‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 131 sur 370 · BATAILLE DE ROCROI · texte numérisé non relu

BATAILLE DE ROCROI

Eiiloiir^' dr périls, le gmiil liommc ordinaire nal:iiu*r Ira hasnrdi, ron,ii|le , d^-libcre ; Pour lut (1) vi<ir rciiiu*iiii f^V-tait l'aviiir dompte ; En mesurant l'uliKtacle , il l'avait aurnioiil^'. — TuoM*<. —

La balaillc de Koeroi est une des plusciîlèbres victoires du prince de Condc , le plus Rrand capitaine du siècle de LuuUxiv. (Ce passage csl extrait de son Orai.son funèbre.)

A la nuit (pril fallut passer en présence des ennemis . coiniin' un vigilant capilainc , le due d'Kn(]Iiien ( le !;raiul Coudé) rejiosa le dernier, mais jamais il ne reposa pins paisiblement. A la veille d'un si grand jour, cl dès la pre-

(l)CondO.

mière bataille, il est tranquille, tant il se trouve dans son natuicl ; et on sait i[ne le lendemain , à riiiure marquée, il fallut reveiller d'un profond sommeil cet autre Alexandre. Le voyez-vous cttinmeil vole, on à la victoire, ou à la mort .'' .Vnssitot (pi'il eut i»orté de rauj', en ran;j l'ardeur ilont il était aiiiiné, on le vit prestpren même temps pousser l'aile ilroilo des ennemis, soutenir la luUre ébranlée, rallier le Français à ileiui vaincu . mettre en fuite l'Espagnol vielorieu.x , porter partout la terreur, et étonner de ses regards étincelants ceux (jui échappaient à ses coups'''.

Restait cette redoutable infanterie de l'ar- Juéo d'Kspague, dont les gros bataillons serrés, semblables à autant de tours, mais à des tours qui sauraient reparer leur brèches , demeuraient inébranlables au milieu de tout le reste en déroule, et lant;aienl des feu,x de toutes parts^. Trois fois le jeune vainqueur s'efforça de rompre ces intrépides eomitattanls; trois fois il fut repousse par le valeureux comte de Fontaines '«, qu'on voyait porté dans sa chaise, et, malgré ses infirmités, montrer qu'une ;bne guerrière est mailresst; du corps qu'elle anime; mais enfin il faut céder, ("est en vain qu'au travers des bois avec sa cavalerie toute fraicbe , Jîeck précipite sa marche pour tomber sur nos soldats épuisés^; le prince l'a prévenu, les bataillons enfoncés demandent quartier; mais la victoire va devenir plus terrible pour le liuc d'Fnghien que le combat.

rendant qu'avec un air assuré il s'avance pour recevoir la parole de ces braves gens, ceux-ci toujours en garde, craignent la surprise de qnebpie nouvelle atlaipie; leur effroyable décharge met les noires en furie; on ne voit plus (pie carnage ; le sang enivre le soldat, jusqu'à ce (pie le grand prince, qui lu; put voir égorger ces lions comme de timides brebis, calma les courages émus et joignit au plaisir de vaincre celui de pardonner. (^)uel fut alors rétonnemenl de ces vieilles troupes et de leiU's braves officiers , lorsipi'ils virent (pi'il n'y avait plus de salut pour eux qu'entre les bras (\n vainqueur ! de quels yeux regardèrent-ils le jeune prince , dont la victoire avait relevé la haute contenance, à (pii la clémence ajoutait de nouvelles gidces! Ou'il eilt encore volontiers sauvé la vie au brave comte de Fontaines! Mais il se trouva par terre parmi ces milliers de morts dont l'Kspagne sent encore la perte. Elle ne savait pas (pie le prince qui lui fil perdre tant de ses vieux régiments à la journée de ilocroi en devait achever les restes dans les plaines de JiCns. Ainsi sa première victoire lui le gage de beaucoup d'aii- Ircs. Ee jirince (léchit le genou, et dans le cliami) de bataille il rend au Dieu des armées la gloir(! (pi'il lui envoyait. Eîi, on célébra Ilocroi délivré*', les nuinaces d'un redonlable ennemi tournées à sa honte , la régence affer-

mie , la Fiance en repos , et un règne qui devait être si beau , commencé par un si heureux présage.

— BOSSUET. — (Vojet page 44.)

' — llocroi, ville forte du département des Ardennos (Cliampagne).

2 — Bel exemple de Vhypotypose. (Voyez le \" janvier.)

^ - Image magnifique de ees iimomhrahlcs piuilaniîcs si immobiles sous le danger, si mobiles pour la manœuvre.

* — Le vieux comte de Fontaines , qui commandait rinfantcrie espagnole, mourut percé de coups. Condé , en l'apprenant, dit qu'il voudrait être mort comme lui. s'il n'avait vaincu.

^ — Jean . liaron de IJeck, lieutenant général du roi d'Espajîue et gouverneur du duché de Luxembourg, se distingua ù la bataille de Tbionville , en i64o. Il mourut A la suite de blessures qu'il reçut aux combats de Honnecourt et de Lens, en 1648.

^ — Ce fut en i643. Le duc d'Enghien, depuis le grand Condé. n'était àfré que de 22 ans. Il mourut dans son château de Chantilly, eu lese.

Observation générale . Ce récit de la première victoire du {jrand Condé. prononcé sur sa tombe par le plus (Trand de nos orateurs . est une des plus belles paî;es de cette oraison funèbre, regardée avec raison comme le chef-d'œuvre de Bossuet.On connaîtles paroles touchantes qui la terminent alors que le Prélat, faisant im retour sur lui-même, sem'ble faire aussi ses adieux à la terre. » Heureux , dit-il , si , averti par ces cheveux blancs, du compte que je dois rendre de mon administration, je réserve, au troupeau que .je dois nourrir de la parole de vie, les restes d'une voix qui tombe et d'une ardeur qui s'éteint !

— ISW. — Ouverture du ciinetiirc du Pére-Lachaise.

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