‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 9 sur 167 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ciens hollandais, et avec eux la cour de France, s^ obstinèrent à ne voir dans M. le prince de Nassau-Dietz que le u premier citoyen et le premier serviteur de la République » .

Mais la jeune princesse prussienne qui venait de s*unir à Guillaume Y n'entrait pas dans ces distinctions constitutionnelles.

Nièce d'un grand roi, élevée dans un État où la monarchie était absolue, malgré la philosophie de son souverain, elle croyait très-sincèrement monter sur les marches du trône, et n'eût peut-être pas consenti sans cette conviction à devenir la femme du Stathouder.

La princesse Wilhelmine de Prusse a été l'objet d'admirations sincères et de haines également violentes ; les écrivains du parti orangiste l'ont représentée comme une héroïne et comme une martyre; les adversaires de la maison de Nassau l'ont montrée sous des couleurs non moins vives, mais moins favorables. M. Henri Martin s'est fait leur écho quand il parle de « l'odieuse femme du Stathouder » .

Je ne voudrais tomber ni dans l'un ni dans l'autre des excès que je signale.

Le musée royal de la Haye possède deux portraits de la princesse d'Orange, peints à deux époques différentes.

Dans le premier, la princesse, toute jeune encore, parait un peu naïve sans beaucoup de firan-

cliise, et quelque peu roide sans beaucoup de tenue. C'est une Allemande assez gauche, bien élevée et mal habillée, qui ne sait pas porter encore ses vêtements de femme et qui semble gênée par la grande robe verte que vient de lui meltre une de ses dames d'atour.

Dans le second, œuvre remarquable de Tischbein, les années sont venues, la princesse n*est plus un enfant, ses traits se sont formés ; elle est devenue belle, d'une beauté sévère, mais non sans charme. Son visage impérieux et digne a de la grandeur, mais on y devine plus l'autorité et l'obstination que la douceur et la bonté. C'est une femme et une mère, qui a vécu et qui a souffert, qui croit connaître les hommes et qui les méprise.

Elle semble contempler, non sans dédain, le portrait qui fait pendant au sien et qui représente son mari. Guillaume V n'avait, il faut l'avouer, aucun des charmes qui peuvent attirer ou fixer l'attention d'une femme passionnée et ambitieuse. Successeur, mais non descendant des héros qui avaient servi la République tout en voulant l'asservir, le prince d'Orange avait pu remplir leurs charges sans hériter de leurs vertus. Ce représentant déchu d'une grande race nous apparaît sans noblesse et sans majesté dans deux portraits qui se trouvent aussi à la Haye. Petit-fils de George II d'Angleterre, il était comme lui de petite taille et avait

Page 1