‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 147 sur 167 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

protesté contre ces allégations. Le 13 septembre, le Rhingrave lui donna connaissance de la marche en avant de l'armée prussienne. Les circonstances étaient critiques. Les communications entre Utrecht et Woerden deviendraient bientôt impossibles. Un général en chef ne pouvait attendre sans cesse des instructions qui ne lui parviendraient pas peutêtre. Le rhingrave de Salm insista; il menaça de se retirer. Les commissaires, vu le danger pressant, lui remirent une sorte de blanc seing non daté qui lui permettrait de se diriger suivant les cas. Le Rhingrave n'attendit pas pour s'en servir. Il se retira sans combattre, et sa retraite précipitée se changea bientôt en déroute. « Il est impossible de concevoir et d'exécuter un projet comme notre évacuation d'Utrecht » , a dit M. de Frescheville, l'un des officiers envoyés en Hollande ; « on nous a laissés, .nous autres Français, dans la ville, sans nous faire marcher et sans relever les postes. Nous avons fait une demi-lieue sans rencontrer personne ^ » La joie des stathoudériens n'était pas moins grande que le trouble des patriotes , mais le désordre n'y perdait rien, M. de Valence, l'un des attachés du comte de Saint-Priest qui avait pu pénétrer jusqu'à Rotterdam, « rencontrait dans les chemins des troupes de paysans les parcourant avec des fusils et le sabre dans la main, criant sans

1 Extrait du journal de M. de Frescheville en Hollande depuis le 13 septembre jusqu'au 4 octobre 1787. Hollande, 575, n^ 1.

cesse : Vive le prince d'Orange! » Son courrier, en venant de la Haye, « voyait, beaucoup de maisons pillées... et n'arrivait qu'en descendant plusieurs fois, en buvant avec le peuple et se couvrant de rubans orange » . A Delft, « il y avait beaucoup plus de meurtres et de pillage qu'à Rotterdam* » . Partout les clochers, les maisons, les vaisseaux même étaient couverts de pavillons stathoudériens. « On a cassé les fenêtres et détruit les maisons de plusieurs patriotes » , reconnaissait sir James Harris lui-même, qui se hâtait d'ajouter : « Ma maison est assaillie de hurrahs et d'acclamations. Je suis content de voir que les habitants de la Haye me considèrent comme leur ami*. » Le surlendemain, 20 septembre, le ministre d'Angleterre était encore plus joyeux". « Son Altesse le prince d'Orange est entré à la Haye aujourd'hui à deux heures, au milieu des acclamations de la populace ; ses chevaux ont été dételés à un mille de la ville. Il a été traîné par les corps de bourgeois orangistes. » La joie de sir James Harris devenait bientôt de l'enthousiasme. « Je ne puis vous exprimer mes sentiments en ce jour le plus beau que je voie certainement jamais », s'écriait-il le 21 septembre, u Jamais la politique et le sentiment n'ont été si intimement unis. Les acclamations et les bé-

* M. de Valence à M. de Saint- Priest^ Rotterdam, 20 septembre, huit heures du matin.

* Sir James HaiTÏsan marquis de Garmarthen. Diaries, II, 377.

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