CHAPITRE NEUVIÈME
liance offensive et défensive de la Prusse et des Pays-Bas. Le 15 avril de la même année, un traité presque analogue était conclu entre les Pays-Bas et l'Angleterre.
Ce n'est pas à l'étranger seulement que le gouvernement de Louis XVI devait ressentir les déplorables effets d'une politique hésitante et imprévoyante. En France même, l'opinion publique n'accueillait pas sans indignation cette humiliation nationale; Mirabeau n'était pas le seul à protester contre l'oubli des traditions glorieuses de la monarchie, et les apôtres encore timides des idées révolutionnaires se trouvaient encouragés par les preuves trop évidentes d'une faiblesse qui devait perdre le pouvoir royal, après en avoir compromis la dignité.
Le 9 octobre 1787, M. de Lafayette avait écrit à Washington pour lui apprendre « les funestes événements de la Hollande» . « L'entrée des troupes prussiennes a été également contraire aux lois de l'honneur, puisqu'on négociait, et à la politique. Nous avons été surpris, le roi de Prusse a été mal dirigé, les Hollandais sont ruinés, et l'Angleterre se trouve la seule puissance qui ait vraiment gagné au marché. »
Ni la France, ni l'Angleterre, ni la Prusse n'avaient vraiment gagné au marché.
La France devait se ressentir longtemps de l'erreur qu'elle avait commise en laissant s'engager
une lutte qu'elle ne voulait ou ne pouvait pas soutenir.
La Prusse, trompée par notre apparente faiblesse, croyait la nation française plus malade qu'elle ne Tétait en réalité, et le duc de Brunswick devait apprendre, en 1792, que les défilésdeTArgonne s'enlevaient moins facilement que les écluses d'Amsterdam.
L'Angleterre elle-même avait-elle suivi une politique sage et prudente, en montrant aux soldats prussiens la route à suivre, pour occuper en moins de cinq jours la moitié des Pays-Bas?
Frédéric le Grand, il n'y a guère plus d'un siècle, terminait par ces lignes quelque peu sceptiques son Histoire de la guerre de Sept ans : « C'est là le propre de l'esprit humain que les exemples ne corrigent personne, les sottises des pères sont perdues pour les enfants. Il faut que chaque génération fasse les siennes. »
L'avenir prouvera, je l'espère, que Frédéric le Grand s'est trompé.