‹ Une leçon d'agriculture [microforme]Chapitre 12 sur 49 · Sous ces circonstances, que doit faire le bon cultiva · texte numérisé non relu

Sous ces circonstances, que doit faire le bon cultiva

22, Mauvaises herbes.—23. Mauvaises semences; comment s’'augmentent les mauvaises herbes.—24, Résultats à craindre.—-25.—Le plus puissant ennemi des cultivateurs.—26. Comment on détruit les mauvaises herbes,

teur qui ne veut pas se voir complètement ruiné, lui et sa famille ?

I] lui faut :

1°. Ne cultiver que ce qu’il peut entretenir parfaitement ;

2%. Nettoyer le mieux possible, chaque année, une partie de sa terre, selon les moyens dont il dispose ;

3°. La terre une fois nettoyée, la conserver nette par le choix des semences et par une culture améliorante.

27. Il n'y a pas un cultivateur, quelque pauvre qu'il soit, qui ne puisse, s’il le veut, nettoyer chaque année une partie de sa terre.

28. Qu'il laisse sans culture cette partie de terre à nettoyer jusqu’après ses semences, s’il n'a pas eu le temps de lui donner un premier labour, soit pendant l'automne précédent, soit au printemps.

29. Il n’y a point de pièce, quelque sale qu’elle soit, qui ne

puisse être parfaitement nettoyée, pendant un seul été, au moyen de plusieurs labours et de plusieurs hersages faits par un temps sec et chaud. On devra répéter ces façons chaque fois que le champ reverdit, et lorsque les mauvaises herbes sont encore toutes jeunes : si l’on attendait trop tard, leurs racines seraient bien plus difficiles à détruire. (Cette manière de nettoyer la terre s'appelle 7achère nue, ou labours d'été.

30. Souvent, on pourra donner à ces pièces les différents labours nécessaires à leur nettoyage, les ensemencer en sarrasin semé fort, et s'assurer par là une récolte passable, si des gelées hâtives ne viennent point la détruire prématurément. Encore, dans ce cas, en enfouissant ce sarrasin au moyen d’un bon labour, on pourra obtenir, l’année suivante, sur cette même pièce jusque-là inutile, une récolte qui dédommagera le cultivateur de tous les frais encourus l’année précédente ; et il aura, en outre, la satisfaction d’avoir fait de sa plus mauvaise pièce la meilleure de sa terre.

». 27-28. il faut nettoyer chaque année une partie de sa terre, — 29, Jachère nue ou labours d’été.—80. Demi-jachère avec sarrasin.

31. Si le fond de terre est bon, on peut aussi, après l'avoir labouré et hersé plusieurs fois, foujours au soleil, y semer du blé-d’inde, à raison de 2 minots et plus par arpent, dans des rangs espacés de 3 pieds, entre lesquels il faudra labourer, ou passer une houe à cheval, pour bien ameublir la terre, et détruire les dernières mauvaises herbes qui auraient échappé aux autres labours. Ce blé-d’inde, coupé vert, fournira un | excellent fourrage, qui fera donner le meilleur lait aux vaches, | et cela, dans un temps où les pâturages commencent à manquer. Un arpent bien engraissé ét bien travaillé peut donner, par cette méthode, plus de nourriture au bétail que n’en fourniraient cinq arpents en prairie. Le blé-d'inde à dent de cheval est celui qui fournit le plus de fourrage. On peut encore le semer vers le 15 de Juillet, et obtenir une grande quantité de fourrage, C'est ce qu’il faut faire dans les années de sécheresse, où l’on a lieu de croire que la récolte de foin ne sera pas bien bonne.

32. La plupart de nos cultivateurs font pacager leurs prairies et leurs chaumes aussitôt que les foins sont enlevés, ou # que les récoltes sont engrangées. C’est, sans contredit, une | bien fausse pratique, qui détruit très-vite les prairies, et qui 2 diminue la récolte future du tiers, sinon de la moitié. Au lieu | de faire manger ainsi l'herbe dans sa racine, et de l’exposer par là aux gelées, on ferait bien mieux de semer, chaque année, une petite pièce en blé-d’inde ou en lentille, que l’on ferait manger en vert pendant l'automne. Quelques planches ainsi employées le long d’un pâturage, donneraient fort peu de peine, et l’on en verrait bientôt les profits. Mais ce qui n'est pas pardonnable, c'est de faire pacager, à l'automne, les champs qui, au printemps, ont été ensemencés en graine de mil et de trèfle. C’est tout simplement faire arracher tout-à-fait le jeune plant, ou le faire enfoncer dans la terre par les pieds des animaux. L'eau remplit cestrous, la glace s’y forme à l’automne, et, au printemps suivant, il n'y a plus même l'apparence d'une prairie. Est-ce surprenant ?

LE HG

31.—Demi-jachère avec blé-d’inde pour fourrage; sa valeur; production ; semence préférée; quand semer; remplacer le manque de foin.—32. Pacager ies prairies l’automne expose la racine de l'herbe à la gelée, détruit les prairies, diminue la récoite; ne jamais pacager les prairies neuves.

ZT

33. DECHAUMER.—Voulez-vous détruire facilement des millions de mauvaises graines, et faire mourir également des millions de petits vers qui mangeraient vos semences ?—Déchaumez !

34. Je vous disais tout-à-l’heure :.“ Mauvaise herbe pousse vite, elle mürit plus tôt que le bon grain; avant que celui-ci soit engrangé, les mauvaises herbes sont tombées, ou ont été portées sur le sol, par le vent, à des lieues de distance.” Rien n’est plus vrai, n'est-ce pas ? Eh bien! nous avons un remède

F1G. 10, Bouleverseur-herse ou Scarificateur,

des plus efficaces pour combattre le mal dans sa racine ; mais, pour réussir, il faut l'appliquer au moment favorable. Aussitôt que votre grain sera engrangé, et au grand soleil, attelez sur votre bouleverseur, ou si vous n’en avez pas, prenez vos meil-

83, Déchaumer détruit les mauvaises herbes et les vers.—34. Comment déchaumer; scarificateur; remuer la surface seulement; faire germer les mauvaises graines; celles qui sont enterrées trop avant ne germent point,

leures herses, les plus pesantes et les mieux dentées, et ameublissez le dessus de votre pièce jusqu'à une profondeur de deux pouces: ce qui suffira amplement. Il faut bien se garder d'aller trop avant ; car il ne faut ameublir que juste assez de la surface pour couvrir toutes les mauvaises graines, et les faire germer. Autrement, elles s’enfonceraient trop pour germer, et se conserveraient parfaitement dans la terre, jusqu'à ce que la charrue les amenûât de nouveau à la surface. C'est ainsi que la moutarde, les chardons, et tant d’autres mauvaises herbes apparaissent tout-à-coup, après plusieurs années, au grand étonnement du cultivateur, qui espérait s’en être débarrassé complètement.

35. Mais pourquoi travailler au grand soleil? me ditesvous. — En voici la raison : À part les millions de mauvaises graines dont vos champs sont couverts après la récolte, ils contiennent aussi des millions de mauvaises plantes qu’il faut détruire par la racine. Si vous les arrachiez par un temps humide, elles reprendraient par une racine ou par une autre, et votre travail serait incomplet. Ainsi,pour détruire le chiendent, il faut que toutes ses racines soient complètement déracinées et exposées au grand soleil. Il en est de même de la plupart des plantes.

36. Il y a, d’ailleurs, une autre raison tout aussi importante et qu'il ne faut pas oublier. J'ai dit qu'en déchaumant, on détruirait également des millions de petits vers qui mangent les semences. (Ce fait, quoique peu connu, est maintenant parfaitement établi. En France, où les vers blancs, entre autres, faisaient de si grands dégâts que le gouvernement fut obligé de les faire ramasser, au prix de deux francs le gallon, pour les brüler, on a constaté qu’en déchaumant au grand soleil, immédiatement après la récolte, on déterrait les jeunes vers venant d’éclore, et que, ne pouvant supporter les rayons du soleil, ils mouraient dans leurs efforts pour rentrer dans la terre. Mais pour les détruire complètement, un seul boule-

85. Pourquoi travailler au soleil; destruction des racines, — 36, Destruction Jes jeunes vers en les exposant au soleil ; bouleversement du sol en sens con-

FIN

versement de la surface ne suñit pas ; il faut recommencer au lendemain, toujours au soleil, et remuer la terre sur le travers des planches, afin de ne laisser aucune partie du champ qui n'ait été travaillée.

37. Un autre excellent moyen de nettoyer une pièce de terre, c'est la culture du blé-d'inde, des fèves et des plantesracines. De plus, on obtient ainsi une nourriture économique et excellente pour-le bétail pendant l'hiver. La culture de la patate, du navet, de la betterave, de la carotte, &c., exige, il est vrai, un travail considérable ; mais, en retour, elle assure au cultivateur intelligent, qui sait la faire avec économie, de grands bénéfices.

38. Les fèves blanches n’exigent pas une terre très-riche ; elles se cultivent très-facilement par rangs faits à la charrue. On les sème à la main, ou avec une petite machine qui coûte de $5 à $12. Sur un terrain bien nettoyé, il est facile de récolter vingt minots par arpent. Elles se vendent ordinaire-

ment $1.75 le minot, soit $35 par arpent : ce qui est un profit considérable, sans compter que cette culture nettoie parfaitement la terre.

39. Mais pour cultiver des légumes avec profit, il ne faut jamais y destiner un terrain si grand, qu'on ne puisse le nettoyer, l’ameublir, ni l'engraisser convenablement. Un arpent de patates ou d’autres légumes mal cultivé, coûte aussi cher que trois-quarts d’arpent très-bien finis ; ce morceau donnera une -xcellente récolte très profitable ; l’autre, plus grand, ne paiera pas les frais de culture. C’est surtout dans la culture des légumes qu’il importe de faire parfaitement les quatre grandes opérations dont nous avons parlé en commençant : Ægoutter, Nettoyer, Ameublir, Engraïsser. Si avec cela, on a le soin de donner beaucoup d'espace à la

87. Nettoyer la terre par la culture des plantes sarclées : blé-d’inde, fèves, plantes-racines; cette culture donne une nourriture économique pour le bétail ; exige un grand travail, mais donne de gros bénéfices. — 88. Culture des f27es blanches ; ce qu’elles produisent par arpent ; elles nettoient parfaitement la terre. — 89, Règle à suivre dans la culture des légumes ; faire parfaitement chaque opération ; égoutter, nettoyer, ameublir, engraisser ; choisir de bonnes semences ; donner de l’espace aux plantes.

nt nent ne cran.

plante, pour lui permettre de se développer complètement, on pourra compter sur une récolte abondante, pourvu toujours que la semence soit bonne. (1)

40. Pour bien nettoyer et bien ameublir sa terre avec économie, il faut deux instruments qui, trop souvent, ne sont pas même connus de nos cultivateurs. Je veux parler du bouleverseur ou scarificateur (grwbber), et de la houe à cheval (sarcleur.)

| F1G. 11. Scoarificateur (Grubber.) {1 41. Avec le bouleverseur indiqué par la Fig. 10, page 11,

F1G. th Houe à Cheval.

| | 1 40. Instruments indispensables pour nettoyer la terre avec économie ; scari- | ficateur ; sarcleur.—41, Avantages du scarificateur.

FN EME SET PERRET RATER SRE EE ANR NERO ASE RSR EU RE (1) Pour plus amples détails sur la culture des légumes, voir les paragraphes 141 et suivants,

même avec le suivant, Fig. 11, et une paire de chevaux, un seul homme fera plus d'ouvrage, sur une pièce labourée, que n’en feraient quatre hommes et huit chevaux avec des charrues ou des herses.

42. Avec le sarcleur et un cheval, un enfant de douze ans fera plus d'ouvrage dans une demi-journée, et bien mieux fait, que n’er feraient douze grandes personnes dans une journée, à à la pioche ou à la gratte.

43. J'ai dit que la terre une fois nettoyée, devait être entretenue nette, par le choix des semences et par une culture améliorante.

44. Il est pénible d’avoir à constater le peu de soin que l'on se donne dans le choix des semences. Le plus souvent, on sème des dés mélangés, peu nourris et fort sales. Ce grand défaut était dû, en partie, au manque d'instrumentspropresà trier les grains. On fabrique maintenant des cribles qui les nettoient parfaitement et qui les trient : de manière à en # séparer les plus

" beaux et les mieux Fra. 12. -Oribles. nourris. Au moyen de ces instruments, on peut économiser sur la semence, et augmenter la récolte de dix à quinze pour cent. Il serait donc fort désirable que ces cribles devinssent d'un usage général.

7] al

4 ri “hs

EL

45. Quand une pièce a été bien nettoyée, on doit l’ensemencer aussitôt de graines fourragères (mil, trèfle, &c.), afin

42. Avantages du sarcleur.—43-44, Choix des semences ; semences mélangées, mal nourries et fort sales ; faire usage de bons cribles ; économie qu’ils procurent.—465, Ensemencement en graines fourragères, pour empêcher la terre de se salir ; comment on doit semer et rouler; semer de nouveau après la récolte, si la graine a manqué; semer très-fort, et pourquoi.

pt Î Î hs

de la conserver nette. On sème ces graines avec de l'orge, du blé ou de l’avoine ; cependant, elles réussissent mieux avec l'orge qu'avec le blé, et beaucoup moins bien avec l'avoine. On devrait toujours rouler la terre immédiatement après avoir semé ces graines, afin de les couvrir uniformément, aplanir le sol, et le rendre plus propre à être laissé en prairie. Si la graine venait à manquer il faudrait bouleverser et herser immédiatement après la récolte, et semer de nouveau. On obtiendrait ainsi d'aussi belles prairies qu'avec les graines semées au printemps. Puis, il faut toujours semer la graine très-fort, afin que les tiges couvrent partout la terre et étouffent les mauvaises herbes.

46. Le plus souvent, nos cultivateurs ménagent tellement leurs graines, que leurs prairies nouvelles ne donnent guère autre chose que des mauvaises herbes. Ainsi, por une économie de quelques chelins sur la graine, ils perdent autant de piastres sur la valeur de la récolte, et, de plus, salissent leurs terres. On devrait toujours semer trois gallons de mil par arpent ; d'excellents cultivateurs y ajoutent de quatre à six livres de trèfle rouge, et deux livres de trèfle blanc par arpent. De cette manière, ils sont certains d’avoir des prairies neuves parfaitement nettes, et dont les récoltes couvrent abondamment

le surcroît de dépenses occasionnées par l'achat de graines

fourragères. D'ailleurs, tout cultivateur peut cultiver luimême toutes les graines fourragères dont il a besoin. (1) Plus loin, nous dirons comment faire cette culture.

47. Dans le but de conserver les terres en bon état de culture, il importe de suivre un système de rotation, qui consiste à ne labourer ou relever des prairies ou des pâturages, que le nombre d’arpents qui peuvent être nettoyés pendant l'année. Ainsi, sur une terre de soixante arpents, si l’on peut en net-

46, Faux ménagement sur l’ensemencement de graines fourragères ; quantité à semer ; cultiver ses propres graines. — 47, Rotations ; explications du mot ; rotation de dix ans ; ordre suivi dans les rotations.

q Il est évident que l’on obtiendra des prairies avec une semences moindre que celle que nous venons d'indiquer, Mais nous conseillons à tous les cultivateurs, qui urraient douter de l’avantage des semis forts, d’en faire l'essai sur un petit morceau

e lours prairies : ils verront bientôt la différence.

FREE à sos RAGE

Ne Me de A 4 È 2] é CAUSERIE AGRICOLE. 17 4 15e toyer six arpents, tant par la jachère nue {labours d'été) que 1 eux par la culture des plantes sarclées, la rotation sera de dix ans. Fi Avec Voici l'ordre de rotation le plus communément suivi par les 3 nent bons cultivateurs : i mé- :

: en L ROTATION DE DIX ANNFES # ver- ‘ , ‘ . 4 # 3 le année. ÂAvoine, ou poi î Es € à « PI tZ £a » 4 oc | 2e antes sarclées, ou labours dete. !

à e «6 à { À ou | 3° s Orge, blé, ou avoine. | erre ; Hé ic L.

é « Prairies.

nent 3 me." :

uère 4, CL 2 éco- gœ ‘“ Pâturages.

t de I .* eurs \ 48. Dans les rotations de moins de dixäns, on suit ordinaipar 4 rement le même ordre ; mais on laisse la terre moins long- SiX ï temps en prairie et en pâturage.

Dent. 1 : N r je Lives À 49. Beaucoup de cultivateurs sèment leur blé-d’inde sur un dent ; retour de prairie ; c’est ainsi qu'on en obtient ordinairement d ines 4 les meilleures récoltes. Dans ce cas, la rotation commence- A ibie | rait par les plantes sarclées.

Plus |

50. Une rotation excellente, mais qui, malheureusement, di. “4 n’est pas suffisamment pratiquée dans notre Province, c'est la | cul- x suivante :

siste 4 1e année. Avoine, ou pois.

e le \ ARS Plantes sarclées, ou jachère (labours d'été).

née. * æ “ Orge, ou avoine, avec trèfle (douze à quinze livres | net- 4 pararpent) (1). :

ds: Trèfle coupé vers le premier Juillet ; deuxième | récolte labourée pour enrichir la terre. :

Baie - * “ Blé, avec graine de mil, trèfle alsique et trèfle mot ; blanc.

1 48. Ordre suivi dans les rotetions de moins de dix ans. — 49, Rotation com. ! e ue 4 mençant par plantes-sarclées.—50, Rotation avec récolte de trèfle enfouie. à | 8, qu 4 !

roeau LS | : (1) Voir note au bas de ia page 16. | / © - N V4 ë — $ — È

18 CAUSERÏTE AGRICOLE.

{| F1 Me Prairies.

| [il 0° « À

| 1 MALE | Pâturages.

lente, et la terre reste très-riche pour la production du mil.

51. On peut varier la rotation à l'infini, selon la nature du

sol, les marchés, les besoins, &c.; mais il faut remarquer que,

hi dans toute bonne rotation, on évite de semer du grain deux

années de suite dans la même pièce. Au contraire, on a tou-

| jours le soin de faire suivre une récolte de grain par le nettoiement du sol, ou par la prairie.

52. Voici, enfin, un excellent modèle de rotation, là où la mai :-d’'œuvre ne fait pas défaut.

Page 1