EN GARNISON
II pleut, il grêle, il tonne, il fait un temps du diable* Entendez-vous comme le vent s'engouffre dans le port, comme il siffle fnrieux autour des vaisseaux qui sont à Tancre, comme il semble pleurer de ne point rencontrer une seule victime sur les flots environnants? Toutes les barques sont rentrées, et les habitants ont fait comm^ elles; il est une heure de Taprès-midi, et vous ne rencontreriez pas une âme dans les rues de Lorient : la tempête règne sur la ville comme sur un désert, en souveraine. Tranquillisez-vous, lecteur, je ne veux pas vous exposer à la rage des éléments déchaînés; nous allons entrer ensemble dans cette maison d'assez bonne apparence dont le rez-de-chaussée est occupé par un
épicier, nous monterons un escalier étroit et sombre, et nOus nous arrêterons au deuxième étage. Là, nous ouvrirons la première porte qui s'offrira à nous y et nous pénétrerons dans une chambre assez confortablement meublée, où se trouve un jeune officier qui fume. Ge jeune officier est assis dans un fauteuil, les pieds relevés en l'air et appuyés contre le mur. Ne vous scandalisez pas de cette posture; elle est très-commode pour rêver ou pour digérer, et notre héros, car c'est luimôme que je vous présente ainsi à brûle-pourpoint, notre héros se livre en ce moment à cette double opération. Il sourit, et son œil s'illumine en suivant -les légères et capricieuses bouffées de son cigare ; il semble indifférent à l'éclair qui luit, au vent qui gronde, à la foudre qui éclate : il y a du soleil dans ses pensées, il y a dans son sourire le calme d'un beau jour. Avouez, madame (j'aime mieux supposer en ce moment que la personne qui me lit est une dame), avouez que ce jeune militaire a une physionomie des plus heureuses. Ses cheveux bruns, un .peu crépus, encadrent un front saillant qui annonce l'énergie et Tintelligence ; ses yeux bleus brillent comme des yeux noirs, et ses lèvres rouges, naturellement entr'ouvertes, laissent voir une double rangée de dents étincelantes. La figure est ronde et manque peut-être de noblesse, mais elle respire la bonne humeur et la loyauté. H ne porte qu'une petite moustache, toute sa barbe est coupée, ce qui donne au bas des joues et au menton une légère nuance bleue, qui, contrastant avec un teint chaud , produit une variété de tons qui ferait la joie d'im peintre. Il est robuste et bien constitué , et parait avoir de vingt-cinq à vingt-six ans. S'il se levait , nous pourrions juger de sa taille, qui doit être un peu au-dessous de la moyenne ; mais il se trouve bien dans Ja position où il est, et je ne crois
pas qu'il en change encore de longtemps , du moins amnt d'avoir fini son cigare. Il y a plus d'un quart d'heure que nous sommes là, le mobilier de la chambre ne mérite pas d être décrit, c'est le mobilier ordinaire d'one chambre garnie. De quoi vais-je vous parler ? Si j'essayais de pénétrer avec vous dans le cœur de notre iumeur inmiobile? Mais silence, écoutons, on frappe à la porte. Il pose vivement ses pieds à terre, rengaine son sourire et demande d'une voix nette :
c Qui est là ?
^ C'est moi, répoiïd-on du dehors.
-•Ahl
— Voulez-vous venir î
— Oùî
— Au eafë.
— Non, merci.
— Ah ç^, qu'est-ce que vous avez donc? dit un autre militaire entr'ouvrant la porte ; vous êtes toujoui's seul, vous ne venez pas au café. Savez-vous l'idée qui nous est venue, au c^taine et à moi , c'est que vous êtes amoureux.
— Allons donc I
— Vous l'êtes. Mais dites-moi seulement si c'est de b petite mercière ou de la marchande de tabac, pour que je n'aille pas sur vos brisées.
— C'est de la marchande de tabac.
— £h bien, je vais acheter du ruban.
— Bonne chance. »
L'interrupteur descend l'escalier en chantant. Notre jeune officier aUume un second cjigare et reprend la posture qu'il vient de quitter. La tempête continue. Il se remet à sourire et à contempler plus amoureusement que jamais les caprices de l'odorante fumée, qui semble Tentretenir de ce qu'il a de plus cher au monde.
dette bouffée, qui monte droite et transparente, peut lui représenter, par exemple , une jeune fille pare et candide qui touche à peine à la terre et qui aspire au ciel. Il aime. Voyez comme son regard s'est attendri en s'élevantj quelle expression noble et confiante ont prise tous s^s traits ! Mais voici que les ondes vaporeuses du cigare, agitées par le vent qui passe à travers une fente de la croisée , décrivent dans l'air mille courbes bizarres ; il les suit toujours de l'œil comme on suit les îeux d'un enfant. Tout à coup il tire de sa poitrine un médaillon suspendu à son cou par une ganse de soie, et il le regarde, et il le baise à plusieurs reprises avec toute l'ardeur de sa jeunesse. Nous ne nous sommes point trompés, il est amoureux, et nous allons connaître celle qu'il aime. Mais que vois-j'e ? ce n'est point le portrait d'une jeime fille, c'est celui d'im petit ange de cinq ou six ans dont il n'est pas même possible de distinguer le sexe. Serait-ce un pèreau lieu d'un amoureux ? Un père , déjà 1 Non , non, ce n'est point ainsi qu'un jeune père regarde sa fille, ce n'est point ainsi qu'il lui parle du cœur et des yeux ; un jeune père aurait quelque chose de plus grave dans la douceur, de plus calme dans l'adoration. D'ailleurs, la monture du médaillon n^est pas neuve, le portrait ne date pas d'hier, cette enfant avait cinq ou six ans quand on la peignit; aujourd'hui elle en a seize peut-être, aujourd'hui elle est la fleur charmante que nous promet ce frais bouton.
Mais, me direz-vous, comment ce portrait se trouvet-il entre les mains d'un lieutenant de voltigeurs? Un peu de patience, cher lecteur, je vous promets que nous ne' larderons pas à l'apprendre.
Le vent s'est apaisé , la foudre ne gronde plus , la pluie tombe à torrents , et notre lieutenant a fini son deuxième dgare. Il se lève, regarde l'heure à la peu-
dale et à sa montre, se promène de long en large et de large en long tout en boutonnant sa tunique y tout en poursuivant le cours de ses réfle^^ions couleur de rose. Trois heures sonnent, il prend son képi et descend ra^ pidement l'escalier.
n n'avait point Tintention de sortir, car il s*arréte sar le seuil de la porte , et mettant ses mains dans ses poches, il regarde de côté et d'autre s'il voit venir quel* qu'un qu'il attend. Mais la rue est toujours déserte, la pluie tombe toujours, et, après un quart d'heure d'at^ tente, il murmure entre ses dents :
« Maudit yaguemestre ! »
Le vagaemestre est le facteur spécial qui porte les lettres aux militaires.
Enfin, conmie l'arc- en-ciel après l'orage , une veste bleue et un pantalon rouge apparaissent au coin de la me; mais ils s'arrêtent plus d'une fois avant d'arriver à la maison de l'épicier , et notre jeune homme s'impatiente et répète de plus belle :
< Maudit vaguemestre ! »
Mais voici bien une autre afiaire, le vaguemestre passe et n'a pas du tout l'air d'avoir de lettre pour lui.
< Hé ! dites-donc ! lui crie-t-il , n'avez-vous nen à mé remettre ?
— Non, mon lieutenant. Âh! c'est-à-dire oui.... en voilà une. < A monsieur Louis de Bussière. »
— Donnez. Mais vous devez en avoir une autre , ajoute-t-il après avoir regardé la suscriptiou.
— Non, mon lieutenant. Ah! c'est-à-dire oui, en Toici encore une.
— Vous avez donc bu, aujourd'hui?
— Non, mon lieutenant. C'est le brouillard....
— C'est bon ! »
Louis de Bussière., car nous pouvons maintenant
rappeler par son nom, remonte quatre à quatre Tescalier et s'enferme dans sa chambre. Il ouvre avec précipitation une des deux lettres, celle qu'on lui a remise la dernière, et il lit avec émotion , et une larme brille dans ses yeux, mais une larme de joie : c'est que c'est une lettre de sa mère.
Et pourtant il y a dans son émotion quelque chose que n'explique pas suffisamment la tendresse filiale. Je ne sais si je me trompe, mais je crois que la lettre Tent retient de quelqu'un qui lui est cher à un autre titre, d'une personne à laquelle il pensait tout k l'heure en fumant, de l'original du portrait peut-être. Les romanciers ont des privilèges dont ils ne craignent pas d'abuser ; nous allons donc satisfaire notre curiosité, en lisant par-dessus son épaule, au risque de nous voir accuser d'indiscrétion. Seulement dépêchons-nous , il va tourner la page.
a Limoges, 8 octobre 1858.
< Mon cher Louis ,
« Il y aura bientôt un mois que tu m'as quittée, et je te cherche encore à toutes les heures du jour, je ne puis m'accoutumer à ton absence. J'étais si fière de me promener à ton bras, j'étais si heureuse lorsque, le soir, tu restais pour faire mon piquet, au lieu d'aller voir tes amis ! Ce congé a été bien court. On enviait mon bonheur pourtant, et on avait raison; mais on ne songeait pas qu'en jouissant de ta présence je me disais à toute minute que bientôt tu repartirais, que nous serions séparés encore une fois, et pour bien longtemps peut-être. Aujourd'hui , je suis seule dans mon petit appartement qui est triste comme moi de ne plus te
posséder. Tu ne l'égayés pins de ton bon rire joyeux, mon panvre Lonis; aussi on entendrait bruire une moQcbe, c'est un silence qui vous glace, an silence qui TOUS dit : il n'est plus là. Nardy dle-méme, qui n'était point bavarde cependant, Naxdy ne trouve plus rien à me dire; elle a dépensé avec toi toutes ses paroles. Elle se néglige aussi pour la cuisine, elle ne &it plus de ces bons ragoûts que tu aimes tant, et je suis obligée de lui rappeler quelquefois qu*il n'est pas nécessaire que nous mourions de faim parce que tu n'es plus là.
< Mme Dapré est venue me voir bier afrec sa fille : c*est la deuxième visite qu'elle me fait depuis ton dé* part. Elle avait un air singulier, elle lançait de temps en temps à Lucie des regards courroucés ; Lucie était toute rouge et prête à pleurer. Il était évident pour moi que sa mère avait contre elle quelque grief dont on voulait m*infonner , mais on désirait que je provoquasse, l'explication par un mot. « Qu'est-ce que vous avez donc ■ contre cette pauvre enfant? > lui demandai-je enfin. Les larmes de Lucie s'échappèrent avec abondûice , et , comme j'essayais de la calmer, elle se jeta dans mes bras en sanglotant. Mme Dupré me dit alors qu'il s'agissait d'un portrait volé, d'un portrait de sa fille qu'on avait fait lorsqu'elle était encore toute petite, et je me rappelle, en effet, avoir vu cent fois cette jolie miniature pendue à la cheminée par une faveur bleue dans la chambre de mon amie. Ce qui complique la chose et ce qui justifie h colère de Mme Dupré contre Lucie, c'est que celle-ci connaît le voleur, qu'elle a été témoin du vol et qu'elle ne l'a avoué à sa mère qu'à la dernière extrémité, quand elle a vu que les soupçons allaient tomber sur une pauvre ouvrière innocente. Je te dirai de plus que le délit a été commis le^ jour même de ton départ de Limoges.
« Ah I monsieur mon fils, vous décrochez ainsi sournoisement les portraits des jeunes personnes 1 Rassuretoi, mon bon Louis, je ne suis pas un commissaire de police. Après m'avoir priée tout haut de te redemander la miniature en question , Mme Dupré ma dit tout bas qu'elle 4e permettait de la garder. Elle est fort aise, au fond, que l'inclination de sa fille s'accorde si bien avec les projets que nous avons formés ; seulement Lucie est une enfant, elle a quinze ans à peine, et sa mère, qui ne veut à aucun prix la marier avant dix-huit ans, ne serait pas fâdiée qu'elle t'aimât un peu moins pour le quart d'heure.
< Ainsi, mon cher ami, tu as encore trois ans pour devenir capitaine. Mme Dupré ne serait pas fâchée non plus que son gendre portât la double épaulette. Elle est ambitieuse. Ce n'est pas uniquement parce que je suis sa meilleure amie et parce que tu es un joli garçon qu*elle te destine sa fille , c'est aussi parce que tu as un de de* vaut ton nom et parce qu'il n'est pas impossible que tu sois un jour général.
c Tu sais avec quel soin elle nous a toujours caché jusqu'ici le chiffre exact de sa fortune; elle a cru pouvoir me dire enfin, l'autre jour, qu'eUe donnerait à Lucie soixante mille francs. C'est moins que nous ne pensions. Ces gens discrets passent toujours pour plus riches qu'ils ne sont. Après cela, si elle donne à sa fille soixante mille francs, c'est qu'elle en gardera au moins autant pour elle, ce qui vous reviendra plus tard, Lucie étant fille unique. Puis M. Dupré, qui est depuis déjà quinze ans en Amérique, pourrait bien en revenir million^ naire un jour ou l'autre. Il n'a jamais vu sa fille, il est vrai, il avait quitté le domicile conjugal près de deux mois avant sa naissance ; mais je crois bien qu'il songerait à elle, s*il devenait riche , et, quoiqu'il ne corresponde
pas ayec sa femme, je sai/s de source certaine qu'un de ses amis le tient au courant de tout ce qui concerne Lucie. Ce n'était point un méchant homme que M. Dupré; c'était un honune exalté et qui, par conséquent, ne pouvait s'entendre avec Mme'Dupré.
« Je bavarde conmie si je n'avais rien autre chose à faire, et j'ai là devant moi du linge à raccommoder. Nardy ne peut suffire à tout, et je n'ai pas le moyen de prendre sonvent une ouvrière. Ce que je te dis là n'est pas pour que tu m'envoies de l'argent ; je te le défends, au contraire,, car tu n'en as pas trop pour toi , et je ne veux pas que tu aies l'air de te priver de quelque chose, n vaut mieux faire envie que pitié.
< An revoir, mon bon Louis. Je te recommande d'avoir toujours les plus grands égards pour ton colonel et d'être aimable avec sa femme. Elle fait de lui tout ce qu'elle veut, et, cooune elle a la prétention d'être char-» mante, elle sera flattée des attentions d'un joli garçon comme toi. En temps de paix, il faut se servir de tout pour avancer. Ce n'était pas le système de ton pauvre père; aussi est- il resté capitaine toute sa vie, et la peu-» don que je touche aujourd'hui est insignifiante, tandis que, s'il avait voulu !...
• Mais, encore une fois, au revoir. Voilà qu'il ne me reste plus de placé pour t'embrasser.
« Ta mère, < Louise de Bussiére. >
Les yeux du lieutenant sont devenus humides. H songe aux privations que s'impose sa mère, il voudrait avoir les appointements d*un maréchal de France pour lui procurer toutes les douceurs qui lui manquent. Par malheur, il n'a pas toujours même de quoi suffire aux exigences de sa position : il n'a que sa paye, car il aban-
donne à sa mère la petite rentp que son père lui a laissée en mourant, et il ne s'en fait pas un grand mérite y se disant que ce n'est presque rien. Aussi sa figure s'est rembrunie y son sourire a disparu, ce franc sourire qui l'animait tout à l'heure'. Maintenant il jette devant lui un regard dbtrait, il rêve avec mélancolie , il adresse tout bas une prièrô à la Fortune ; il pense , non sans quelque amertume, que c'est surtout en vue des soixante mille francs de dot de Mlle Dupré que .Mme de Bnssière encourage ainsi leurs amours.
J'espère que ses réflexions ne le mèneront pas trop loin, et qu'il se décidera enfin à ouvrir l'autre lettre qui est là sur la table. Il l'ouvre en effet. C'est la lettre d'un ami, car cette écriture si fine que nous avons *peine à déchiffrer, lui est familière, et, malgré notre bonne volonté, nous essayerions en vain de le suivre dans sa lecture. — Il rougit de colère , il fronce le sourcil , et lit avec une vivacité qui ressemble à de l'impatience. Il lui échappe même par moments certaines exclamations telles que cellesKîi : « Le fat ! II ne doute de rien 1 Vieil égoïste, va! > Cependant il se calme peu à peu, reprend son clair sourire, et, remettant la lettre dans l'enveloppe et glissant le tout dans la poche de sa tunique, il murmure entre ses dents : « Alfred, mon ami, vous aurez la réponse que tous méritez. »
Alors (je suis vraiment désolé d'avoir commencé ce chapitre un peu au hsf^ard , et de vous avoir introduit dans une chambre où il n'y a qu'un jeune lieutenant fort amoureux), alors notre héros relit, pour la troisième fois , la lettre de sa mère , recontemple le por* trait susdit , et se livre à toutes les folies qui sont malheureusement inséparables d'un amour ardent et sincère.
La pluie tombe toujours, le vent gronde encore en
UNE JAMBE DE MOné. Il
s'éloignant , le jonr baisse , il est six heures moins un quart. Un pas lonrd se fait entendre, on frappe de non- Tean à la porte.
« Venez-vous? fait nne voix peu mélodieuse que nous connaissons déjà.
— Où?
— Dtner.
— Ah! oui. »
En ce moment Tinterlocutenr entre tout à fait dans la chambre. H n'est pas beau. H est impossible de former avec Louis de Bussière un plus parfait contraste. Sa figure est d'un rouge de brique et semée d'une infi» nité de petites taches brunes ; ses cheveux sont d'un blond douteux^ ses moustaches d'un jaune qui tire sur le vert, et il a des yeux si petits , si petits qu'il n'y a qu'une comparaison qui pourrait vous les peindre au naturel» mais je ne veux pas la faire et pour cause. J'aime mieux vous dire qu'il est assez mal tourné , qu'il a des pieds et des mains énormes, et qu'il donnerait une triste idée de son mérite à quiconque ne le jugerait que sur la mine. H se regarde pourtant dans la glace avec complaisance, tout en caressant sa moustache.
« Savez -vous, dit-il, que vous me faites du tort et que cette petite mercière est une sotte? A tout ce que je lui ai chanté , elle a répondu que vous étiez bien gentil. Elle m'a demandé votre nom, et, quand je lui ai dit le mien , elle s'est mise à rire. Mon nom cependant en vaut un autre , et , quant au physique , je ne sois pas trop mal pour un homme. Gomment me trouvez-vous?
— Je vous trouve très-bien.
— Ail ! je ne suis pas aussi joli que vous ; mais, là, franchement, je m'aime mieux comme je suis, et, si je voulais me marier, je vous réponds qu'il y aurait en-
core pins d'une belle demoiselle qui m'accepterait avec reconnaissance.
— Je n'en doute pas. Est-ce que vous songez à vous marier?
— Pas pour le quart d'heure. Je ne dis pas qu'un jour, lorsque j'aurai des rhumatismes, ou si je perdais, par hasard, quelque chose à la guerre.... A propos de la guerre, savez-vous qu'on en parle très* sérieusement au café ?
— - Oui, au café, mais pas ailleurs.
^- Et ailleu]*s aussi. Préparez^vous, mon fils, nous irons peut-être faire un tour en Italie au printemps. ^- Dieu vous entende !
— N'est-ce pas que ce serait un bonheur soigné ? Mais vous voilà prêt , descendons , et nous pourrons, en passant, faire une petite visite d amitié à la femme du colonel. Rassurez-vous , le brosseur m'a dit qu'elle était sortie : je ne vais jamais la voir que lorsqu'elle n'y est pas. C'est ma règle avec cette personne charmante. >
Ils descendent , la tunique boutonnée et les mains dans les poches de leurs larges pantalons; ils enfilent une rue, puis une autre, et s'arrêtent devant une porte cochère dont ils font retentir le marteau.
m Mme Ghamblain? demande Louis de Bussière à un soldat en manches de chemise qui se présente à lui, . — Mon lieutenant, elle est absente,
— Vous lui remettrez cette carte.
— Et la mienne avec, ajoute lautre officier.
— Oui, mon lieutenant, » répond le soldat en s'easuyant les mains à son pantalon avant de prendre les cartes.
II nous est alors facile de voir que le moins gracieux de nos deux jeunes militaires s'appelle Hector Trumeau.
UNE JâMBB de moins. 13
Mais, eomine il n'est pas nécessaire que nous les accompagnions k leur pension ni chez la marchande de tabac où ils se rendront ensuite , je prie le lecteur de me permettre d'aller vaquer à mes propres affaires^ et je tennine ici mon premier chapitre.