ACTE PREMIER
Dans un petit hôtel, un cabinet do travail. Trois portes: l'une communiquant aux chambres à coucher, l'autre à l'anlichambre, la troisième à une bibliothèque qui est en même temps le cabinet du secrétaire. Une grande baie vitrée donne sur une cour intérieure et sur une maison de rapport qui sépare elle-même l'hôtel de la rue. Un meuble lourd et à serrure de sûreté d'où Thuringe tirera ses dossiers.
Au moment où la toile se lève, il est environ six heures du matin; des bougies sont allumées; pas de leu dans la cheminée.
SCEiNE PREMIK
THURINGE
THURINGE, seul.
J'ai peur. Celle incerlilude me tue. Onl-ils des pièces? des choses écrites ? Ah ! j'essaye vainement de m'illusionner. Ils n'iraient pas ainsi de l'avant s'ils ne se sentaient couverts... Ils possèdent un papier!...
2 UNE JOURNEE PARLEMEKTAIRE
Depuis deux mois (jue cette lettre a disparu de mes dossiers, pas un jour je n'ai déplié les journaux sans me sentir blêmir de la possibilité qu'on me la produise. Et maintenant, à l'elTronlerie des attaques, je pressens le coup on pleine poitrine.
Je comprends que nous tous, hommes politiques, nous mourions d'une maladie de cœur! Le public dit : « Thuringe, le député Thuringe a de l'influence, de l'argent, une jolie femme. » Depuis huit jours on lit dans les journaux de (louvernement que je vais recevoir un portefeuille et dans les journaux d'opposition que j'ai touché des sommes énormes... De l'argent, de l'amour et le pouvoir! Eh bien! moi, ce Thuringe envié, me voici à six heures du matin perdu de froid et n'osant.demander du feu à un domestique, de peur que .sur mon visage il ne surprenne mon angoisse.
A ce journal, Le Contrat Social, qui me pourchasse comme un mauvais rat, l'un de ces domestiques a vendu, je le jurerais, mes papiers; ils lui vendraient encore le détail de mes insomnies, ma fièvre, les plis de mon front!... Comme je dois avoir mauvaise mine! le petit jour est ignoble et met sur cette pièce des airs de garni cerné par la police. (7/ s approche de la fenêtre.) Cet hôtel, au fond de cette cour, est triste comme un caveau... Et lui aussi, en face, il est déjà levé! voilà sa lampe au second étage, il me guette. Comme moi il attend les journaux, mais avec quel cœur joyeux... Cette lampe qui, dès l'aube, complote contre moi m'épouvante. Il dit à tout Paris qu'il illuminera le soir où je serai perdu. L'attendronsnous longtemps, ce soir? Ah! plutôt que cette angoisse devant l'inconnu, j'appelle les pires réalités! Misérable!
ACTi: l'iiKMlEK
comme tu me fais peur. [Il lui montre le poinQ.) Je ne veux pas que tu me saches debout. (// souffle les bougies.) Au moins tu soulTiiras, si tu me crois au chaud, dans le lit de ta femme.