CHAPITRE NEUVIÈME
par les liens les plus sacrés', m Le 12 septembre, le duc de Brunswick avait donné l'ordre de marche; les troupes prussiennes s'étaient ébranlées. Le duc, resté l'un des derniers à Wesel, avait paçsé le Rhin dans la soirée, sur un pont de bateaux, et s'était avancé vers Clèves. De nombreux officiers. Anglais, Russes, Mecklembourgeois, servaient comme volontaires dans son étut-major. Les princes régnants de Saxe-Weimar et d'Anhalt avaient obtenu l'autorisation de l'accompagner. Le 13, la province de Gueldre était envuhie; l'armée d'occupation se présentait comme amie ; elle venait rétablir l'ordre public, sauver les Pays-Bas de l'anarchie, rendre au Stathouder les privilèges qui lui appartenaient. La princesse d'Orange, suivie de ses dames d'honneur et de son escorte, s'avançait au delà de Nimègue pour recevoir ses libérateurs et saluer le vaillant chevalier, qui soutenait si galamment sa cause. Les officiers prussiens portaient par courtoisie la cocarde orange à leur chapeau; ils étaient accueillis par la foule aux cris de : Vive Orange ! Le vieux chant de Guillaume de Nassau retentissait de toutes parts; le temps était magnifique, la victoire était assurée. L'expédition semblait une partie de plaisir, pour ne pas dire une fête de famille. La journée du 14 fut accordée au repos; les soldats avaient fait la veille une marche forcée ; ils devaient
1 Donné à Amersfoort, le 11 septembre 1787.
8*ossurer du pain et des fourrages pour trois jours; la vraie campagne ne commençait que le lendemain. On venait d'apprendre la nouvelle que la Commission de Woerden avait donné l'ordre de rompre toutes les digues^ de défoncer tous les chemins. Bientôt la Hollande serait sous Teau. Quelles mesures en dehors de l'inondation la Hollande pouvait-elle opposer aux forces de Frédéric-Guillaume jointes à celles de son beau-frère?
Les premiers succès remportés par les patriotes dans leur lutte contre les États d'Amersfoort et le Stathouder n'avaient pas été poursuivis ; les troupes du prince, reprenant courage, pouvaient s'emparer sans grand effort de la petite ville de Wyck, abandonnée par les corps francs, sur l'annonce de forces supérieures ; le rhingrave de Salm, désireux de réparer cet échec, faisait une démonstration inutile et se retirait un peu à la hâte, sur les premiers symptômes de résistance de la part des orangistes. Ces petits faits d'armes, insignifiants par eux-mêmes, avaient produit un effet considérable. La Providence semblait changer de parti. Les stathoudériens, eux aussi, faisaient enfin des prisonniers. Un pasteur /;afnb/ej célèbre par son exaltation, avaitété arrêté à Wyck. Quinzejours plus tard, Te Rhingrave échouait encore dans ses tentatives. L'armée de Guillaume Y, campée à une lieue d'Utrecht, ayant fait, sur sa gauche, un mouvement pour menacer cette ville, le Rhingrave voulut