LETTRE D'EUGENE BEAUHARNAIS
AU ROI DE BAViÈnE, SON BF.AU-PÈRE,
En réponse aux propositions que l'empereur Alexandre lui avait fait faire par l'entremise du Roi.
La première de^ vertus est le dévoùment à la patrie. — BoNArAKTE. —
L'Klat , c'est moi.
— Louis XIV. —
SlRE ,
J'ai reçu les propositions de votre majesté; elles m'ont paru sans doute fort belles i, mais elles ne changeront pas ma determiiialion. 11 faut que j'aie joué de malheur lorsque j'ai eu l'honneur de vous voir, puisque vous avez gardé de moi la pensée que je ponvais, pour un prix quelconque, forfaire à l'honneur. Ni la perspective du duché de Gènes , ni celle du royaume d'Italie , ne me porteraient à la trahison. L'exemple du roi de Naples nepcutpas me séduire. J'aime mieux redevenir soldatque souverain avili. L'Empereur, dites-vous, a eu des torts envers moi ; je les ai oubliés , je ne me souviens que de ses bienfaits. Je lui dois tout, mon rang, mes titres, ma fortune, et, ce que je préfère à tout cela, je lui dois ce que votre indulgence veut bien appeler ma gloire. Je le servirai tant qu'il vivra ; ma personne est à lui comme mon cœur2. Puisse mon épée se briser entre mes mains, si elle était jamais infidèle à l'Kmpereur et ;i la France.
Je me ttalte que mon refus, apprécié, m'assurera l'estime de Votre Majesté.
— Eugène DEAin.iRNAis. —
BEAl'HARNAIS {Eugène),
Vice-roi d'Italie, prince de Leuchlenberg en Bavière, naquit en nso. Quand Bonaparte eut è[)0usé Jo.sépiiine Bciiiliainais, sa mère, le jeune I5eauharnaLs .suivit la fortune du conquérant, etl Italie, l'Égy|)te, r.\llema{;ne et la Russie, le virent tour à tour sur leurs champs de bataille, d'abord simple aide de camp, juiis chef d'escadron, colonel, prince et vive-roi. Ouand les Bourbons rentrèrent en France, il se relira auprès de son beau-père , le roi de Bavière, et mourut dans une honorable retraite, frappé d'apoplexie le 21 février 1324. L'âme généreu,sect chevaleresque du prince Eii,<ïène respire tout entière dans la lettre que nous avons citée, et qui est |)leine de cette élocpience naturelle «lu'inspire un noble cœur. 11 n'a eu à se reprocher qu'une seule faute, celle d'avoir sacrifié sa mère à Tambilion de Napoléon, faute fçrave qui a été la cause de tous leurs malheurs.
* — Sans ilonle se lie mal avec m'ont para. Si les propositions ont eu eHet paru fort belles à Beauliani.iis, sans cloute est de trop; s'il s'en était formé une o|)inion différente et telle (|ue les convenances ne lui i)ermi.sseiit i)as de l'exprimer, il devait dire : Elles sont sans doute fort belles.
^ — L'expression de ce sentiment résume toute la vie de lieauharnais. Murât s'était formé de son caractère une opinion très-juste, lorsqu'il écrivait à Bonaparte : « Be;iuharnais (|ui a le mérite auprès de vous d'une obéissance muette, etc. » Ce fut en effet Beaubarnais (pii aiiiioiiça au .sénat la résolution qu'avait prise l'Empereur de répudier Joséphine, qui était cependant sa mère.
Observation générale. Cette lettre, rcmarfîuaWe par son laconisme, est belle de simplicité, d'expression et de noblcs.sc. Il y i-èj;nc un ton calme et plein de; di- Crnilé, celui qui convient à un caiactère ferme et élevé. Il refuse, mais sans cette indignation affectée d'une vertu farouche ; il parle de l'Empereur avec amour, vénération et dévoilnienl, sans rehausser son sacrifice par l'étalage des torts cpii auraient pu provoquer sa vengeance. Kufjènc se montre, dans ses paroles comme dans sa vie , simple, généreux et clieva- Icrescpic : aussi n'est-il point de compagnons d'armes (leiNapoléon, dont le nom soit plus populaire que le sien.
1760. — Mort du comte Zinzendorf, fondateur delà secte morave.