‹ Une journée parlementaireChapitre 31 sur 61 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

LEGROS

Vous n'allez pas débarquer un ami?

ISIDOR

Il y aura toujours un cigare pour lui.

LEGROS

Tu m'embêtes avec tes cigares.

ISIDOR

Tu as tort, tu n'es pas parlementaire, car ceci [il montre ses cigares)^ et puis cela [il montre son revolver), c'est tout le parlementarisme... Douceur et violence ! Dans les deux cas, une petite fumée qui voile tout. Lui, il ne fume jamais et il ne prendra son revolver que pour se faire sauter la cervelle. Ce n'est pas politique.... Dis à Thuringe qu'il se tire d'affaire lui-même et que tout le monde en sera enchanté.

LEGROS

Enfin viens le voir, il est vraiment crâne. (1/ désigne Thuringe qui, durant toute cette scène, est immobile, les bras croisés, adossé au socle d'une très noble Minerve en bronze.)

ISIDOR

Lui, crâne! je te dis que c'est un poltron. Ah ! sans doute, se tenir quand on le regarde ! monter à la tribune, il fera tout cela, tant il est vaniteux ! mais l'incertitude l'épouvante. Ah ! tu trouves que c'est brave de courir à un danger ! Dans une assemblée, se lever et dire : « Qui m'accuse?» te paraît admirable ! Cela n'est pas de la bravoure ; la vraie bravoure, c'est de ne pas comprendre les chuchotements, de ne rien entendre, de laisser venir; la vraie bravoure, c'est la

résistance. Ah/ si j'avais l'éloquence, la langue de cet animal-là avec mon estomac et mon poignet. Tiens ! regarde ces cartons. (IHui montre des cartons de tir. Apercevajit Thuringe qui vient à eux.) Le voilà qui te cherche ! Je file.

( Il s'éloigne en bouffonnant, au bras d'un journaliste. Le tumulte hostile grossit.)

LEGROS, à Thuringe.

Ça va mal, entrons plutôt en séance.

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