‹ Une jambe de moins; épisode de la campagne d'ItalieChapitre 2 sur 39 · AUX BLESSÉS · texte numérisé non relu

AUX BLESSÉS

Vous qu'à la première victoire Un boulet fatal arrêta ; Vous qui dans le sang et la gloire Êtes tombés à Magenta ;

Et vous qui, plus heureux sans doute.

Tout en payant même tribut, N'avez poursuivi votre route Que pour être atteints près du but,

Et par qui, d'une main certaine, L'Italie, à Solferino, De sa gothique et lourde chaîne A brisé le plus ferme anneau ;

Grenadiers, Voltigeurs, Zouaves, Artilleurs, Chasseurs ou Lanciers, Qui que vous soyez, ô mes braves.

Humbles soldats, fiers officiers.

De mon livre acceptez l'hommage I A vos palmes joignez ces fleurs!

D'autres ont dit votre courage; Moi, j'ai souffert de vos douleurs,

Dont peut-être la plus cruelle Put encor celle de songer Que, lors d'une guerre nouvelle, On irait sans vous au danger.

Car je vous connais, car mon âme A volé vers tous ces blessés ; Parmi la fumée et la flamme J'en ai pu contempler assez.

Et plus tard, de mes yeux humides Je vous ai vus, nobles débris»

Vous surtout, jeunes invalides Que vint acclamer tout Paris 1

Si bien qu'aujourd'hui, dans nos rues, A l'aspect d'un brave écloppé.

Je sens mes entrailles émues, Je sens le coup qui l'a frappé.

Aussi, soit que dans la chaumière Pleine de votre souvenir, L'œil inquiet de votre mère Vous ait vu de loin revenir;

Soit que votre cité natale Berce en ses bras votre repos, Soit que la grande capitale ' Vous fasse oublier vos drapeaux;

Si vous aimez à la veillée , Ou pour tromper l'ennui du jour, Près de Tâtre ou sous la feuillée, Lire lin simple récit d'amour,

Un conte qui ne vise guère Qu'à vous divertir un moment, Mais qui mêle un écho de guerre A la chanson du sentiment,

0 mes amis, lisez ce livre Où vos faits mêmes sont tracés, Où du regard vous pourrez suivre L'ombre de vos exploits passés.

De vos exploits passés? Que dis-jel Deux ans sont à peine écoulés.

Mais, depuis, par plus d'un prodige Vos frères se sont signalés ;

Et, d'ailleurs, notre belle France A tant de lauriers dans ses mains, Qu'elle peut, sans indifférence, En laisser choir par les chemins.

Tout appelle, tout sollicite Son esprit sans cesse éveillé :

Les lauriers repoussent si vite, ' Lorsque son épée a brillé!

C'est pourquoi , bien qu'en sa mémoire Vous viviez et vivrez toujours, A votre dernière victoire Elle n'a donné que deux jours,

Et n'en donnera qu'un peut-être Aux sept ou huit mille troupiers Qui, tambour battant, ont su mettre Le Céleste Empire à ses pieds! .

Sa gloire ainsi se renouvelle, El nos fils vdrcront après nous....

Mais vous souffrez encor pour elle, Et j'ai voulu chanter pour vous.

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