CHAPITRE NECVIÈME
Leclercq, major du régiment du prince de Salm dans FEmpire, lui annonçait la retraite de son chef. a On a abandonné toute Tarlillerie à Woerden ; la Commission de L. H. P. partait aussi pour Amsterdam. J*ai appris à Rotterdam que Gorcum était rendu ^ » « Le chemin est ouvert à présent jusqu'à la Haye » , écrivait de son côté M. Gaillard, « et rien ne peut plus arrêter les Prussiens. J'imagine qu'ils arriveront dans la journée de demain. En attendant, la fermentation est au comble depuis ce matin parmi la populace. Elle inonde les rues de la Haye chamarrée de rubans orange et insultant les passants qui n'arborent pas cette couleur. Nous nous attendons à une soirée très-orageuse et à des excès de toute espèce. M. le Grand Pensionnaire m'a prié de me rendre chez lui, ce matin à sept heures. Son discours m'a paru porter sur des principes si contradictoires, que j'ai jugé qu'il commençait à perdre la tête, ou qu'il voulait tacher d'ajuster sa conduite sur les circonstances*. » M. Van Bleiswyck n'était pas le seul à perdre la tête, et bien des gens se préparaient à ajuster leur conduite sur les circonstances. L'évacuation soudaine et inattendue d'Utrecht, la fuite du Bhingrave, la reddition, au premier feu, de Gorcum qui, bien
1 Copie de la déclaration faite par M. Leclercq. Hollande, 574, no 113.
* Gaillard à Montmorin, 18 septembre 1787. Hollande^ 574, no 114.
défendu, eût pu tenir trois semaines et qui couvrait la Hollande; des coups si brusques, si répétés, si terribles, avaient troublé toutes les âmes.
Amsterdam seul restait debout dans ce désastre. La Commission de Woerden s'y était retirée, ainsi que les Pensionnaires et les membres des Etats encore Bdèles à la cause des patriotes. On y préparait tout pour la résistance. Le rbingrave de Salm se présenta devant la ville ; on lui en ferma les portes comme à un traître. Il disparut soudain de la scène, sans que l'on put savoir où il avait caché sa honte. C'était bien la honte.qu'il méritait*. «La friponnerie decetaventurierpoltron» , comme disait Lafayette,avaitdépassé toute mesure. Utrecht eût pu résister plusieurs semaines, d'après M. de Bellonet, l'un des officiers français envoyés pour le défendre. Le Rbingrave l'avait abandonné sans combat. Revêtu, grâce à ses intrigues, d'un commandement suprême qu'il feignit de n'accepter qu'à regret, il avait préparé de longue main une retraite qui ressemblait à une trahison. Dès le mois d'août, le bruit s'était répandu que les commissaires de Woerden, soucieux seulement du sort de la Hollande, avaient envoyé au Rbingrave l'ordre formel d'évacuer Utrecht. La Commission avait
1 Les archives des affaires étrangères contiennent plusieurs mémoires écrasants pour le RLingrave, rédigés par MM. de Ternant et de Frescheville. Le Rhingrnve a essayé de leur répondre par diverses lettres assez déclamatoires, mais qui ne peuvent le laver du soiij'çon de trahison ou de lâcheté.