos ou Verbe, jaillissant du silence, début de toute manifestation, émane, Trinité première sous un triple aspect : Le Premier, substance que notre imagination ne peut concevoir ; le Second, Esprit dans la matière, énergie dans la forme, vie dans le manifesté, est à la racine de tout ce qui est en voie d'existence, essence d’esprit, essence de matière, inconcevable à nos intelligences humaines; le Troisième aspect est l’intelligence, la conscience universelle, l’existence qui se meut dans les limites inséparables de ce qui est manifesté. De lui tout procède, par gradations et combinaisons infinies allant du plus subtil au plus grossier. Les parties de l’Univers depuis l’entité de la plus haute spiritualité jusqu’au plus petit grain de sable possèdent toutes : une vie, une conscience, une forme, car chacune provient du Logos, reflète le Logos dans sa mesure et a son double aspect : esprit, matière; pas d’esprit sans forme, pas de forme sans esprit : telle est la loi de tout univers manifesté.

Tels des rayons provenant d’un soleil, tous les esprits sortent de la Pensée Infinie. Là est la source de leur existence, là le feu central qui leur donne naissance à tous. C’est de là que vient

rUnité qui nous est commune à tous, et plus on s’approche de son origine, plus on se sent unis les uns aux autres. La réalisation cle cette commune origine nous fait voir en tout 1 Esprit Divin, et c’est ainsi que l’idée de séparativité se détruit et que le Un devient pour nous le Tout.

Des Logos naissent d’abord les plus hautes entités spirituelles, qui s’occupent de l’évolution des mondes, qui construisent les Univers et dirigent les forces cosmiques. Ce sont les « Dieux » des religions hindoue, égyptienne et chaldéenne. Ce sont les « Archanges » des chrétiens; dans la philosophie ésotérique on les appelle les « Constructeurs», les « Lipikas », les « Dhyan Chohans », les « Seigneurs », les « Esprits planétaires ». Après ceux-ci, viennent les entités chargées de diriger les forces de la Nature, mais d une façon plus restreinte. Tels sont : les Dieux inférieurs de l’hindouisme; les Anges de la chrétienté; les Élémentaux les plus élevés de la philosophie ésotérique. Enfin, toutes les entités inférieures moins développées en conscience que ne l’est l’homme lui-même sont connues sous les noms les plus variés et classés par la philosophie ésotérique en « Élémentaux inférieurs ». Il est bon, à ce sujet, de se souvenir que la nature ne doit pas être considérée comme une machine inconsciente et sans âme, mais bien comme un composé d entités vivantes ; que toute force, que toute existence est

l’expression de leur conscience et de leur volonté ; que chaque série d’êtres est sous la direction de consciences plus développées et que c’est pour cela que, dans la nature, les activités matérielles peuvent être contrôlées par la puissance de Famé, si la volonté est fermement dirigée vers ces entités inférieures. De même, les entités d’un ordre plus élevé peuvent être contrôlées par l’énergie spirituelle. C’est là la raison de ce que l'on a appelé la magie pratique, et, en effet, c’est un corollaire évident de la constitution même de la nature, telle que l’enseigné la philosophie ésotérique, telle que la connaît l’occultiste, c’est-à-dire de l’homme qui étudie les travaux de la pensée divine dans tout ce qui est.

Chaque atome de la nature reflète le tout dans sa constitution ; mais l'homme est une image en miniature qui offre certains avantages d’étude ; d’abord parce qu'il est pour nous le plus accessible, puis les divers règnes de la conscience sont plus développés en lui que dans les autres êtres de la nature qui l’entourent. Il y a des facultés latentes dans ceux-ci, qui sont actives dans l’homme, et dans lequel elles peuvent être étudiées. Chaque règne ou plan de conscience que l’homme développe en lui le met à même d’être en rapport avec le plan correspondant de l’Ünivers et, en devenant conscient sur un plan, l’homme peiit obtenir la connaissance de ce plan.

La philosophie ésotérique compte sept de ces niveaux, qui sont généralement nommés de bas en haut. Ils peuvent être envisagés comme des états de conscience; dans chacun de ces plans, la conscience se trouvant dans des conditions différentes agit d’une façon différente. Ainsi l’esprit, travaillant dans la matière la plus dense, organise les règnes minéraux, végétaux et animaux ou nature physique ; la matière devenant plus subtile entre dans des combinaisons d'un ordre plus élevé au fur et à mesure que se développe son évolution. C’est ce qui constitue le plan physique; le corps humain, composé de minuscules parties vivantes, y appartient.

Par le moyen de son corps, l’homme est en contact avec la nature physique; les parties de son corps mises en mouvement par des impulsions venant du dehors sont les instruments par lesquels il esta même d’avoir connaissance du plan physique et de l'influencer à son tour. Toutes les parties de son corps portent sa propre empreinte, et il la répand directement autour de lui* En faisant cela il affecte physiquement tout ce qui l’entoure directement, de même qu’il agit indirectement au triple point de vue mental, moral, et émotionnel.

L’ « éther nerveux » du docteur Richardson est une forme de ce que l’on nomme aujourd’hui le corps éthérique. L’existence de courants élec-

triques dans le corps prouve la présence de ce moyen de transmission à travers la matière éthérée sans laquelle aucun de ces courants ne passerait.

Une grande partie de la matière éthérique peut être écartée du corps pendant la vie, sous forme de corps ou double éthérique, pour lui donner son nom technique ; mais une opération semblable laisse le corps physique à moitié vitalisé et n’est même pas sans danger. Ce phénomène a lieu pendant une période de transes, quelquefois pendant une maladie ou pendant le sommeil.

Le second plan est le plan astral . La matière astrale est moins dense que la matière physique, elle sert d’intermédiaire entre les forces vitales et les molécules physiques. Cette matière astrale enveloppe chacune des molécules de la matière physique, interpénétrant de la sorte toutes les parties de nos corps. Elle nous entoure comme d’une aura dont la constitution varie avec notre état physique et psychique.

Les faits de clairvoyance et de clairaudience et beaucoup d’expériences du mesmérisme et de l’hypnotisme appartiennent au plan astral et sont en union étroite avec l’usage conscient et inconscient du corps astral et des sens astraux agissant dans la matière astrale.

Le troisième plan est le plan de la vitalité , Prana ou Souffle. Le grand Souffle, Jiva, est appelé

Prana quand il s’agit de l’homme, et c’est alors la force vitale qui maintient le corps physique en un tout organisé. A la mort, le véhicule de ce plan, le double éthérique, se sépare du corps physique, emportant avec lui cette force agglomérante, et alors les petits centres vitaux qui forment l’équilibre du corps se dispersent, laissant le corps se désagréger.

Le quatrième plan est le plan des désirs, des passions et des émotions de la nature animale ; on l’appelle le plan Kâmique ou des Désirs. Cet aspect du corps humain complète l'individu inférieur, qu’on appelle quelquefois l’homme-animal, et ces quatre principes (comme on les appelle souvent), corps physique, corps éthérique, corps vital et corps des désirs, sont les instruments qui permettent à l’homme de sentir, de souffrir, de jouir, M’apprendre, et tout ceci, dans un monde où ces quatre plans sont développés. Et ce qui travaille en eux et à travers eux, c’est l’homme réel, le penseur, appelé scientifiquement le Marias , l’esprit agissant sur le cinquième état de la nature, se manifestant en intelligence, création d’idées, volonté soi-consciente ; en un mot, ce qui correspond dans l’être humain au Troisième Logos dans l’univers.

Ce Manas, le cinquième principe, est l’esprit humain, immortel et d’essence impérissable. Il est enfermé dans l’être inférieur pour évoluer vers

l’union parfaite avec l'esprit Un, à travers toute une série d’expériences. Par lui, l’esprit s’individualise, et devient actif et soi-conscient sur tous les plans de l’existence. La nature du Manas le rend apte à cette double tâche.

Sous son aspect le plus élevé, le Manas supérieur , il tend vers l’esprit, et accumule de l’expérience ; dans son second aspect, le Manas inférieur , il s’unit à Kama, le quatrième principe, et par lui est en rapport avec les principes inférieurs. Nous l’appelons Ivama-Manas, quand il s’est uni aux principes kamiques. Son instrument est le cerveau, et il se sert des sens internes qui sont en rapport constant avec les sens externes (ceux du corps physique). Il peut être annihilé dans l'être inférieur, être tenu captif par les désirs, ou au contraire purifier et élever l’homme vers ce cinquième principe de la conscience auquel il appartient lui-même. Manas est le Dieu tombé dans la matière, et le Manas inférieur en est la partie ensevelie. Toute l’évolution humaine est l’effort de ce Dieu pour remonter à son propre plan, en entraînant avec lui la nature inférieure qu’il rachète. Cette nature inférieure, à laquelle il donne une forme, est la personnalité, et le succès ou l’insuccès d’une vie terrestre dépend de la manière dont la personnalité s’est assimilée à l’âme immortelle. Une personnalité, en effet, peut sombrer et périr, entraînant avec elle dans sa

chute, et bien loin de sa source, le Manas inférieur. — Par contre, elle peut être purifiée à ce point, que le Manas inférieur, écarté de son centre, y revient à sa mort, rapportant avec lui l’essence de cette personnalité qu’il rend immortelle.

C'est ainsi que Manas devient deux en s’incarnant et redevient un quand il se désincarné.

Le Manas inférieur s’insuffle dans le corps, et s’en retire de nouveau, après la mort. Le grand Souffle lui-même se manifeste par des créations et des repos alternatifs, et toutes les étapes de son pèlerinage se divisent en périodes sucessives d'incarnation et de désincarnation. Les périodes d'existence dans un corps physique sont appelées réincarnations, parce qu’elles ont lieu dans des corps au moyen desquels Manas fait ses expériences, expériences dont il recueille lui-même le résultat ; c’est, à proprement parler, une réserve d’expériences accumulées dans beaucoup de vies. Le caractère qui s’est manifesté dans chaque incarnation mortelle est le résultat de ses expériences ou plus exactement de telle partie de ses expériences qui a pu être assimilée pendant cette période.

Tout le Manas est, pour ainsi dire, coloré par ces expériences, et le rayon, le Manas inférieur, porte la couleur de sa source. Par des incarnations répétées, l'âme évolue, elle devient forte, acquiert

oÇ) —

la sagesse, et arrive a pouvoir dominer de plus en plus les conditions physiques, astrales et kamiques. Au fur et à mesure que ce pouvoir augmente, les corps successifs deviennent plus impressionnables aux impressions de l’âme et deviennent des instruments de plus en plus subtils. Les pensées forment les corps astraux successifs, et, comme les corps physiques sont construits d’après ceux-ci, leur forme dépend à la fois de la pensée , qui, dans l’homme comme dans l’univers, est la grande énergie qui forme et qui organise. A mesure que l’évolution avance, l'illusion de la matière a moins de pouvoir sur le Manas inférieur, et le rayon divin étant moins voilé, ressemble au foyer d’où il sort, et participe de sa nature élevée.

Le savoir acquis et l’expérience de Manas, arrivent à rayonner peu à peu et sans obstacle dans le cerveau delà personnalité ; la conscience supérieure et la conscience inférieure sont ainsi unifiées, Dieu se manifeste dans la chair. Ceci constitue un des grades inférieurs de l’adeptat, c’est le commencement du triomphe de l’âme sur la matière.

Les périodes de désincarnation, après que l’âme a abandonné la partie périssable de la personnalité, se passent dans un état de conscience nommé Dévachan, un état mental heureux, où l'âme s’assimile les expériences de la vie terrestre

qui vient de finir et où elle se développe et termine toutes les pensées commencées pendant cette vie. Une vie de peu de pensées et de peu d’amour sera suivie d’un Dévachan insignifiant, tandis qu’une vie remplie de ces qualités sera suivie d’une période dévachanique riche et variée. L’amour désintéressé, de nobles pensées, des aspirations pures rendent l’état dévachanique long et heureux. L’espoir, le désir du bien et du progrès de l’humanité qui n’ont pu être réalisés, peuvent être tellement retravaillés pendant la vie en Dévachan que l’âme à son retour sur la terre pourra avec plus de succès, les mettre en pratique, ayant appris le savoir par l’insuccès et la manière d’arriver au résultat par la méditation.

Gomme les âmes sont séparées les unes des autres par la matière, et comme le voile de l’illusion dans le Dévachan est moins épais qu’ici-bas, bien qu’existant toujours, l’union entre les âmes qui s’aiment est plus complète là-haut que sur la terre. En fait, le Dévachan est la vie normale de l’âme, et les incarnations successives ne sont que des intervalles de peu de durée qui viennent le rompre. Pour la moyenne des individus, on dit qu’il dure environ quinze siècles. Mais on ne peut pas lui assigner une durée exacte, attendu qu’il varie dans de très larges proportions.

La période qui s’étend entre le moment où

l’âme quitte le corps et celui de son entrée en Dévaclian varie également beaucoup, et ceci d’après la vie physique qui vient définir. Lorsque le corps astral se sépare, entraînant avec lui les autres principes, c’est la mort. Pendant un très* court espace de temps ces principes demeurent avec le corps astral. Ils l'abandonnent ensuite, le laissant se désagréger en même temps que le corps physique lui-même. Les cinq principes qui restent passent en Kama-Loka, monde de Kama ou du désir ; et c’est là que le Manas inférieur doit se séparer de Kama, brisant ainsi les liens qui retiennent l'âme enchaînée. Cela est plus ou moins long, selon la force respective de Kama et de Manas. Si la pensée s’est fixée avec force sur les choses terrestres, sur les puissances matérielles, les plaisirs, les appétits, en sorte que Kama soit prospère et que Manas dépérisse, il s’ensuit un long et douloureux combat entre l’âme qui lutte pour se libérer et la brute qui la retient captive. Par contre, si la vie a été pure et remplie de nobles pensées, notre personnalité inférieure se trouve affaiblie, et l’âme s’endort dans la paix pour un court espace de temps, pendant que les liens qui la retenaient à la terre tombent. Puis elle se réveille en Dévachan.

Comme l’âme passe successivement à travers ses vies terrestres, astrales et dévachaniques, allant d’un corps à l’autre, chacun différent de

celui qui l’a précédé, on se rendra compte rapidement pourquoi l’âme est considérée comme l’homme réel, l’individualité, l’éternel pèlerin en marche dans la voie de l’Évolution. Les personnalités successives qui contribuent chacune pour sa part à former le bagage d'expériences de cette individualité ne peuvent pas être regardées comme l’homme, comme le véritable soi , elles ne sont que les vêtements dont l’âme se revêt et qu’elle jette au loin lorsqu’ils sont usés.

On verra aussi que, dans toutes ces étapes, dans toutes ces vies, sur différents plans, l'homme récoltera ce qu’il aura semé. Les lois de causalité sont partout. Partout la moisson suit les semailles. Cette vérité est exprimée dans ce mot « Karma », un terme sanscrit qui signifie littéralement l'action, mais dont on se sert pour exprimer les rapports étroits des causes et des effets. Comme un Maître le fait remarquer : tout homme génère des pensées; ces pensées prennent forme, et ces formespensées se réunissent dans le monde astral aux élémentals et s’animent d’une vie propre qui en fait des entités indépendantes, bonnes ou mauvaises, selon que la pensée qui les a créées était elle-même bonne ou mauvaise. Ces entités, qui remplissent l’atmosphère astrale de l’âme qui leur a donné naissance, forment son Karma ; et vie après vie, elle construit sa destinée au milieu de ces

forces qui l’entourent et dont elle est elle-même la créatrice. L’homme ne peut échapper à son Karma; mais la manière dont il l’accepte engendre un bien ou un mal nouveau pour l’avenir. Il doit travailler aujourd’hui au milieu des environnements dont il est l’auteur, mais ses efforts peuvent changer l’entourage du lendemain. Ainsi que le présent est le résultat du passé, ainsi l’avenir sera le résultat du présent, de telle sorte que l’homme n’est pas l’esclave de la destinée, mais bien son maître, puisqu'il en est lui-même le créateur.

Aucune âme ne peut séparer sa destinée de celle des autres âmes, car elles sont en rapport constant sur tous les plans et s'influencent les unes les autres.

Sur le plan physique, il y a échange ininterrompu entre les molécules dont toutes les vies sont composées, ce qui crée une fraternité physique à laquelle nous ne pouvons échapper. Il y a donc là un devoir pour chacun de nous, qui est de purifier les vies physiques qui nous donnent l’hospitalité et de ne les quitter qu’après les avoir améliorées et non rendues plus mauvaises.

Sur le plan astral nous nous influençons les uns les autres par les vibrations subtiles de la matière astrale, qui attirent les forces des trois plans les plus élevés, vital, émotionnel et intellectuel; il s’ensuit une fraternité qui peut être

une source bienfaisante ou malfaisante suivant la nature des influences mises en mouvement par chacun de nous. Nous devons influencer les autres, mais il faut choisir le genre d’influence dont nous devons nous servir; nous ne pouvons pas éviter la solidarité, mais nous sommes capables soit d’aider nos frères, soit de leur nuire. L’immense valeur morale de la philosophie ésotérique, n’est pas le fait d’établir une fraternité humaine, mais de nous donner la connaissance qui nous permet de rendre cette vérité bonne et utile pour nos semblables. On reconnaîtra maintenant pourquoi les véritables fondateurs de la Société, les Gardiens de la philosophie ésotérique, ont établi comme objet essentiel et obligatoire pour cette Société la formation d’un noyau ayant pour but la fraternité humaine universelle.

Deux principes restent, que nous n’avons pas encore envisagés, pour compléter l’évolution de l’homme. Latent chez tous, mais n’existant à aucun degré chez tous, sauf chez les Maîtres, ce sixième principe est Boucldhi. Nous ne pouvons en tenter aucune description, à notre stage d’évolution. Nous pouvons voir ses effets chez les grands Initiés qui ont fondé des religions ; dans leurs visions si nettes des vérités spirituelles; dans l’autorité de la connaissance directe qui caractérise leurs révélations. On l’a appelé « l’âme spirituelle », la faculté du discernement spirituel. Manas, uni à

Bouddhi, devient l’Ego spirituel, et cette union marque l'achèvement du plus haut adeptat. Cette union élève l’homme au-dessus des pouvoirs de la nature matérielle, elle en fait le maître de la vie et de la mort, elle lui ouvre le Nirvana, l’état du savoir parfait et du bonheur.

Et enfin, rayonnant sur tous les hommes, source meme de leur existence, soleil qui donne la vie, est Alma , le Soi-Un, l’ Unique. Comme dit Shrî Krishna : Celui qui me voit en toutes choses, et qui voit toutes choses en moi, je ne me séparerai jamais de lui, et il ne me quittera jamais. » Méditons ces paroles en silence, nous ne pouvons « savoir » avant de « devenir ».

Telles sont les grandes lignes de la philosophie ésotérique. Les adhérents de toutes les religions y reconnaîtront des doctrines qui leur sont familières sous une autre forme, dans leurs croyances respectives, et ils doivent admettre que la philosophie ésotérique arrive dans le monde comme une amie des religions, pouvant établir une défense intellectuelle et forte des croyances, taxées autrefois uniquement sur la foi et l'intuition du cœur humain.

En montrant la source d’où proviennent les diverses croyances, cette philosophie stimule l’homme de bonne volonté à travailler partout pour la paix religieuse et pour le respect mutuel entre les diverses croyances. Le rapport

de la philosophie ésotérique avec toutes les religions est donc un rapport d ami, d'aide, de purificateur ; elle approfondit la foi religieuse et forme un obstacle contre les vagues du matérialisme.

Quand la science occidentale devient matérialiste, quand elle discute des questions spirituelles, rit de l’existence de l’âme et mine la religion, c’est alors que la philosophie ésotérique intervient. Mais quand la science étudie la nature, compare ses découvertes, fait de patientes expériences, accumule les faits, systématise le savoir,... alors la philosophie ésotérique n’a pour elle que des paroles d’encouragement.

Pour que l’aide soit efficace, la science doit, pour l’acquérir, s’allier avec l’amour pour l’humanité, et chercher à employer son savoir pour le service de l’homme et non pour sa destruction. La science doit devenir morale dans ses fins, et chercher le savoir, non pour le savoir seulement mais dans un but humanitaire.

Tels sont les enseignements d’un Maître, et sur un tel sujet les paroles d’un Gardien de la philosophie ésotérique ont la plus grande autorité.

Page 1