‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 140 sur 167 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

la surprendre sur la droite et fit attaquer le château de Soesdyk. Après un combat assez vif, il se voyait repoussé ; le paysan qui lui avait servi de guide était tué; un autre paysan, un traître d'après les patriotes, s'oflFrait pour le conduire à Utreclit et le dirigeait sur le camp de Zeist, occupé par l'ennemi; son erreur n'était reconnue qu'au dernier moment*. « La barque fait eau de tous les côtés » , écrivait le Rhingrave; « on se bat au gouvernail, et personne ne veut travailler dans les agrès. » Les reproches du Rhingrave n'étaient pas sans fondement, mais il les méritait tout le premier. Le courtisan aimable et souple de Versailles était devenu un despote au petit pied, insupportable et dangereux, qui voulait tout dominer et en remontrer à tous. C'était un condottiere avide et prodigue, sans grands talents militaires et sans courage. Ou remarquait trop souvent qu'il préférait les bons repas et les amours faciles aux hasards de la bataille. On lui reprochait surtout de ne se trouver jamais à portée des balles.

Les commissaires de Woerden continuaient, au contraire, à remplir leurs devoirs avec une conscience absolue ; ils travaillaient sans relâche à développer les moyens de défense. Mais la bonne volonté ne supplée pas aux connaissances professionnelles. Politiques très -honnêtes, diplomates

* Memorials and times of Ondaatje, Pages 90-117,

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non sans hnbileté, ils ne faisaient que de très-médiocres chefs d'armée, troubles par leurs scrupules constitutionnels, arrêtés sans cesse par les intrigues du Rlîingrave et Tincapacité du général Van Ryssel. Leur vrai rôle eût été de préparei'la lutte et d'en remettre la direction à un vérilable homme de guerre. On avait pense à M. de Lafayette, qu'on eût prié de commander un corps de vingt mille volontaires, m Si les affaires étaient devenues sérieuses » , écrivait-il à Washington, « j'aurais sans doule été placé à la tète de toutes les forces militaires des provinces républicaines. Le Rhingrave et son ami, le ministre de France, ont arrêté la transaction en persuadant aux chefs que ce choix déplairait à la cour de Versailles. Les Hollandais disent maintenant qu'en cej^te affaire, comme en d'autres, ils ont été trompés par la friponnerie du Rhingrave. »

A défaut de Lafayette, les commissaires de Woerden demandèrent des canonniers à la cour de France. Les fortifications d'Utrecht devenaient splendides ; de nombreux canons couvraient les murailles; les ingénieurs manquaient, et surtout les artilleurs; ces derniers avaient déserté. Le maréchal de Ségur, alors ministre de la guerre, était trop, grand partisan de l'alliance hollandaise pour se refuser à cette prière ^ Deux cents

' « Nos amis ont été infiniment touchés de la bonté avec laquelle le Roi daigne accueillir la demande de la commission de

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