I INTRODUCTION
eût fallu déterminer d*iine manière précise les devoirs et les droits du Stathouder, établir avec netteté sa part dans le gouvernement et fixer ses prérogatives. Des circonstances fâcheuses ou de coupables négligences ne le permirent pas, et, pendant deux siècles, les Pays-Bas furent troublés par des luttes de parti toujours violentes et parfois sanglantes •
Pour maintenir ou grandir leur influence dans l'État, les stathouders profitèrent de toutes les occasions et furent utilement servis par les divisions intérieures de la République. L'union ne régnait pas toujours entre les provinces. La Hollande était pour les six autres un objet constant de jalousie et souvent de haine. La part prépondérante qu'elle avait prise à la lutte contre l'Espagne, ses richesses immenses, sa célébrité excitaient contre elle l'envie de provinces moins connues ou moins fortunées. On l'accusait tantôt de prétendre à une domination tyrannique, tantôt de se confiner dans un égoïste isolement; toujours de diriger dans son propre intérêt les affaires de toute la généralité.
La Hollande, de son côté, ne considérait pas sans quelque mépris ses six alliées qui, ne parvenant pas entre elles toutes à fournir au budget de la République un contingent aussi considérable qu'elle seule, avaient pourtant chacune dans les États-Généraux un droit de vote égal au sien. Elle
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leur reprochait de se montrer trop sensibles aux avances intéressées des stathouders, et combattait ces symptômes de défection par la distribution de beaucoup de charges dont elle était maîtresse et qui lui conciliaient les suffrages. « Elle peut, disaiton, donner en bénéfice des provinces entières, et elle a des appâts pour attirer à elle les renards qui savent flairer le profit. » Pendant deux cents ans, et avec des alternatives diverses, la situation des partis resta à peu près la même.
D'un côté, le Stathouder s'appuyant sur l'armée et sur six des provinces, servi par la majorité de la noblesse, adoré par la populace, protégé par l'Angleterre.
De l'autre, la province de Hollande, alliée naturelle et héréditaire de la France, gouvernée par une aristocratie municipale riche et puissante, soutenue par la marine qu'elle favorisait, suivie par un bataillon de villes, eu tête desquelles se plaçait Amsterdam.
Mais quelles que fussent les difficultés, les querelles, les divisions dont souffrait la République, un même sentiment noble et généreux se réveillait dans toutes les grandes crises, et possédait toutes les classes comme tous les partis : l'amour passionné pour un pays créé par la main de l'homme et arraché par d'héroïques efforts à la domination étrangère.
Pour défendre le sol natal et la liberté nationale
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contre Tennemi commun, le faisceau un moment rompu se resserrait g[lorieusement, et les Provinces- Unies, levant fièrement le drapeau légué par les Gueux, ne reculaient devant aucun sacrifice pour n maintenir » leur indépendance.