DE LA NECESSITE D'UNE REVELATION DIVINE
De mon état cruel quand je me désespère, £t sens avec Platon qu'il funt €(u'un Dieu m'éclaire, J'appren<1s qu'un peuple entier garde encore aujourd'Iuii Un livre qu'autrefois le Ciel dicta pour lui.
— lUciMi. —
Le premier bienfait do la religion est d'agrandir le cercle de nos connaissances *. Notre raison est faite pour la vérité ; elle le sent à l'ardeur avec laquelle elle la poursuit partout. Tout à la fois orgueilleuse de ses lumières et honteuse de leur peu d'étendue, elle I s'agite pour les agrandir ; elle fait effort de ! tous côtés pour reculer les limites ipii la resi serrent. Si l'esprit humain est si avide de conî naissances, souvent purement spéculatives, et ! qui n'ont d'autre mérite que d'être des pos- ; s(Ssions nouvelles ajoutées à son domaine, 1 quel prix ne doit-il pas mettre à ces vérités précieuses, qui ont avec lui les rapports les plus intimes ; (pii lui montrent son auteur, I qui lui dévoilent son origine, qui lui décou-
vrent spn terme, qui lui tracent sa route , qui sont les fondeiuonls tic toulo iustruttion, les principes île toute vertu . les sources île tout bonheur? mais ces vérités sublimes qu'il importe tant a riiomme de connaître, il était essentiel que Dieu daignât les lui communiquer. Il les a placées à une hauteur oii la raison n'a jamais pu atteindre ^. Pieu seul a pu' nous faire connaître Dieu 3. Considérez les progrès (pic la raison a faits dans la religion, tant que Uieu l'a laissée a elle-même^; et jugez de ce qu'elle peut proiluirc , par ce qu'elle a produit dans un si graïul nombre de siècles, «lont (jucUpu^s-nns ont été si éclairés. Voyez quels étaient les dogmes de ces nations célèbres, qui, sur tant d'autres objets, ont reculé et semblent avoir fixé les limites de l'esprit humain, et qui ont porté leurs arts à un degré que nous désespérons d'atteindre; examinez la théologie des génies profonds qui éclairèrent l'univers , de ces philosophes que leur siècle considérèrent avec respect, et b's siècles suivants avec admiration, et dont les incrédules de nos jours se vantent encore d'être les imitateurs^; parcourez leurs incertitudes, leurs contradictions , leurs erreurs honteuses sur Dieu et sa providence, sin- la nature , l'origine et la destination de l'âme humaine ^ , sur le premier principe et le souverain bien: leur ignorance sur la religion est aussi étonnante que leur supériorité dans les autres genres. De tous leurs ellorts pour parvenir à la connaissance des vérités célestes, il n'en est qu'un dont l'esprit humain puisse se glorifier, c'est l'aveu qu'ont l'ait les plus éclairés d'entre eux de leur impuissance et du besoin d'une révélation divine^.
Cette révélation, dont les pères de la philosophie avaient senti la nécessité , Jésus-Christ est venu l'apporter à la terre. Il l'a annoncée avec l'autorité d'un dieu , et l'a prouvée par des miracles: c'était ainsi qu'il convenait que le genre humain fût éclairé.
11 était digne de la sagesse suprême d'attacher la persuasion de la loi qui doit soumettre tous les honunes à des preuves de fait, qui fussent à la portée de tous les esprits. Par là se trouvent conciliés les intérêts de la raison humaine et ceux de la foi divine; l'autorité sacrée, qui est le jtrincipe de l'une et de l'autre, a tracé leurs limites respectives. Les motifs de notre croyance, voilà ce qui forme le domaine de la raison: les objets de notre croyance, voilà ce «pii compose l'empire de la foi. Ouela raison exerce librement sa souveraineté; qu'elle juge avec indépendance les
preuves du christianisme: loin de combattre les droits de la raison , la religion elle-même les consacre. Notre divin Législateur exhortait les Juifs à l'examen de son autorité; ses apùtres y invitaient les païens ; nos pères y ont constamment rap|>cle les errants de tous les siècles'* , et nous roi>posons encore avec confiance à la moderne incrédulité. Nous ne craindrons jamais de voir le christianisme renversé par les moyens tpii l'ont établi malgré tant d'obstacles , et soutenu au milieu de tant d'ennemis.
— De h LuiKn?(E. —
(Voycr le I» «Till.)
* — Car la religion, dit le philosoi>lie allemand LcssiHf/ , est réiiucalioii de riiuinanilé. L:i Bible el rKvangile sont les livres (|iie celle-ci a étudiés tiuir A loiir et qui lui ont appris ec qu'elle sait d'elle-même el de sa destinée.
2 — L'éducation individuelle n'est-clle pas aussi une sorte de révélilion? l'enfant n'aeceple-l-il pas, sur la foi du maître, des vérités que sa raison par elle-même n'eût jamais i)u pénétrer?
^ — Car ie fini ne pt'ut comprendre l'infini, l'être relatif et continiïenl s'élever à l'être absolu el nécessaire, si Dieu ne fait naître dans l'âme l'idée sublime de ses atlrihuls.
* — La raison de l'individu, que peut-elle abandonnée à elle-même? sans guide et sans maître, elle s'essaie au hasard ; la raison {rénérale n'est i)as moins impuissante dans l'éducation de l'humanilé, à moins que Dieu ne l'illumine et ne la conduise.
* — Ou'est-il besoin de rappeler ces dieux înactifs et à forme humaine à'' Kpicure, l'àme matérielle de Dcinociite, la métempsycose de Pythagorc , le principe liquide de Thaïes, le principe aériforme (TAnuxiniène, etc. ?
6 — Destinée était ici le mot propre.
' — Ces vérités ne seront jamais connues, dit Platon, si Dieu lui-même ne les révêle aux hommes. (Voyez l'épigraphe.)
^ — Les errants, substantif pluriel , expression rarement employée, mais admise cependant : ce mol se dit de ceux (|ui errent dans la foi : // faut tuer Terreur, et sauver les errants (saint Augustin.)
Observation fjénérale. I.a haute mission de la religion sur la lerr<; ; rimpuissance ou se trouve la raison iiinnainc de pénétrer des véiilés nécessaires au bonlii;nr de l'humanité, les contradictions sans nombre (les philosophes el la conscience qu'ont eue les plus salies d'entre eux de leur propre faiblesse et «le la vanité (le leur savoir, telles sont les preuves dont l'orateur a appuyé la nécessité d'une révélation divine, et (pi'il i développées d'une manière éner(;iiiue et brillante. Il a d'ailleins distint;ué avec sagacité les motifs el les objets de la croyance ; les uns forment le domaint; de la raison ; les autres sont soumis à remi)iro de la loi.
— 1805. — Eugène Beanhatntais est nommO par NapolOon vice-roi d"Italic.