SPECTACLE SES NUAGES SUR MF.R
0« nnagos W-jrf rs, l'iin sur r.iulro rntaMM, Sont, sur l'.iilr des vrnis. mollrmoiit balances. I.*iinagin.'itiun leur prêle mille formes ; Tantiît r*esl un péaiil qui, de ses bras énormes, (;<mvrc le vasle OI>mpe: et tanlùl c'est un dieu Oui traverse IVlher sur un Irùne de feu. I.a. je voit des forêts dan» le eiel suspendues. Des palais rayonnants suus des Toutes de nues; Plus loin mille guerriers, se heurtant dans les airs. De leurs glaives d'a/.ur fimt jaillir les éclairs. — MicnAfD. —
Lorsque j'étais en pleine mer, et que je n'avais d'autre spectacle que le ciel cl l'eau, je m'ainn.sais quelquefois à dessiner les Iieaux nua(îes blancs et gris, semlilalilcs à des groupes de montagnes, ipii vo.'.iiaii'nt ;i la suite les uns des autres sur l'azur des ciciix '. (l'était surtout vers la fin du jour iju'ils dc'Vcloi»paienl loiileleurlteaiiléenseréuni.ssant au eouclianl, où ils se révélaient des ])lus riches couleurs, ei se eoinl)inaient sous les formes les |)liis niagnifiquiîS. Sur la terre , cliaipie site |)r(''scnle toujours le même horizon ; dans le ciel, chaque heure, et surtout cliatpie soir, en offre de nouveaux.
Un soir, environ une demi-heure avant lo eoiirhcr du soleil . le vent alizé du sud-est se ralentit '^ , t omine il arrive d'ordinaire vers <-e tiinps. Les nuages qu'il voiture dans le ciel à des distances égales comme son souffle'', ilevinrent plus rares, et ceux de la jtartie de Touesl s'arréli-renl et se groupèrent entre eu\
sous les formes d'un paysage. Ils reiu-ésentaicnl tine grande terre formée de hautes montagnes, séparées par des vallées profondes, et surmontées de rochers jiyramidaux. Sur leurs sommets et leurs flancs. ai)paraissaient des hrouillards détaches, scmMaltIcs à ceux tpii s'élèvent autour des terres véritables. Un long Meuve semblait circuler dans leurs vallons, et tomber, cà et là, en cataractes; il était traversé par un grand ])ont. appuyé sur des arcades à demi ruinées. Des bosqm;ls de cocotiers , au centre desiiuels on entrevoyait des habitations, s'élevaient sur les croupes et les profils de cette ile aérienne. 'J'ous ces objets n'étaient jioint revêtus de ces riches teintes de pourpre, de jaunt; doré, de nacarat, tl'émeraude, si conununes le soir dans les couchants de ces parages; ce paysage n'était point un tableau colorié: c'était une simple estampe, oii se réunissaient tous les accords île la lumière et des ombres. Il représentait non une contrée éclairée en faci; des rayons du sobîil , mais, jvir derrière, de IciU's simi)les reflets <. En effet , dès que l'astre du jour se fut caché derrière lui, qtuMques-uns de ses rayons décomposés éclairèrent les arcades demi-transparentes du pont d'une coideur ponceau, se reflétèrent dans les vallons et au sommet des rochers, tandis que des torrents de lumière couvraient ses contours «le l'or le plus pur, et divergeaient vers les cieux comme les rayons d'une gloire; mais la masse entière resta dans sa demi-teinte obscure, et on voyait, autour des nuages qui s'élevaient de ses flancs , les lueurs des tonnerres dont on entendait les rotdemenls lointains. fJn aurait juré «pic c'était une terre véritable, située environ à une lieue et demie de nous. Peut-être était-ce une de ces réverbérations célestes de «pielquc ile trèséloignée , dont les nuages nous répétaient la forme par leurs reflets , et les tonnerres par leurs échos '". Plus d'une fois , des marins «xpérimentcs ont été trompés par de semblables aspects •'. Quoi qu'il en soit, tout cet | appareil fanlastiqu«î «le magnificence et de terreur, ces montagnes surmontées de palmiers, ces orages «pii grondent stn* leurs sommets, ce fleuve, ce pont, tout se fondit et disparut ;i l'arrivée delà nuit , comme les illiisionsdii inondeaux ajq>roches «le la mort 7, L'astre des nuits, la triple Hécate 8, qui réjièl«; par des harmouies plus douces celles de l'astre; du jour, en se bavant sur l'horizon, «lissipa l'empire de la lumière, et fit n'gner «eliii des ombres '. nient«>t des étoih'S innombrables et «l'ini éclat élerni'l brillèrent au sein des ténèbres. Oh ! si le jour n'est lui-même «lu'iiiie image de la vie, si les hctn-cs rapides «le l'aube «lu malin, «lu midi et «lu .soir, représentent les âges si fii);ilifs de l'enfance, de la jeunesse, «le la virilité et «le la vieillesse, la mori . comme la nuit . doit nous décou-
n JUIN.
vrir aussi de nouveaux cieux et de nouveaux mondes '".
Bi:u>Anni> m; Svi>T-PiLnnK.
( Voyoi iing,. 34.)
' — L'auteur eût bien fait de supprimer la phrase i n cid e n f c se M/ hla blés à des r/ ro upcs de m on taq n es, ou de clicrclior iiii nuire terme de comparaisun |dus cil r.ipport avec le verl)e voguer qui suit. De plus, I.' pronom qui est placé de manière à présenter une é(piiv(»(pie.
.Il/'red de f'iqtir, ])arlant de ce mouvement des nuapcs. s'est exprimé bien plus lienrcusement : • Oui de nous n'a trouvé du charme à suivre des yeux les nua;;e3 du eiel?Oui ne leur a envié l;i liberté de leurs voyages au milieu des airs, soit lorsque, rniUés en masses par les vents et coloris par le soleil, ils s'avancent paisiblement comme une llnlle de sombres navires dont la i)roue serai! dorée ; soit lorscjne, parsemés en légers groupes, ils glissent avec vitesse, sveltes cl alongés comme des oiseaux de passage, etc. »
2 — On ai)pelle cents alizés des vents réglés qui régnent sur certaines mers, principfleraenL dans la zone torride.
^ — Les nnarjes qu'il voilure dans le ciel à des distances égaies comme son souple. Le même adjectif ne peut se prendre à la fois dans deux acceptions différentes sans présenter ce que l'on apl>elle un jeu de mots. Égal, moditicatif de distances, signifie pareil; modificalif'de vent alizé. il signifie qui est toujours le même , dont la marche est régulière, .\ussi l'intelligence de cette l»hrase demande-t-elle un certain effort. Il suffirait pour la clarté, de supprimer ces mots, comme son soufjle.
< — Dans cette phrase l'adverbe non est mal placé, il aurait fallu qu'il fiit avant en face.
* — L'écho qui répète la forme est une expression poétique des plus heureuses et des plus hardies : les vallées et les montagnes étant les causes les plus générales de l'écho, il est exact de dire que le ton reproduit la forme, surtout lorsqu'un objet sensible à la vue révèle par quels accidents de la nature ce phénomène est accompli.
•» — Cette brillante hypotypose représente un jdiénomène d'optique connu sous le nom de niiraqe. (Voyez i'^ janvier, n. t.)
^ — Heureuse comparaison d'un fait physique avec im fait moral.
** — Hécate, déesse célèbre qui avait trois noms : on l'appelait Lune dans le Ciel, Diane sur la Terre, et J'roserpine aux Enfers. L'oi)inion la plus commune la suppose, comme Diane, fille de .lupiter et de Latone.
^ — Péri))hrase très-poétique.
•f* — Kxcjamation qui termine dignement cette description.
Observation f/rnérale. La printnre cncbanfercsso lie ce tableau est aii-dnssus de toiU élone : chaque pensée, chaque trait est revêtu drs plus brillantes cotdeiirs. I.e style a la nia;;!»' d'une véritable pcintiu'e : il se Joue en floUantes imajres. en lalileaiix aériens ; il a la mollesse et l'éclat l'anlasliquo de ces nuées du ciel , qu'il peint capricieu.senient entassées [lar le snnfHe des vents et colorées par les d(;rnicrs feux du soleil. Puis une pensée, pleine de philosoi>hic et «le poésie, domine le tableau . l'achève, en captivant rimaiîinafion cl l'esprit,
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— 1777. — Mort de Crrtscl , auteur clr.Tiii;itU|Me.