‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 103 sur 370 · L'ENFANT · texte numérisé non relu

L'ENFANT

I.'enrniil, df jour on jinir. nvanc<> il.iii» In vie, Lt . cuinnip Irs aiglons c|mi. r^diiiit ii rt'iivir Do iiirsiirtT les cu-ux. il;iii.s Imi- pi-nnit-r oss^ir, KxriTcnt près du mil Irui iiilr liiiblc «'ncor, Diiucf-Hiciit soutt'iiu sur ses titaiiis rlmncelant<*!i, Il coniiiu-iicr Ti-s^ai lic ws fore*** iiniss:iitlcs.

L'iiomine enfant, jeté par le Ciel sur la terre s'y montre trabord nu, faible, sans armes ', sans intelligence; s«)n premier cri est un gémissement, son premier accent est une plainte, sa première sensation est une douleur.

Tout ce t]ui Tentourc le frappe h la fois : il ne peut rien distinguer; l<^s rayons du soleil blessent ses yeux pour l'éclairer '^. Mille sons ([iii heurtent son oreille ne sont pour lui qu'un bruit ctmfns ; ses pieds ne peuvent le porter, ses mains ne savent rien saisir, sa peau délicate ne sent rapproche des objets extérieurs que par le choe douloureux qu'ils lui font e|)rouver. L'air même qui l'enveloppe, et qu'il respire, le péiu;lre d'un froid glacial.

Tel paraît cet être si faible aujourd'hui, et demain si orgueilleux '.

Dès que le jeune voyageur a percé les ténèbres, a débrouillé le chaos (pli lui cachait ce monde nouveau ([u'il vient habiter, tout le charme, tout l'étonné, tout le ravit ; une foule innombrable de vives sensations, de doux plaisirs pénètrent dans son ;hne par les cinq portes que le Ciel a placées artistement autour d'elle pour les y conduire.

Tout est découverte pour lui, chaque essai de ses forces lui donne une jouissance : l'univers en mouvement étale à ses yeux surpris le mélange des couleurs les plus riches et les plus variées.

L'action des corps qui s'agitent et qui se rencontrent, frappe son oreille d'une harmonie composéedi! mille tons différents. L'air embaumé i)ar les Heurs porte à son jeune cerveau renceiis de leurs i)arfums.

Le tissu léger (jui tapisse; ses lèvres et l'intérieur de sa bouche, lui fait gortter, par les premiers alimenls (pi'on lui présente, une saveur pareille à celle de ce nectar et de celte ambroisie dont les dieux, dit-on, se nourrissent'*.

Tout son corps délicat, doué d'un tact fin

Vô AVRIL.

ot léger, sent délicieusement la mollesse des langes qui l'entourent, de la plume qui le porte, qui le réchault-'e; et les caresses d'une hiidre mère font éprouver à tout son être la plus pure des voluptés.

Knfin, enivré de tant de sensations nouvelles, déjà fatigué de son bonheur, sa vie a besoin de trêve, et la nature lui fait éprouver une autre félicité dans une cessation apparente d'existence, dans le doux repos du sommeil.

Bientôt il étudie les lois de l'équilibre, il se traîne, il se lève, il chancelle, il trébuche, il se redresse, il marche, il saute, il court; il mesure, il connaît les dislances; il cherche, il atteint ce qu'il désire. Le toucher corrige l'erreur de sa vue et lui révèle les formes des corps ; il distingue leur mollesse, leur dureté; tous ses jeux sont d'activés et de profondes éludes. Chacun de ses mouvements est un (llort utile; chacun de ses pas est un progrès.

Son geste d'abord, sa voix ensuite, indi- (jne ses besoins, ses désirs ; peu à peu il imite ce qu'il entend, il articule, enfin la parole s'échappe de ses lèvres ; cette parole mère des talents, des arts, des sciences, cette parole qui lie tous les hommes entre eux, et qui commande à la nature en donnant des ailes à la jH'nsée 5.

Les premiers mots qu'il prononce sont ceux

de père et de mère mots charmants, qui

«xpriment, qui inspirent le plus pur amour; t (S premiers accents paient le sein maternel <le toutes ses douleurs, et font naître dans le cœur d'un père les plus vives et les plus joyeuses espérances. Ah ! que Tenfant alors a d'attraits pour tout ce qui reçoit ainsi les prémices de son àme.

— Le comte de Ségcr. —

( Voyez page 88. )

' — On dirait mieux, dans ce cas, smis dé- I l'use.

'^ — Cette idée est mal rendue , il fallait « Les rayons du soleil blessent ses yeux en l' éclairant : (elle paraît être du moins la pensée de l'écrivain.

"' — Tel est cet être eût été plus exact.

■• — Comparaison plus que hasardée.

5 — La parole donne en effet des ailes à la pensée ; mais est-il vrai de dire qu'elle commande à la nature?

Observation générale. L'entrée douloureuse de l'enfanl dans la vie, ses premiers pas. les premiers regards qu'il jette autour de lui, cet eiicliautemcnt que lui cause la révélation du monde qui l'entoure, les premiers efforts de son intelligence, tout dans ce morceau est analysé avec l'exactitude du philosophe, et peint avec la grâce du poëte.

— 1788. — Bufifon meurt de la pierre.

l'cinlrc (le l.n nntiire, et sublime coiiiine elle

BUrrON ET J.-J. ROUSSEAU.

De la naliiie imei'inele lidclc , Biiffon la fit parler daiLs ses écrits divers ; Aver elle, il donna des lois â l'univers :

Il fui simple cl noble comme elle.

— La conitesse de Biissv. —

Un seul écrivain du dernier siècle a paru digne d'être comparé à Rousseau, par l'élégance ', la richesse, l'harmouie, l'élévation et la pureté du style : c'est liulTon ; mais, en méritant peut-être d'être placé au même rang comme écrivain, il ne lui ressemble pourtant ni par ses défauts ni par ses qualités ^, et le parallèle de l'un et de l'autre doit olfrir nécessairement plus de dilîerence que de rapport.

Ruifon a plus de pompe et de majesté, de magnificence et d'éclat ; Rousseau, plus de justesse et de force, de chaleur et de logique: l'un parle davantage à l'imagination et à l'esprit, l'autre s'adresse plus particulièrement au sentiment et à la raison : tous les deux savent allier le mérite de la pensée à la perfection du style ; mais dans les ouvrages de Rousseau la pensée et l'expression ont plus de finesse, de profondeur et d'originalité, et semblent être le produit d'une plus grande connaissance du cœur humain ; dans ceux de Rutfon, au contraire, l'expression et la pensée ont quelque chose de plus vaste, de plus brillant et de plus riche qui tient à la grandeur et à l'éclat du sujet non moins qu'au génie de l'auteur. Tous les deux possèdent à un égal degré, et de la manière la plus éminente, les qualités qui constituent le grand écrivain; mais Butfon a plus du génie qui fait le poète, Rousseau de celui qui fait l'orateur. Les moyens de l'un semblent appartenir davantage à son talent et à son esprit; ceux de l'autre résultent plus naturellement de son cœur et de son âme; le premier offre plus d'images, le second plus de mouvement ; celui-ci est plus grand peintre des choses physiques, celui-là des choses morales. Buffon dans ses admirables tableaux saisit et embrasse le monde entier, et rien n'échappe à son coup d'œil. Rousseau, dans ses touchantes et inimitables peintures, dévoile jusqu'aux plus impénétrables secrets des passions humaines ^, et porte partout le flambeau do ses découvertes ■*. On connaît mieux l'univers quand on a lu Bnffon; on se connaît mieux soi-même quand on a lu Rousseau. Les peintures de Bulîon sont plus faites dans le dessein de vous instruire, celles de Rousseau ont

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pour but principal de vous émouvoir et de vous toucher: ainsi les proinièros réclament plus d'exactitude et appellent plus de développement ; les secondes doivent ulVrir des traits l)Ius profonds et plus directs. Lorst]ue lUift'on peint les magnifiques richesses de la nature ou retrace ses grands phénomènes, il dispose ses parties avec un art admirable, il y distribue les couleurs, il en assortit les nuances d'une manière véritablement ma j;i(iue; il emploie merveilleusement le secret des oppositions, des rajtprochements et des contrastes ; il donne ii tonl de la vie et de l'éclat, et il séduit tout à la fuis par le génie de ses compositions et la vivacité de sou coloris; en un mot. il fait avec sa plume tout ce qu'ont fait avec leur pinceau Raphaël, le Guide et l'Albane s; mais rarement considère-t-il les objets dans leur rai)i)ort avec nos j)assions et nos sentiments; l'honune n'est pour hii (pfune des choses qu'il doit observer et décrire, et non celle où toutes les autres doivent aboutir et se rattacher; au contraire lorsipie l'on entend Rousseau . on voit que l'homme est le sujet principal qui l'occupe, et tout le reste ne l'nitéresse que ilans ses rapports avec lui. II associe à ses peintures tout ce qui appartient aux plus douces et aux plus puissantes émotions du cœur ; et c'est par le charme du sentiment que tout s'embellit sous sa plume et s'anime sous ses pinceaux; cette dilférence est remarquable, et j'oserai, pour l'expliquer, hasarder une pensée que je crois juste : c'est que le véritable secret de l'iime et du talent de tous les deux est tout entier dans ce qu'ils ont dit de l'amour, et dans leur manière de le sentir s.

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