CHARLES XII
Du midi jusqu'à rOursc, on vantait ce monarque, Qui remplit tout le Nord de tumulte et de sang ; Il fuit ,sa gloire tombe, et le destin lui marque Son véritable rang.
J. B. Uot'SSEAO.' —
Arrètons-noiis un moment devant ce Charles XII, comme on s'arrête devant ces pyramides du désert, dont l'œil étonné contemple les énormes proportions, avant que la raison se demande quelle est leur utilité '. On aime h voir, dans cet homme extraordinaire, l'alliance si rare des vertus privées et des qualités héroïques, même avec cette exa[jération qui a fait de ce prince le phénomène des siècles civilisés^. On admire et ce profond mépris des voluptés et de la vie, et cette soif démesurée de la gloire, et cette extrême simplicité de mœurs, et cette étonnante intrépidité, et sa familiarité, et sa bonté même envers les siens, et sa sévérité sur lui-même, et ses expéditions fabuleuses entreprises avec tant d'audace, et cette défaite de Pultava soutenue avec tant de fermeté ', et cette prison de Bender ■• où il montra tant de hauteur, et ce roi qui commande le respect à des barbares lorsqu'ils n'ont plus rien a en craindre, l'amour à ses sujets, lorsqu'ils ne peuvent plus rien en attendre, et, quoique absent, l'obéissance dans ces m.êmes Etats où des prédécesseurs présents n'ont pas toujours pu l'obtenir; et, à la vue de cette combinaison unique de qualités ■ et d'événements, on est tenlé d'appliquer à ce prince ce mot du père Daniel ^, en parlant de notre saint Louis : <i lfu des plus grands hommes, et des plus sinjyiiliers qui aient été. » — De Bonald. —
BONAID ( l.ouis-Oabricl-Ambroise , vicomte de) ,
Membre de l'Académie française, né vers l'année 1760.
Gentilhomme du RouerRue, il fit ses premières armesdansla maison militaire de Louisxvi. Oiiand la liévoliilion eut éclaté. tidéleA ses principes d'un royalisme consciencieux et désintéressé, il alla se réunii' à ceux (|ui. sur im sol étranjjer se |)réparaienl à la combattre. Bienté)t t'atijîué de la {;uerre, il se jeta dans la carrière de la littérature. Il publia en 1796 la Théorie du Pouvoir poliliqtie et religieux dans la société cirile, démontrée par le raisonnement et par l'histoire. Cet ouvraj^e, (luiest empreint d'une philosopbietoule relijîieuse, d'une métaphysique profonde, place l'auteur au ranjj des penseurs et des écrivains les plus distiufîués. Rentré en France, il continua .ses travaux littéraires , et publia à différentes éjuiques les ouvrajfes suivants : Pensées sur divers sujets et discours politiques, liecherclies philosophiques sur les premiers objets des connaissances morales. Législation primitive considérée dans les derniers temps par les seules lumières de la raison. Essai analytique sur les lois naturelles de l'ordre social. Réjlexions sur fintérêt général de l'Europe. Mélanges littéraires, politiques et philosophiques, etc.
Ou lui doit aussi des brochures sur la loi de recrutement, la liberté de la presse, le divorce et sur divers sujets politiques. M. de Donald a été un des principaux rédacteurs du Mercure de France et du Conservateur; il a toujours professé les mêmes doctrines.
Son style est noble et brillant comme .son imagination; ce n'est i)as cependant sans quel(|ue raison qu'on lui a reproché de l'obscurité, et une tendance troj) prononcée à l'originalité et à l'effet. Ses Dissertations sur l'origine du langage et sur l'âme des bêles sont des modèles de discussion et de style philosophiques.
* — Ce rapprochement d'un homme plein d'activité et d'ardeur avec les pyramides insensibles et muettes, d'un héros qui a remué le monde avec les dieux Termes du désert , a quelque chose de faux, qui laisse une impression fâcheuse et ne permet plus d'apprécier la justesse de cette comparaison, grandeur et inutilité.
2 — En effet, Charles xii ne saurait être mieux désigné, caril excite plus d'étonnemenl encore que d'admiration.
s — Charles xir fut défait par Pierre-le-Grand à Pullawa ou Poltava, dans la Russie méridionale, en i7oa, le 27 juin.
■* — Voyez le 12 février.
^ — Lepère Daniel, jésuite, est aiiteurd'une histoire de France et d'antres écrits estimés. Il mourut à Paris, âgé de 79 ans, en i728.
Observation générale. Voilraii énerj;iqiie et fidèle de cet étrange souverain qui passa sa vie hors de ses l'.lats, conquérant et donnant des trônes, et faisant mille choses glorieuses, mais inutiles.
Le style est assorti à la grandeur des idées; il y a do la pompe et de l'éclat dans leur expression.