‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 10 sur 167 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

comme lui le nez retroussé, les yeux ronds et trop saillants ; de grosses joues où le sang coulait mal, des lèvres épaisses, mais sans caractère; un regard maussade sans animation et fixe sans profondeur achevait l'ensemble d'une physionomie à laquelle manquait le prestige.

Non pas que Guillaume Y fût sans morgue, et qu'il ne réclamât avec une passion puérile tous les honneurs qu'il se croyait dus. Pour lui, comme pour son grand-père, les questions d*étiquette jouaient un grand rôle, et son esprit minutieux s'attachait à découvrir dans tous les actes de ses adversaires l'intention d'outrages à sa dignité.

Quant à ses qualités intellectuelles et morales, que nous disent ses contemporains, ses amis comme ses adversaires?

Interrogeons-les, sans nous arrêter aux nombreux pamphlets qui le comparent à Néron et à Philippe II.

M. de Yérac, ambassadeur de France à la Haye, revient sans cesse sur son manque d'esprit, sa maladresse, sa faiblesse, ses raffinements d'hypocrisie : « La dissimulation et la fausseté, écrit-il , sont la base de son caractère. »

M. de Bérenger déclare « qu'il semble avoir résolu de ne négliger aucune occasion de perdre toute estime et toute confiance » .

M. de Rayneval, envoyé en mission spéciale par M. de Vergennes, assure que le Stathouder sera

conduit à sa perte par son opiniâtreté ; il parle de ses « résolutions vraiment inconcevables» , de « sa morgue ou de son imbécillité », de « sa démence » et de « sa déraison ' » .

Sir James Harris, ministre d'Angleterre, et serviteur passionné de la cause orangiste, affirme dans une dépêche « qu'il est impossible de voir sans en être frappé jusqu^à l'abattement, le manque d'énergie et de vigueur d'esprit du prince ; un tel homme ne peut gagner à aucun jeu. Si on ne lui administre pas une potion endormante, la ruine est inévitable *. »

Le comte de Goertz, chargé par la cour de Prusse de régler les affaires de Hollande, est quelque peu arrêté par la considération due au neveu du grand Frédéric ; mais ce roi qui ne se sent pas retenu par le même scrupule « s'étonne de l'entêtement etde Timbécillité '» de Guillaume. La femme du Stathouder elle-même a ne prononce jamais son nom qu'avec l'apparence du respect, mais elle ne se fie pas plus en lui que lui en elle » , et va jusqu'à dire à sir James Harris, dans un moment d'abandon : ce II peut m'arriver de souhaiter au prince des vertus qu'il n'a pas et de désirer le voir

^ M. de Rayneyal^ 3 janvier 1787. Affaires étrangères. Hollande.

' Sir James Harris au marquis de Carmarthen, 28 janvier 1785. Diaries and Correspondence , II, 97,

3 Le marquis de Vérac, 26 février 1785.

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