XXII INTRODUCTION
République. « Les États-Généraux, dit-il, sont intéressés avec nous, comme nous avec eux, à la commune et réciproque conservation et prospérité de nos couronnes, pays et sujets. » Et si le Gascon de génie qui régnait alors sur la France laisse parfois percer quelque dépit de la prudence avec laquelle ses fidèles alliés répondent a ses protestations, il n'en persiste pas moins à regarder l'union avec les Pays-Bas comme naturelle et essentielle pour la France.
La reine Elisabeth n'est pas moins prodigue de ses témoignages d'amitié; elle saisit toutes les occasions de parler en termes aimables aux envoyés des États-Généraux, et la fille altière de Henri VIII s'applique à jouer, vis-à-vis d'eux, ces rôles de grande coquette souple et impérieuse qu'elle savait prendre avec tant d'art dans la vie privée.
Même à cette époque, la France et l'Angleterre se trouvent sans cesse en désaccord au sujet des Pays-Bas, mais les politiques des deux royaumes se seraient bien gardés de faciliter l'ingérence d'une autre puissance dans les affaires de la République. On ignorait alors, à vrai dire, ce que c'était que la Prusse. Le petit électeur ambitieux et pauvre qui gouvernait le Brandebourg n'aurait pas osé, dans ses rêves les plus hardis, prévoir la fortune de sa maison ; on n'avait pas encore inventé dans les universités allemandes la savante théorie des races germaniques, et l'on eût bien étonné un Hol-
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landais du seizième siècle, en lui disant que la géo* graphie et la linguistique s'unissaient pour con* damner sa nation à n'être qu'une annexe ou une province du grand empire.
La situation géographique des Pays-Bas, leurs richesses proverbiales, leurs flottes nombreuses et bien équipées, leurs colonies étendues et prospères contribuaient à attirer et à justifier l'attention des grandes puissances. La constitution compliquée des provinces, leur jalousie réciproque, l'ambition des stathouders concouraient à faciliter le rôle actif des ministres de la France et de l'Angleterre.
Une série de fédérations agissant les unes sur les autres par des rouages savamment construits, mais toutes jalouses de leur indépendance et de leur souveraineté, tel était en résumé l'état de choses établi le 23 janvier 1579, et connu dans l'histoire sous le nom d' « Union d'Utrecht » . Les Étals-Généraux, formés de députés représentant chacune des sept provinces et nommés par elles, étaient souverains sur tous les points intéressant l'ensemble du pays. C'étaient eux qui déclaraient la guerre et qui faisaient la paix, qui envoyaient des ambasr
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sades et recevaient les ministres des autres puissances, qui votaient les impôts et administraient les finances dans leur rapport avec l'ensemble de la confédération, et pour subvenir aux frais de l'armée, de la marine, de la diplomatie.
Les États provinciaux, composés de membres délégués par les villes ou par la noblesse, étaient souverains pour tout ce qui regardait l'administration de leur province, pour régler ses recettes et ses dépenses, mais sans avoir plus le droit de diriger les affaires intérieures de chaque ville que les États-Généraux n'étaient autorisés à se mêler des affaires intérieures de chaque province.
Les Conseils ou Régences des villes comprenaient des membres généralement nommés à vie et qui se recrutaient souvent eux-mêmes. C'étaient eux qui nommaient à tous les emplois, distribuaient toutes les charges, établissaient les budgets, jouissaient, dans la plupart des cas, du pouvoir exécutif et judiciaire, qu'ils confiaient à des bourgmestres pris dans leur sein ou parmi les familles patriciennes.
Est-il besoin de dire que cette machine politique était trop compliquée pour ne pas être sujette à de fréquents et graves accidents? Tout était ou pouvait devenir matière à conflits entre tant de souverainetés distinctes. Les habitants des villes accusaient leur conseil d'usurpation; les villes renvoyaient ce reproche aux provinces, qui l'adressaient à leur tour aux États-Généraux.
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Gomme pour ajouter à de si nombreuses causes de difficultés et de désunion, la Constitution reconnaissait un autre pouvoir encore, et donnait au Stathouder un rôle imparfaitement défini, dans le maniement des affaires publiques. Mirabeau a publié contre le stathoudérat un pamphlet éloquent et violent, où il rappelle tous les maux causés par l'ambition des princes d'Orange.
Il eût dû, pour être juste, placer en face de ces maux les services rendus par la maison de Nassau à sa patrie d'adoption. Sans l'ambition courageuse et la calme intrépidité du Taciturne, les efforts héroïques des provinces pour secouer le joug de l'Espagne n'eussent pas rencontré le même succès; sans la froide habileté et la ténacité invincible de Guillaume III, la République eût peut-être fini par succomber sous les attaques de Louis XIY. Ce n'est pas seulement par reconnaissance que les États-Généraux avaient confié au Stathouder le commandement de l'armée et de la flotte, sous le nom de capitaine et d'amiral général. Les républiques, pas plus que les monarchies, ne peuvent se passer de soldats pour les défendre et de généraux pour conduire ces soldats à la bataille. La naissance des princes d'Orange, leurs alliances avec les maisons royales de l'Europe, leurs talents militaires, leur courage les désignaient à l'attention de leurs concitoyens. C'est ce que les signataires de l'Union d'Utrecht avaient bien compris. Mais il