WASHINGTON
VÉROHAISON DE SON ÉLOGE FIINÈBRE.
Coiirbrr.-vous dcvaut lui, citoyens dos deux iiionilos : (-«»uibry.-vons î Washington est plus {;rnn<l que Osar! Kn vain le lier vainqueur de la terre el des ondes Conduisait les Gauloi» tremblant devant son ctiar. En vain tout l'univers, ilevenu sa eonquête, D'un triple diadème avait onic sa tète : Wasliiu^ton l'a vaincu; car «un bras redouté .
l'our ses concitoyens conquit la liberté.
— DoltTR£LAI>'R. —
Quatre ans s'étaient écoules à peine depuis qu'il avait (luilté l'administralion. Cet homme qui longtemps conduisit des armées, qui fut le chef de treize États, vivait sans ambition dans le calme des champs, au milieu de vastes domaines cullives ])a!' ses mains, et de nombreux troupeaux que ses soins avaient multipliés dans les solitudes d'un nouveau monde. Il marquait la fin de sa vie par toutes les vertus domestitjues et patriarcales, après l'avoir illustrée par toutes les vertus guerrières et polilitiues». L'Auîéri([ue jetait un œil respectuen.x sur la retraite habitée par son père 2; et, de cette retraite, où s'était renfermé tant de gloire 5, sortaient souvent de sages conseils, qui n'avaient pas moins de force ■* que dans les jours de son autorité : ses compatriotes se promettaient encore de l'écouter ^ longtemps ; mais la mort l'a tout à couj) enlevé au milieu des occupations les plus douces et les plus dignes delà vieillesse.
Un cri de douleur s'est fait entendre au fond de l'Amérique qu'il avait délivrée. 11 ap])artenait à la Trance de répondre la première à ce cri funèbre, qui doit retentir dans toutes les grandes runes. Ces voittes augustes ^ ont été dignement choisies pour l'apothéose d'un héros. L'ombre de Washington, en descendant sur ce dôme majestueux , y trouvera celles de Turcnne, de Catinat et du grand Condé , qui se plaisent à Thabiler encore. Si ces guerriers illustres n'ont pas servi la même cause pendant leur vie, la même renommée les reunit quand ils ne sont |)liis. Les opinions, sujettes aux caprices des peuples et des temps, les opinions, partie faible et changeante de notre nature, disparaissent avec nous dans le tom-
beau; mais la gloire et la vertu restent éternellement. C'est par là que les grands lioiiinies de tous les temps et de tous les lieux deviennent, en quelque sorte, compatriotes etcontem|)orains. Ils ne forment qti'uue seide famille, dont les exemples se transmettent et se renouvellent de successeurs en successeurs. .Ainsi, dans cette enceinte guerrit-re, la valeur de AVashingtou mérite les regards de Condé ; sa modération ajipelle ceux de Turenne; sa philosophie le rajiproehe encore plus de Catinat. lin jieuple qui admettrait ce dogme antique el touchant de la transmigration des esprits,-dirait sans doute que, plus d'une fois, l'ihne de Catinat est revenue habiter dans celle âe Washington^.
Mais les accents belliqueux que ces murs répètent de tontes parts doivent plaire surtout au défenseur de l'Amérique. Pourrait-il ne pas aimer ces soldats ijui repoussèrent, à son i exemple, les ennemis de la patrie? Il s'apjiroche avec plajsir de ces vétérans dont les nobles cicatrices sont les premiers ornements de cette fête, et dont tiuelqnes-uns ont peutêtre combattu avec lui près des fleuves et dans les forêts de la Caroline et de la Virginie. Il se proinèneavecjoie au milieu de ces drapeaux enlevés sur les barbares de l'Asie et de l'Afrique, étonnées de notre audace s. Les dépouilles de la barbarie décorent noblement les funérailles d'un capitaine qui aima les lumières et la liberté.
Mais il est encore un hommage plus digne de lui : c'est l'union de la France et de l'Amérique ; c'est le bonheur de l'une et de l'autre ; c'est la pacification des deux mondes. Il me semble que, des hauteurs de ce magnifique dtjme, Washington crie h toute la France: <t Peuple magnanime, qui sais si bien honorer la gloire, j'ai vaincu pour l'indépendance; mais le bonheur de ma pairie fut le pri.x de cette victoire. Ne te contente pas d'imiter la première moitié de ma vie, c'est la seconde qui me recommande aux éloges de la postérité y. •..
— F0>T.V>ES. — F0.MANES(/.OU«de),
Naquit à Niort, le 6 mars 1757 (les biographes ne sont pas d'accord sur celle date; les uns le fout naître en 1752, et d'autres en nei). 11 vnit fort jeune i'i Paris el s'y annonça par quelques opuscules |)oéli(pies insérés dans le Mercure de France et dans V^linnnach des Muses. lUentitt il publia la Traduction de l'Essai sur l'Iioiiune, à laquelle succédèrent divers petits poèmes, parmi lesquels on distingue le Ferger. Sa itoésie unit A la nolilesse el à la grâce des pcnst'es une versification facile el harmonieuse, tour à tour pleine de force elde ciiarine.
Nourri dans les doctrines favoraliles au pouvoir absolu, M. de l>"onlanes n'avait pas alteiidu les excès de la révolution pour se rattacher au parti
10 JLIN.
Il JUIN.
royaliste. Mis liors la loi à l'époque du is fructidor, il su réfugia d'abord r> llaiiibouri;, puis à Ltiiulrcs. H,i|i|)(»lé en Franc»' aprt^s le is brumiire, il vit s'oiivri:- dev;iiit hii la carricrc des honneurs. Admis d'ahord dans la société iV/tlisa Bonaparte, il fut apprécié par Lucien , son frère , ministre de l'intérieur, qui lui confia une division de son déparlement, et le charj;ea de prononcer l'éloi^e funèbre de Ifiishiiiglon dans l'éijlise des Invalides, ap|>elée alors le Temple de Mars. Ce morceau d'eIo(piencc fi\a la réputation do l'orateur , qui, dej)uis ce moment , ne cessa de tenir le i>remier ranj; parmi les adulateurs de Napoléon. Dès lors il devint l'homme de toutes les places : membre de rinslitwl. |)résident du corps législatif et du sénat, ijrand maître de l'Université, etc. .Son talent I oiir Hatter ne se démentit pas un seul instant; il ne craii;nil pas de dire un jour au pucrrier<ini bouleversait l'Kurope : « On aime snrtmit à louer en rous ce désir d'épargner le sang des hommes, que tous avez- si souvent manifesté. i>
Napoléon appréciait A sa manière les productions de cet écrivain. « Tout cela est bien: mais il n'y a pas de ça, >< disait-il en se frappant la poitrine, traduisani par un geste ce passage de Quinlilien : Pectus est quod facit disertos.
Comblé des faveurs de Napoléon, que ses flalleries avaient peut-être perdu, il rédigea le décret «jui prononça la déchéance de ce grand homme.
Un écrivain plus mordant que juste, l'a caractérisé ainsi : » C'était nn homme d'État dans les salons, un gentilhomme à l'Inslilut, et un littérateur à la Chambre des Pairs. y> Toutefois, comme poète et comme prosateur, il doit être placé à un rang très-distingué parmi les écrivains de l'époque actuelle.
Parmi ses poèmes, on cite avec éloge le Jour des Morts, où l'auteur a saisi les véritables couleurs du •sujet. Les tableaux qu'il y présente respirent partout cette majesté sombre et religieuse qui est le principal aliment du sublime.
M. de Fonlanes mourut d'une attaque d'apoplexie, le 17 mars 1821.
* — Cette phrase est am|)hibologique ; le pronom /' se rai)porte grammaticalement à la fin de sa vie, et c'est avec la vie qu'il est réellement en relation.
2 — Jamais ce titre de père de la patrie, le plus glorieux de tous, ne fut mieux appliqué, puisque l'État américain fut en quelque sorte créé par Washington,
5 — Renfermé est ici au masculin singulier parce qu'il se ra|)porle à tant : c'est ainsi que Charles Nodier a écrit : Jamais tant de vertu n'a été réuni à tant d'intelligence. (Voyez ma Grammaire. no6o<).
* — Force n'est pas ici le mol|»ropre, c'cslpuissance qu'il fallait employer : les conseils forts ne sont pas toujours influents.
^ — Ecouter a ici un sens trop restreint pour exprimer le genre d'iiiHuence que Washington pouvait exercer encore sur ses compatriotes : d'en profiter longtemps encore rendrait mieux la pensée puisqu'il .s'agit de conseils.
* — L'église des Invalides.
'' — Ce peu|de, ayant adoi)lé le .système de la métempsycose, aflirnierait positivement sa créance ;'i cet égard; mais il se garderait bien de dire (pie l'àme de Catinat est revenue ;>/»,? d'une fois habiter dans celle df /l'ashington : une pareille o|ii-
iKon serait aussi contraire au bon sens qu'au dogme que ce [>euple professerait. ^
•* — Etonnées de notre audace est une réflexion oiseuse, et qui d'ailleurs se lie mal avec l'énoncé qui précède.
'J — Prosopopée naturellement amende. (Voyez H février, n" 6.)
Observation rjènérale. Cette péroraison, (pii. à quelques lâches piès. est un modèle d'éloquence dans le i;cnre dénionstralif, couronne di(;ncnieiit le re.slc do cet élope, en résuniant la (Tloire de Wasliinuton. en non.» le montrant entouré iriKunniaiTesel de respects dans cette .solitude oti le prand honime s'est retiré l)our se re|)oser et poui- nioinir. I,e style en est brillant . plein de noblesse et d'harmonie.
— 1793. -Mort dp Robertson, célMire historien .-ingbi.s.
INSCFFISANCE SES ABRÉGÉS
l'Orn L'ÉTUDK DF. L'IIISTOIRK.
J'évite d'élrr long, ri je ileviciis oIjsciii — BoiLEAit
Qu'apprennent ces abrégés ? Us sont ou Irop courts ou trop longs. Des abrégés trop l)refs ne sont plus rien : et ils sowt trop longs, lorsque, ayant l'intention d'enseigner l'histoire, ils adoptent les formes de la narration, et se permettent des détails qui, toujours secs et maigres, sans suc, sans chaleur, ne sauraient laisser dans l'esprit aucune impression profonde.
En vain dit-on que les imagos raccourcies permettent à la vue la plus fail)le de saisir d'un coup d'œil l'ensemble des objets: ces objets, la scène et les acteurs y sont au-dessous de toute proportion naturelle. Dès lors il n'y a plus de réalites, plusde perceptions vraies. On se fatigue à suivre des fanlômes <pii s'évanouissent. Arrivé au terme du livre, si l'on se recueille en soi ' pour ra|>peler et fixer ses souvenirs, on ne trouve plus »|u'un vain retentissement de noms donnés à des villes, à des hommes, à des combats: noms sans liaisons ^, sans physionomie, <jui se confondent bien vite et ne lais.sent ni plaisir ni savoir. Si l'auteur dit tout, les faits se brouillent; s'il n'expose que l'essence des événements, le corps man(pie, et il n'y a plus de prise sur des choses si déliées et si fugitives. A peine un grand homme est né, qu'on le voit mourir; il se montre comme un point sur l'horizon, sans qu'on ait le temps de connaître son origine, d'observer ses progrès, ses relations, les motifs de ses actions. On ne saurait un seul moment se mettre en ])ersonne à sa place, se consulter, comparer ses propres pen.sées aux siennes: utile transposition rpii, pour le dire en |)assant, est le secret de vivilier l'histoire,
et de la lire non seulement avec complaisance, mais avec une application directe, avec réfléchissement sur soi-même s. Que dirai-je encore? ce n'est pas un seul homme, c'est une ville, c'est un empire qui s'écroule alors qu'on vient d'en entrevoir la naissance. C'est une révolution— si longue pour la génération condamneeà en subir l'épreuve — cpi'on vctit traversant l'histoire connue une illusion *. Un siècle parait et disparait en quelques lignes, emportant avec lui dans les ombres de l'oubli et les événements et les hommes et les dates qui Tormaient son caractère entre les siècles antérieurs et les ilges suivants. L'on ^ ne sait à qui l'on a affaire : tout se précipite, vous trouble et vous lasse. En un mot, l'esprit se repaît dans le vide; et l'instruction, loin de croître, s'use et dépérit dans cette fumée de vains aliments.
Une telle rapidité est admirable dans l'Histoire universelle de Bossuet, parce qu'il n'a pas écrit son majestueux ouvrage pour eivseigner les faits; il en suppose la connaissance, les rappelle à peine, et il ne songe qu'à élever des esprits déjà formés au-dessus de tous les faits et de tous les détails, pour leur faire contempler, du plus haut point de vue où l'homme puisse atteindre, l'unité' du plan que suit la Providence, au milieu de nos vaines contradictions, dans l'ordre religieux et politique : idée la plus forte qu'un historien ait conçue, accomplie à la manière du seul Bossuet! Et néanmoins, comme ce grand homme ne pouvait rien écrire sans imprimer à ses œuvres le sceau de son génie, il se trouve que le premier de ses trois discours, lequel, sous la plume d'un autre historien, eût sans doute conservé toute l'aridité d'une liste chronologique, est tout vif, tout pénétré du sentiment de l'histoire. Ce génie impétueux, qui s'avance comme par bonds, que rien ne retarde, qui saisit, embrasse et entraîne tout dans son essor, conserve toujours un mouvement ferme et assuré, jamais contraint ni gêné par la foule des faits qu'il rencontre ni des dates qu'il rassemble. Sa narration est pleine; son analyse, éloquente; pas un mot de plus ni de moins que l'exactitude n'exige; pas une expression faible ni exagérée; et en même temps, partout de l'^me et de la verve ; une chaleur féconde infuse à chaque page ; une vigueur qui s'élance ou s'arrête à son gré. On y sent quelque chose qui surabonde ; et, selon la belle expression de Fontenelle, « il pousse et précipite les empires en les 'effaçant sous ses pas. »
— Le marquis de VirLEXEUVE. —
jp yiLLENECVE ( Louis-François PONS , marquis de) ,
V Néà Saint-Pons, (lépartementdelaHaute-Vienne, 4n 1744. Il fut d'abord destiné à l'état ecclésiasti-
que; mais survint la Révolution, qui le laissa dans robscurité. Ce ne fut qu'en i8i3 qu'il coinmcnça à jouer un rôle dans les atîaircs. Maire do Saint-Pons, cl fidùlenienl allaclié à l'ancien ordre de choses, il se montra hostile aux troupes françaises que cominandaitle maréchal SouU. Aptùs l'invasion, il obtint la préfecture de Tarn-el-Garonne, puis celle des Ilautes-I^yrénées, et enfin plusieurs autres où son dévoftment exagéré à la cause des Bourbons lui fut souvent funeste.
II a publié plusieurs brochures politiques; mais sou ouvraye le plus remarquable est le Précis de l'Histoire, approuvé par l'Universilé. Les faits y sont très-bien exposés, le style en est ù la fois concis et élégant.
' — En soi, n'ajoutant rien à la pensée, est une baltolof/ie ou pléonasme vicieux.
2 — Liaisons d<;vrait être ici au singulier.
3 — Quoicpie réfléchisse ment ne s'emploie pas au fij^uré, il serait trop rigoureux de condamner cependant l'usage que l'auteur fait ici de ce mot. L'histoire est en effet la mémoire de l'humanité.
^ — Expression pittoresque et gracieuse.
^ — U dans l'on n'étant plus qu'une lettre euphonique, on ne peut employer ce pronom au commencement d'une phrase. (Voyez ma Grammaire,
no 542.)
Observation générale. Les idées exprimées dans ce fragment, qui est à la fois philosophique et littéraire , sont justes et saines. On pourrait cependant reprocher au style un peu de diffusion.
1672. — Louis XIV passe le Ehin , à la tète «le 30,000 hommes. — Mort du duc de Longuevillc .
PASSAGE DU RKIN.
Ils marchent droit au flfuvc où Louis on personne, Déjà prêt à i>asser. instruit, dispose, ordonne; Par son ordre, Grammont, le premier dans les flots. S'avance soutenu des regards du héros ; Son coursier ccumant, sous un maître intrépide. Nage, tout orgueilleux de la main qui le guide.
— BOILKAU.—
Cependant le Roi faisait avancer ses armées vers le Rhin , dans ces pays qui confinent à la Hollande, à Cologne et à la Flandre. Il faisait distribuer de l'argent dans tous les villages, pour payer le dommage que ses troupes y pouvaient faire. Si quebpie gentilhomme des environs venait se plaindre, il était sur d'avoir un présent. Un envoyé du gouverneur des Pays-Bas , étant venu faire une représentation au Roi sur quelques dégùts commis par les troupes, reçut , de la main du Roi , son portrait enrichi de diamants, estimé plus de douze mille francs. Cette conduite attirait l'admiration des peuples , et augmentait la crainte de sa puissance.
Le Roi était à la tète de sa maison et de ses plus belles troupes, qui composaient trente